Aujourd’hui, nous partons à la rencontre de deux personnages qui, à un moment dans leur vie, ont fait un pas de côté, sont partis dans l’inconnu : Louise, de Désorientée, et Bella, de l’album du même nom.
Louise est une excellente élève. Ses parents, ses professeur⋅es, tous et toutes la destinent à de grandes choses. Alors, quand vient le moment de Parcoursup, Louise est sans surprise admise partout — sauf à Henri IV, où elle est sur liste d’attente. Elle doit maintenant choisir. Mais Louise ne veut pas. Elle ne veut pas finir comme sa mère et comme son père avec leurs rêves morts qu’il et elle se traînent comme des boulets dans leur duplex. Parcoursup est censé l’aider à trouver sa voie, son chemin. Louise, sa voie, elle peut se la tracer elle-même. Et c’est ce qu’elle va faire…
Désorientée est un livre d’actualité, qui détonne avec les livres ado habituels. Très réflexif, il incite à penser la société à travers son traitement des jeunes. On y suit Louise et ses camarades lycéen⋅nes dans la course à la formation sélective, la compétition à la réussite — toute cette agitation, décrite comme vaine. « À quoi bon ? » se dit Louise. Cet angle de vue trouble, intrigue. Le rythme est lent, en décalage avec l’immédiateté d’Internet, l’impatience du choix. Certains passages sont déconstruits, comme disloqués ; le ton est mélancolique. Une impression de vide, un sentiment d’absurde s’en dégagent. Parents et professeur⋅es font une montagne de Parcoursup, parlent d’Avenir, de Réussite dès le berceau. Désorientée est un doigt d’honneur à ces injonctions. Faire un pas de côté. Pourquoi pas ? L’écriture de Marine Carteron accroche, entraîne. Sous sa plume, tout devient surréaliste. Tout devient possible.
Désorientée est un livre étrange où flotte comme une envie d’autre chose. Et ce souffle d’air, ce pas de côté — pour éviter de se faire piétiner par la loi du marché, la loi de la société, comme les générations précédentes — apparaissent urgents et vitaux.
Bella est une petite baleine à bosse. Elle vit paisiblement avec ses parents et son frère quand soudain, la Nuit Rouge s’abat sur elles et sur eux : Bella se réveillera toute seule, dans un monde comme en flammes. Elle se lance alors à corps perdu dans le voyage, errant au hasard avec le mince espoir de retrouver son frère. Sur son chemin, elle rencontrera des ami⋅es, des râleur⋅euses, des prédateur⋅ices, des proies, des guides… Sur son chemin, Bella rencontrera le monde.
Bella est un magnifique album. Les illustrations sont délicates, poétiques et remplissent toute la page : le texte vient alors se greffer dessus, flottant au gré des paysages, comme la petite baleine. Bella est forte et courageuse. Au cours de ce qui s’apparente à un voyage initiatique, elle apprend à être seule, à surmonter ses peurs, et surtout, le plus important, elle apprend à ne jamais perdre espoir. Les personnages qui jalonnent son voyage ont tous quelque chose à lui apporter, de la pieuvre grincheuse au sage narval, en passant par les manchots joueur⋅euses. À travers une palette de couleurs autant vives que douces, chaque double page nous entraîne dans un autre univers au côté de la petite baleine, favorisant une plongée totale dans l’univers sous-marin, comme sur la banquise. On ne peut qu’être conquis⋅e par la candeur de la petite baleine et la diversité des animaux rencontrés.
Bella est très poétique, un album paisible et doux, porteur d’espoir et d’amour.

Désorientée![]() de Marine Carteron Casterman, dans la collection Ici/Maintenant 16,00 €, 148×220 mm, 336 pages, imprimé en Espagne, 2019. |
Bella![]() ![]() d’Adrian Macho (traduit du slovaque par INTEXTE) Kimane 12,95 €, 220×290 mm, 32 pages, imprimé en Chine, 2019. |

Jeune homme aimant la littérature jeunesse, les cartes Pokémon et les animés. Pour résumer son attachement à la lecture, il aime citer Stéphane Servant : « Les livres sont des terriers / Les livres sont des phares. Il y brûle de petits feux / Qui me tiennent le cœur au chaud / Quand il pleut sous mon toit. »



