Aujourd’hui, je vous propose de rencontrer deux femmes aux destinées incroyables. Deux femmes du XIXe siècle, l’une française, communarde et révolutionnaire… L’autre juive de l’empire russe, contrainte de fuir les pogroms et de gagner la France…
Elle c’est la « pétroleuse », « la Vierge Rouge », « l’insurgée », « la Communarde »… Elle c’est Louise Michel, une femme engagée, émancipée, écrivaine, institutrice, révolutionnaire, dont le destin est rattrapé par l’histoire. En 1871, elle fait partie de l’aventure extraordinaire de la Commune de Paris, arrêtée, jugée, puis déportée en Nouvelle-Calédonie, elle se lie d’amitié avec les Kanaks, leur apprend l’histoire et les convainc de s’engager contre les colonisateurs français… Amnistiée puis exilée en Angleterre, la vie de Louise Michel est une lutte permanente.
En 1848, Victor Hugo composait un poème commençant par ces vers « Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent… ». Ces mots, Louise Michel aurait pu les faire siens (d’autant plus qu’elle a correspondu toute sa vie avec le grand poète). Dans cette courte biographie Louise Michel, une femme libre, Lucile Chastre nous propose de renouer avec la femme derrière le mythe. Derrière celle qu’on a vue à l’époque comme une « révolutionnaire sanguinaire » se cache une femme d’une grande humanité. Une femme qui fait de sa vie une lutte permanente contre les inégalités et pour l’émancipation des individus. L’autrice centre son propos sur la deuxième partie de la vie de Louise Michel — moins connue que sa participation à la Commune —. Ainsi, l’ouvrage démarre à la fin de l’insurrection. On suit l’arrestation, le procès et la déportation de Louise. Le choix est judicieux et intéressant, car il permet de comprendre l’engagement perpétuel de cette grande figure du XIXe siècle. Très compréhensible tout en restant rigoureux, ce beau texte est un très bel hommage à Louise Michel. Lucile Chastre se concentre sur des moments de vie particuliers, sur les ressentis de cette femme et sur son quotidien… Au final, elle nous dresse le portrait d’une femme inspirante dont on a qu’une envie lorsqu’on ferme le livre… Lui ressembler !
1890, en Bessarabie (Moldavie actuelle). Cette ex-province ottomane fait alors partie de l’Empire tsariste et les juifs voient petit à petit leurs libertés restreintes… Jusqu’à ce que la situation se dégrade véritablement. Une seule solution : la fuite. Mais où ?! En Europe, l’antisémitisme fait rage aussi… Idiss, jeune juive mère de trois enfants, décide néanmoins de partir en 1912 pour la France. Le « pays des droits de l’Homme » où, elle en est sûre, rien ne pourra lui arriver.
D’abord, il faut dire qu’Idiss est un ouvrage bouleversant. Cette bande dessinée est adaptée du livre de Robert Badinter au titre éponyme qui retrace le parcours de sa grand-mère, juive d’Europe centrale contrainte de fuir les pogroms au début du XXe siècle. Richard Malka, ici scénariste, retrace avec une grande pudeur le parcours de cette femme courageuse (puis de ses enfants) depuis son petit village où elle vit dans la misère jusqu’à son arrivée à Paris. Idiss, c’est aussi le cri d’amour d’un petit-fils à sa grand-mère, le récit d’une trajectoire de vie, à la fois dans sa singularité mais également comme représentative d’une époque. Car derrière la vie de cette famille, c’est tout un monde qui se déploie au fur et à mesure de l’ouvrage. Celui d’une fin de siècle à l’agonie, la montée de l’antisémitisme en Europe, le début du sionisme, la « Belle Époque » dorée à Paris, un temps de paix et de repos pour les juif·ves d’Europe centrale,
persuadé·es d’être protégé·es… Jusqu’à la montée du nazisme dans les années 1930. L’ouvrage retrace un demi-siècle d’histoire et se termine en 1945. Idiss meurt en 1942, tandis que ses fils et gendre seront arrêtés par la Gestapo (deux ne survivront pas et mourront en camps). Cette histoire universelle, est mise en couleur et en forme par Fred Bernard. Il nous plonge dans un univers riche, foisonnant de détails. Chaque ambiance est travaillée, de la Bessarabie tsariste au Paris fourmillant de monde. Son trait, simple et précis ainsi que les couleurs chaudes utilisées permettent d’atténuer ce récit fort et nécessaire. On sort extrêmement ému par cette lecture. À l’heure où l’antisémitisme ressurgit et où certains discours tentent de le minimiser, lire Idiss apparaît comme indispensable.
Louise Michel, une femme libre![]() de Lucile Chastre Oskar 13,95 €, 145×190 mm, 86 pages, imprimé en France, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Idiss![]() Scénario de Richard Malka (d’après Idiss de Robert Badinter), dessins de Fred Bernard Rue de Sèvres 20 €, 216×282 mm, 128 pages, imprimé en France, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Née au début des années 90s, tour à tour professeure, amoureuse de la vie, de la littérature, de la musique, des paysages (bourguignons de son enfance, mais pas que…), des films d’Agnès Varda, des vers de Cécile Coulon et des bulles de Brétecher. Elle a fait siens ces mots de Victor Hugo “Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent”.

