Aujourd’hui, je vous propose un rendez-vous tout roux ! Quatre albums, quatre histoires de renard·e·s à se raconter pour sourire, se consoler, réfléchir et bien grandir…
Cela commence par une légère sensation. L’air de rien, le museau frétille. Soudain l’effleurement devient plus insistant, se fait mouvant. Puis ça chatouille, ça gratouille. L’invasion est inévitable, la petite puce agile est devenue armée incontrôlable, imposant son sautillement incessant qui pourrait rendre fou ou folle. Insolentes et si nombreuses, elles accaparent le poil roux du renard qui ne demande qu’à faire la sieste à l’ombre des arbres de la forêt. Leur joyeux chahut démange autant qu’il dérange et une lutte sans merci commence alors. Un coup d’œil furtif sur le lac fait renaître l’espoir dans l’esprit du canidé. Quitte à ne pas dormir, autant affronter vaillamment ses redoutables ennemies. Une patte timide et frileuse dans l’eau froide pour commencer et c’est le corps tout entier qui tente, dans cet élan aquatique, de terrasser et de piéger ces demoiselles agitées qui ont toutefois plus d’un tour sous leurs petites pattes…
Lorsque l’on signe un album muet, il faut savoir évidemment faire parler les images. Et autant dire le trait de Laura Bellini maîtrise habilement son art de la mise en scène. Dès les premières pages, elle offre à ce renard une gestuelle délicieusement réaliste et l’on observe — pris·es entre compassion et amusement — ce combat inégal en se demandant qui parviendra à avoir le dessus sur l’autre. Le trait — des plus expressifs — est également mis en valeur par un somptueux décor végétal qui, s’il reste globalement uniforme au fil des pages, laisse surgir ce fourmillement de petits détails au milieu des arbres et des plantes d’eau douce. Une fable silencieuse pleine de poésie qui titille aussi les zygomatiques.
Nico est une petite boule de poils roux qui passe ses journées à fouler l’herbe fraîche des forêts. Sous la lumière printanière, son décor quotidien est fait de fleurs sauvages, de cascades rafraîchissantes et de jeux facétieux avec ses camarades ratons laveurs et son amie la loutre. Qu’ils sont paisibles ces beaux jours, comme ils respirent l’insouciance et la joie d’être ensemble ! Mais le printemps cède sa place à l’été, et en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, l’automne lui dérobe sa légèreté. Le vent s’invite dans la danse, les feuilles quittent les branches qui se préparent à l’arrivée du grand hiver, celui qui impose son blanc glacial et son froid sec. Les chants des oiseaux disparaissent alors, et, tapis dans l’ombre, les ami·e·s poilu·es de Nico s’endorment et ronronnent pour d’interminables semaines d’errances durant lesquelles la solitude va devenir sa meilleure compagne ou sa pire ennemie.
Comme il est doux ce récit signé Rosemary Shojaie. Quelles que soient les saisons, nos yeux tournent les pages absolument émerveillés face à tant de délicatesse. Le texte, concis à souhait, se glisse entre les branches et les paysages pour raconter les amitiés précieuses et la place qu’elles prennent dans nos vies. Un album qui invite aussi à montrer que les moments de solitude ne sont pas uniquement synonymes d’abandon et d’absence, mais qu’ils peuvent également donner l’occasion de s’inventer autrement, avec toujours, à la clé, le plaisir sans cesse renouvelé de trouver sur sa route de quoi égayer les jours d’ennui. Une délicieuse balade au fil des saisons et un éloge plein de tendresse pour rappeler la beauté des amitiés sacrées. Superbe !
C’est une toux violente qui cloue au lit l’enfant fébrile, là sous le tipi, enveloppée de peaux de bêtes pour la préserver du froid qui rôde. La maladie a pris ses quartiers d’hiver au cœur de ses poumons et les fait chaque jour grogner davantage. Les boissons aux vertus apaisantes qui ont été concoctées n’y font rien et le guérisseur est appelé auprès de la demoiselle alitée pour tenter de comprendre ce mal qui la ronge. La coupable ? Une renarde, une toute petite renarde blessée, perdue au fond de la forêt enneigée. Les hommes du village partent sans plus attendre, espérant capturer l’animal responsable de la malédiction. Mais la consigne est claire : ne pas tuer l’animal et le ramener auprès de la petite Indienne fragilisée par la fièvre. Le père de la fillette veille au grain, prêt à retrouver la renarde sauvage en perdition. La survie de sa fille dépend de cette promesse et cette mission-là ne saurait se solder par un échec.
Voilà un conte indien haut en couleur que l’on se laisserait bien murmurer au coin d’un feu ou les pieds dans l’herbe. Muriel Bloch s’empare d’une histoire traditionnelle pour nous transporter au cœur d’une tribu indienne bouleversée par la vie d’une petite fille en péril. Face à ce grand danger, courage, sagesse et abnégation sont de rigueur. Sens des responsabilités, importance des engagements qu’il faut savoir tenir, amour de la persévérance : autant de valeurs qui accompagnent pour nous apprendre à bien grandir. Mais cette fable est aussi une très belle invitation au voyage. L’illustratrice Izou sollicite sans cesse notre regard, captivé par la beauté dépaysante de ces terres lointaines qui réveillent notre imaginaire en mal d’ailleurs. Un récit de l’autre bout du monde qui dit combien l’amour de nos proches se moque bien des difficultés qui surgissent sur le chemin de nos vies.
Comme il est bon d’aller par monts et par vaux dans la montagne majestueuse ou à travers les étendues verdoyantes. C’est à cela que tiennent Renarde et Loup. De l’insouciance avant toute chose, le museau rieur et le regard vif. Mais quand Loup demande à Renarde de lui promettre de ne jamais oublier leur journée si parfaite, l’on sent poindre des jours gris. Le temps de tourner la page et la lune radieuse fait son apparition dans le ciel étoilé. Le temps de tourner la page, et la nuit de Loup aura un goût d’éternité. Quel n’est pas le désarroi de Renarde quand le lendemain elle n’entend que l’écho de sa voix pour seule réponse à ses appels. Les plaines ont soudainement perdu de leur beauté, les herbes folles fouettent désormais plus qu’elles ne caressaient le pelage, les montagnes ne ressemblent plus qu’à de gros rochers sans envergure. Et Renarde a beau crier Ou es-tu Loup ?, elle comprendra le cœur serré que Loup n’est plus.
La perte de l’être cher est un thème souvent abordé pour accompagner les jeunes lecteurs·rices confronté·e·s à la douleur du deuil. Difficile parfois, pour les adultes de trouver les mots qui rassurent ou apaisent quand ils et elles sont eux·elles-mêmes dévasté·e·s par la douleur. Cette histoire d’adieu se raconte ainsi doucement en trois temps. Celui des jours heureux, du deuil et de l’après. Celui qui promet à son tour les jours meilleurs, celui qui souffle sur la peine et qui la transforme en joli souvenir que la mémoire nostalgique saura raviver pour réchauffer les cœurs. Un album doux à partager pour affronter, avec des mots de courage et de belles images, les douleurs qui semblent insurmontables.
Les Puces et le Renard![]() de Laura Bellini L’atelier du poisson soluble 16 €, 220×220 mm, 56 pages, imprimé en France, chez un imprimeur éco-responsable, 2019. |
Tout seul ?![]() ![]() de Rosemary Shojaie (traduit de l’anglais par Michèle Moreau) Didier Jeunesse 12,50 €, 222×258 mm, 40 pages, imprimé en France, chez un imprimeur éco-responsable, 2020. |
La Petite Renarde![]() Texte de Muriel Bloch, illustré par Izou Magnard jeunesse, dans la collection Contes et classiques du monde 16,90 €, 280×320 mm, 40 pages, imprimé en France, chez un imprimeur éco-responsable, 2019. |
Où es-tu loup ?![]() ![]() de Sandra Dieckmann (traduit de l’anglais par Rose-Marie Vassallo) Flammarion Jeunesse, dans la collection Père Castor 13,50 €, 246×308 mm, 32 pages, imprimé en Chine, 2020. |

J’aime les gens qui doutent, aller voir ailleurs si j’y suis, oublier le temps dans une librairie, boire du vin et du thé, entretenir mon goût démesuré pour les petites listes… Amoureuse du cinéma de Miyazaki, des chansons de Pierre Lapointe, des pinceaux de Mélanie Rutten, des BD de Renaud Dillies, de la poésie de Vinau, des livres illustrés et des romans qui bousculent avec de jolis mots.




