Et si l’on profitait de l’été pour se mettre au vert et accorder nos lectures avec nos envies ? Je vous propose aujourd’hui trois bandes dessinées dans lesquelles la nature occupe une place essentielle.
Lorsque Mary Lennox quitte les Indes, tout ce qui la rattache à son enfance n’est plus. Ses parents sont morts du choléra et elle doit quitter son grand palais colonial pour regagner son Angleterre natale. Les yeux cernés, le teint blafard et les lèvres grimaçantes, elle n’est plus que l’ombre d’elle-même. Détestable et tyrannique, enfant gâtée et capricieuse, elle est une demoiselle difficile à apprécier et pour qui l’on peine à éprouver de l’empathie. L’orpheline colérique se retrouve chez monsieur Craven, son riche oncle, chargé de son éducation. Si cadre semble idyllique au milieu de la lande anglaise, l’accueil n’est guère chaleureux. Ce veuf solitaire et brisé vit en ermite dans la grande pièce de son manoir, refusant de voir l’enfant. Livrée à elle-même, Mary découvre le domaine qui sera désormais le sien et parcourt les allées verdoyantes du jardin. Elle fait d’un rouge-gorge un ami précieux et discute longuement avec le jardinier, seul interlocuteur qui semble lui manifester un peu d’attention. Au cours d’une conversation, elle apprend qu’il existe, bien caché, un jardin secret clos à jamais. Une histoire de clé dorée enfouie dans la terre et de porte secrète vient titiller la curiosité de la jeune fille qui, jour après jour, semble s’adoucir au contact de la nature.
Premier tome adaptant le roman de Frances H.Burnett, Le Jardin secret marque le début d’une série qui a tout plaire. Le scénario, particulièrement bien ficelé, sème les graines d’une intrigue romanesque et captive par sa capacité à dépeindre une héroïne et un décor en constante évolution. Mary est de celles que l’on voit grandir comme une jeune pousse qui porte en elle ce qu’il faut de beauté et de caractère pour éclore joliment. Le dessin de Maud Begon nous plonge dans un univers végétal foisonnant. Son trait vif et expressif porte les personnages et souligne leurs caractères de manière très significative. Enfin, l’album aux couleurs printanières explore, entre ombres et lumières, toutes les nuances de vert pour faire de ses planches de petits tableaux bucoliques d’une nature encore à dompter. Un album qui dévoile un repaire privilégié où cultiver tous les secrets.
Notre émouvantail est d’humeur bucolique. Il foule les herbes vertes et attend, un peu rêveur, le coucher du soleil. Mais dès que la lune et les étoiles apparaissent, voilà qu’une trouvaille singulière détourne son attention : une roulotte abandonnée, qui semble n’attendre que lui. Comme un jeu de poupées russes, chaque exploration de cette cabane mène vers un petit trésor. D’abord un banjo désaccordé puis une cage renfermant un oiseau multicolore fabuleux qui porte en lui la promesse d’une amitié naissante. Cette nouvelle rencontre est cependant pleine de frustrations. Bien qu’aimant bavarder avec ses comparses à plumes, notre héros peine à établir le contact avec ce nouveau compagnon et chaque tentative de communiquer se solde par un échec cuisant. Alors, dans le silence du crépuscule, l’ami épouvantail s’exprime avec ses notes de musique fragiles. S’il paraît que la nuit porte conseil, il semblerait que d’une case à l’autre, elle laisse aussi place à d’inoubliables mélodies…

L’oiseau bohème est le quatrième tome d’une série qui s’installe joliment dans le paysage des publications des éditions de la Gouttière. Tome après tome, l’on s’attache aux errances de l’homme de paille et l’on prend définitivement goût à ses divagations poétiques. Le trait de Dillies gratte toujours aussi vivement le papier pour un encrage mouvant, identifiable au premier coup d’œil. Les couleurs de Christophe Bouchard apportent quant à elles la luminosité estivale que l’on attend des scènes de jour et inondent la nuit d’un éclat fulgurant. C’est délicat, avec le juste dosage entre la mélancolie et la légèreté. Une série à découvrir de toute urgence pour une charmante échappée musicale et boisée.
Une mare dans laquelle les petits animaux de la forêt aiment se rafraîchir et jouer à la balle. Les feuilles des arbres baignées de soleil. L’été est là. Et avec lui, ses rayons qui chatouillent les museaux et les becs. Si l’allégresse et la légèreté sont au rendez-vous, tout le monde ne semble pas apprécier la chaleur estivale et les jeux de minots. Monsieur Hibou bougonne et attend la nuit avec impatience et monsieur Crapaud râle dès que les enfants souris et écureuils sont trop bruyants. Si la prudence est de mise pour ne pas heurter les doyens vite agacés, il arrive néanmoins que de petits gestes maladroits viennent compromettre les après-midis récréatifs. Mais dans ce jeu-là, tel est pris qui croyait prendre. Et si le goût de l’espièglerie venait à être contagieux ?
Après un premier album automnal et un titre se déroulant au cœur de l’hiver, Dav nous revient avec un nouvel opus gorgé de lumière. Si le cadre change, la forêt reste le témoin d’une nouvelle aventure qui repose sur un comique de répétition efficace qui explore avec tendresse la beauté et la simplicité des jeux d’enfants. Partisan de l’économie de mots, le travail de Dav repose sur un découpage rythmé, valorisant — de manière absolument maîtrisée — l’expressivité des personnages. Tendre et rafraîchissant à souhait !
Le Jardin secret (Tome 1) de Maud Begon Dargaud 16,50 €, 229×299 mm, 96 pages, imprimé en France, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
L’Émouvantail![]() – L’oiseau bohème (Tome 4)Illustrations de Renaud Dillies, couleurs de Christophe Bouchard Les éditions de la Gouttière 10,70 €, 246×184 mm, 32 pages, imprimé en Belgique, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Sous les arbres![]() – Un chouette été (Tome 3) de Dav Les éditions de la Gouttière 10,70 €, 246×184 mm, 32 pages, imprimé en Belgique, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

J’aime les gens qui doutent, aller voir ailleurs si j’y suis, oublier le temps dans une librairie, boire du vin et du thé, entretenir mon goût démesuré pour les petites listes… Amoureuse du cinéma de Miyazaki, des chansons de Pierre Lapointe, des pinceaux de Mélanie Rutten, des BD de Renaud Dillies, de la poésie de Vinau, des livres illustrés et des romans qui bousculent avec de jolis mots.


– L’oiseau bohème (Tome 4)