Je vous emmène aujourd’hui vagabonder dans trois histoires de départs et de voyages : On va où ?, À la belle étoile et L’archet. Trois récits pleins de poésie et de violence entremêlées.
La banquise fond. Les murs et les peaux fondent. L’ours nage, nage, cherche la terre. Le petit d’homme fuit, fuit la guerre.
C’est l’histoire de deux êtres perdus qui, dans leur errance, vont se rencontrer dans un parallèle bouleversant.
On va où ? est un album presque sans paroles — muet comme la détresse du monde — où les seuls mots sont les poèmes qui préfacent chaque histoire. L’album est coupé en deux : d’un côté, on suit l’histoire de l’ours jusqu’à sa rencontre avec l’enfant ; de l’autre, on suit l’enfant jusqu’à sa rencontre avec l’ours. Les illustrations sont tout en nuances de gris, de bleu et de noir. Elles sont tantôt cassantes, comme fracturées, tantôt douces, mais toujours sombres et belles. Le parallèle entre les deux animaux — l’ours et l’enfant — est étrange, il bouleverse, fait réfléchir. On va où ? Est un album en creux et en non-dits, un album silencieux, où la brutalité, la profondeur de l’image rend de toute façon obsolète le son des paroles. « On va où ? » est une question universelle qu’on doit tous et toutes se poser à un moment donné, et l’album, loin d’apporter des réponses, laisse à voir la dureté et la réalité de ce point d’interrogation.
Yaëlle, dix ans, et Pierrot, 18 ans, sont frère et sœur, proches et complices. Pierrot est un petit enfant dans sa tête, et il n’a jamais pu aller à l’école des gens normaux. Alors, quand Yaëlle, poussée par ses copines, l’emmène avec elle devant le portail, il est ravi ! Mais très vite, ça dégénère : Pierrot répond à côté, les gamines rient de lui, et le jeune homme bouleversé s’enfuit sous le feu des moqueries. En chemin, il se perd ; et, là, dans la rue, il rencontre une fée. Dame. Tout droit surgie d’un château en carton, la vieille femme va l’aider à retrouver sa sœur…
À la belle étoile est une très jolie histoire sur la liberté, le courage et l’amour. Le récit est court et nous emporte en quelques pages. Les personnages sont d’autant plus concrets que l’on vogue de point de vue en point de vue, toujours avec une grande justesse : d’abord Yaëlle, puis Pierrot, et enfin Dame. Aucun pathos, aucun atermoiement, toujours beaucoup de véracité dans les mots de l’auteur. Pierrot est handicapé, Yaëlle ne l’est pas, Dame dort dehors, les frère et sœur dorment à la maison. À la belle étoile est doux, poétique, un long déchirement, une plainte chantante, bref : un doux plaidoyer pour l’amour et la liberté sous toutes leurs formes. Car ni Pierrot ni Dame ne se laisseront jamais enfermer… A la belle étoile apaise et fait sourire, trouble et fait réfléchir, bref : un excellent bouquin, à mettre entre toutes les mains !
En Russie, la tournée du cirque a commencé. Le rêve du directeur : se produire devant le tsar. Quand un musicien prodige s’invite dans les spectacles, masqué par un loup de biche, tout le monde est ensorcelé : spectateurs, spectatrices… le tsar lui-même ! Il demande alors à le rencontrer, mettant le cirque dans l’embarras. Qui est ce mystérieux violoncelliste ?
À travers des illustrations enchanteresses et un texte simple et fluide, on se plonge dans la Russie du tsar avec excitation, aux côtés d’une dompteuse de fauves aussi féroce que ses bêtes. Beaucoup de poésie dans le texte, et un réalisme saisissant permettent de peindre toute une galerie de personnages plus sympathiques et énervants les un⋅es que les autres. Le mystérieux violoncelliste intrigue et fait rêver. Sous son masque de biche, il ressemble à une créature fantastique, un magicien des notes. À mi-chemin entre le conte, la quête et l’enquête, L’archet est un album enchanteur, qui nourrit l’imaginaire d’une Russie aux allures féeriques.

On va où ?![]() ![]() de Cécile Serres Cipango 17,00 €, 220×290 mm, 30 pages, imprimé en France, 2019. |
À la belle étoile![]() d’Éric Sanvoisin Le Muscadier, dans la collection Rester Vivant 9,50 €, 140×190 mm, 76 pages, imprimé en France, 2018. |
L’archet![]() ![]() Texte d’Hélène Gloria, illustré par Pascale Maupou-Boutry Cipango 18,50 €, 240×325 mm, 40 pages, imprimé en Europe, 2020. |

Jeune homme aimant la littérature jeunesse, les cartes Pokémon et les animés. Pour résumer son attachement à la lecture, il aime citer Stéphane Servant : « Les livres sont des terriers / Les livres sont des phares. Il y brûle de petits feux / Qui me tiennent le cœur au chaud / Quand il pleut sous mon toit. »





