Au cas où vous auriez encore un peu faim entre les fêtes, l’Épiphanie et la Chandeleur, je vous propose trois ouvrages pour vous mettre à table.
Casser un œuf, choisir des légumes et fruits de saison, préparer un pique-nique, cuire des pâtes, faire un quatre-quarts ou des crêpes, fabriquer des sirops…
Les gestes, techniques et recettes sont nombreux·euses en cuisine. Devenir un·e petit·e chef·fe ne s’improvise pas ! En tant que parent, on aime transmettre nos savoir-faire, et même parfois les recettes familiales et leurs secrets de fabrication. Toutefois, un ouvrage comme celui-ci est le bienvenu pour en apprendre davantage. Certes, nous avons ici affaire à un livre de recettes, mais pas seulement. Le choix a été fait de s’adresser directement à l’enfant, lui fournissant ainsi des explications claires, préalable nécessaire à la réalisation des recettes en autonomie ou semi-autonomie. Par exemple, l’ouvrage propose de découvrir les fruits de saison, puis d’apprendre à les couper, les préparer ou les presser, avant de faire une salade de fruits. Les gestes et recettes présenté·es sont plus ou moins complexes ; chacun·e, selon son âge, pourra donc aller chercher l’explication dont iel a besoin. La mise en page est originale : dessins explicatifs, pas-à-pas photographiés ou dessinés, recettes écrites ou dessinées… Le classement des apprentissages par type d’aliments ou moment du repas facilite la recherche dans cet épais livre. Pour conclure, deux petits plus bienvenus en fin d’ouvrage, utiles aux enfants comme aux parents : la conversion des températures en chiffres de thermostat pour le four et des astuces pour remplacer la balance (mesure en cuillère, tasse à café…). En résumé, c’est un guide pratique et original, qui change des livres de cuisine traditionnels. Dans la même collection, vous pouvez retrouver Je sais le faire – 1 000 gestes pour devenir autonome que nous avions chroniqué ici.
Noisettes croquantes pour l’apéritif du restaurant pour écureuils, œuf mimosa du restaurant pour fleuristes, croque-monsieur du restaurant pour ogres, rose des sables du restaurant pour petits princes.
Voici le menu que je me suis composé avec Les restaurants imaginaires. Et vous, quel sera le vôtre ? Le duo Montel-Clément nous a concocté un album de vingt-cinq recettes avec la complicité de leurs enfants et de la grand-mère de la famille. Nos papilles salivent à la lecture de chaque recette et nos yeux pétillent face à l’illustration que l’artiste a créée à partir de celle-ci. D’ailleurs, ce n’est pas la recette qui est mise en image, mais le restaurant, ou plutôt le foodtruck, où elle pourrait être préparée. Par exemple, où manger des truffes au chocolat ? Au Doggy bag, restaurant pour chiens, pardi ! C’est savoureux, n’est-ce pas ? De mon côté, je me rendrais volontiers au restaurant chez L’Amie Molette qui se niche au creux d’une ancienne théière rouge et où à chaque étage, une personne s’affaire pour régaler les souris. N’entendez-vous pas la théière siffler ? Ne voyez-vous pas la vendeuse s’abritant sous un parapluie pour se protéger du parmesan qui dégringole de l’étage du dessus ? Comme à son habitude, Anne Montel a caché un brin de poésie et de fantaisie dans chaque détail qu’elle a peint. Album, bande dessinée, abécédaire, livre de recettes… Anne Montel et Loïc Clément savent se réinventer et nous surprendre à chaque ouvrage. Nous, voilà donc, pauvre lecteur·rice, à attendre le prochain livre avec impatience, nous demandant quelle surprise iels sont en train de nous cuisiner.
Et si, comme moi, vous adorez le travail d’Anne Montel, vous pouvez retrouver le coup de projecteur que nous lui avions consacré ici.
Depuis toujours, le premier jour de l’automne, Monsieur Lepron prépare la meilleure soupe du monde avec la précieuse aide de sa très nombreuse famille. Chacun·e rapporte du potager des fermier·ères l’un des légumes, que Monsieur Lepron a regardé pousser tout au long de l’année, afin qu’il le fasse mijoter dans sa très grande marmite. Le temps de la cuisson, le lapin rêve. Il s’imagine alors en cuisinier célèbre, invité par monts et par vaux pour mitonner sa fameuse soupe. Un jour, la réalité surpasse le rêve. La soupe Lepron est tellement appréciée (bien que personne n’ait réussi à en percer le secret) que l’animal ouvre une usine pour que celle-ci y soit cuisiner nuit et jour. Le potage est bientôt connu partout dans le monde. Le lapin continue à rêver. Mais peu à peu, ses songes deviennent de plus en plus sombres ; tout comme la réalité qui, cette fois, devient pire qu’un cauchemar. La rumeur enfle : la soupe Lepron aurait changé. À moins que ce ne soit son propriétaire. Ne serait-il pas tant de prendre une grande décision ?
Quel est le secret de la bonne soupe Lepron ? Personne ne le sait. Quel est le secret d’un bon livre comme celui-ci ? Je crois avoir ma petite idée : une histoire qui pousse à la réflexion, des illustrations d’une grande qualité artistique, quelques références culturelles parsemées ici et là. De prime abord, on se trouve devant un album de forme classique. En tout cas, c’est ce que nous suggère la première de couverture : animal anthropomorphe dans un enchevêtrement de beaux cadres, le tout réalisé à l’encre. Mais ne nous méprenons pas, les sujets abordés sont d’une actualité criante et les illustrations sont bien plus complexes qu’il n’y paraît. Le brave monsieur Lepron qui se brûle les ailes aux flammes du capitalisme nous laisse entrevoir la voie des bonheurs simples et inusables. Quant aux dessins, ils nous font ressentir tour à tour la douceur de vivre et la noirceur, voire la folie du monde. De mon côté, ce que j’aime par-dessus tout, ce sont les clins d’œil dont sont remplis texte et images et qui parleront aux un·es et aux autres selon leurs références culturelles. Forcément, on ne peut s’empêcher de penser à la soupe Campbell de Warhol. Mais, dans La soupe Lepron, on retrouve également un peu du Pierre Lapin de Beatrix Potter ou du Charlie et la chocolaterie de Roald Dahl, ou bien même des emprunts au cinéma des années 50 et au courant psychédélique des années 70. Bref, ce livre est un coup de cœur !
Je sais cuisiner – 1 000 gestes pour devenir autonome![]() illustré par Hifumiyo et Nina Davidson Les Arènes 19,90 €, 214×259 mm, 169 pages, imprimé en Italie, 2022. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Les restaurants imaginaires![]() Texte de Loïc Clément, illustré par Anne Montel Little Urban 14,90 €, 228×233 mm, 56 pages, imprimé en Belgique, 2022. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
La soupe Lepron![]() Texte de Giovanna Zoboli (traduit de l’italien, traducteur·rice non crédité·e), illustré par Mariachiara Di Gorgio Les Fourmis Rouges 17,50 €, 216×270 mm, 48 pages, imprimé en Italie, 2022. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Fille des années 80, amoureuse des livres depuis toujours. La légende raconte que ses parents chérirent le jour où elle sut lire, arrêtant ainsi de les réveiller à l’aube. Sa passion des livres, et plus particulièrement des livres jeunesse, est dévorante, et son envie de partage, débordante. Elle est sensible aux mots comme aux images, et adore barboter dans les librairies et les bibliothèques. Elle aime : les albums au petit goût vintage et les romans saisissants, les talentueux Rebecca Dautremer et Quentin Gréban, les jeunes pousses Fleur Oury et Florian Pigé, l’humour d’Edouard Manceau et de Mathieu Maudet, les mots de Malika Ferdjoukh et de Marie Desplechin.



