Aujourd’hui on plonge dans deux romans passionnants, deux histoires rocambolesques et émouvantes : Martin Perché de Christian de Montella qui nous embarque en plein mois de mai 68 et Le Jazz de la vie de Sara Lövestam, véritable ode à l’amitié et à la différence !
Nous sommes en plein mois de mai 68, le fond de l’air est rouge, un vent de liberté souffle sur la capitale française et Martin n’y est pas insensible… Le jeune garçon découvre la politique et les utopies grâce à une élève de sa classe : Angie. Une jeune fille passionnée et passionnante tout droit débarquée des États-Unis, intransigeante et rêveuse qui trouve le monde trop vieux et rêve de le transformer. C’est un bouleversement total dans la vie de Martin qui vient d’une famille classique (un peu trop) ou l’on se doit d’obéir aux « ordres » du père… Mais ça c’était avant la rencontre avec Angie… Car le jour où son père décide d’abattre le vieux chêne qui trône au fond du jardin, Martin décide d’y grimper et d’y rester perché…
Martin Perché est un formidable roman, drôle et émouvant qui nous plonge en plein Mai 68. Christian de Montella décrit cet événement historique au travers des yeux d’un jeune garçon qui découvre l’amour en même temps que la révolution. L’écriture est vive, incisive, et décrit merveilleusement bien l’ambiance de l’époque. Sans être caricatural, l’auteur nous montre les tensions qui existent au sein de la société, le modèle de la famille patriarcal vacillant, le vent de liberté insufflé par les mouvements sociaux d’outre-Atlantique (droits civiques…). On croise tour à tour des personnages connus : Dany le Rouge et ses comparses dans l’appartement de la mère d’Angie… La force de ce roman réside dans son originalité : les tensions entre Martin et son père concernant le chêne sont une allégorie des relations parents/enfants qui explosent durant cette décennie. Martin Perché, poétique et touchant, permettra aux adolescent·e·s de comprendre cette époque ou la politique et l’amour faisait bon ménage !
Un très joli roman qui nous fait encore espérer que sous les pavés… existe toujours la plage !
À 15 ans, Steffi est une jeune fille pleine de vie, passionnée de musique et plus spécifiquement de jazz. Tout pourrait se passer pour le mieux, oui mais voilà, Steffi vit un enfer au collège où ses camarades se moquent d’elle quotidiennement, notamment en raison de son origine ethnique. Alors pour supporter sa situation, Steffi se réfugie dans la musique, elle compose des chansons sur ce qu’elle subit. Un soir, alors qu’elle rentre chez elle, elle entend une musique s’échapper d’une maison de retraite. Elle fait la connaissance d’Alvar, ancien jazzman et conteur merveilleux qui lui relate sa jeunesse pendant la Seconde Guerre mondiale, son arrivée à Stockholm et ses débuts en tant que musicien dans un orchestre et surtout… sa rencontre avec son grand amour. Entre les deux comparses se noue une amitié intense…
Avec Le Jazz de la vie, Sara Lövestam nous livre un roman poignant sur la différence, l’exclusion et la quête de soi. La rencontre entre Alvar et Steffi permet de mettre en évidence deux situations adolescentes très différentes (du point de vue de l’époque) mais semblables en de nombreux points : le racisme, les tensions sociales, les préjugés… Sara Lövestam s’avère être une formidable narratrice. Le roman balance entre les deux histoires d’Alvar et Steffi : on suit les déboires de la jeune adolescente au collège, ses doutes, ses rêves et comme un miroir, la jeunesse d’Alvar. Les passages décrivant le Stockholm des années 1940 sont particulièrement intéressants et passionnants : on plonge avec plaisir dans cet univers musical sur fond de guerre mondiale. L’écriture est dense, fouillée et très cinématographique : on imagine aisément les clubs jazz que fréquente Alvar… La rencontre de ces deux destins permet à l’autrice de proposer une réflexion sur la mémoire, l’oubli et la volonté de devenir soi.
Un grand roman initiatique ! Coup de cœur !
Martin Perché![]() de Christian de Montella L’école des loisirs 11,50 €, 148×218 mm, 96 pages, imprimé en France, 2018. |
Le Jazz de la vie![]() de Sara Lövestam (traduit par Esther Semarge) Gallimard Jeunesse 17,50 €, 155×226 mm, 332 pages, imprimé en France, 2018. |

Née au début des années 90s, tour à tour professeure, amoureuse de la vie, de la littérature, de la musique, des paysages (bourguignons de son enfance, mais pas que…), des films d’Agnès Varda, des vers de Cécile Coulon et des bulles de Brétecher. Elle a fait siens ces mots de Victor Hugo “Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent”.

