Quand un humain et un animal s’allient contre des chasseurs, c’est une expédition singulière que nous suivons dans la jungle. Quand une jeune fille force le destin en provoquant une rencontre avec un petit garçon, c’est une cavale émouvante qui commence.
William est un explorateur en herbe. Chapeau, chaussures de marche, longue-vue, à l’orée d’une jungle verdoyante, il vérifie son matériel, et part pour une expédition qui s’annonce riche en découvertes. Il utilise sa longue-vue pour étudier son environnement. Quelle n’est pas sa surprise quand, au bout de sa lunette, il découvre un tigre ! Poussé par la curiosité, et surtout, par une confusion dans l’appréciation des distances à cause de sa longue-vue, il finit par avancer tant qu’il se retrouve nez à nez avec l’animal… qui, bien entendu, projette de le croquer, puisqu’il a besoin de prendre des forces pour faire face aux chasseurs qui le traquent. Mais William fait preuve de malice et propose au tigre un marché : s’il lui laisse la vie sauve, le tigre verra quelque chose d’extraordinaire, et tout cela grâce à la longue-vue. Marché conclu ! Après une longue marche qui les mènera jusqu’à la nuit, William et le tigre font effectivement une découverte étonnante, qui, alliée à la ruse du garçon, mettront bien les chasseurs
en fuite au milieu de la nuit. Au matin, au moment de quitter le tigre et la jungle, c’est bien une chose extraordinaire que l’un et l’autre auront gagnée. Une longue-vue, pour l’un, et pour les deux, peut-être, une amitié ?
Ce premier album de Charlotte Lemaire est une belle histoire sur la curiosité et la vivacité d’esprit, plaisante à raconter, pleine de malice et de complicité entre William et le tigre. On se prend à rêver pareille aventure. Jouant sur les différents points de vue grâce à la présence de la longue-vue (de loin/de près), l’autrice-illustratrice invite à une plongée vertigineuse dans une nature luxuriante aux côtés de deux compagnons d’expédition un peu particuliers.
Une histoire où animal et humain se côtoient de façon originale et complice au milieu d’un univers végétal bariolé : un régal pour les yeux et les oreilles.
Sans un mot se déroule sur quelques heures, entre une sortie d’école, quelques stations de métro, un centre commercial et les tours de La Défense. Dinah enlève un petit garçon à la sortie de l’école, persuadée de bien faire, convaincue qu’elle vient de soustraire un enfant clandestin à la police qui va certainement le renvoyer dans son pays d’origine avec sa famille. Le petit garçon est muré dans le silence mais il semble être en confiance avec Dinah. Une fois passées les portes du métro, nous vivons avec les deux enfants ces quelques heures, entre errance et course folle pour ne pas se faire repérer par les services de sécurité. Très vite, nous comprenons que quelque chose cloche. Dinah agit de manière impulsive, d’abord sûre de son but, mais elle finit par douter d’elle-même. Ce qu’elle fait a-t-il encore un sens ? Est-ce vraiment pour aider le petit garçon, ou bien est-ce pour elle-même ou ses parents qu’elle agit ainsi ? Je ne dévoile rien en disant que la jeune fille agit dans l’illusion la plus totale, aveuglée par ce qu’elle croit être nécessaire pour elle et sa famille. Ce n’est qu’une fois au pied du mur qu’elle prendra la décision de faire machine arrière, non pas pour tout effacer, mais pour sauver ce qui peut encore l’être, le garçon, et elle-même.
J’avoue avoir été déroutée par ce court roman, qui m’a plu par sa concision, une narration resserrée dans le temps, rythmée, tendue comme dans un souffle. Le mélange des émotions de la jeune fille, l’envie parfois de dire « c’est de la folie », mais aussi la complicité silencieuse qui naît avec le petit garçon, jusqu’à l’intrigue qui tend inexorablement vers un échec… Le dénouement m’a semblé presque trop rapide, et j’aurais accepté de suivre Dinah dans son errance quelques heures de plus, pour mieux la comprendre.
Un texte tendu sur le fil d’émotions brutes, à lire d’une traite et qui laisse une empreinte forte dans l’esprit et des questions en suspens.
William, la longue-vue et le tigre![]() ![]() de Charlotte Lemaire Biscoto 14 €, 300×230 mm, 26 pages, imprimé en Lettonie, 2019. |
Sans un mot![]() de Romuald Giulivo L’école des loisirs dans la collection Médium + 12 €, 148×218 mm, 88 pages, imprimé en France, 2019. |

« Un instant, un seul, lui fait déserter son corps : le temps des livres. Le corps de l’enfant qui lit n’est plus qu’un tas de vêtements qu’il a jetés n’importe où. Le livre est ouvert sur la moquette. Les vêtements glissent du lit ou font les pieds au mur. Il est en train de lire. […] Il n’y a plus personne dans la chambre. L’enfant est très loin de là, dans un corps plus ample, au milieu des vagues, loin de nous. » Timothée de Fombelle, Neverland.




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