Aujourd’hui, je vous propose de découvrir deux albums radicalement différents. L’un nous conduira en Idaho à la découverte d’une drôle de maison mobile, l’autre nous invitera à appréhender la perte d’un être cher.
Au cœur de l’Amérique du XIXe siècle, un gisement d’argent est découvert. Un certain Miller a tôt fait de se l’approprier et y construit la plus belle demeure de la ville à proximité. Mais à sa mort, sa veuve, escroquée, se retrouve sans le sou et entreprend un élevage de cochons. Sauf que c’est interdit dans la ville de Bellevue ! Aussi décide-t-elle de déplacer la maison. Et ce n’est pas une mince affaire !
D’une ingéniosité folle et d’un humour sans pareil, l’histoire de la maison mobile des Miller détone (et pas seulement parce qu’il y est question de mines !). Les nombreuses apostrophes aux lecteur·rices rendent le récit dynamique et drôle à souhait. Annie Miller parviendra-t-elle à déplacer sa maison ? Le suspense est à son comble et on attend la chute avec impatience. Et quelle chute ! Croyez-moi, elle est sa-vou-reuse ! D’ailleurs, tout est savoureux dans cette fable burlesque. Aussi, je ne saurais vous dire qui des élégantes illustrations bourrées de détails et d’humour (dans les tons ocre qui rappellent la ruée vers l’or et le Far West), qui de l’histoire ou qui des interventions du narrateur m’ont le plus plu. Mais une chose est certaine, je me suis régalée à la lecture de cet album.
Louis a perdu sa mère et a très peur de l’oublier. Avec son père, tous deux vont nourrir leurs souvenirs et consolider leur amour.
Le regard triste tourné vers les étoiles du petit garçon sur la couverture en dit long sur le thème abordé dans L’écharpe de maman. Le titre et la préface de Cornelia Funke, romancière et illustratrice de livres pour la jeunesse, achèvent de lever nos doutes : l’album aborde la mort d’une mère. Il témoigne du deuil nécessaire pour continuer à vivre dans le présent tout en laissant place aux souvenirs (sans qu’ils soient oppressants) et à l’imagination. Ainsi, par-delà la perte de la mère, c’est la complicité père/fils qui est mise en avant. Ils décident alors de créer un mur de souvenirs et de réaliser des choses que la mère aurait aimé faire : aller au musée, manger une glace près de la tour de Pise, partir dans la jungle, etc. Elle continue d’être avec eux, même si elle n’est plus là. Les illustrations mettent cela en évidence avec délicatesse. L’écharpe présente dès le titre se retrouve — tel le fil rouge de l’histoire — tout au long de l’album, au cou du père ou du fils, symbolise alors le lien entre les vivants et la disparue. La tristesse des premières pages qui se lit sur les visages des personnages laisse place aux sourires au fur et à mesure du temps qui passe. Construire l’avenir non pas avec un fantôme, une ombre encombrante, mais avec une présence bienveillante à laquelle on fait honneur et qui permet d’aller de l’avant. Un album profondément touchant, juste et réconfortant, sans fausse naïveté, sur un thème qui me parle particulièrement en littérature jeunesse.
La véritable histoire de la maison mobile des Miller![]() Texte de Dave Eggers (traduit de l’anglais par Emmanuel Gros), illustré par Júlia SardàGallimard Jeunesse 16,90 €, 228×300 mm, 56 pages, imprimé en Italie, 2024. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
L’écharpe de maman![]() de Joana Dürnberg (traduit de l’allemand par Julie Duteil)Minedition 15 €, 221×293 mm, 36 pages, imprimé en Chine, 2024. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Les pieds sur terre et la tête dans les nuages, Laetitia est une éternelle rêveuse qui partage sa vie entre la terre et la mer. Bien que tombée dans la marmite aux mots dès l’enfance, ce n’est que sur le tard qu’elle se découvre une passion pour la Littérature jeunesse avec un L majuscule et collectionne depuis lors les albums qui font la part belle à l’imagination et font l’éloge des mots.




Texte de Dave Eggers (traduit de l’anglais par Emmanuel Gros), illustré par Júlia Sardà