Aujourd’hui, pour ma première chronique sur La mare aux mots, je vous parle de deux livres célestes, brûlants comme les astres, douloureux comme tenter de respirer dans l’espace, assourdissants comme la nuit (rien que ça) : Météore, d’Antoine Dole, et Mes idées folles, de feu Axl Cendres.
Ils bousculent nos idées dans un cri bref, en quelques mots hurlés.

Sara est une jeune femme aux airs de météorite, fulgurante et sensible. C’est aussi une jeune femme sur qui l’on crache. Lance des briques. Une adolescente qu’on cache, qu’on méprise, qu’on tue doucement et sans relâche. On lui fait la guerre. Depuis toujours, le regard des autres la dérobe à elle-même. Mais Sara est résiliente et courageuse, et elle ne va pas se laisser faire. Ça va changer. Elle se le promet.
Sara est une fille trans et file dans sa vie comme un météore, éclipsant les coups, les insultes et même le ciel.
Météore est le genre de roman à vous faire un trou dans le cœur. Le genre qui fouaille à l’intérieur, fait émerger la splendeur de l’horreur, bref : un livre nécessaire, essentiel, un livre qu’on devrait perfuser à toutes les personnes transgenres et aux autres. On ne sait pas tout de suite que Sara est trans, ce qui est à mon sens un choix fort judicieux puisqu’il permet aux non-initié·es d’appréhender l’histoire sans préjugés et de compatir sans transphobie, rendant ses pages accessibles à tous et à toutes. Comme traversée d’un élan vital, l’écriture est poétique, émouvante, juste. D’une véracité surprenante, même, malgré deux-trois couacs de vocabulaire.
Météore me fait penser à ces mots de Sartre, car ç’aurait pu être ceux de Sara : « Voilà. L’aube est horriblement belle, et les Dieux nous ont abandonnés ».
Météore est un livre salutaire, dans une écriture magnifique, fuselée et délicate, pour mieux appréhender la transidentité et apprendre à aimer les météores qui percutent nos acquis. Sublime et douloureux.

C’est l’histoire d’Abel Francis Sandro, devenu psychiatre pour comprendre les gens, qui finit par se rendre compte qu’en fait, il ne comprend toujours rien ; c’est l’histoire de son meilleur ami Johnny, l’histoire de Jésus, du Chat, l’histoire des errant·es, des paumé·es, des mis·es à l’écart. On suit leur vie à la dérive, dans laquelle ils et elles risquent de se noyer…
Mes idées folles, dans un tout autre style que Météore, réussit à nous parler de maladie mentale, d’alcoolisme et de dépression, le tout dans un cocktail déjanté aussi addictif que déprimant ! (youhou)
On y reconnaît bien le miracle de l’écriture d’Axl Cendres. Au fil du roman, la tension monte, on se demande si et quand le point de rupture sera atteint ; et ce livre qui aurait pu être tellement lourd, tellement médicalisant, réussit l’exploit de faire pleurer un mélange de tristesse et de rire. À travers des personnages génialement incarnés et une écriture maîtrisée, on plonge dans un univers aussi désespérant qu’attachant, l’univers d’Abel et de ses patient·es : celui de la folie. Un univers qu’on oublie alors qu’il nous frôle, finalement, chaque jour. Et au fil des pages, on avance sur le fil de la folie, plus ténu qu’on le croit. Axl Cendres nous dépeint ici comme d’habitude un monde d’une humanité confondante, tout en nuances. Langage cru, sincérité troublante et situations (littéralement) folles font la force de ce roman, qui percute les préjugés, et donne envie de tout foutre en l’air pour enfin s’apaiser.
Drôle, puissant et fantastiquement décalé, Mes idées folles est un roman qui évite les écueils habituels des troubles psychiatriques et nous plonge dans une descente aux Enfers dont on ressort grandi·e… et durablement perturbé·e !
Météore![]() d’Antoine Dole Actes Sud Junior, dans la collection d’une seule voix 9,80 €, 115 x 217 mm, 80 pages, imprimé en France, 2020. |
Mes idées folles![]() d’Axl Cendres Sarbacane, dans la collection Exprim’ 15 €, 133 x 215 mm, 192 pages, imprimé en Bulgarie, 2009. |

Jeune homme aimant la littérature jeunesse, les cartes Pokémon et les animés. Pour résumer son attachement à la lecture, il aime citer Stéphane Servant : « Les livres sont des terriers / Les livres sont des phares. Il y brûle de petits feux / Qui me tiennent le cœur au chaud / Quand il pleut sous mon toit. »

