Aujourd’hui, je vous propose deux albums totalement loufoques, des histoires d’animaux drôles et impertinentes qui nous font voir le monde autrement.
Et si vous aviez une girafe, qu’est-ce que vous feriez ? C’est la question que se pose un petit bonhomme, doté d’une imagination débordante. S’il avait une girafe et qu’il l’étirait, que se passerait-il ? Eh bien, il aurait une girafe et demie. Et si en plus, il l’affublait d’un chapeau dans lequel habiterait un petit rat ? Il aurait une girafe et demie coiffée d’un chapeau-rat, pardi ! Et si par-dessus le marché, il l’habillait d’un costume ? Il aurait « une girafe et demie coiffée d’un chapeau-rat dans un complet veston ». Et si, et si, et si… D’une chose à l’autre, le petit garçon finit par avoir une girafe gigantesque, habillée de pied en cap, faisant du vélo et trimballant à sa suite toutes sortes d’animaux incongrus. Mais… que se passerait-il si tout ce petit monde tombait dans un trou à taupe ?
Après On a toujours besoin d’un rhinocéros chez soi, Grasset continue de nous faire (re)découvrir l’œuvre du génial Shel Silverstein, dont je suis totalement fan. C’est une histoire accumulative qui nous fait naviguer dans l’imagination débridée d’un enfant. Le texte prend des allures de comptine, le dessin, minimaliste, au trait noir et blanc, accompagne merveilleusement ce foisonnement progressif jusqu’à envahir la page. C’est drôle, complètement absurde, poétique en diable, et un peu foutraque. En gros, indispensable !
Un magnifique album avec une histoire tirée par les cheveux, décalée et surréaliste.
C’est l’histoire d’un chat. Pas n’importe quel chat, non, un chat au pelage multicolore, un chat dont la grande passion est de peintre, avec sa longue queue touffue, des choses plus bizarres les unes que les autres. Des choses que ne pouvaient aimer que les enfants déraisonnables, et aussi les souris. Par exemple une baleine avec trois bosses et des jambes à sabots d’or, un serpent avec sept têtes et treize queues charmé par une rose jouant de la flûte. Bref, des choses qui n’existaient pas, en tout cas dans le pays dans lequel il vivait qui, malheureusement, était gouverné par un roi sinistre haïssant tout ce qui était inventé. Ce roi n’avait qu’une idée en tête : mettre fin aux agissements du chat-peintre. Il le fit jeter en prison et le condamna à être pendu. Yana, qui adorait les peintures du chat (et était donc très déraisonnable), décida de tout faire pour le libérer. Elle retrouva le chat et lui demanda comment l’aider. C’est alors que le chat-peintre lui offrit une de ses moustaches : il lui suffirait de toucher avec ses dessins pour que ceux-ci prennent vie. Et c’est ce qu’elle fit.
Ici, frontières entre réalité et imaginaire s’effacent, les créatures les plus folles, dragons à quatre têtes, cochons carrés ou encore hyènes volantes souriant de toutes leurs dents. Tout peut exister puisque tout peut être imaginé, et dessiné. Pour accompagner une pareille histoire, il fallait des illustrations étonnantes. Pari réussi avec les très chouettes dessins de Bearboz, au stylo noir, rehaussé de quelques touches de rouges. Un chat multicolore en noir et blanc ? Eh oui, et cela fonctionne à la perfection. Au lecteur.ctrice d’imaginer les couleurs. Des milliers de détails fourmillent et entre les pages se cachent des clins d’œil à quels grands peintres/dessinateurs, Duchamp, Franquin, Menu, Trondheim ou Magritte. Car cet album est un hommage à la liberté, liberté d’expression, liberté de dessiner. Mais il ne faut pas s’ tromper, si le propos est sérieux, la forme est réjouissante et pleine d’humour.
Un formidable album, porté par un vent d’impertinence et de liberté, en forme de plaidoyer contre la censure et pour la rébellion.
Si j’avais une girafe![]() ![]() de Shel Silverstein (traduit par Christian Demilly) Grasset jeunesse 16,90 €, 238×290 mm, 56 pages, imprimé en Espagne, 2016. |
Le chat peintre![]() ![]() Texte d’Edvin Sugarev (traduit par Eli), illustré par Bearboz Élitchka 16,50 €, 240×215 mm, 40 pages, imprimé en Espagne, 2016. |

Aimait la littérature jeunesse bien avant d’avoir des enfants mais a attendu d’en avoir pour créer La mare aux mots. Goût particulier pour les livres pas gnangnan à l’humour qui pique !


