Pour ce dernier article de l’année, tout comme les années précédentes, on a eu envie de se prêter à un exercice pas si facile… Chacun·e de nous a dû choisir un et un seul livre parmi ceux qu’il ou elle a chroniqués au cours de l’année. Nous republions ici la chronique du livre que chacun·e d’entre nous a voulu mettre en avant pour cette sorte de best of.
Dans leur tanière, Neige élève ses trois petit·es, Vif-Argent, Soleil-d’Or et Feu-Roux. Un jour, alors qu’iels jouent à se sauter dessus et s’attraper, iels s’approchent de l’entrée, sentant l’air frais de l’hiver chatouiller leurs museaux. Impatient·es de s’élancer dehors, iels sont pourtant freiné·es par leur mère qui leur explique que c’est prématuré. Alors les jours passent, les petit·es grandissent et bientôt Vif-Argent réalise que ça le démange, il comprend qu’il est temps pour lui de sortir et Neige lui demande de réveiller le printemps. Aussitôt, le loup bondit et à son contact la nature se réveille : la neige fond, le ciel se dévoile et la rivière se dégèle. Désirant vivre cette liberté à leur tour, son frère et sa sœur sont prêt·es à s’élancer, mais leur mère les retient, il est encore trop tôt pour elleux. Alors ils apprennent à guetter et chasser jusqu’au jour où Soleil-d’Or comprend que le moment est venu pour elle de foncer à son tour. Neige lui confirme que le printemps a assez duré et qu’il est temps de ramener l’été. Son poil est chauffé par les rayons du soleil, les fruits mûrissent sur son chemin, c’est incroyable. De sa tanière, Feu-Roux se languit de connaître ça à son tour. Enfin, le moment arrive et il galope sous la pluie, auprès des arbres qui rougissent et entre les champignons, amenant l’automne sur son passage. Pendant que ses enfants, devenus grand·es s’ébrouent dans la nature, Neige attend le moment où, à son tour, elle pourra ramener l’hiver.
Les loups des quatre saisons est un merveilleux album aux allures de fable, qui aborde plusieurs sujets. Neige est louve et mère, elle apprend patiemment à ses petit·es l’indépendance en leur donnant toutes les armes pour mener leur vie d’adulte, sans oublier de prendre en compte leurs différences et complémentarités. On se laisse emporter par le texte poétique, sublimé par les illustrations de Barbara Brun qui font défiler les saisons. Bien plus qu’une histoire sur les saisons ou la nature, c’est aussi une histoire d’amour, de famille et de transmission qui réchauffe le cœur.
Delphine
Suite à l’annonce du retard de son vol, une jeune femme flâne dans le terminal de l’aéroport d’Albuquerque lorsqu’un appel retient son attention : une personne comprenant l’arabe est prestement attendue à la porte A4. Après un instant d’hésitation, elle s’y rend. Recroquevillée sur le sol, une vieille femme palestinienne en robe traditionnelle croyant son vol annulé, pleure. La jeune femme mettra tout en œuvre pour la rassurer à coups d’appels téléphoniques, de sourires, d’écoute et de réconfort.
Dans cet album, la poétesse Naomi Shihab Nye raconte sa propre histoire. À travers une histoire vraie profondément humaniste et d’un optimisme sincère, les craintes et les pleurs du début laissent place aux rires, aux sourires et à la confiance entre les deux femmes. Les illustrations aux tons sépia transcrivent parfaitement cela en renforçant la gravité de la scène tout en portant en elles également le caractère intemporel du message. En tout temps, en tout lieu, une telle scène — pleine d’humanité — pourra se reproduire car « tout n’est pas perdu ». Dès lors, de l’écoute, à la distribution de maamouls, pâtisserie populaire dans le monde arabe, en passant par l’anecdote de la plante que l’on transporte toujours avec soi, une amitié sincère naîtra entre les deux femmes. Comme nombre d’albums publiés chez D’eux, cette histoire prône haut et fort l’empathie, l’espoir et l’humanité.
Laëtitia
Ça s’est passé jeudi, pendant la récré du matin. Une bande d’enfants voulait jouer au ping-pong, mais il n’y avait pas de raquette, alors iels ont couru autour de la table, parce que c’est un jeu amusant quand on s’ennuie. Sauf qu’à un moment, un enfant est tombé. Les autres se sont inquiété·es, peut-être était-il mort ? Mort non, mais blessé, ça c’est sûr, même que du sang coulait de son genou.
Ce nouvel album d’Emma Adbåge est un régal. Une nouvelle fois l’autrice illustratrice suédoise croque à merveille l’enfance tant dans sa façon de dessiner les corps que dans la façon dont elle les fait parler (soulignons que la traduction de Catherine Renaud est merveilleuse). Ici, il est donc question d’une blessure qui impressionne (car elle saigne), puis d’un pansement, d’une croûte qui s’est formée sous le pansement et de la peau bizarre quand la croûte finit par tomber. Des choses qui ne sont pas si importantes quand on est adulte, mais qui prennent des proportions importantes quand on est enfant. L’album sonne juste, il est drôle, original, c’est une nouvelle fois un très bon album de cette autrice-illustratrice que j’aime beaucoup.
Lucas
Quand leur père disparaît subitement, Roberta, Peter et Phyllis doivent quitter leur vie confortable à Londres pour aller s’installer dans un petit cottage à la campagne. Désormais pauvres et ne pouvant plus se rendre à l’école, les enfants cherchent de nouvelles occupations et tombent bientôt sur la gare voisine, où ils vont se lier d’amitié avec le porteur et le chef de gare. Alors que les jours passent et que l’absence de leur père se fait de plus en plus pesante, Roberta, Peter et Phyllis font la rencontre d’un mystérieux inconnu qui pourrait bien détenir les réponses à leurs questions…
Edith Nesbit est pour moi une valeur sûre. Chacun de ses romans est un bonheur à lire et Les enfants du chemin de fer n’a pas fait exception, bien au contraire ! L’autrice parvient toujours à construire des histoires captivantes, tant pour les enfants à qui elle s’adresse que pour les plus grand·es qui, comme moi, souhaitent découvrir un peu plus la plume de cette écrivaine. Une fois le roman commencé, impossible pour moi de m’arrêter tant la plume est addictive et le récit passionnant. S’il y a quelque chose que j’apprécie particulièrement chez Edith Nesbit, c’est sa capacité à créer des personnages attachants et terriblement réalistes. Les enfants qu’elle dépeint sont toujours plein·es de joie et d’énergie, de bienveillance et de gentillesse. Bien sûr, iels font des bêtises, mais n’est-ce pas comme cela que l’on grandit ? Quoi qu’il en soit, impossible de ne pas apprécier Roberta, Peter et Phillys qui, malgré les bouleversements subits, ne se laissent pas abattre. Suivre leurs aventures est toujours un grand bonheur, et ces dernières se succèdent de manière à ce qu’on ne s’ennuie jamais ! De plus, la place importante accordée à la famille, et notamment à la relation des enfants avec leur mère, est particulièrement touchante et m’a beaucoup émue ! Les enfants du chemin de fer est un roman idéal pour les jeunes lecteur·rices, aussi instructif que captivant, qui saura, je le sais, également séduire un public plus âgé !
Manon_D
Par une froide nuit d’automne, la forêt est calme et tout le monde dort sauf Mo, le petit chat au pelage noir et aux chaussettes blanches. Alors qu’il tourne et se retourne dans son lit, il aperçoit une lumière au loin à travers la fenêtre. Elle scintille tellement qu’elle semble lui sourire. Puisque le sommeil ne veut pas de lui, Mo attrape son écharpe, écrit un mot à ses parents et sort au cœur de la nuit pour retrouver cette lumière souriante. Son voyage sera bien plus long, plus animé et plus riche qu’il n’aurait jamais pu le penser.
Arrivé tout droit de Corée du Sud, L’Étoile de Mo est un album écrit et illustré par Yeonju Choi. Inspirée par son propre chat (que vous pouvez découvrir sur sa page Instagram), l’artiste a imaginé une aventure irrésistible qui plaira autant aux enfants qu’aux adultes. Dans ce récit initiatique, Mo croise la route de nombreux personnages qui, chacun, lui apporteront de quoi réfléchir et avancer dans son périple. Grand-père Hibou lui fournit une carte de la forêt, un couple de mésanges insiste sur l’importance de l’organisation, l’écureuil lui donne une leçon de courtoisie… Tous·tes ont pour point commun d’alerter Mo sur la possible présence d’un dangereux ours. Évidemment, la rencontre entre Mo et l’ours sera inévitable et… surprenante ! La pagination atteint presque les 180 pages avec une narration séquencée qui rappelle celle d’une bande dessinée. Les illustrations de l’autrice mêlent hachures aux teintes relativement uniformes pour les décors de la forêt et aplats de noirs pour le petit chat. Difficile de déterminer ce qui est le plus mignon entre le texte et les images, mais une chose est sûre : cette histoire fait l’effet d’un pull moelleux enfilé par une fraîche soirée, d’une douche bien chaude après une longue journée, du poids réconfortant d’un chat ronronnant roulé en boule sur des genoux.
Manon_R
Dans un monde post-apocalyptique où les extraterrestres ont pris le pouvoir, une jeune fille et son frère errent dans les ruines. Une nuit, iels tombent sur un louveteau et se voient obligé·es de l’abattre. Une étrange relation va se nouer entre la mère du petit et la jeune fille. Une relation qui apparaît comme la dernière belle chose de ce monde.
J’ai eu un puissant coup de cœur pour Kaya. C’est l’une des meilleures bandes dessinées que j’ai lues ces dernières années. Le texte est poétique et les illustrations aux teintes crépusculaires plongent les lecteur·rices dans un paysage de dévastation. C’est d’une beauté exceptionnelle, graphique
comme littéraire. On y trouve la parfaite combinaison d’action et de contemplation, de mouvement et de calme. J’ai aimé les personnages et leur détermination à survivre, mais aussi leurs étourderies, les moments de naïveté. Les auteur·rices signent avec Kaya un ouvrage sublime.
À noter qu’une bande-son a été créée spécialement pour accompagner cette lecture. Le moment conseillé pour écouter chaque piste est signalé en début de chapitre.
Pierre
Les loups des quatre saisons![]() ![]() Texte d’Elyssa Bejaoui, illustré par Barbara Brun Père Castor-Flammarion 14,50 €, 302×268 mm, 32 pages, imprimé en Espagne, 2024. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
La porte A4![]() ![]() Texte de Naomi Shihab Nye (traduit de l’anglais par Christiane Duchesne), illustré par Enzo D’eux 18 €, 222×285 mm, 40 pages, imprimé en Chine, 2024. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
La blessure![]() ![]() d’Emma Adbåge (traduit du suédois par Catherine Renaud) Cambourakis 15 €, 221×286 mm, 38 pages, imprimé en Lettonie, 2024. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Les Enfants du chemin de fer![]() d’Edith Nesbit (traduit de l’anglais par Amélie Sarn) Novel 15,90 €, 143×205 mm, 304 pages, imprimé en Europe, 2024. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
L’Étoile de Mo![]() de Yeon Choi (traduit du coréen par Elvire Beaule)Hélium 15,90 €, 133 x 172 mm, 176 pages, imprimé en Lettonie, 2024. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Kaya![]() Scénario de Paola Barbato et Linda Cavallini (traduit de l’italien par Inès Karina), dessins d’Emanuele Tenderini et Lorenzo Lanfranconi, musique originale de Remo Baldi Glénat 18,50 €, 240×320 mm, 89 pages, imprimé en Belgique, 2024. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Aimait la littérature jeunesse bien avant d’avoir des enfants mais a attendu d’en avoir pour créer La mare aux mots. Goût particulier pour les livres pas gnangnan à l’humour qui pique !






