Aujourd’hui, on croise des parents trop pressés (sauf quand il le faut) et d’autres un peu trop occupés.
« Allez, on y va ! » crie Alex dans la chambre de ses parents qui dorment encore. Pour l’enfant, une nouvelle journée c’est une histoire qui commence. Mais voilà que lors du petit déjeuner c’est le père d’Alex qui demande de se dépêcher un peu, il ne faut pas être en retard à l’école ! Sauf que quand Alex a fini de se préparer, sa mère n’est pas prête, c’est elle qu’il faut attendre. Ce décalage n’a pas lieu que le matin. Au parc, par exemple, à peine arrivé·e, on doit partir pour ne pas louper le bus… Mais alors que le bus arrive, le père d’Alex discute avec des ami·es et ne veut pas les quitter. Les parents fonctionnent vraiment de façon étrange…
Les enfants risquent de se reconnaître dans le personnage d’Alex (jamais genré, bravo à l’autrice) qui n’a pas envie d’aller au bain quand c’est l’heure, puis ne veut plus en sortir quand il le faut (ça vous rappelle quelque chose ?). Amélie Graux traite le sujet avec énormément d’humour et de façon très juste. J’aime aussi la façon dont elle représente les corps (la mère a les jambes poilues, par exemple) et les rôles attribués habituellement selon le genre (ici, le père emmène son enfant à l’école et au parc, prépare à manger pendant que la mère téléphone allongée dans le canapé, mais celle-ci donne aussi le bain). En fin d’ouvrage, une psychologue et thérapeute explique les différences entre les temporalités des adultes et celles des enfants (ce qui n’en fait pas un « livre médicament », l’album se lit et s’apprécie pleinement sans ces pages).
Alors qu’elle dîne avec son amoureux dans un restaurant, une femme remarque une enfant à une table à côté. Celle-ci est face à une femme qui semble être sa mère. Leur repas est terminé, seule une tasse de café continue de fumer devant la femme. L’enfant regarde l’adulte qui, elle, regarde son portable. L’enfant s’ennuie, elle est prête à partir, mais l’adulte ne bouge pas, seuls ses pouces s’agitent sur l’écran tactile.
Je te vois est un texte magnifique de Marie-Francine Hébert porté par de très belles illustrations de Lauranne Quentric. Pas question de juger ici la mère qui est sur son téléphone (le thème de l’album n’est absolument pas les parents accros à leur téléphone, on comprendra le mal-être de la femme au détour d’une phrase), on parle plutôt de la solitude des enfants dont les parents ne vont pas bien, mais aussi des vies que l’on imagine aux gens que l’on croise. C’est un album fort, qui m’a énormément touché parce qu’il m’a rappelé des choses, des regards croisés et parce qu’il raconte, avec beaucoup de justesse, une enfance qu’on voit peu dans les albums jeunesse.
Allez, on y va !![]() ![]() d’Amélie Graux Les arènes Jeunesse 13,90 €, 222×252 mm, 36 pages, imprimé en Slovénie, 2024. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Je te vois![]() ![]() Texte de Marie-Francine Hébert, illustré par Lauranne Quentric Les 400 coups, dans la collection Carré Blanc 14 €, 222×286 mm, 32 pages, imprimé au Canada chez un imprimeur éco-responsable, 2023. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Aimait la littérature jeunesse bien avant d’avoir des enfants mais a attendu d’en avoir pour créer La mare aux mots. Goût particulier pour les livres pas gnangnan à l’humour qui pique !




