Avec les deux albums du jour, apprenons à accueillir l’inattendu, l’imprévisible et pourquoi pas le merveilleux ! Dans l’un, un jeune cochon préfère la magie à la maçonnerie ; dans l’autre, une petite fille propose une aide surprenante à quatre enfants têtu·es.
Chonchon Cochon est un porcelet. Dans sa famille, on est maçon de père en fils pour Grouik Entreprise et personne n’a jamais dévié de cette trajectoire. Sauf que son rêve depuis toujours est de devenir fée. Même si c’est « pour les filles », même si sa passion suscite des moqueries. Les truelles et le ciment ? Non merci ! Ce qui intéresse Chonchon, ce sont les contes et autres manuels de magie. Son professeur est désespéré : comment fera-t-il pour se protéger du grand méchant loup s’il n’est pas capable d’aligner deux briques ? Qu’à cela ne tienne, Chonchon passe le concours d’entrée à l’école des fées avec brio et obtient son diplôme sous le regard plein de fierté de ses parents. Mais alors qu’il ouvre enfin sa boutique de vœux à exaucer, son premier client n’est pas celui auquel il s’attendait : une longue queue poilue, des grandes dents acérées et des oreilles pointues…
On connaît déjà bien le duo Stéphane Servant-Laetitia Le Saux à La Mare aux mots (lire notamment la chronique de Sarah sur Un ours, un vrai ici). Avec Chonchon le fée cochon, une fois n’est pas coutume, les deux artistes abordent les questions de l’identité et de la lutte contre les stéréotypes. Chonchon n’a jamais dévié de son rêve, malgré l’inquiétude de ses parents, les railleries de ses camarades à l’esprit étriqué (« Le fée cochon ! La seule fée qui sent le saucisson ! ») ou la difficulté de l’apprentissage (pas simple de réaliser le parfait jet de paillettes). Lors de l’obtention de son diplôme de fée, les réticences de sa famille se sont transformées en fierté. Impossible de nier l’évidence : Chonchon est fait pour ça ! Muni de ses ailes toutes neuves, de son chapeau pointu et de sa baguette magique en tire-bouchon, il est prêt à accueillir ses premier·ères client·es et à changer leur vie. Vous l’avez compris, c’est le grand méchant loup qui se présente le premier à sa porte, surpris de ne pas lui faire peur. Chonchon, faisant appel à tout son courage et à une bonne dose de sagesse, renverse la situation et permet au loup de, lui aussi, dévier de son destin tout tracé et d’enfin assumer son envie la plus secrète : avoir des ami·es ! Le texte de Stéphane Servant est à la fois drôle et doux, il rend le personnage de Chonchon très attachant et inspirant. Les illustrations de Laetitia Le Saux mêlent couleurs pastel et fluo pour un résultat très pop, dynamique et fourmillant de détails. Un album parfait pour montrer aux enfants que les rêves peuvent parfois prendre forme et que les chemins tout tracés sont faits pour être contournés. Et s’il vous arrivait un jour d’avoir grand besoin de magie dans votre vie, n’oubliez pas la formule : AbracadaGrouik !
Une petite fille dessine à la craie sur un mur très haut, bien emmitouflée sous son bonnet et son manteau d’hiver. Les traces de ses pas sont gravées dans la neige. Des fleurs, un grand soleil, des dinosaures, des dragons, une montgolfière et des bateaux volants décorent à présent les briques rouges. Un, puis deux, trois et quatre autres enfants vont chacun·e leur tour s’approcher et lui dire qu’il y a quelque chose d’incroyable de l’autre côté, un secret. À tous·tes, la jeune fille va proposer son aide, mais aucun·e ne l’acceptera, persuadé·es qu’iels sont d’avoir tout ce qu’il faut pour passer au-dessus ou sous le mur : une pelle très solide pour creuser un tunnel (elle se casse), une corde robuste pour escalader (elle se casse), une échelle stable pour grimper (elle se casse). Iels acceptent finalement l’aide proposée, mais s’en détournent immédiatement lorsqu’iels voient la petite fille dessiner une simple porte à la craie. Pourtant, c’est précisément là que la magie opère…
Je vous avais déjà parlé ici d’un album d’Andrew J. Ross et je confirme avec De l’autre côté mon intérêt pour son travail. Cette histoire au texte très court est une ode au pouvoir (magique ?) de l’imagination. Alors que certain·es enfants font confiance à la technique et aux outils pour atteindre un endroit incroyable, l’héroïne se contente de dessiner ce qu’elle aimerait trouver de l’autre côté du mur. Lorsqu’elle se retrouve seule devant le tracé à la craie de sa porte, la page se découpe et s’ouvre littéralement sur un paysage merveilleux, incarnation des dessins réalisés par la petite fille qui s’envole au milieu des dragons, des dinosaures et des bateaux. Cette jolie fin ne pourra que vous faire sourire béatement (même si le fait que je vous l’ai dévoilée empêche la spontanéité de la surprise, pardon pour ça…) et vous donner envie de retrouver vos crayons, feutres ou autres pastels pour créer votre propre monde rêvé. Comme dans Oh ! Regarde, un bateau !, l’artiste travaille plusieurs techniques (la gouache, l’acrylique ou les crayons de couleur) et assemble tout cela numériquement, ce qui donne un effet de collage et de volume très sympa. Je m’arrête ici, il faut que j’aille trouver une craie…
Chonchon, le fée cochon![]() Texte de Stéphane Servant, illustré par Lætitia Le SauxDidier jeunesse 13,90 €, 217 x 259 mm, 36 pages, imprimé en France chez un imprimeur écoresponsable, 2024. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
De l’autre côté d’Andrew J. RossAmaterra 16,90 €, 226 x 309 mm, 48 pages, imprimé en EU, 2024. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Aime tellement parler des livres qu’elle en a fait son métier et son hobby ! Libraire généraliste la semaine, Manon écrit pour plusieurs médias le week-end et monte sur des volcans endormis en Auvergne dès qu’il lui reste cinq minutes.




Texte de Stéphane Servant, illustré par Lætitia Le Saux