Aujourd’hui, je vous propose deux albums où les personnages vont devoir apprendre à vivre avec l’autre.
C’est ici qu’il est né. C’est le hasard qui l’a fait naître ici, ce n’était pas un choix. Son lit était douillet, sa famille tout à côté, il était bien. Mais un jour, une tempête a tout détruit, il a dû partir vivre ailleurs.
C’est ici qu’il est né. Ce n’est pas un choix, c’est un fait. C’est ici qu’il a grandi, entouré de sa famille. Ici, c’est chez lui. Il y est bien. Mais un jour, il voit arriver un oiseau au pelage coloré. Il remarque tout de suite que lui n’est pas d’ici.
Avec subtilité et beaucoup d’intelligence, Séverine Duchesne parle de la rencontre de l’autre, celui qui n’est pas d’ici. Elle raconte comment on doit parfois fuir un endroit où l’on est bien, comment il est parfois difficile de comprendre que celleux qui arrivent ne vivent pas comme nous, comment l’incompréhension peut mener à des quiproquos. Les deux oiseaux sont différents, ils ne parlent pas la même langue, ils n’ont pas la même façon de vivre, de se nourrir, mais ils vont (sans doute) apprendre à se connaître. Le propos n’est jamais trop appuyé, c’est, je le redis, subtil et intelligent, comme le sont rarement les livres sur cette thématique. L’album est très joliment illustré, là aussi avec délicatesse. C’est un ouvrage tête-bêche : les deux histoires se lisent chacune d’un côté et se rejoignent au milieu, si bien qu’aucun des deux personnages n’est le héros principal, le livre a d’ailleurs un code-barre de chaque côté afin qu’il n’y ait pas de « point de vue » principal.
Loin de nous, très loin même, vivaient un renard et une taupe. Leurs maisons se trouvaient sur l’extrémité de la pointe d’une terre, entre la mer et la lande, iels n’avaient aucun·e voisin·e et les seules autres personnes que l’on croisait là étaient les touristes venu·es faire voler des cerfs-volants l’été. Pendant cette saison, la taupe se joignait à elleux pendant que le renard confectionnait des biscottes et des confitures pour celleux qui en voulaient. Une fois la saison terminée, les deux ami·es se retrouvaient seul·es et la taupe aimait passer son temps chez le renard pendant que celui-ci lui lisait des histoires. Il faut dire qu’il y avait toujours de quoi manger chez le renard. Celui-ci aurait aimé que parfois les choses s’inversent et qu’il soit invité à son tour chez la taupe…
C’est une histoire assez particulière que nous propose la Suédoise Cecilia Heikkilä. Particulière pour ce qu’elle raconte, mais pour la façon dont elle le raconte. Le renard va perdre patience devant le comportement de la taupe qui vient toujours profiter de sa maison et de ses biscottes, sans jamais rien offrir de son côté, et va, littéralement, se transformer en monstre. La taupe n’est pas forcément radine, elle est peut-être juste tête en l’air et ne pense pas que l’amitié, ce n’est pas juste profiter de l’autre, mais aussi donner de soi (on en connaît toustes des gens comme ça !). Bref, l’album n’est pas manichéen. Les illustrations sont sublimes, comme toujours avec cette grande autrice-illustratrice. Le texte de l’album est assez long, comme celui d’un roman première lecture.
Ici![]() ![]() de Séverine Duchesne Kilowatt, dans la collection Les kilos 14 €, 146×217 mm, 64 pages, imprimé en UE, 2024. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Le renard et la taupe. Une histoire de fantômes![]() ![]() de Cecilia Heikkilä (traduit du suédois par Catherine Renaud) Cambourakis 15 €, 221×287 mm, 44 pages, imprimé en Lettonie, 2024. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Aimait la littérature jeunesse bien avant d’avoir des enfants mais a attendu d’en avoir pour créer La mare aux mots. Goût particulier pour les livres pas gnangnan à l’humour qui pique !




