Aujourd’hui, je vous invite à découvrir deux adelphies. L’une en quête de fortune et d’aventures, l’autre à la recherche d’un refuge en période de guerre. Deux ouvrages qui célèbrent la solidarité entre frères et sœurs.
Dans un pays en guerre, sous les décombres de leur maison, un frère et sa sœur, désormais seul·es, doivent s’enfuir pour se mettre à l’abri. Ne comprenant pas pourquoi elle doit partir, la petite fille rechigne à s’en aller. Pour l’aider à dépasser sa peur, son grand frère lui fait croire qu’iels jouent en vérité à un jeu de rôle géant. Son rôle à elle : exploratrice. Direction : la ville des explorateurs. Parviendra-t-elle à mener son rôle à bien ?
Le jeu de rôle géant conduit par le grand frère pour que sa petite sœur avance malgré l’adversité et la peur ne manquera pas de rappeler le chef-d’œuvre de Roberto Benigni, La vie est belle. Dans ce film, un père fait croire à son fils – pour le préserver de l’horreur – que les occupations dans le camp de concentration, dans lequel ils ont été déportés, sont en réalité un jeu pour son anniversaire, dont le but serait de gagner un char d’assaut, un vrai. Dans Tu es une exploratrice, le grand frère tente de mener à bien leur parcours qui sera semé d’obstacles. En effet, rien du parcours des migrant·es n’est épargné. Les lecteur·rices visualisent ainsi la longue marche forcée, le manque de nourriture, les bateaux surchargés, etc. On admire la résilience du grand frère qui met en place ce stratagème pour que sa sœur et lui ne baissent pas les bras et avancent vers un lieu plus sûr. On est très ému·e lorsque la petite fille prend la relève quand son frère, à bout de forces, ne parvient plus à se lever.
Les illustrations principalement grises, hormis le frère et la sœur symbolisant l’espoir, sont particulièrement douces et pleines de pudeur malgré la dureté des situations mises en scène (décombres, flammes, soldats) proposées. Enfin, littérature jeunesse oblige, l’album se clôt sur une note d’espoir, un souffle de liberté, en plaçant la petite héroïne au sein d’une salle de classe entourée d’enfants tenant son propre livre à la main (mise en abîme), objet de transmission nécessaire. Probablement l’un des albums les plus forts et bouleversants qu’il m’ait été donné de lire depuis longtemps. Un album essentiel pour parler des réfugié·es et des survivant·es dans les pays en guerre avec les enfants.
Dans le Londres victorien, une adelphie, composée de cinq frères et sœurs et orpheline de mère, est persuadée que leur demeure recèle des trésors enfouis. Suite à la récente ruine de leur père, iels décident de rétablir sa fortune et redoublent d’imagination et d’ingéniosité pour y parvenir. Mais iels vont devoir faire face à quelques déconvenues. Arriveront-iels à restaurer la fortune familiale ?
« Je tiens toujours à me mettre à la hauteur de l’enfant », clamait Edith Nesbit, autrice britannique à la lisière des dix-neuvième et vingtième siècles, considérée comme la première autrice moderne de la littérature jeunesse britannique qui a notamment inspiré Le Seigneur des anneaux, Le monde de Narnia et Harry Potter. C’est donc à travers une adelphie haute en couleur qu’elle propose Les mésaventures de l’illustre famille Bastable, un condensé de la joie et de l’insouciance de l’enfance. L’histoire, remarquablement traduite, est vive et fraîche. Tous les ingrédients requis, comme le suspense, les aventures rocambolesques, les personnages attachants, un narrateur facétieux, etc., sont réunis pour en faire un roman intemporel au charme résolument désuet et à l’humour so british. Aussi, le mystère qui plane autour de l’identité du narrateur interne – qui ne manque pas d’humour, possède un sens de la formule et un art de conter sans pareils pour rendre compte des mésaventures de ses frères et sœurs – achève de retenir l’attention des lecteur·rices. Enfin, le roman met aussi en évidence qu’il n’y a nul besoin d’argent et de tonnes de jouets pour s’amuser et laisser courir son imagination, l’essentiel étant d’être soudé·es. Bref, j’ai passé un excellent moment de lecture en compagnie de l’adelphie Bastable et j’ai hâte de la retrouver au printemps 2025 pour de nouvelles aventures !
Tu es une exploratrice![]() ![]() Texte de Shahrzad Sharhrjerdi (traduit du persan par Néda Khoshdoni Farahani), illustré par Ghazal Fathillahi Alice jeunesse 14 €, 212×272 mm, 36 pages, imprimé en Belgique, 2024. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Les mésaventures de l’illustre famille Bastable Texte d’Edith Novel (traduit de l’anglais par Amélie Sarn), illustré par Katerina BazantovaNovel 15,90 €, 140×204 mm, 300 pages, imprimé en Turquie, 2024. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Les pieds sur terre et la tête dans les nuages, Laetitia est une éternelle rêveuse qui partage sa vie entre la terre et la mer. Bien que tombée dans la marmite aux mots dès l’enfance, ce n’est que sur le tard qu’elle se découvre une passion pour la Littérature jeunesse avec un L majuscule et collectionne depuis lors les albums qui font la part belle à l’imagination et font l’éloge des mots.



Texte d’Edith Novel (traduit de l’anglais par Amélie Sarn), illustré par Katerina Bazantova