Certes, les beaux jours reviennent mais l’hiver littéraire nous accompagne encore un peu avant les chroniques printanières ! Trois albums qui célèbrent les jours de grand froid sont à découvrir aujourd’hui !
Orteils gelés, chutes et glissades, nez qui coulent, maladies qui clouent au lit, toux tonitruante, joie et sourire en berne… L’hiver n’est pas la saison qui remporte d’office une totale adhésion. Il lui faut déployer bien des efforts pour se rendre appréciable lui qui n’est synonyme que de frissons et de nature endormie. Dans cet album, la saison boudée par les frileux·ses est en quelque sorte l’héroïne d’un recueil de petits textes qui racontent ces mois durant lesquels la nature se pare de blanc et se fige sous le givre.
Le duo Norac et Dendooven explore ici toutes les facettes de l’hiver, des petits clichés aux anecdotes diverses en passant par les jolis instants qu’il peut aussi donner à vivre. Chaque texte prend parfois des allures de petit poème — l’on sait Carl Norac aussi très friand de ce format-là — de brèves histoires ou de très courtes nouvelles à chute. En écho, le trait de Gerda Dendooven joue sur une palette réduite à quelques couleurs : aux tons froids bleutés se mêle une gamme de rouge rosé qui rappelle les joues et les mains saisies par les jours de grand froid. Les dessins — rarement figés —
accompagnent les pages à tourner et interprètent fidèlement ou métaphoriquement — les mots de Carl Norac qui font souvent mouche. L’on se retrouve enfant, amoureux·se, frileux·se et certaines de ces pages ont indéniablement le goût de vécu. Une belle valse hivernale qui rend magnifiquement hommage aux jours trop froids et aux longues soirées près du feu qui aident à patienter avant le retour du printemps.
C’est une immensité blanche, pure et lumineuse. De la neige à perte de vue, du froid à vous pétrifier le corps. L’Antarctique, ce monde de glace s’offre ici à nous au fil des pages. Mais il serait regrettable de ne se fier qu’au premier coup d’œil et de penser que ce désert-là n’est que silence et absence. Si l’on veut bien ouvrir les yeux, nichés dans le brouillard, cachés et bien à l’abri, ces territoires regorgent de vie. Pétrels des neiges, léopards des mers, orques qui dansent : la banquise comme un grand terrain de jeu à ciel ouvert.
À l’heure où le réchauffement climatique ronge peu à peu ce qu’il reste de nos Pôles, ce genre d’album rappelle combien il est indispensable de prendre soin de notre nature qui envoie chaque jour des signaux de faiblesse. Là où tout est blanc donne ainsi à voir ce qu’on ne peut aller découvrir de ses propres yeux. Zone désertée par les chercheur·ses, terre inhabitée, le Pôle Sud accueille pourtant en son sein tout un bestiaire majestueux. Ours·es, baleines et manchots, ici l’on glisse où l’on valse avec les flots en l’absence de présence humaine.
Dans un joli format à l’italienne, l’album à spirales de Giulia Vetri nous éloigne des traditionnels cahiers d’écolier pour une leçon de géographie qui n’a rien de monotone. Dans une économie de mots évidente, elle nous entraîne vers le Pôle Sud et ses richesses méconnues. Aux pages peintes succèdent des calques qui — par jeu de transparence — subliment ces paysages enneigés à perte de vue. De temps à autre, s’intercalent de petites formes en carton découpées qui donnent du relief et de l’épaisseur à ce voyage d’un dépaysement absolu. Chaque page tournée crée alors des effets de surprise, dévoilant ce qui échappe parfois à l’œil distrait. Une lecture comme un jeu de cache-cache poétique rafraîchissant à souhait.
Le grand-père d’Akavak sait pertinemment que sa vie ne sera plus très longue. Avant de mourir, il souhaite aller saluer une dernière fois son frère dans un village éloigné du sien, par delà les montagnes. Trop âgé pour partir seul, il sera accompagné par son petit-fils. L’occasion pour eux de partager une échappée à travers les vastes plaines glacées qui sont parsemées de grands dangers même pour les aventuriers et les aventurières les plus aguerri·es. Gouffres, crevasses, animaux sauvages : les ennemis sont partout. Mais d’autres éléments viennent s’ajouter à ce voyage périlleux : la faim et le froid. Au cours de cette escapade, Akavak apprendra beaucoup de ce grand-père aussi courageux que mystérieux. De l’art délicat de façonner la glace en igloo aux conseils judicieux pour chasser. Et si ce voyage doit être le dernier, autant qu’il soit mémorable à chaque instant.
Akavak est un roman illustré on ne peut plus dépaysant. Le texte de James Houston est un récit d’aventures de facture assez classique. Les rebondissements ne manquent pas et l’on se délecte de ce périple qui se révèle bien plus complexe que les héros n’auraient osé l’imaginer. Roman d’apprentissage, quête initiatique : chaque héros incarne une génération qui peut apporter à l’autre par le biais du partage et de la transmission. Ronan Badel nous transporte dans cette immensité blanche et enneigée en quelques coups de crayon. Dégradé de bleus froids, blanc immaculé, traits et contours noirs qui n’en ressortent que plus joliment sur la page, ses crayons sont un aller immédiat pour le Grand Nord et racontent eux aussi ce voyage hors du commun. Nous tremblons et frissonnons avec nos héros et nous laissons à notre façon, nos pas dans la neige en les suivant de près, conscient·es et ému·es des enjeux de ces pérégrinations pour lesquelles il y a autant à perdre qu’à gagner. Un album grand format pour entretenir ce goût de l’aventure qui sommeille en chacun·e de nous.
Vent d’hiver![]() Texte de Carl Norac, illustré par Gerda Dendooven La Joie de lire 18,90 €, 200 x 260 mm, 96 pages, imprimé en Lettonie, 2020. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Là où tout est blanc![]() de Giulia Vetri Les Grandes Personnes 20 €, 310x180mm, 44 pages, imprimé en Chine, 2020. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Akavak![]() Texte de James Houston (traduit de l’anglais par Anne-Marie Chapouton), illustré par Ronan Badel Flammarion jeunesse 17,90 €, 230x320mm, 96 pages, imprimé en Espagne, 2019. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

J’aime les gens qui doutent, aller voir ailleurs si j’y suis, oublier le temps dans une librairie, boire du vin et du thé, entretenir mon goût démesuré pour les petites listes… Amoureuse du cinéma de Miyazaki, des chansons de Pierre Lapointe, des pinceaux de Mélanie Rutten, des BD de Renaud Dillies, de la poésie de Vinau, des livres illustrés et des romans qui bousculent avec de jolis mots.



