Aujourd’hui je vous propose deux romans : Je suis qui je suis de Catherine Grive qui nous parle de Raph qui se questionne sur son genre et La romance de l’Ogre Yosipovitch, un conte farfelu et délirant de Matthieu Sylvander illustré par Anaïs Vaugelade qui nous plonge au fin fond des forêts de l’Oural…
Cet été Raph ne part pas en vacances. Pour cause : sa maman va bientôt accoucher. Alors Raph tente de tuer le temps. Pas facile, car ses parents sont toujours sur son dos et l’obligent à ranger sa chambre. Heureusement, il y a des moments où Raph peut s’enfuir de l’appart, rejoindre son copain Bastien et sa cousine Sarah, une fille vraiment chouette. Et puis il y a aussi le courrier des voisins, que Raph vole… Pour son seul plaisir ? Oui, Raph ne va pas très bien…
Je suis qui je suis est un formidable roman ! Catherine Grive nous décrit le mal-être d’un·e adolescent·e, Raph qui se pose des questions et s’interroge sur ce qu’iel est. L’autrice joue d’ailleurs sur cette ambiguïté, en maniant la langue de telle manière qu’elle laisse les lecteurs·trices dans le doute jusqu’à la moitié du roman. Tout est juste dans ce petit roman, le chagrin et la douleur de Raph, la difficulté de se positionner socialement dans telle ou telle catégorie : fille ou garçon, le regard des gens (jamais méchants mais toujours hésitants et ayant peur de se « tromper »). Au final, le personnage va arriver à transcender ces clivages, régler des problèmes d’ordres familiaux et comprendre d’où lui vient ce malaise. Fille ou garçon, telle n’est pas la question, Raph va vivre sa vie comme iel l’entend. Catherine Grive nous dresse un portrait de l’adolescence, de ses douleurs, de ses peines, de ses rencontres. C’est aussi une ode à l’amitié et une célébration des différences (quelles qu’elles soient). Je suis qui je suis est un roman d’émancipation, d’une réconciliation entre ce qu’est Raph et ce qu’iel veut être iel même.
Un très joli roman sur la question de l’identité de genre et la nécessité d’être soi.
L’avis de Cordélia :
Il était une fois, au fond des noires forêts de l’Oural, un ogre, Edouard Yosipovitch, sanguinaire et velu, solitaire, depuis qu’il avait avalé tout rond son père (mais rassurez-vous ceci est très courant chez les ogres de l’Oural). Mais un jour, Edouard tombe nez à nez avec la plus incroyable et merveilleuse des créatures : une cyclope Bella. Celle-ci lui lance un défi : s’il veut la séduire, il doit se laver, apprendre les bonnes manières et se transformer en parfait gentleman, sinon, elle le mangera ! L’ogre Yosipovitch est désespéré… Mais c’est sans compter sur sa rencontre fortuite avec un blaireau philosophe et précepteur de deux jeunes louveteaux… Les forêts de l’Oural sont pleines de surprises !
Avec La romance de l’ogre Yosopovitch, Matthieu Sylvander nous propose une histoire hilarante ! On se prend immédiatement de sympathie pour ces personnages burlesques et surréalistes qui peuplent cette forêt sombre et inquiétante : l’Ogre un peu pataud transi d’amour pour sa belle cyclope carnassière, le blaireau précepteur exaspéré par ses élèves, les deux louveteaux pas très intéressés par les cours du vieil animal et qui s’emballent pour l’histoire d’amour de l’Ogre. Tout est drôle : le nom des personnages qui parodient ceux des héro·ïne·s des grands classiques russes, les situations (le premier bain de l’Ogre et surtout la scène de la déclaration d’amour d’Edouard à Bella, pastiche très réussi de Cyrano… mais qui, vous vous en doutez tourne à la catastrophe, Yosopovitch ne comprenant rien à ce qu’il doit dire). Le comique de situation est renforcé par les illustrations d’Anaïs Vaugelade qui croque à merveille ces drôles d’habitant·e·s de l’Oural. Mention spéciale pour le blaireau Igor Alexandrovitch, dont les expressions du visage sont particulièrement réussies et provoquent le rire instantanément ! La romance de l’ogre Yosopovitch est un roman truffé de références littéraires, formidable d’invention ! Bref, on en redemande !
Un roman hilarant, coup de cœur, qui nous ferait presque regretter de ne pas habiter les sombres forêts de l’Oural…
Je suis qui je suis ![]() de Catherine Grive Le Rouergue 9,20 €, 140×205 mm, 126 pages, imprimé en France, 2016. |
La romance de l’ogre Yosopovitch![]() Texte de Matthieu Sylvander, illustré par Anaïs Vaugelade L’école des loisirs 11,50 €, 138×205 mm, 120 pages, imprimé en France, 2019. |

Née au début des années 90s, tour à tour professeure, amoureuse de la vie, de la littérature, de la musique, des paysages (bourguignons de son enfance, mais pas que…), des films d’Agnès Varda, des vers de Cécile Coulon et des bulles de Brétecher. Elle a fait siens ces mots de Victor Hugo “Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent”.

