Lorsque l’on songe aux îles, l’imaginaire collectif nous inonde de soleil et de plages de sable fin… Ne vous méprenez pas, le paradis n’est pas entre ces pages bien loin des paysages de cartes postales… Trois livres, trois îles et (au moins) trois raisons de devoir s’en méfier… Prêt·es à faire vos valises malgré tout ?
Elle est la terre familière, le terrain de jeu de leur enfance et de leur adolescence, à quelques kilomètres du continent à marée basse. Les habitant·es se connaissent et ont grandi sur cette île d’A. Lorsque d’immenses colonnes de fumée s’érigent sur le continent, la bande d’ami·es voit bien les fronts préoccupés des adultes qui s’affairent. Elle comprend, sans laisser une trop grande place au doute qu’un événement terrible va venir bouleverser leur si chère sérénité. Avec une rigueur méthodique et sous l’impulsion de la mairesse et de ses conseiller·ères, chacun·e prend en main le destin collectif de l’île. Si tout n’est que dévastation et chaos sur la côte, l’île devra coûte que coûte être protégée comme un trésor précieux. Avant même de comprendre ce qui se joue réellement, l’idée est de rester uni·es et d’assurer le bien-être de la population. Hélas, l’utopie communautaire va malheureusement vite perdre de sa superbe.
À travers un habile jeu narratif de va-et-vient entre passé et présent, le récit prend immédiatement une tournure captivante qui nous laisse entendre que peu échapperont à la folie qui s’empare des habitant·es. Les petits commentaires bien sentis du narrateur laissent s’exprimer des tensions palpables, dévoilant les fragilités à venir, les plans voués à l’échec et les conflits d’intérêts qui rendent les promesses incertaines et les alliances absolument vaines. Dès lors, l’on cherche à savoir, avec une impatience évidente, quel·les seront celles et ceux qui échapperont à un sort funeste. L’Île est donc un roman dans lequel miroitent les faiblesses et les peurs humaines, il nous entraîne du côté de la frontière fragile et invisible entre la confiance et la méfiance, questionne nos relations aux autres avec beaucoup de profondeur et soulève des interrogations d’ordre philosophique et sociologique. Un titre qui fera écho à d’autres romans de l’auteur qui semble particulièrement attaché à l’exploration subtile de ces thématiques d’une actualité évidente.
Alors que l’ourson Choco pêche tranquillement au bord de l’eau du petit village ordinaire de Saint-Isidore, voilà que son ami Zaki le tire de ses rêveries. Est-ce le livre dans lequel il est plongé qui l’ennuie ferme ou ce même ouvrage qui lui souffle des envies de folles aventures ? Entre deux leçons d’Histoire qui endorment plus qu’elles ne passionnent, l’école buissonnière est inévitablement une envie des plus tentantes. Il faut dire que les forêts alentour sont le terrain de jeu parfait pour s’inventer des frayeurs et fantasmer des rencontres hors du commun. Mais ce jour-là, l’improbable a lieu. Un renard pirate erre dans les sous-bois et devient aussitôt l’objet d’une filature qui vient rompre la monotonie des journées ordinaires. Dans ce jeu de chats et de souris, l’impertinente Mélie — loin d’avoir froid aux yeux — se joint à notre intrépide duo. Ce petit jeu prend une tournure singulière quand un Grand Conteur itinérant s’arrête dans leur village pour quelques soirs… Si Anacharsis est maître des histoires qu’il raconte, il apprendra à ses dépens (et à ceux des petit·es curieux et curieuses qui croisent sa route), que les récits qu’il s’approprie ne se contentent pas toujours de rester figés dans les vieux manuscrits…
Ouvrir un livre comme on ouvrirait un coffre aux trésors maudit, comme on pousserait la porte d’un autre monde dans lequel l’aventure pourrait coûter bien plus cher que le petit frisson qui va de pair avec le besoin impérieux d’assouvir sa curiosité… Cette nouvelle histoire signe le premier tome d’une série et n’est pas avare d’aventures. Régis Hautière pose ainsi les jalons de bien d’autres intrigues à venir mais il nous offre surtout une histoire riche et dense faite de rebondissements et de récits enchâssés qui ne laissent en rien ce goût de trop peu dont souffrent parfois les premiers tomes de série. Touche d’humour, sens de la répartie, candeur qui fait mouche, on retrouve ce que l’on aime de la plume du scénariste. Graphiquement, Renaud Dillies (que nous avions interviewé ici) griffe la planche avec son stylo bic et son trait se marie à merveille aux couleurs de Christophe Bouchard qui jouent la carte de la luminosité. Une folle échappée qui fait la part belle à l’imaginaire et aux récits d’aventures et qui rappelle comme il est grisant pour nous — adultes comme enfants — de nous laisser prendre dans les envoûtantes mailles des filets des faiseur·ses et des raconteur·ses d’histoires.
En croisière sur le petit voilier parental, un couple et leurs filles goûtent aux affres d’une tempête en pleine mer. Vagues immenses, secousses inquiétantes, la nuit est longue et agitée et le danger présent à chaque instant. Au loin, sur le rivage, trois silhouettes sous cape invoquent une divinité pour apaiser les flots et le ciel. Quand arrive le petit matin, le calme règne et tout semble propice pour une escale reposante. Un ou deux jours tout au plus, le temps de se remettre de ces émotions nocturnes. L’accueil sur l’île y est des plus agréables : habitant·es avenant·es, altruisme et générosité, sourires bienveillants et invitations à un petit verre de l’amitié. Les deux sœurs regrettent cependant l’absence totale d’enfants sur ce paradis terrestre. Comment expliquer qu’elles soient les seules à arpenter cette île qui devrait faire le bonheur des plus jeunes ? Et pour tenter de répondre à cette question, il serait bon de ne pas être trop curieuse…
C’est ici un premier tome que nous proposent Xavier Bétaucourt et Paola Antista. Cette robinsonnade moderne nous plonge dans une mystérieuse découverte d’un secret enfermé dans cette île joyau. Suspense et rebondissements sont au rendez-vous, avec, en prime, une immersion du fantastique dans cette atmosphère réaliste. Solidarité et entraide seront de mise et l’on frissonnera face aux déconvenues de cette famille qui ne sera pas épargnée par les appétits avides de sang neuf. Un album aux influences multiples qui fait ponctuellement songer à La Servante écarlate ou à Harry Potter... Une aventure qui appelle une suite et qui invite à se méfier des apparences…
L’île de Vincent Villeminot Pocket Jeunesse 18,90 €, 141×226 mm, 456 pages, imprimé en France, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Le Clan de la rivière sauvage![]() Scénario de Régis Hautière, dessins de Renaud Dillies, couleurs de Christophe Bouchard Les éditions de la gouttière 14,70 €, 228×290 mm, 88 pages, imprimé en Belgique, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
L’île oubliée Scénario de Xavier Bétaucourt, dessins de Paola Antista, couleurs de Martina Saviane Jungle, dans la collection Frissons 12,90 €, 226×305 mm, 58 pages, imprimé en France, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

J’aime les gens qui doutent, aller voir ailleurs si j’y suis, oublier le temps dans une librairie, boire du vin et du thé, entretenir mon goût démesuré pour les petites listes… Amoureuse du cinéma de Miyazaki, des chansons de Pierre Lapointe, des pinceaux de Mélanie Rutten, des BD de Renaud Dillies, de la poésie de Vinau, des livres illustrés et des romans qui bousculent avec de jolis mots.
