Aujourd’hui, voici deux livres qui parlent de différence, qu’elle soit cachée ou bien visible, des réactions qu’elle entraine et comment elle est vécue.
Une jeune fille et son camarade de classe font un exposé autour de la discrimination et de la stigmatisation, ayant comme épicentre la petite sœur de l’étudiante : Alice.
Alice est une collégienne considérée « pas comme les autres » par ses proches et même décrite comme un OVNI par son ainée : un Objet Vivant Non Identifié. Très solitaire, elle est dans sa bulle et ne semble pas avoir particulièrement envie de se mêler aux autres enfants. Elle préfère observer, cueillir et collectionner les champignons, dont elle sait tout ! Pour ses parents, les pédiatres et les profs, elle est surdouée et n’a donc pas un comportement inquiétant, juste un peu différent.
Son quotidien est subitement bousculé par un déménagement et un changement d’école, événements perturbant tous ses repères et ses habitudes. Alice va alors totalement changer d’attitude et imiter, tel un caméléon, la fille la plus populaire de la classe. Comme cette idole qui incarne tout ce qu’Alice n’est pas, elle souhaite être aimée et avoir plein d’ami·es, mais va au contraire attirer les railleries et les méchancetés.
Entre chaque chapitre de cette fiction, on retrouve une page pour prendre des notes ainsi que l’avis du psy, qui analyse pas à pas les situations et les comportements d’Alice et de son entourage. Ainsi, Caméléon aborde le syndrome Asperger de deux façons ; l’une de manière fictive et externe avec la grande sœur qui explique ce qui s’est déroulé et l’autre d’un point de vue médical apportant des clés de compréhension et des réponses.
La fiction à hauteur d’adolescent·e permet de comprendre de manière plus intimiste cette forme d’autisme encore peu connue et surtout de s’identifier ou bien de reconnaitre un·e proche qui pourrait en être atteint·e.
L’avis du psychiatre Gilles Martinez appose des mots simples et des explications claires, dissociant le syndrome d’Asperger du haut-potentiel ou encore de la crise d’adolescence, car ils tous sont souvent confondus et laisse alors la jeune fille aspie (terme employé par les personnes Asperger pour se définir) dans un mal-être l’empêchant de s’épanouir.
En fin d’ouvrage on retrouve une partie annexe regroupant les principaux lieux d’accueil et associations existantes afin de trouver du support en cas de besoin ou de questions.
Caméléon est un livre important car il traite d’un syndrome très stigmatisé et encore trop peu reconnu en France. Très rarement diagnostiqué chez les jeunes filles, le syndrome d’Asperger est souvent révélé assez tard, vers la trentaine.
Il existe peu d’ouvrage destiné aux jeunes sur ce sujet, et celui-ci à la force d’avoir un format accessible aux adolescent·es pouvant découler sur un échange avec leurs parents ou bien leurs proches. En ouvrant ainsi le dialogue, un suivi adéquat peut alors être mis en place et permettre l’épanouissement et le bien-être de l’enfant le plus tôt possible.
De plus, lorsque les personnages de Christine Deroin débattent autour d’Alice, ils soulèvent plusieurs questionnements autour des préjugés, du harcèlement scolaire et de la discrimination chez les enfants : autant de sujets sensibles dont on peut être facilement la cible à cet âge.
Un livre équilibré entre fiction et conseils sur le trop peu connu et mal perçu syndrome d’Asperger chez les filles.
Alors qu’il se balade avec sa Mamita, Julian voit trois étincelantes jeunes femmes habillées en sirènes. Cette rencontre va le transporter : il s’imagine coiffé d’une longue chevelure, nageant dans les océans en compagnie de poissons dansants et multicolores. Ni une ni deux, dès que sa grand-mère va prendre son bain, il s’enroule dans le rideau en dentelle, se met une touche de rouge à lèvres, pique les feuilles et les fleurs des plantes de la maison et… Ça y est, c’est une sirène ! Avec sa luxuriante coiffe et son long drapé blanc aérien, il est aussi beau que ces demoiselles !
C’est alors que sort sa Mamita, qui le trouve ainsi tout maquillé et déguisé…
Julian est une sirène est un album tendre et coloré sur la question du genre. Le petit garçon se laisse entrainer par ses rêves, sans se poser de question ou se mettre de barrière. C’est seulement lorsqu’il est face à face avec une adulte qu’il se rend alors compte de la possible case dans laquelle il est censé être et qu’il vient de franchir. Mais pourquoi donc seules les filles pourraient s’habiller en sirènes étincelantes et pas les garçons ? Pourquoi devrait-il avoir honte de croiser son reflet coiffé d’une couronne fleurie et maquillé alors qu’il trouve ça si joli ? Et oui, car être une sirène, après tout, demande juste d’avoir une queue de poisson et de s’amuser dans des eaux scintillantes et imaginaires, sans se poser plus de questions.
Jessica Love possède un trait et une palette de couleurs magnifiques, ses personnages sont très expressifs et les dessins se suffisent à eux-mêmes pour véhiculer des émotions telles que l’émerveillement, la surprise, l’appréhension mais aussi la joie et l’amour.
Il y a donc peu de texte, les aquarelles majestueuses de l’artiste transmettant suffisamment d’informations à l’histoire. Mais une lecture accompagnée peut-être une bonne idée, pour expliquer les carcans de la binarité et rassurer sur l’identité de genre.
Un album touchant et d’une beauté graphique certaine qui célèbre l’acceptation de soi et l’individualité. Un petit trésor !
Caméléon![]() de Christine Deroin avec la participation de Gilles Martinez Le Muscadier dans la collection Saison Psy 12,50 €, 140×190 mm, 96 pages, imprimé en France, 2020. |
Julian est une sirène de Jessica Love traduit par Sylvie GoyonÉcole des loisirs dans la collection Pastel 13 €, 236×256 mm, 42 pages, imprimé en Chine, 2020. |

Approche de la trentaine, et en a profité pour perfectionner ces petites choses si importantes qui font un tout. Vivre les livres, dessiner et créer des trucs, pour relier le dehors au dedans. Aime la nature, les histoires qui donnent espoir, celles aux allures de vieux grimoires, les BD hypersensibles et les images colorées.
Se retrouve dans le travail de Tarmasz, de Tayou Matsumoto, de Bretch Evens.


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