Drôle de voyage que je vous propose aujourd’hui, dans des mondes parallèles, à la rencontre de bestioles extraordinaires ! Voici deux albums qui sortent de l’ordinaire, pour ceux et celles qui n’ont pas froid aux yeux !
Et si les dinosaures n’avaient pas disparu il y a 65 millions d’années, que seraient-ils devenus ? Peut-être se seraient eux aussi organisés en société… Imaginez… Ils se seraient parés de vêtements, de chapeaux, auraient même porté lorgnons et lunettes. Ils seraient allés à la plage, ramasser des coquillages, pêcher, jouer au ballon dans l’eau. Les enfants seraient allés à l’école, et, pendant la récré, ils se seraient cherché des poux. Ils joueraient même de la musique, iraient au spectacle de guignol, et auraient inventé le cinéma !
À travers le regard d’une petite dinosaurette à magnifiques anglaises blondes, Avant l’Apocalypse nous emmène à la découverte d’une société dinosauresque qui ressemble étrangement aux tout débuts de notre XXe siècle. Cette jeune dinosaure partage avec nous ses interrogations d’enfant en passe d’entrer dans le monde des adultes : qu’est-ce qui se cache au fond de l’immensité de la mer ?, pourquoi les adultes considèrent comme dangereux ceux et celles qui « ne viennent pas d’ici » ?, où vont les dinosaures qui « disparaissent » ?
Cet album au grand format souple est une vraie merveille ! L’histoire s’organise par double-page, d’un côté le titre de l’épisode, de l’autre une grande illustration accompagnée de quelques lignes de texte qui reflètent les réflexions, naïves et d’une grande justesse, de notre jeune dinosaure. Il faut souligner le charme des illustrations, qui tiennent une place très importante dans l’album. Dans un style un peu suranné, les dessins d’Adèle Bourget-Godbout, aux tons dinosauresques, marron et vert, fourmillent de détails et d’humour.
Un vrai coup de cœur pour cette uchronie qui se joue malicieusement de la temporalité en éveillant de troublants échos chez le lecteur !
Un étrange chien à bec d’oiseau, entonnoir sur la tête et patins à roulettes aux pieds, prévient Antoine : les Ténèbres sont déconseillées aux enfants de moins de seize ans. Qu’à cela ne tienne, Antoine fait fi des conseils du maître du jeu et décide de jouer. Bien mal lui en prend, et le voilà entraîné dans une aventure cauchemardesque. Une énorme grenouille l’emporte dans les airs et le précipite dans le vide. La chute, vertigineuse, n’en finit pas, et Antoine voit défiler toute sa vie. Il atterrit dans un monde en ruine, sans trace de vie. Apparemment… Puisque surgissent mille bêtes étranges, une cigogne dont les pattes se resserrent autour d’une roue dentelée, une coquille d’escargot avec des jambes, un poisson à pattes, et… toute sa famille, parents et grands-parents, transformée en zombies. Son meilleur ami, lui aussi transformé, ne tarde pas à faire son apparition. Et même son amoureuse, Louna, en fuite comme lui. Tous deux vont tenter de se frayer un chemin au sein de ce monde terrifiant et halluciné, pour rentrer chez eux.
Voilà un album pour lequel il faut avoir le cœur bien accroché ! L’histoire et les illustrations sont inspirées de l’œuvre de Jérôme Bosch, et plus particulièrement de La Tentation de saint Antoine, et nous embarquent dans une course-poursuite un peu folle au sein d’une sorte de jeu vidéo effrayant. Les illustrations de Rémi Saillard sont une vraie réussite et nous plongent véritablement dans l’univers du peintre hollandais. À la fin de l’histoire, deux doubles-pages présentent le triptyque de Bosch, des informations biographiques sur l’auteur et une explication du tableau : qui est saint Antoine, quelles sont ses tentations et parvient-il à y résister.
Une très belle initiation à l’univers fantastique de Bosch !
Avant l’ApocalypseTexte de Réal Godbout, illustré par Adèle Bourget-Godbout Marmaille & compagnie 16 €, 240×320 mm, 72 pages, imprimé en Italie chez un imprimeur éco-responsable, 2016. |
La Tentation des ténèbresTexte de Christine Beigel, illustré par Rémi Saillard L’Élan vert/Canopé éditions, dans la collection Pont des arts 14,95 €, 247×327 mm, 32 pages, imprimé en Chine, 2016. |

Aimait la littérature jeunesse bien avant d’avoir des enfants mais a attendu d’en avoir pour créer La mare aux mots. Goût particulier pour les livres pas gnangnan à l’humour qui pique !

Avant l’Apocalypse