Lequel de ces quatre albums de bord de mer choisirez-vous ? Car il s’en passe des choses à la plage : tantôt on y échoue, tantôt on se questionne sur l’origine des grains de sable ou bien on peut y grignoter de délicieux biscuits en forme de crabe…
C’est un tout petit album qui parle d’un très long parcours. Ne vous êtes-vous jamais demandé d’où viennent les grains de sable ? De son origine au sommet des montagnes, la pierre traverse moult rebondissements au gré des éléments. Un jour il y a le choc de trop et c’est le début du voyage : la pierre roule, saute, dégringole et petit à petit s’effrite, s’émiette, encore et encore. Enfin, elle arrive jusqu’à l’océan. Serait-ce la fin ? Oh que non, une métamorphose géologique, ça prend du temps…
Galia Tapiero nous offre un documentaire où le minimalisme du texte confronte les lecteur·trices à la loi imparable des éléments. Les pierres jadis montagnes majestueuses capitulent sous les assauts répétés de la pluie voire de la tempête. L’enfant devra comprendre le paradoxe : on ne grandit pas toujours au fil du temps qui passe… Avec de grands aplats colorés, Marion Brand illustre les étapes de la transformation en ne manquant pas d’y ajouter des témoins (macareux, grimpeur, petit bateau, poissons curieux), spectateurs parfaitement ignorants de ce qui se joue. Avec simplicité et efficacité, ce petit livre met en lumière l’incroyable parcours qui conduit à la formation d’un petit grain. L’histoire s’arrête-t-elle là ? Non… Sur la plage, place au temps des seaux, des pelles et des châteaux !
Vous connaissez les Crabiscuits ? Non ? Mais si ! Vous n’avez pas pu passer à côté de ces petits gâteaux apéro absolument trop bons en forme de crabe. Tout le monde s’en lèche les doigts et les babines. En terrasse ou sur la plage, avant, après ou même pendant la baignade, ils sont décidément succulents et ils mettent tout le monde d’accord. Vraiment ? En fait non : il y a un vieux tourteau perché sur un rocher qui voit tout cela d’un très mauvais œil… Il en est persuadé : les Crabiscuits représentent un grand danger pour ses congénères crabesques et lui-même. Qu’à cela ne tienne ! Ni une ni deux, le voilà qui somme Madame la maire de les interdire. Mais cette dernière ne le prend pas du tout au sérieux. Oups ! Se moquer d’un crabe belliqueux c’est une vraie mauvaise idée, surtout si on est sensible des mollets ou qu’on a mis son t-shirt préféré. Le fauve, euh, le crustacé est lancé et ne laisse sur son passage que des miettes d’habits ou des confettis de cheveux. Toutes pinces en avant, le crabe est déchaîné et rien ne semble pouvoir l’arrêter…
J’ai craqué, totalement, pour l’humour déjanté de Marion Jamault. Le drôle est dans l’absurde, dans ce courroux qui monte, enfle, déborde et dépasse ce pauvre tourteau. Les rebondissements s’enchaînent au gré des coups de pince. Côté illustrations, en avant les couleurs vives ! C’est farfelu, pétillant, et ça nous rappelle que la colère est une mauvaise conseillère. Peut-être qu’avant de s’énerver, on pourrait parler, essayer de comprendre… Vous l’aurez compris, avec Crabiscuits c’est la rigolade garantie ! La cerise sur le gâteau c’est la recette en fin d’ouvrage des fameux biscuits, histoire de faire durer le plaisir en cuisine. Bref, c’est un album pour l’été à croquer !
Après le naufrage d’une embarcation de fortune, la mer rejette parfois sur la plage autre chose que des coquillages. Ce sont des hommes, des femmes, des enfants qui ont choisi l’incertitude de l’embarquement et l’effroi du déracinement à la certitude des bombes. Parmi elleux, il y a Amina. Amina dont le père est parti au combat et que sa mère presse de remplir un sac d’affaires en cinq minutes. L’enfant attrape quelques vêtements et Kissou, son ourson bleu. Ses bras s’agrippent à la peluche, ses mains à sa mère. Il est l’heure de fuir. Le temps sera long dans le camp de réfugié·es avant qu’enfin un bateau accepte de les embarquer. C’est sans compter sur le vent et, déjà, tout le monde est à l’eau. Sur la plage où les rescapé·es reprennent leur souffle, Amina pleure. Dans les vagues glacées, elle a lâché Kissou.
À l’heure où l’actualité nous abreuve quotidiennement d’images de familles qui abandonnent leur pays en guerre, comment aborder ce sujet avec les plus jeunes ? Ce livre ouvre une fenêtre sur un drame tristement quotidien. Les mots d’Angèle Delaunois émeuvent, effraient, révoltent. Jean-Claude Alphen y répond par des traits noirs habillés de quelques touches de rouge, bleu ou brun qui deviennent une ville déchirée, des silhouettes apeurées ou des malheureux·ses naufragé·s. Concentré d’émotions, Kissou nous prend par la main pour ouvrir, entre grand·es et petit·es, les portes du dialogue sur le sujet des conflits armés et de l’exil.
Par une belle journée, Alphonse décide d’aller pêcher. Il part de la maison avec sa canne à pêche dans une main, un panier à poissons dans l’autre et en bandoulière, la gibecière qui contient son délicieux pique-nique préparé par sa mère. Il oublie bien vite les recommandations de prudence de son père. Quand il voit le nombre de pêcheurs déjà installés sur la plage, il a une sacrée idée : s’il empruntait le canot de Tonton Léon ? Ni une ni deux, voilà Alphonse sur l’eau, hilare. Mais il ne voit pas à temps le ciel qui se charge de gros nuages noirs et hop, voilà le garçonnet trop hardi emporté dans la tempête ! Quand le calme revient, Alphonse espère rentrer vite à la maison. Il errera deux jours en mer avant de débarquer sur la plage d’une petite île déserte. Enfin, déserte, presque. Un éléphant parlant nommé Boléro vit sur place. Il s’est échappé pour éviter d’être enfermé dans un zoo. Entre l’enfant et le pachyderme, l’amitié est immédiate et c’est fou tout ce qu’on peut faire sur une île qui est déserte et un peu magique…
Dans l’absolu, c’est une histoire qui commence mal. Pourtant, le ton est donné dès les premières pages avec un foisonnement de détails colorés. On tourne les pages et on découvre des poissons multicolores, une chaleureuse végétation, un sublime coucher de soleil qui se dilue dans l’horizon de l’océan. Quel peps ! Charlotte Huguenin insuffle une joyeuse énergie à l’histoire follement sympathique de Laurent Condominas. Le tragique du début laisse place à la complicité entre Alphonse et l’éléphant. Les aventures se vivent au présent et grâce à l’eau magique de l’île (oui, oui, magique) on en oublierait les parents. Presque… Un jour, il faudra songer à rentrer. Pour l’instant, l’heure est à l’amusement ! Alors go : à l’eau !
Un tout petit grain de sable![]() ![]() Texte de Galia Tapiero, illustré par Marion Brand Kilowatt, dans la collection Les kilos 11 €, 140 ×190, 48 pages, imprimé en Union Européenne, 2022. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Crabiscuits![]() ![]() de Marion Jamault Amaterra 13,90 €, 280 × 200, 36 pages, imprimé en Union Européenne, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Kissou![]() ![]() Texte d’Angèle Delaunois, illustré par Jean-Claude Alphen D’Eux 16 €, 215×195, 32 pages, imprimé en Chine, 2020. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Alphonse et Boléro![]() ![]() Texte de Laurent Condominas, illustré par Marion Huguenin Éditions courtes et longues, 22 €, 325 × 230, 48 pages, imprimé en Italie, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Elle aime l’océan, les chats, le chocolat et lire depuis qu’elle a ouvert les yeux. Son confident est un certain lapin blanc. Des livres au petit déjeuner, au déjeuner, au goûter, au dîner : elle n’est jamais rassasiée !







