Aujourd’hui, de la tendresse et de la douceur au programme ! On commence avec un monstre bien moins effrayant qu’il n’y paraît, puis on continue avec de jolis oxymores pour voir la vie avec poésie. C’est parti !
Albert le monstre a eu une jeunesse un peu agitée : turbulent et maladroit, il a vite été chassé du village où il avait élu domicile. Alors depuis soixante ans, Albert mène une vie solitaire et tranquille, bercée par des rythmes de rock et de blues qu’il joue sur sa fidèle guitare rose, et ponctuée par la visite de chevaliers venus le provoquer en duel. Mais un jour qu’il fait une sieste, une salve de légumes lancés sur sa tête le réveille : face à lui, un tout petit chevalier d’à peine six ans, venu défier celui qu’il appelle « l’abominable monstre ». Albert en a vraiment assez d’être traité de la sorte, et face à sa tristesse le petit chevalier s’attendrit… Petit à petit, le drôle de duo noue une belle amitié… Mais au village, on s’ennuie un peu, et certains se disent qu’il est peut-être temps de rendre visite au monstre légendaire…
Anna Kemp et Sarah Ogilvie nous régalent une nouvelle fois avec un album plein d’humour et de tendresse. Le duo d’autrices, auquel on doit notamment les excellents La pire des princesses et Le pire des chevaliers, nous plonge à nouveau dans un univers médiéval imaginatif et coloré. Le texte, entièrement rimé, nous emporte immédiatement dans cette histoire pleine de rebondissements, et les illustrations l’accompagnent à merveille, nous offrant à chaque page une foule de petits détails amusants à repérer. Malgré la simplicité du message (privilégier l’amitié à la violence, faire preuve d’ouverture d’esprit et de tolérance), l’humour de l’ensemble, l’originalité de ses personnages et le mélange des genres savamment dosé entre univers classique du conte et modernité rendent la lecture vraiment délicieuse.
Une amitié étonnante… Et un album détonnant !
L’inconfortable bonheur d’avoir des chaussures neuves, le bruyant silence de la nuit, l’absence omniprésente d’un ami qui nous manque… Cet album nous propose toute une série d’oxymores (cette figure de style visant à rapprocher deux termes de sens opposés) qui viennent mettre des mots sur des sentiments ambivalents ou des sensations contradictoires. Chaque double page nous présente une nouvelle expression accompagnée d’une illustration qui vient l’éclairer et souvent en enrichir le sens. Une bien belle façon de découvrir cette étonnante figure de style !
Ce très bel album met à la portée des plus jeunes une notion pourtant assez complexe, et invite à jouer avec les mots : en trouvant des combinaisons inattendues, on parvient à décrire des sensations et sentiments pour lesquels
il n’existe pas de mots tout faits. Le texte, réduit à l’essentiel, est cependant d’une grande richesse : chaque expression a une grande force d’évocation et incite à se la répéter, à y réfléchir… Les très jolies illustrations de Sylvie Serprix donnent à l’ensemble beaucoup de charme, et aident à en saisir le sens. C’est beau, plein de poésie, et ça donne également très envie de s’essayer à son tour à l’exercice en créant ses propres expressions !
Un très beau livre pour jouer avec les mots et dénicher la poésie du quotidien.
Albert le monstre solitaire![]() ![]() Texte d’Anna Kemp (traduit de l’anglais Mathilde Colo) illustré par Sarah Ogilvie Little Urban 13,50 €, 272×272 mm, 32 pages, imprimé en Chine, 2019. |
La piquante douceur de la joue de papa et autres exquis oxymores![]() ![]() Texte d’Alice Brière-Haquet illustré par Sylvie Serprix Motus 13 €, 227×287 mm, 36 pages, imprimé en République tchèque, 2019. |
Aime les crêpes et les animaux rigolos.


