Ah les frères et les sœurs ! Au-delà des sempiternelles chamailleries, c’est surtout un lien indéfectible qui les attache et l’amour qui les noue. Aujourd’hui, je vous invite à découvrir deux beaux hommages aux adelphies.
L’un est brun, l’autre est blond. L’un est grand, l’autre est petit. L’un tempête pendant que l’autre murmure. Arùn et Rey sont deux frères que tout oppose, mais en apparence seulement.
Les histoires de frères et sœurs sont très largement exploitées en littérature jeunesse. Néanmoins, peu d’albums se distinguent par leur force et leur beauté. Frères de Marie Le Cuziat et Hua Ling Xu est de ceux-là. En effet, subtilité et sensibilité de la plume et du pinceau s’associent ici pour proposer un album qui saura émouvoir les concerné·es. Les artistes offrent une ode puissante à l’amour fraternel à travers une histoire aux accents universels, qui rappelle qu’être frère, c’est pour la vie. Car, même si à première vue les deux frères ne se ressemblent absolument pas, ni physiquement ni par leur caractère, Arùn et Rey sont bel et bien frères, envers et contre tout. La force de l’album naît alors de la concision et de l’apparente simplicité du texte appuyé par les illustrations pleine page à la peinture acrylique qui prennent en charge le récit pour le sublimer et le rendre plus subtil encore.
Le style ne sera d’ailleurs pas sans rappeler, avec émotion et plaisir, celui de la grande Anne Brouillard. Il nous invite à la contemplation pour ne pas dire délectation. Aussi, ce n’est pas tant les différences qui opposent les deux frères que les lecteurs et lectrices retiennent, mais bien la complicité indéfectible qui les lie et l’amour qui les rassemble. « Frères, c’est se ressembler et parfois pas du tout. C’est s’éloigner pour mieux se retrouver. Frères, c’est puissant. […] Frères, c’est être avec ou être à côté. C’est se comprendre et parfois s’opposer. Frères, c’est fragile.» Un album puissant, en effet, et d’une beauté exceptionnelle.
À 8 ans, elle déménage de la région parisienne pour la campagne berrichonne. Sa vie d’avant lui manque, car c’est tout un nouveau monde différent qui s’offre à elle. Les troncs d’arbres, arrachés par le vent, jonchant la rivière, ressemblent ainsi à des crocodiles sur le fleuve Amazone ; elle et sa sœur deviennent de petites Indiennes qui explorent la nature. Saura-t-elle apprivoiser cette nouvelle vie loin des lumières de la ville ?
Si quitter la grisaille parisienne pour le vert de la campagne réjouit les adultes, ce n’est pas toujours le cas des enfants qui ont toujours connu la ville. Entre rêve et réalité teintés de nostalgie, l’autrice raconte la manière dont elle a vécu son déménagement et a apprivoisé son nouvel environnement, à l’âge de 8 ans. Elle livre alors un récit intime et délicat, où le vague à l’âme et les thèmes de sororité et de gémellité s’entrecroisent. Par là même, elle invite ses lecteurs et ses lectrices à une véritable expérience sensorielle pleine de l’espièglerie, de l’excitation qui précède la découverte, de l’imagination et des craintes qui caractérisent les enfants. En filigrane, et peut-être même sans le reconnaître encore, Elis Wilk dresse un éloge de la campagne et des mille possibilités qu’elle offre. L’ambiguïté des sentiments qui habitent les enfants concernant leur(s) frère(s) et/ou sœur(s) est ici également exploitée et fait écho à celle ressentie par les lecteurs et lectrices concerné·es.
L’identification est alors plus aisée. Les illustrations faites de superpositions d’aplats de couleurs à l’aquarelle, de collages, de photographies sont magnifiques et fascinantes. Elles agissent comme une sorte d’aimant en brouillant les frontières entre le rêve et la réalité. Un haïku ouvre chaque chapitre, en en donnant le ton et la couleur, et ajoute ainsi poésie, s’il en fallait encore, à cet album d’une finesse et d’une beauté envoûtantes. Elis Wilk propose ainsi une œuvre très aboutie et personnelle où chaque détail compte et reflète la sensibilité de l’artiste complète qu’elle est. Souvenirs, rêves, imagination et réalité s’entremêlent donc pour proposer une œuvre d’une infinie poésie et subtilité, où la grâce n’est pas en reste à travers l’évanescence de certaines illustrations, rappelant par là même le caractère onirique de l’album imprégné de nostalgie pour ne pas dire mélancolie. Quand l’intime et le sublime se rencontrent, cela donne Au loin, les lumières. Magique et magistral !
Frères![]() ![]() Texte de Marie Le Cuziat, illustré par Hua Ling Xu L’étagère du bas 15 €, 220×282 mm, 32 pages, imprimé en France, 2023. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Au loin, les lumières![]() ![]() d’Elis Wilk Versant sud 17,50 €, 166×227 mm, 88 pages, imprimé en Europe, 2023. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Les pieds sur terre et la tête dans les nuages, Laetitia est une éternelle rêveuse qui partage sa vie entre la terre et la mer. Bien que tombée dans la marmite aux mots dès l’enfance, ce n’est que sur le tard qu’elle se découvre une passion pour la Littérature jeunesse avec un L majuscule et collectionne depuis lors les albums qui font la part belle à l’imagination et font l’éloge des mots.


