Aujourd’hui je vous propose deux albums originaux et étonnants qui nous content deux périodes historiques selon deux modes différents : Royale panique à Versailles de Claire le Meil, une histoire drôle et burlesque et Le Dictateur de Ximo Abadia, un ouvrage puissant sur Franco.
Versailles, 1682. Le roi vient d’emménager dans son château avec la cour, tout est neuf, brillant et scintillant et reflète la puissance du roi Soleil… Mais un drôle de petit personnage va mettre la zizanie dans ce beau décor et risque de révéler quelques secrets bien gardés : un cacatoès, Phénix, qui s’échappe de la ménagerie royale pour venir se promener dans les couloirs et les antichambres…
Royale panique à Versailles est un album drôle et bien construit qui s’apparente à une course poursuite dans les couloirs dorés et lumineux du château de Louis XIV. L’intrigue est simple : un cacatoès s’échappe de sa cage pour s’introduire à l’intérieur du palais. De la chambre de la Reine au bureau de Colbert, en passant par l’écritoire de La Fontaine et l’escabeau de Le Brun, il nous fait visiter Versailles mais va surtout mettre à jour certains secrets (Le Brun ronchonne en trouvant que le roi n’est pas si beau, Colbert s’inquiète de la crise financière, quant au roi il se fait surprendre par l’oiseau alors qu’il est en train de mettre sa perruque…). Les protagonistes, terrorisés à l’idée que toutes ces confidences ne soient portées au grand jour se lancent à la poursuite de Phénix. L’intérêt de l’album est double : sous prétexte de cette histoire très amusante, Claire le Meil nous fait découvrir des personnages historiques importants (jusqu’). Le rythme est enlevé, on plonge dans un univers burlesque et humoristique mis en lumière et en couleur par le trait vif et aiguisé de l’autrice-illustratrice. Mais sous couvert d’humour, Claire le Meil nous propose aussi en conclusion de l’album une morale digne des plus grandes fables de Jean de la Fontaine…
C’est l’histoire d’un petit garçon né dans une petite ville d’Espagne. Un petit garçon sombre, obsédé par les carrés… Un petit garçon qui en grandissant devint militaire. Envoyé en mission loin de l’Espagne, ce petit homme ne supporte pas à son retour la profusion de rectangles, de cercles, de triangles… Et décide de remettre de l’ordre. Ce petit garçon, c’est Franco.
Difficile de parler de la dictature aux plus jeunes… Et pourtant, Ximo Abadia réussit brillamment ce pari avec cet album bouleversant. Il nous conte à sa manière la vie de Franco, le dictateur espagnol au pouvoir de 1939 (après avoir pris le pouvoir pendant la Guerre d’Espagne) à 1975, de son enfance à sa mort. L’album, très graphique, est particulièrement bien construit. Grâce à de multiples métaphores (notamment l’obsession de l’enfant pour les carrés pour symboliser l’ordre face aux rectangles, cercles…) Ximo Abadia explique ce qu’est une dictature : un régime autoritaire et violent (l’auteur ne laisse rien passer, parlant à la fois du culte de la personnalité, de l’oppression des opposants politiques, mais toujours avec finesse). Le texte très bref, n’en demeure pas moins fort et très compréhensible pour un jeune public. Au fond, avec Le Dictateur l’auteur-illustrateur nous parle de la mémoire, de la nécessité de se souvenir pour ne pas reproduire les mêmes erreurs. Si le sujet est Franco (et il faut rappeler qu’aujourd’hui encore en Espagne, le franquisme est un sujet sensible et brûlant), l’album est puissant parce qu’universel. Il fait écho à tous et toutes, nous rappelant que la démocratie – même critiquable – est fragile et qu’il est nécessaire de se battre pour. Comment faire ? En aimant les cercles, les triangles, ou les rectangles…
Royale Panique à Versailles![]() ![]() de Claire le Meil Sarbacane 17,50€, 368×187 mm, 36 pages, imprimé en France, 2020. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Le dictateur![]() ![]() de Ximo Abadia La Joie de Lire 16,90€, 197×278 mm, 48 pages, imprimé en France, 2020. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Née au début des années 90s, tour à tour professeure, amoureuse de la vie, de la littérature, de la musique, des paysages (bourguignons de son enfance, mais pas que…), des films d’Agnès Varda, des vers de Cécile Coulon et des bulles de Brétecher. Elle a fait siens ces mots de Victor Hugo “Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent”.



