Manigances, complots, créatures monstrueuses… pénétrez avec moi dans les mondes déjantés de Héros et d’Underlondon !

Matéo, Richard et José. Trois jeunes de 15 ans liés par une passion commune : Héros. Bande dessinée française au succès mondial, elle s’attache à décrire l’envers de notre monde, l’invisible, le monstrueux. Précision presque chirurgicale, scenarii improbables… et si Héros était un moyen de faire connaître au monde ce qu’il ne peut pas voir ?
Richard, Matéo et José basculent alors, dans leur village du fin fond du Morvan, dans ce qui s’apparenterait presque à une réalité parallèle — réalité ressemblant trait pour trait à celle de Héros…
Héros est une duologie marquante. Les personnages sont singuliers, palpables. L’intrigue nous prend à l’estomac, nous serre les os comme un chien féroce et nous ne lâche plus. On suit les aventures du trio, attachant, irritant trio, qui se débrouille comme il peut avec ses maigres moyens d’humain paumé contre des forces occultes immémoriales. Héros est effrayant juste ce qu’il faut, avec une pincée d’humour et des personnages, des dialogues qui en pimentent le charme angoissant. La part d’imaginaire semble paradoxalement tellement réaliste qu’on s’attendrait à voir surgir un monstre vérolé des pages du livre, bave dégoulinante sur l’encre. L’écriture est soignée et d’un dynamisme fou, qui porte avec véracité les enthousiasmes et les troubles adolescents. Le mélange entre roman d’été pas prise de tête et roman fantasy à l’univers dingue fait de cette série palpitante une duologie détonnant dans le paysage littéraire. À lire dans le noir, à la lueur d’une liseuse ou d’une bougie, quand il pleut, que le monde est brouillageux et que tout craque et se tord autour de nous. Ou assis⋅e sur un banc en plein soleil, coude à coude avec ses potes. C’est toute la réussite de ce roman : brouiller les genres pour en faire naître un nouveau, entre horreur, fantastique et réalisme. Ce n’est pas un roman qui se dévore, mais un roman dont on se délecte. On se délecte des images fantasmagoriques qu’il invoque. Parfois, on râle, parce que les héros sont plus doués avec les monstres qu’avec leurs congénères humain⋅es. Mais quoi qu’il en soit, qu’on sourie ou qu’on tremble, on y est, dans le monde convoqué, dans l’histoire racontée. On y est.

Sous Londres, des enfants se cachent. De qui ? De quoi ? Les enfants se cachent des monstres qui voudraient les prendre. Les enlever, les arracher à leur refuge, leur tanière… Les enfants se cachent pour mieux agir, s’inventant une vie loin des adultes.
Oliver vit avec Nancy, sa tutrice, depuis qu’un attentat a tué ses parents. Le jour où Nancy est enlevée par de mystérieux⋅ses milicien⋅nes, il est emmené avec elle. Nancy est policière, elle le libère et Oliver s’enfuit, tombant dans les bras d’un de ces enfants caché⋅es…
Et maintenant il est avec elles et eux. Dans les égouts jusqu’au cou. Et, malgré lui, il va se retrouver embarqué dans une quête qui n’est pas la sienne… Ou peut-être que si ?
Un vrai plaisir de lecture qu’Underlondon. S’y dessine un monde, une société pensée par et pour des enfants. Outre l’intérêt philosophique de cette société, on y suit des personnages hauts en couleur, clichés juste ce qu’il faut pour ne pas nous perdre, et étonnants juste ce qu’il faut pour nous surprendre. L’intrigue est la grande force du roman, même si l’on peut regretter qu’elle soit (un peu) prévisible : on se doute de la fin, mais on ne peut s’empêcher d’être embarqué⋅e. Les monstres ont ici visage humain ; les ami⋅es se transforment vite en ennemi⋅es et vice-versa ; on se ment, on se trahit, on s’aime et l’on meurt dans un ballet parfaitement maîtrisé par l’auteur. Les héros et héroïnes nous entraînent à leur suite, y a pas grand-chose de vraisemblant et c’est à la fois rassurant et tripant, de voir des ados s’organiser tout⋅es seul⋅es comme des grand⋅es, de voir tous ces talents surréalistes, forcément ça fait rêver ! Underlondon a un goût de langue de chat, en meilleur et en bien, bien plus hardcore : ça explose de partout, ça pétille, ça brûle, et ça passe tout seul. On croirait presque à un film d’action, style blockbuster américain mais malin.
Héros : Le Réveil (1/2)![]() de Benoît Minville Sarbacane, dans la collection Exprim’ 17 €, 135×215 mm, 312 pages, imprimé en France, 2018. |
Héros : Générations (2/2)![]() de Benoît Minville Sarbacane, dans la collection Exprim’ 17 €, 135×215 mm, 312 pages, imprimé en France, 2019. |
Underlondon![]() de Simon Lelic (traduit de l’anglais par Christophe Rosson) Hachette Roman 13,90 €, 135×215 mm, 260 pages, 2019. |

Jeune homme aimant la littérature jeunesse, les cartes Pokémon et les animés. Pour résumer son attachement à la lecture, il aime citer Stéphane Servant : « Les livres sont des terriers / Les livres sont des phares. Il y brûle de petits feux / Qui me tiennent le cœur au chaud / Quand il pleut sous mon toit. »

