Je vous emmène découvrir aujourd’hui deux univers totalement différents, avec le turbulent Les Derniers des Branleurs de Vincent Mondiot et le mélancolique Les jours de poudre jaune d’Isabelle Wlodarczyk. Bonne lecture !
Chloé, Minh Tuan et Gaspard sont des branleurs.
17-18 ans, pas d’avenir, pas de rêves, ce sont trois ami⋅es qui savent pas trop quoi faire avec leur vie. Sont-ils et elles seulement obligé⋅es d’en faire quelque chose ?
Leur année de terminale passe comme dans un rêve flou, au milieu de la fumée du shit et des déambulations collectives dans le quartier. Banlieusard⋅es paumé⋅es et insolent⋅es.
Mais cette année, une nouvelle élève est arrivée, elle s’appelle Tina, c’est une réfugiée et elle travaille bien, bien mieux qu’elle⋅eux. Peut-être pourra-t-elle les aider à être autre chose que des branleurs et branleuse ?
J’ai dévoré Les derniers des branleurs. Le ton est mordant et juste, c’est un ton d’ado, du genre qui colle aux semelles et se cogne à toutes les aspérités du monde. On accroche immédiatement au trio amical, avec leurs cheveux gras et leurs passions inavouables, et leur amitié faite d’ennui et de fous rires partagés ; Tina, elle, est un personnage plus lent à apprivoiser. Toujours avec cette délicatesse étrange tant elle apparaît « vulgaire », c’est le traitement lucide de ces quatre ados qui vient nous toucher au final, comme l’espèce d’affection inexplicable qu’on ressent envers des gros chiens baveux et inutiles dont on n’arrive à rien tirer.
Mais doit-on vraiment toujours essayer de tirer quelque chose des gens ?
On suit la bande de potes dans leur dernière année de lycée, avec le bac et l’avenir comme échéance d’une vie qui a l’air de n’avoir jamais commencé. C’est la fin et le début, et en même temps, c’est rien, juste le vide, les journées trop longues, et la Terre qui va mourir. Nihilistes, Minh Tuan, Chloé et Gaspard aiment à répéter que puisque le monde finira dans trente ans – réchauffement climatique, guerre nucléaire, les possibilités sont nombreuses – rien ne sert de se prendre la tête. Mieux vaut laisser passer.
En fait, dans la réalité, c’est une pensée très courante chez les jeunes. J’étais content qu’un auteur montre comment se débrouiller de tout ça, qu’il essaye, non pas d’apporter des réponses de manière didactique, mais d’examiner comment Tina et le trio se démenaient avec ça, ce qu’ils et elles en faisaient. Les derniers des Branleurs est une histoire de lycée, d’amitié, de glande (obligé) et d’ados abîmé⋅es, et d’autres trucs encore, qui se transforment les uns les autres comme un bizarre ragoût qui prend forme. À lire avec La Terre est Ronde d’Orelsan dans les oreilles.
Paquita, à l’abri dans l’épicerie de ses parents, écoute et attend. Elle entend son père, anarchiste fervent, et elle voit sa mère héberger et cacher les camarades, sa mère catholique et discrète. Elle joue avec ses deux sœurs. Dehors la guerre gronde, l’Espagne se déchire. Le jour où la guerre vient la chercher, Paquita se retrouve séparée de sa famille adorée – seule…
Les jours de poudre jaune est un roman rythmique, un roman historique immersif et captivant. La narratrice jette un regard mélancolique et lumineux sur les idéalistes qui se sont dressé⋅es face à Franco… et ont perdu – leur honneur, leurs espoirs et la guerre. À travers ses yeux de petite fille, on redécouvre l’histoire sombre des camps français, et la sensibilité de ce regard jamais n’altère la douleur de ce qui se passe. C’est triste et poétique, et c’est parfois joyeux. On y parle de maison, d’amitié et de se reconstruire. Paquita devra attendre longtemps avant d’être capable de raconter. Les passages imaginés, ceux où son père discute avec d’autres anarchistes une fois la guerre finie, m’ont pris au cœur par ce qu’ils disent de nous et de nos peurs. Mais c’est aussi le portrait d’une famille qui s’aime et qui souffre, une poésie abandonnée et belle comme un soleil qui tombe : Les jours de poudre jaune nous offrent un bout d’humanité qui remet en lumière les horreurs de la guerre d’Espagne et du traitement qu’a réservé la France aux rescapé⋅es. Poignant.
Les derniers des branleurs![]() de Vincent Mondiot Actes Sud Junior, dans la collection Romans ado 16,80 €, 147×225 mm, 450 pages, imprimé en France, 2020. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Les jours de poudre jaune![]() ![]() d’Isabelle Wlodarczyk Babouche à oreilles 16 €, 148×210 mm, 240 pages, imprimé en France, 2020. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Jeune homme aimant la littérature jeunesse, les cartes Pokémon et les animés. Pour résumer son attachement à la lecture, il aime citer Stéphane Servant : « Les livres sont des terriers / Les livres sont des phares. Il y brûle de petits feux / Qui me tiennent le cœur au chaud / Quand il pleut sous mon toit. »


