Grandir, qu’est-ce que c’est ? Est-ce que ça veut dire ne plus tomber ? Est-ce que c’est plus facile de chasser les idées sombres, quand on est grand·e ? Voici deux livres qui posent superbement la question.
« Pas tomber », c’est avant tout un jeu : « On jouerait à pas tomber. Depuis le début. Comme des grandes personnes. » Marcher sans donner la main, courir vite, pédaler sans roulettes… Des jeux d’enfants, pour faire comme les grand·e·s. Prendre des risques, se faire peur, un peu. Imaginer des crocodiles et des requins. Jouer à grandir et à devenir quelqu’un, quitte à franchir certaines limites, « pour voir » : faire tomber les autres, le faire exprès. Tomber de haut, et se faire mal. Heureusement, tout ça n’est qu’un jeu qu’on peut arrêter quand on veut, parce que rester encore un peu enfant, ne pas grandir trop vite, c’est bien aussi.
Le duo Annie Agopian/Audrey Calleja fonctionne à merveille, tant les illustrations et le texte se complètent. Les dessins aux crayons de couleur sont
d’une grande simplicité et très réalistes, ce qui permet une vraie alchimie avec le texte. L’autrice utilise des formules bien connues des enfants (« on jouerait à… », « on dirait que… ») qui inscrivent le texte dans un univers enfantin. Dès le départ, les choses sont posées : on est dans le jeu. Mais ce qui est aussi très beau avec cet album, c’est son deuxième niveau de lecture, car l’adulte qui lit le livre à l’enfant sait qu’être grand·e, cela peut aussi être dangereux, sinueux, parfois douloureux. La chute de l’histoire est touchante et fait écho à la couverture de l’album.
Pas tomber nous invite à redescendre de notre monde d’adultes et à regarder notre part d’enfance avec bienveillance.
« Ce matin d’automne, ça ne va pas. Au réveil, je m’étire dans tous les sens mais il n’y a rien à faire… Je me sens comme une sardine trop serrée dans sa boîte, comme un pull en laine passé à la machine ou une tomate oubliée au soleil. Ça me serre, ça me pèse, ça me rabougrine. » Que faire, quand les matins sont gris ? Une petite fille décide de sortir pour s’aérer l’esprit. Une pomme, une gourde, et la voilà qui grimpe tout en haut de la montagne, vite, le plus vite possible. Elle crie face au vent, écoute les rochers… et le brouillard dans sa tête se dissipe. Elle retrouve le sourire et reprend le cours de sa vie. Mais à nouveau, un matin, le brouillard revient. Comment faire quand on ne peut pas grimper tous les jours en haut de la montagne ? Elle a l’idée de se fabriquer un petit sac à vent, pour y mettre une réserve des vents qui lui feront du bien, les jours gris. Et bientôt, il lui suffira de toucher le petit sac et de penser à ce qu’il contient pour se sentir apaisée.
Avec Du vent dans la tête, les éditions Voce Verso poursuivent leur collection de premières lectures de qualité. Le texte est très beau et accessible, particulièrement sensible et évocateur. Il parle à tout le monde, car tout le monde connaît des matins gris. Il donne des pistes à la portée de chacun·e pour trouver ce qui peut apaiser. Les illustrations sont douces et elles-mêmes reposantes.
Un livre à glisser dans toutes les poches, pour tous les âges, et à garder à l’esprit pour trouver un peu de sérénité quand, parfois, les matins sont gris.
Pas tomber![]() ![]() Texte d’Annie Agopian, illustré par Audrey Calleja À pas de loups 15 €, 240×210 mm, 24 pages, imprimé en Belgique, 2019. |
Du vent dans la tête![]() Texte de Marjolaine Nadal, illustré par Marianne Pasquet Voce Verso dans la collection Ginko 7,50 €, 180×130 mm, 22 pages, imprimé en République Tchèque, 2019. |

« Un instant, un seul, lui fait déserter son corps : le temps des livres. Le corps de l’enfant qui lit n’est plus qu’un tas de vêtements qu’il a jetés n’importe où. Le livre est ouvert sur la moquette. Les vêtements glissent du lit ou font les pieds au mur. Il est en train de lire. […] Il n’y a plus personne dans la chambre. L’enfant est très loin de là, dans un corps plus ample, au milieu des vagues, loin de nous. » Timothée de Fombelle, Neverland.


