Aujourd’hui, je vous propose deux ouvrages très différents, mais qui chacun à leur manière nous font remonter le temps. Le premier nous conte la vie extraordinaire de la Malinche, la concubine et conseillère politique de Cortès, tandis que le second nous présente une histoire de l’art subtile et savoureuse. Belle découverte !
En 1519, Hernan Cortès débarque sur le continent américain et prend contact avec une civilisation puissante à la réputation féroce : les Aztèques. Pour nouer des relations avec leur empereur Moctezuma et trouver leur trésor, le conquistador espagnol s’attache les services d’esclaves. L’une en particulier, la Malinche, issue d’un peuple soumis aux Aztèques, lui devient très vite indispensable. Cette esclave, devenue sa concubine se révèle être une traductrice hors pair, une espionne extraordinaire, une conseillère politique brillante et une alliée inespérée, d’une fidélité hors normes, quitte à être ensuite rejetée par tous et toutes.
De ce personnage intriguant, La Malinche, il ne nous reste que peu de sources, seulement quelques illustrations datées du XVIe siècle. Aujourd’hui au Mexique, la figure de cette femme est controversée. Si elle est considérée par certain·es comme une résistante, pour d’autres elle est l’incarnation de la traîtresse, celle qui a donné son peuple aux Espagnols. Dans ce court roman (80 pages), Élise Fontenaille redonne à cette femme toute sa grandeur et sa complexité. Fille de nobles, puis esclave, la Malinche demeure toujours courageuse et se bat pour ce qu’elle considère être juste. Elle conseille Cortès, arrive à sauver la vie d’un jeune homme en négociant avec Moctezuma. L’histoire nous est narrée par un jeune homme (le plus jeune moussaillon de l’équipée de Cortès et fou amoureux de la Malinche) et nous permet surtout de découvrir les relations ambiguës et délicates qui se tissent entre les Aztèques et les Espagnols. L’autrice nous plonge au cœur de la société aztèque, de ces coutumes, de ces mœurs qui terrifièrent tant les Européens (les sacrifices humains). En trame de fond, s’esquisse une fin de règne crépusculaire, un empire au bord de l’explosion et surtout le début de la colonisation violente et terriblement meurtrière qui durera près d’un siècle et fera disparaître 90 % de la population amérindienne. À la chute de l’Empire, la Malinche, qui a eu un enfant avec Cortès, se voit écartée. Elle finira sa vie seule, loin de la capitale, et sera oubliée de tous et toutes. Jusqu’à sa réhabilitation au XXe siècle, tardive certes, mais nécessaire.
Aujourd’hui, c’est la tempête. Hors de question d’aller jouer dehors. En revanche, il fait un temps idéal pour aller au musée. Ni une ni deux, Iris enfile son ciré jaune et décide d’aller faire un tour au Louvre accompagnée de son fidèle GranGroGri, un éléphant esthète et fin connaisseur de l’histoire de l’art qui va lui faire découvrir les merveilles et trésors picturaux du musée !
Quel bel album que ce Musée d’Iris ! Christine Schneider et Hervé Pinel nous proposent un voyage initiatique au cœur de l’histoire de l’art avec deux guides drôles et sympathiques. D’abord il y a ce gigantesque pachyderme sensible qui se révèle être d’un goût exquis et délicat. Ensuite, la petite Iris, véritable éléphant dans un magasin de porcelaine qui bouge, gigote et court sans arrêt. Il faudra la patience extraordinaire de son comparse pour qu’elle s’intéresse enfin aux tableaux et qu’elle découvre, dévoilés les uns après les autres, tous les secrets que révèlent ces toiles. C’est un album qui traite de la patience et de l’initiation à l’art.
Car regarder s’apprend, minutieusement. Il faut prendre son temps, goûter chaque œuvre pour ce qu’elle est et ressentir les choses. Cette éducation au goût et à la sensibilité artistique se fait au travers de quelques œuvres choisies avec soin : Le radeau de la Méduse de Géricault, La Joconde de De Vinci (les commentaires d’Iris sont d’ailleurs très drôles), Le Rêve du Douanier Rousseau… Très didactiques, les explications de GranGroGri séduiront les plus jeunes par leur justesse tandis que les illustrations, qui oscillent entre hyperréalisme (dans la représentation des toiles) et onirisme, nous plongent, une fois l’ouvrage refermé, dans une rêverie poétique.
La Malinche![]() d’Élise Fontenaille Le Rouergue 9,90 €, 140×205 mm, 89 pages, imprimé en France, 2022. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Le musée d’Iris![]() ![]() Texte de Christine Schneider, illustré par Hervé Pinel Seuil Jeunesse 15 €, 226×292 mm,52 pages, imprimé en France, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Née au début des années 90s, tour à tour professeure, amoureuse de la vie, de la littérature, de la musique, des paysages (bourguignons de son enfance, mais pas que…), des films d’Agnès Varda, des vers de Cécile Coulon et des bulles de Brétecher. Elle a fait siens ces mots de Victor Hugo “Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent”.



