Les semaines de confinement ont mis en lumière le meilleur comme le pire. Dans certains immeubles, des habitant·es qui ne se connaissaient pas, on fait preuve d’une grande solidarité. Dans certaines maisons, la violence familiale déjà existante a pris une intensité sans nom. Finalement, il y a un peu de tout cela dans les albums présentés, aujourd’hui.
Au milieu d’une grande ville, dans un immeuble aux nombreux habitant·es, une vieille dame vivait seule dans son appartement. Chacun·e était toujours très pressé·e, très occupé·e ; et personne ne portait attention à elle. Au choix, elle pouvait rencontrer la famille Panda qui embaumait la cage d’escalier avec des odeurs de cuisine, ou bien la famille Écureuil et leurs musiques de fête. Mais chez la vieille femme, personne, pas de bruit ; à tel point que les enfants du voisinage commençaient à se questionner : que pouvait-elle bien faire à longueur de journée ? Émile-Hippopotame pensait que c’était une sorcière ; alors que Tom-Panda croyait savoir que c’était une ancienne danseuse. Et puis un jour, se fit entendre un gros boum depuis l’appartement de la dame âgée. Que s’était-il passé ?
Deux mondes s’opposent dans cet immeuble : celui de la petite dame où règne le calme et la solitude ; celui des autres habitant·es, jeunes et bruyant·es. Toutes et tous vivent sous le même toit, sans se connaître, se croisant à peine au détour d’une cage d’escalier ou d’un couloir. Un événement imprévu et une bande de gamin·es viendront remettre un peu d’ordre dans tout cela. Là où régnait l’indifférence se crée du lien entre les générations ; la solitude laissant place à l’entraide et à la solidarité.
Orianne Lallemand nous offre une jolie petite histoire porteuse de valeurs et source de réflexion.
Une petite fille et sa mère habitent une maison, seules et tranquilles ; jusqu’au jour où, la jeune femme tombe amoureuse, ouvrant sa porte, comme son cœur. Son nouveau compagnon, le loup, se montre doux comme un agneau avec elle. Seulement, la fillette ne s’y trompe pas et reconnait vite en lui le grand et méchant héros des contes. Un soir, la mère arrive en retard, déchaînant la colère du loup. Oubliés les mots doux, les humiliations pleuvent comme les coups. La mère s’effondre ; l’enfant enfile des manches longues et se forge des barrières. Cela dure quelque temps, jusqu’à ce que la mère prenne conscience de cette situation, insupportable. Elles font alors leurs valises, direction une nouvelle maison où brille une lueur d’espoir.
Au cœur de l’histoire, un sujet difficile, celui de la violence familiale. À la manière des contes, auxquelles les références sont multiples, le texte et l’image suggèrent le danger, plus qu’il ne le nomme, permettant ainsi une mise à distance nécessaire, pour les jeunes lectrices et lecteurs. D’ailleurs, la mère et la fille non plus, on ne les nomme pas ; sans prénom, elles pourraient être n’importe quelle femme, n’importe quelle fille. Le rôle de l’homme violent, quant à lui, ne pouvait être endossé que par un seul personnage : le loup, le grand méchant de toutes les histoires. Les illustrations douces et colorées pourraient paraître réconfortantes.
Mais à mieux y regarder, on se rend vite compte qu’elles se mettent au service du texte ; le jeu sur la lumière et les ombres, les cadrages ou même les points de vue, ajoutant à la tension palpable.
Le sujet en fait un livre touchant, poignant même, mais, en aucun cas, larmoyant, nous laissant entrevoir l’espoir. Un vrai coup de cœur pour cet album, qu’il faudrait retrouver dans toutes les bibliothèques scolaires, pour ouvrir le dialogue avec les enfants.
La petite dame![]() ![]() Texte d’Orianne Lallemand, illustré par Anne-Isabelle Le Touzé P’tit Glénat 11 €, 198×233 mm, 32 pages, imprimé en Pologne, 2020. |
Le grand méchant loup dans ma maison![]() Texte de Valérie Fontaine, illustré par Nathalie Dion Les 400 coups, dans la collection Carré blanc 14 €, 210×280 mm, 32 pages, imprimé au Canada, 2020. |

Fille des années 80, amoureuse des livres depuis toujours. La légende raconte que ses parents chérirent le jour où elle sut lire, arrêtant ainsi de les réveiller à l’aube. Sa passion des livres, et plus particulièrement des livres jeunesse, est dévorante, et son envie de partage, débordante. Elle est sensible aux mots comme aux images, et adore barboter dans les librairies et les bibliothèques. Elle aime : les albums au petit goût vintage et les romans saisissants, les talentueux Rebecca Dautremer et Quentin Gréban, les jeunes pousses Fleur Oury et Florian Pigé, l’humour d’Edouard Manceau et de Mathieu Maudet, les mots de Malika Ferdjoukh et de Marie Desplechin.



