Aujourd’hui, les jolies plumes sont à l’honneur avec trois titres à picorer mettant à l’honneur de charmants volatiles aux vies pleines de rebondissements.
Dans le nid, printanier, Lili fait son entrée dans le monde. Quelques coups de bec bien sentis et le tour est joué les ailes déployées mais fébriles, d’autres horizons s’ouvrent à elle. Mais sur les branches qui bourgeonnent, l’ambiance n’est pas à la fête. On piaille, on s’égosille, on se vole dans les plumes. Il en faudrait peu pour que l’on tende l’oreille et que l’on saisisse en plein vol des noms d’oiseaux. Sans nul doute, les heureux parents ont perdu de leur passion d’antan et se disputent un peu trop souvent pour espérer vivre en harmonie sous le même feuillage. C’est décidé, Lili aura deux nids.
Quoi de plus efficace pour aborder ces sujets familiaux complexes que de passer par le biais d’histoires animalières. Ici, la personnification conduit inévitablement à l’identification quand il est question d’évoquer chez les plus jeunes la question de la séparation des adultes. Deux foyers naissent alors sous la plume et les crayons de Jonna Lund Sorensen. Dans une palette harmonieuse de bruns et de beige, le trait vif et alerte donne une belle impulsion à ce va-et-vient quotidien. Il met ainsi en valeur avec humour et un goût certain de la cocasserie — leur emploi du temps rythmé, témoin de nouveaux moments partagés. La conclusion est belle et le sujet traité avec une petite touche de légèreté pour dire que s’il est vrai que la situation est douloureuse, il n’y a rien de grave et que la vie d’un nid à l’autre a aussi le goût doux et aimant de la famille.
Cela commence par trois petits avatars colorés qui vous interpellent et vous invitent à écouter leur histoire. Derrières ces personnages, les voix de l’autrice, l’illustratrice et de l’éditrice qui promettent de nous accompagner tout au long des pages de ce livre hors norme. Surgissent alors les personnages d’une histoire qui ne sera que rebondissements : d’abord une danseuse puis un flamant rose qui se disputent la vedette, puis un corbeau pour apporter ce qu’il faut de noirceur, un poulpe qui peine à trouver ses marques dans un décor qui ne cesse de changer au bon vouloir des caprices des personnages. De la forêt à la banquise, en passant par les plages de sable fin, l’on se laisse vite prendre au jeu du dépaysement !
Cette histoire paraît sans queue ni tête et il est bien difficile de la résumer. Assurément, ce livre a quelque chose d’audacieux puisqu’il met en scène avec beaucoup de drôlerie le processus de création d’une histoire, la naissance d’un livre. Ici, l’originalité repose sur le fait que les autrices donnent la parole aux personnages qui remplissent les pages et qui s’adressent successivement à elles en imposant leurs exigences. Les bulles de paroles — comme une première initiation au 9e Art — s’invitent sur la page et une vraie cacophonie de recommandations vient compliquer le travail des artistes. C’est drôle et cela rend incroyablement ludique l’acte même de lecture. Voilà un livre aux couleurs vives et pimpantes qui se situe au carrefour des genres : bande dessinée, album, Cherche et trouve, conte… On s’en donne à cœur joie pour un moment de lecture mémorable ! Et quitte à jouer avec les codes et les bousculer un peu, les dernières pages offrent la possibilité aux enfants de découper tous les personnages de l’histoire et de les repositionner sur les décors vierges imaginés par l’illustratrice. Un livre jeu qui entretiendra le goût de la lecture. Incontestablement, cette malédiction-là a tout d’un beau sortilège !
Sur le toit de la roulotte en bois, la légèreté est au rendez-vous et le cœur est en émoi. La fleur au bec, un oiseau s’en vient conter fleurette à sa jolie demoiselle à plumes. Les saisons passent et nos deux amoureux remarquent à peine que l’été s’échappe en un battement d’ailes. Quand reviennent les premiers bourgeons printaniers, alors que tout un monde végétal se déploie, un œuf est encore bien au chaud au creux du nid de brindilles. Le précieux sera pourtant rapidement chahuté par un chasseur hargneux et sans scrupules, prêt à jouer de la gâchette face aux voltiges acrobatiques d’une jeune oiselle qui n’est pas au bout de ses peines. Et que dire, du chat griffu qui devient tigre une fois sorti de sa léthargie ? Face à tant de mésaventures, la séparation semble inévitable. Surgit alors une jeune musicienne qui fait de sa présence une protection — aussi douce que du coton — pour celle qui reste seule à défendre vaillamment l’œuf si précieux. Sa tranquillité n’a d’égale que sa force d’esprit et son tempérament bien trempé vient faire barrage avec une poigne bien sentie aux prédateurs malfaisants. Mais aussi fort·es et prudent·es qu’ils ou elles soient, les personnages auront impérativement besoin, au cœur des marais tortueux, d’ouvrir l’œil tant le mal peut, à tout moment, prendre un nouveau visage.
David Périmony récidive après sa très belle ouverture symphonique portée par son premier album. La partition se joue à rebours puisqu’il s’agit d’un préquel à sa bande dessinée muette. (L’ordre de lecture n’ayant que peu d’importance) Le cadre reste globalement identique ainsi que sa gamme colorée, bien qu’elle gagne légèrement en chaleur. Le travail de mise en scène y est remarquable. Moins scolaire, plus souple encore, le découpage se libère encore plus des contraintes de la planche pour des choix originaux, empreints d’un indéniable dynamisme. Ainsi s’enchaînent, entre pleines pages illustrées et découpages audacieux, les rocambolesques rebondissements d’une aventure qui fait quelques clins d’œil au tome précédent tout en s’émancipant de ses premiers choix narratifs et graphiques. Et si une douceur évidente émane des premières planches, la tonalité flirte avec des notes plus graves qui font douloureusement écho à des périodes sombres de l’Histoire. En effet, si l’ennemi est à l’affût dernière son fusil braqué, d’autres hommes veulent imposer le silence à l’harmonie des planches. Sous les capuches blanches et pointues, le mal rôde, le mal censure, le mal alimente son fiel haineux. Les loopings de notre volatile intrépide se transforment soudainement en une odyssée de battante. Un album à lire en écoutant des mélodies cadiennes.
| Lili entre deux nids de Jonna Lund Sørensen ![]() D²eux 14 €, 236x237mm, 32 pages, imprimé en Chine, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
![]() La Malédiction des flamants roses Texte d’Alice de Nussy, illustré par Janik Coat Grasset jeunesse 18,90 €, 267x372mm, 44 pages, imprimé en Espagne, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Birdy Melody ![]() de David Périmony Les Éditions de La Gouttière 16 €, 197×262 mm,104 pages, imprimé en Italie, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

J’aime les gens qui doutent, aller voir ailleurs si j’y suis, oublier le temps dans une librairie, boire du vin et du thé, entretenir mon goût démesuré pour les petites listes… Amoureuse du cinéma de Miyazaki, des chansons de Pierre Lapointe, des pinceaux de Mélanie Rutten, des BD de Renaud Dillies, de la poésie de Vinau, des livres illustrés et des romans qui bousculent avec de jolis mots.




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