Aujourd’hui, je vous propose trois ouvrages qui mettent en lumière le choc des générations : des vieilles personnes solitaires, mélancoliques ou bien grincheuses et des enfants aussi têtus qu’attachants. Des rencontres emplies de tendresse qui vont changer leur vie et les lier par le souvenir.
Dans le charmant petit village de montagne Romainmôtier, Alec, le vieux libraire, souffre depuis trop longtemps de solitude au milieu de ses livres. Alors, sans trop y croire, il dépose une annonce dans le journal local pour recruter une personne qui lui ferait la lecture pendant qu’il s’affaire dans sa boutique. Quelle n’est pas sa surprise lorsqu’un matin, une fillette de 12 ans, prénommée Solange, débarque sur le pas de sa porte et lui propose son aide. L’enfant est aussi énigmatique qu’enthousiaste : les vêtements couverts de poils de chat et rapiécés, les cheveux ébouriffés, le teint pâle, elle est pourtant pleine de joie de vivre et attachante. Commencent alors pour ces deux êtres solitaires des moments simples, joyeux et vite indispensables où iels vont apprendre à se connaître, à s’apprivoiser, mais surtout à surmonter les chagrins et drames du passé.
Ce roman illustré est un immense coup de cœur. Conseillé pour les jeunes lecteurs et lectrices dès 10 ans, il a su pourtant me toucher et m’emporter grâce à une écriture poétique, mélancolique et empreinte d’humanité. Cet ouvrage m’a bouleversée par la plume si belle et douce de Nathalie Wyss, mais aussi par les illustrations telles des photos du passé, en noir et blanc, de Raphaël Beuchot. Dans cette bourgade isolée, le silence des vieilles pierres et les miaulements des nombreux chats se répondent en écho jour et nuit. Les piles de livres poussiéreux cohabitent sur les étagères avec des bocaux vides de câpres fabriquées au village depuis des décennies. La solitude de certains habitant·es est malmenée par l’agitation quotidienne du marché sur la place du village. C’est dans ce décor pittoresque qu’Alec et Solange vont nouer une émouvante amitié. Au milieu des livres, bercé·es par la puissance des mots, iels vont chacun panser leurs blessures, ouvrir leur cœur et retrouver foi en la vie. Ces deux personnages à l’opposé l’un·e de l’autre, le vieil homme et la petite fille, vont comprendre qu’à deux, on est plus fort·es et surtout plus heureux·euses. Ensemble, iels vont réussir à apaiser leur tristesse depuis trop longtemps ancrée en elleux. Le temps fuit est un hymne à la vie dont il faut profiter, au temps qui passe et qu’il ne faut pas regretter, au passé qu’il faut savoir laisser de côté dans un coin de son cœur sans jamais oublier de chérir ces souvenirs à tout jamais gravés.
Lorsqu’un matin Émilia découvre une noix sur sa table de chevet, c’est le moment pour Grand-papa de lui conter son histoire. Celle d’un petit garçon qui vivait sur un autre continent et qui a dû partir en n’emportant qu’un sac et une noix. Une noix de l’arbre qui poussait alors dans son jardin. Avec sa famille, iels ont traversé les océans et sont arrivé·es sur cette nouvelle terre. Là, le petit garçon a planté sa noix dans un petit pot. Les années ont passé, le petit garçon est devenu un homme, la noix est devenue un arbre qu’il a alors planté dans son jardin. Puis, c’est sa fille, la mère d’Émilia, qui à son tour a planté une noix juste à côté du grand arbre. Et comme l’histoire se transmet de génération en génération, Émilia, aidée de Grand-papa, a planté elle aussi sa noix. Une noix qui va pousser, grâce à l’eau, au soleil, à la patience et à l’amour qu’Émilia va lui insuffler. C’est l’histoire d’une noix qui va grandir et devenir un arbre, pendant que Grand-papa va ralentir, s’affaiblir et partir…
La vie est un voyage que l’on cultive avec amour et tendresse. Une transmission d’amour.
Un éternel recommencement. Un voyage qui a une fin mais dont on laisse sur terre l’empreinte de son passage. Le souvenir de Grand-papa restera à jamais gravé dans cet arbre. Malgré son absence, il sera pour toujours auprès d’elleux. L’histoire est douce, pleine de nostalgie et d’amour. L’écriture est fine, émouvante et poétique. Les illustrations détaillées sont si belles qu’elles nous emportent dans ce récit familial : les couleurs sépia durant la jeunesse de Grand-papa, puis colorées, changeantes en fonction des heures et du temps qui passent ou immuables comme cette maison à la chaleur éternelle. Les couleurs de la vie, joyeuses ou sombres, nous parlent avec émotion tout au long de ces pages. J’ai eu un véritable coup de cœur pour ces illustrations au crayon et pour toute la tendresse qui émane de cet album. Pour se souvenir éternellement de nos grands-parents qui nous ont quitté·es mais qui restent dans nos cœurs.
Mifa est une vieille dame grincheuse qui exerce un métier unique en son genre : gardienne d’objets inutiles. Elle s’occupe et prend grand soin de chaises à trois pieds, de girafe empaillée, de brosses sans poil ou encore d’armoire sans porte qui lui ont été confiées à contrecœur. Tout ce joyeux bazar s’amoncèle dans sa maison, devenant un immense capharnaüm, une caverne d’Ali Baba insolite et hétéroclite. Les propriétaires viennent rendre visite à leurs objets une fois par mois. En dehors des horaires prévus à cet effet, il vaut mieux ne pas déranger Mifa qui a ses petites habitudes. Avec son lézard Ursule, elle a une routine bien établie et ultra chargée : promenade au jardin des objets qui peuvent moisir, dépoussiérage, jardinage, thé aux myrtilles devant son émission de chant favorite. Mais un jour, une fillette prénommée Maxine vient sonner à sa porte pour lui confier Alfred, son doudou gorille. Une énorme peluche dont Ursule va tomber fou amoureux. La vie de Mifa va alors être totalement chamboulée en un rien de temps. Son quotidien solitaire et calme va être bousculé par cette mini-tornade aux cheveux ébouriffés qui n’aura de cesse de venir la solliciter.
Quelle histoire farfelue et déjantée ! Une maison remplie d’objets aux allures de brocante (ou de décharge). Une vieille dame pas commode bien trop attachée à ses petites habitudes. Une fillette qui doit grandir trop vite et se sent si seule. Un lézard dormeur et tout mignon. Une amitié inattendue entre deux personnages loufoques que tout oppose. Un choc des générations sur fond d’objets poussiéreux et d’allergie mystérieuse. Si cette description sans queue ni tête ne vous a pas fait peur, alors vous êtes prêt·es à découvrir cette histoire improbable, tendre et drôle. L’écriture dingue et hilarante de Karine Guiton est un régal à lire. Les illustrations joyeuses de Chiara Baglioni apportent une touche pétillante supplémentaire à ce petit roman plein de peps. Entrez donc chez Mifa pour découvrir cette folle aventure !
Le temps fuit![]() Texte de Nathalie Wyss, illustré par Raphaël Beuchot Milan 10,90 €, 205×140 mm, 144 pages, imprimé en Slovaquie chez un imprimeur écoresponsable, 2022. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Tout ça dans une noix![]() ![]() Texte de Ammi-Joan Paquette (traduit de l’anglais (États-Unis) par Luba Markovskaia), illustré par Felicita Sala La Pastèque 17 €, 287×237 mm, 40 pages, imprimé en Pologne, 2022. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Maxine et Mifa![]() ![]() Texte de Karine Guiton, illustré par Chiara Baglioni Didier jeunesse, dans la collection Mon Marque-Page 7,90 €, 200×130 mm, 112 pages, imprimé en France chez un imprimeur écoresponsable, 2022. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Elle a découvert les livres à l’âge de 5 ans avec Ratus et depuis ces « Précieux » de papier font partie intégrante de sa vie. Hypersensible, elle peut être chamboulée par des textes poétiques ou par des illustrations qui la ramènent en enfance.




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