Aujourd’hui, je vous propose de vous laisser emporter dans des rêveries à travers trois albums qui nous font côtoyer les étoiles.
Ce soir Lorian n’a pas sommeil. Il voudrait bien retarder l’heure du coucher. Alors quoi de mieux que de réclamer à cor et à cri une dernière histoire. Mais c’est peine perdue, ses parents éteignent la lumière et le laissent s’endormir seul. La chambre lui paraît peuplée de monstres étranges, Lorian n’est vraiment pas rassuré. Il se met à compter les étoiles. C’est le moment que choisit un gros chat aux rayures argentées pour toquer à la fenêtre et pour lui proposer de l’aider à trouver quelqu’un qui lui racontera cette fameuse dernière histoire. Lorian monte sur son dos et les voilà partis tous deux. Sautant de toit en toit, ils parviennent jusqu’au gardien des nuages. Peut-être que celui-ci connaîtrait une histoire ? Mais le nuage a une bien meilleure idée : emmener l’enfant jusqu’à la lune, elle qui sait l’histoire du monde depuis le tout début. La lune, elle, ne voit les choses que de loin ; elle ne s’occupe pas d’histoires, mais elle connaît le meilleur conteur qui soit, celui qui survole les déserts et les lacs, celui qui connaît tous les pays et toutes les langues : l’oiseau voyageur.
Voilà un sujet qui nous parle à tous et à toutes, les difficultés à s’endormir et la demande de LA dernière histoire ! Mais Le Voyage de Lorian nous offre une très jolie variation poétique sur ce thème assez classique. Les illustrations de Mickaël El Fathi surtout sont impressionnantes. Elles chatoient de mille couleurs, déroulant des dégradés somptueux de bleus rehaussés de tâches d’or qui figurent la chevelure de Lorian. Certaines rappellent les mosaïques byzantines, d’autres des tapisseries, d’autres encore ressemblent à des collages de plumes et de fleurs.
Un beau voyage peuplé de rencontres extraordinaires à la recherche du sommeil.
Le papa d’Isha est pêcheur de rêves. Il parcourt la Lune pour capturer les plus beaux rêves et les envoyer sur Terre. Mais le temps passe et il se fait vieux. Isha, son fils, doit prendre la relève. Il lui a tout appris, où trouver les plus beaux rêves, comment les capturer sans les briser. Mais pour devenir lui aussi pêcheur de rêves, Isha doit subir une toute dernière épreuve : capturer le plus terrible des cauchemars pour le transformer en magnifique rêve. Isha est prêt pour le voyage, il entre dans son tipi, ferme les paupières et serre contre lui son piège à rêves. Il invoque ses ancêtres pour que ceux-ci l’emportent jusqu’à la Lune. Le voici arrivé devant la mer de la tranquillité, il ne lui reste plus qu’à plonger au plus profond, là où règne l’obscurité, pour trouver le plus effrayant des cauchemars. Mais tous les cauchemars qu’il rencontre, il les connaît déjà et ils ne lui font plus peur. Il comprend alors que le plus terrible des cauchemars, ce n’est pas celui des autres mais le sien propre et qu’il doit s’y confronter. Et le pire de ses cauchemars, c’est que ses parents l’abandonnent et ne l’aiment plus.
Pêcheur de rêves est un récit initiatique, l’histoire d’un petit garçon qui doit se confronter à une épreuve pour pouvoir grandir. Et quoi de plus approprié pour un tel récit que le monde amérindien ? Sous la forme d’une légende indienne, c’est de surmonter ses peurs et de prendre confiance en soi qu’il s’agit ici. Les illustrations presque naïves, aux tons ocre du désert, accompagnent le lecteur et la lectrice dans cet univers un peu mythologique.
Un album tendre et doux pour affronter ses peurs.
C’est l’histoire d’un petit garçon qui est né sous trois étoiles, trois étoiles qui l’ont accompagné toute sa vie. Toutes les nuits, en toute saison, elles se tenaient là, familières et rassurantes, au-dessus de sa maison. Une nuit un cyclone survient, passe juste au-dessus de la maison et dans un grand tourbillon les emporte loin, très loin. L’enfant essaye de les suivre, de les rattraper bien sûr ! Mais sans ailes, comment faire ? Alors il a attendu qu’elles reviennent. Mais rien. Elles n’ont pas retrouvé seules le chemin. Il ne lui restait plus qu’une chose à faire : partir à leur recherche. Il a fait son baluchon et entamé son voyage. Il a croisé des gens et il leur a demandé s’ils n’avaient pas vu ses étoiles. Tous ont essayé de le décourager : « Des étoiles, ça ne se rattrape pas. » Pourtant, il ne s’est pas laissé faire et a continué son chemin. Et une nuit, il les a reconnues. Elles étaient là, devant lui, peut-être un peu moins brillantes, mais c’était bien elles. Quelle joie ! Il a tenté par tous les moyens de les ramener chez lui, elles ne voulaient pas bouger. Alors, il a inventé un stratagème.
C’est un album absolument magnifique que Sans ailes. Un vrai coup de cœur ! Le texte, à l’écriture ciselée, est d’une grande poésie. Et l’histoire de cet enfant qui part à la découverte du monde, rencontre la peur et le découragement mais continue envers et contre tous, poussé par l’espoir, est extrêmement émouvante. Il faut dire que les illustrations de Csil, minimalistes et tout en délicatesse, sont un vrai régal ! C’est de perte et d’absence dont il est question ici, et de retrouvailles aussi. Et ces étoiles peuvent incarner de multiples choses, à chacun.e d’y voir ce que bon lui semble.
Un magnifique album qui donne des ailes !
Le voyage de Lorian![]() ![]() texte de Mathilde Fonvillars illustré par Mickaël El Fathi La Palissade 14,90 €, 235×295 mm, 40 pages, imprimé en France, 2016. |
Pêcheur de rêves![]() ![]() texte de Christos illustré par Charlotte Cottereau Balivernes 13 €, 250×290 mm, 32 pages, imprimé en Europe, 2016. |
Sans ailes![]() ![]() texte de Thomas Scotto, illustré par Csil À pas de loups 16 €, 18×13 mm, 40 pages, imprimé en Belgique, 2016. |

Aimait la littérature jeunesse bien avant d’avoir des enfants mais a attendu d’en avoir pour créer La mare aux mots. Goût particulier pour les livres pas gnangnan à l’humour qui pique !



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