Aujourd’hui je vous parle de deux albums coup de cœur, mêlant les mots à la peinture pour Le Tamafumoir et la Magissorcière et à la musique pour Sinus & Disto.
Sinus est un petit lapin à casquette qui pousse la chansonnette tous les matins à travers la forêt. Ce qui n’est pas du goût des autres habitant·es du bois, qui aimerait mieux dormir plutôt que d’entendre ces glapissements… Mais Sinus veut devenir chanteur, et il est prêt à tout pour accomplir son rêve !
Par chance, il réveille le vieux Disto, un loup à la crinière blonde et aux nombreux contacts, qui a bien roulé sa bosse. Il devient illico presto son manager et lui montre quelques ficelles du métier : notamment comment attraper un son grâce à un filet à papillons. Chaque bruit peut servir pour créer un sample et ainsi écrire la chanson qui va propulser Sinus en haut des Charts.
Aidés par Scuff 2Pack, l’ours pro des claquettes, les Demoiselles Gospel et Rato, lombrics jumelles-chanteuses à leurs heures perdues ou encore DJ Risson, qui mixe les tonalités comme personne, ils vont créer le morceau du siècle ! Peut-être que Sinus arrivera même à détrôner Toto le blaireau, la star de la forêt ?
Sinus et Disto est un album amusant et aux teintes pop et acidulées. Les couleurs primaires en aplats viennent égailler les silhouettes noires des animaux pour une perception simple, efficace et ludique de la dynamique du récit.
L’illustratrice joue avec l’espace et la mise en page, avec la typographie et les onomatopées tandis que le texte est bourré de clins d’œil à la Pop culture, mais aussi de blagues et de personnages un brin farfelus, qui sauront et vous faire rire à coup sûr.
De plus, des petites étoiles indiquent des pistes musicales venant agrémenter l’histoire. Car Sinus et Disto possède sa propre BO, superposant ainsi la découverte musicale à la lecture, avec des titres travaillés au style électro, jamais niais et toujours rigolos.
Pour parfaire le tout, on y trouve également un petit lexique d’onomatopées comprenant notamment « Bling Bling (gourmettes de Toto le blaireau qui s’entrechoquent) » ou encore « Zouig Zouig Zouig (doigt sur la buée du miroir de la salle de bain) » : de quoi créer soi-même de nouveaux morceaux avec ces tous ces sons !
Dans son atelier du bout du monde, la Magissorcière invente et répare. Un matin, on toque à la demeure qu’elle partage avec ses deux acolytes, des chamiaous espiègles et joueurs. C’est un canacoincoin, suivi de près par deux poissonvols, tous autant malmorphosés, c’est à dire déformés, abimés par un mal inconnu. Sans plus attendre, la gentille sorcière, savante et guérisseuse, inspecte les petits malades et découvre de vilains microbes tentaculaires, couleur de goudron, se propageant dans leurs poumons.
Que se passe-t-il sur la planète Tourneboule, d’où proviennent ces pauvres animaux empoisonnés ? Il semblerait qu’un Tamafumoir sévisse là-bas… Grand pollueur avide d’argent, cette créature est la cause de millions de malmorphosés, de marée noire et de nuages toxiques.
La Magissorcière et les chamiaous sont décidés à soigner le problème à la racine, en éduquant le Tamafumoir et en lui ouvrant les yeux sur la portée de ses actes.
Le Tamafumoir et la Magissorcière est une très belle découverte à plusieurs niveaux. Tout d’abord, Hélène Kérillis et Xavière Devos s’appuient sur l’œuvre de Joan Miró, notamment son tableau Le carnaval d’Arlequin, et interprètent à leur façon les formes que l’on y croise. Ainsi, de leurs imaginations et de celle de l’artiste peintre naissent des créatures venues d’ailleurs, des paysages fantasmagoriques faisant pourtant sensiblement écho à notre monde et à sa situation actuelle.
Les jeux de mots et la fantaisie sont au rendez-vous à chaque page, promettant une lecture amusante, mais aussi la découverte de nouveaux termes et une invitation au débat autour de la pollution et de la préservation du vivant.
Quant à la figure de la sorcière, elle fait un pied de nez à celle souvent représentée en littérature jeunesse ! Ici, pas de verrue sur le menton, de magie noire et de fourberie, mais un personnage pédagogue et bienveillant. De plus, elle préfère donner sa chance au « méchant » de l’histoire, pour qu’il devienne à son tour bon et généreux plutôt que de simplement l’éliminer.
Cette fable écologique, engagée et un brin pétulante permet d’apprendre en s’amusant et de se questionner sur ses actions du quotidien tout en découvrant l’univers magique et onirique du peintre Joan Miró. En fin de livre, on trouve une mini-bio expliquant avec simplicité le parcours de l’artiste ainsi qu’une galerie rassemblant les tableaux utilisés comme support de l’histoire.
Un voyage pictural prenant et bourré de bonnes idées.
Sinus & disto![]() Texte de Nicolas Frey, illustré par Pauline Kerleroux, musique d’Elvett et Simon AeschimannÉditions La joie de lire 16,80 €, 144 x 179 mm, 62 pages, imprimé en Europe, 2020. |
Le Tamafumoir et la Magissorcière Texte d’Hélène Kérillis, illustré par Xavière Devos, d’après l’œuvre de Joan MiroÉditions Léon Art & Stories dans la collection Art-Fiction 16 €, 270 x 240 mm, 32 pages, imprimé en Belgique, 2018. |

Approche de la trentaine, et en a profité pour perfectionner ces petites choses si importantes qui font un tout. Vivre les livres, dessiner et créer des trucs, pour relier le dehors au dedans. Aime la nature, les histoires qui donnent espoir, celles aux allures de vieux grimoires, les BD hypersensibles et les images colorées.
Se retrouve dans le travail de Tarmasz, de Tayou Matsumoto, de Bretch Evens.



Texte de Nicolas Frey, illustré par Pauline Kerleroux, musique d’Elvett et Simon Aeschimann