Aujourd’hui, je vous propose une sélection d’albums sortis ces derniers temps qui mettent en scène de beaux personnages féminins.
Elle ne se souvient pas de sa naissance. Elle sait que sa mère a pleuré ce jour-là, la peur était doublement présente. La peur d’accoucher pour l’une, la peur de naître pour l’autre. Puis il y a eu le premier souvenir (est-il réel ou l’a-t-elle inventé ?), les peurs en tout genre, l’apprentissage de l’écriture, les cris silencieux, le temps qui passe trop lentement… Puis elle a grandi, compris des choses qu’elle n’avait pas comprises, vécu tant de choses nouvelles…
Mais quelle merveille ! Ça faisait longtemps que je n’avais pas eu un tel coup de cœur. Femmes et nos pensées au fil du temps est difficile à raconter (mais j’espère tout de même vous donner envie)… c’est une sorte de long poème (mais si vous être réfractaire à la poésie ne fuyez pas, car ce n’en est pas vraiment), une femme qui se raconte, qui raconte sa vie, ses sensations, ses pensées… Mais si le texte est magnifique (bravo à Véronique Massenot pour l’adaptation en français), ce qui nous happe ici ce sont les illustrations, l’album est quasiment un livre d’art (et l’éditeur a choisi un très beau papier, ce qui rend l’ouvrage encore plus beau). C’est le genre de livre sur lequel on peut passer des heures et revenir souvent, chaque double page méritant de s’y attarder (tant pour le texte que pour l’illustration). Si je dois avouer qu’à première vue j’ai pensé que cet ouvrage n’était pas destiné aux enfants, mais aux adultes, la réaction de ma fille de 7 ans m’a fait totalement changer d’avis, elle a adoré cet album (qu’elle a dévoré avant que je le lise). Bref, achetez-le pour vous, pour l’offrir à un enfant, à un·e ami·e ou à qui vous voulez, mais ne passez pas à côté de ce livre-là !
Ça s’est passé un 30 août, à 15 h 55. Lola était en voiture avec son frère et ses parents et elle a senti qu’elle allait perdre quelque chose, alors elle a pleuré. Puis sa mère a arrêté la voiture, son père a parlé et est sorti… et n’est plus revenu. Lola se demandait s’il serait là pour son anniversaire, ou au moins le suivant… mais non. Une année est passée, puis une autre. Lola a continué sa vie et s’est adonnée de plus en plus au sport… Lola aime courir vite, si vite qu’elle a l’impression qu’elle va remonter le temps.
C’est un très bel album que nous propose ici Geneviève Casterman. Elle y parle donc de la séparation des parents, mais même si c’est ce qui déclenche l’histoire, on nous raconte bien plus ici. On parle de ce qui nous aide à vivre, à surmonter, à espérer. Pour Lola, c’est la course. Le texte est un bonheur à lire à voix haute tant l’autrice a ciselé à merveille ses phrases. Ça coule tout seul et l’on sent parfaitement la tristesse qui s’abat puis tout ce que procure la course à la jeune fille. Les illustrations, en noir et blanc avec quelques touches de couleurs, sont absolument magnifiques. Comme toujours chez Esperluète, c’est un bien bel objet avec un beau papier.
On avait dit à Léontine qu’elle avait les cheveux de son père… et comme son père était mort, la petite fille avait décidé de ne jamais les couper. Comme elle était timide, ça tombait bien d’avoir une telle chevelure, elle pouvait se cacher derrière. Mais une fille cachée tout le temps derrière un rideau capillaire, forcément ça agace, ça dérange et bientôt voilà qu’un groupe de filles s’en prend à Léontine… mais il va se passer une chose totalement inattendue, une chose surprenante…
Rémi Courgeon aime nous présenter des petites filles hors du commun. Je pense évidemment à Brindille, mais aussi aux héroïnes de Passion et Patience ou celle de Tiens-toi droite. Les cheveux de Léontine est un grand et bel album (précédemment sorti en 2008, je le signale, car ce n’est indiqué nulle part sur l’album) dans lequel il est question de timidité, du deuil, des rencontres, de la différence et de bien d’autres sujets. Et graphiquement, comme toujours avec cet auteur-illustrateur, c’est extrêmement réussi.
Parce qu’elle a dû quitter son pays, Imani vit chez une amie à Libreville et gagne sa vie comme taxi avec une vieille voiture qu’elle a réparée elle-même. Ce n’est pas le métier de ses rêves, mais il faut bien gagner de l’argent pour rembourser sa famille. Quand elle sera suffisamment riche, Imani fera venir son chéri au Gabon, pour vivre avec elle… en attendant, donc, elle conduit des gens, de la chercheuse qui travaille sur un vaccin contre le paludisme, aux enfants qui vont à l’école… mais aujourd’hui, Imani va avoir un client très spécial…
Thierry Lenain et Olivier Balez nous font donc voyager au Gabon grâce à ce bel album qui parle de croire en ses rêves. Bien entendu, il est aussi question de fuir son pays, de survivre grâce à des petits boulots, des rencontres qui changent une vie, mais aussi de la musique. Thierry Lenain écrit régulièrement des histoires qui démontent (naturellement, pas de grosses ficelles) les clichés sexistes, là encore c’est un personnage féminin fort et indépendant qu’il met en avant. Un personnage noir qui plus est (soulignons-le, car ce n’est pas si commun, d’autant qu’ici on est dans une grande ville d’Afrique, pas dans un petit village avec plein d’animaux). Bref, voilà un très bel album dont l’histoire est aussi réussie que les illustrations qui l’accompagnent.
C’est l’histoire d’une petite fille toute de rouge vêtue. C’est sa grand-mère qui lui a cousu cet habit… Pourquoi a-t-elle choisi le rouge la grand-mère ? Parce que la petite fille est toujours en colère ! Et elle a bien raison de l’être, son père ne veut pas qu’elle sorte, on lui donne toutes les corvées à faire et sa mère qui, visiblement, pense que c’est normal, ne dit rien contre ça. Un matin, on lui demande d’aller faire une galette au beurre à sa grand-mère, revoilà notre petite toute en colère, pourquoi elle et pas son frère ? Parce que lui la portera pardi, elle, elle n’a pas le droit de sortir ! Mais ça ne va pas se passer comme ça…
Alors oui il s’agit d’une relecture antisexiste du Petit chaperon rouge et vous commencez peut-être à vous lasser, tout comme moi, que tous les éditeurs nous proposent des versions plus «inclusives » de tous les classiques… Sauf qu’ici c’est Raphaële Frier qui s’y colle et non seulement son texte est un régal à lire à voix haute, mais en plus elle réécrit toute l’histoire (elle ne se contente pas d’ajouter deux touches d’antisexisme et un personnage féminin fort) pour notre plus grand bonheur. C’est un album totalement réussi où il est question d’oser dire « non » (même quand on est un enfant).
Femmes et nos pensées au fil du temps![]() ![]() de Paulina Silva (adapté en français par Véronique Massenot) La boîte à bulles, dans la collection Carnets de la Boîte à Bulles 20 €, 212×267 mm, 176 pages, imprimé en Lettonie, 2020. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Cours Lola, cours !![]() ![]() de Geneviève Casterman Esperluète 16,50 €, 200×271 mm, 32 pages, imprimé en Belgique, 2020. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Les cheveux de Léontine![]() ![]() de Rémi Courgeon Nathan, dans la collection Album Nathan 13,95 €, 212×364 mm, 32 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Le taxi d’Imani![]() ![]() Texte de Thierry Lenain, illustré par Olivier Balez Albin Michel Jeunesse 14,90 €, 247×309 mm, 40 pages, imprimé en France, 2020. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
La petite rouge courroux![]() ![]() Texte de Raphaële Frier, illustré par Victoria Dorche Sarbacane 15,90 €, 243×325 mm, 36 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Aimait la littérature jeunesse bien avant d’avoir des enfants mais a attendu d’en avoir pour créer La mare aux mots. Goût particulier pour les livres pas gnangnan à l’humour qui pique !








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