La mare aux mots
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Gabriel - La mare aux mots

Pendant ce temps-là, les adultes…

Par 26 mai 2017 Livres Jeunesse

Aujourd’hui, on va parler d’adultes qui comptent dans la vie des enfants : les parents, l’institutrice et la directrice.

Mais que font les parents la nuit ?
Texte de Thierry Lenain, illustré par Barroux
Little Urban
13,50 €, 242×310 mm, 24 pages, imprimé en Italie, 2017.
Pendant que Maman fait la sieste
Texte de Jo Hoestlandt, illustré par Claire Frossard
Père Castor dans la collection Mes premières lectures
7,95 €, 185×215 mm, 24 pages, imprimé en Chine, 2015.
Le doudou de la directrice
Texte de Christophe Nicolas, illustré par Maurèen Poignonec
Didier Jeunesse
11,10 €, 198×178 mm, 28 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2016.
J’ai perdu…
Texte de Robert Soulières, illustré par Geneviève Després
Isatis dans la collection Clin d’œil
10 €, 185×185 mm, 24 pages, imprimé au Canada, 2016.

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Les invité.e.s du mercredi : Kinga Wyrzykowska et Magdalena

Par 24 mai 2017 Les invités du mercredi

J’ai eu un véritable coup de cœur pour De nos propres ailes, j’ai eu envie d’en savoir plus sur son autrice, Kinga Wyrzykowska. Elle a accepté de répondre à mes questions. Ensuite, c’est l’autrice Magdalena qui a accepté de venir nous livrer ses coup de cœur et coup de gueule ! Bon mercredi à vous.


L’interview du mercredi : Kinga Wyrzykowska

Pouvez-vous nous présenter De nos propres ailes, votre dernier roman ?
C’est un roman choral qui raconte les bouleversements, métamorphoses, réajustements, adaptations de sept filles qui font partie d’une même équipe de volley, et qui vont être confrontées, pour les besoins de leur amitié, du sport, d’une certaine idée de justice aussi, à la nécessité de réunir, ensemble, de l’argent. Or, la cagnotte qu’elles mettent en place va révéler les différences entre elles, les violences ou les mensonges qui les habitent, tous les malaises avec lesquels elles ont su composer jusque là. Mais ce n’est pas encore là qu’est le vrai drame, ou le tournant du livre : tout explose quand leur « récolte » disparaît.

Ce qui m’a marqué dans ce roman, c’est le fait que ça sonne juste, tant dans la façon de parler que dans la vie des personnages, vous êtes-vous inspirée de gens que vous connaissiez ?
D’abord merci !
Quand quelqu’un parle, sa manière particulière de dire les choses — son accent, son vocabulaire, etc. – tout ce qui constitue sa petite musique personnelle – vient se graver dans mon disque dur interne, et même parfois l’envahir de manière oppressante. Les autres –ceux que je côtoie ou que je croise, que j’entends à la radio, dans les films, partout – finissent par bavasser, gloser, tchatcher et se disputer en moi. C’en devient cacophonique. On ne s’entend plus là-dedans. Alors, pour ma propre santé mentale, il faut que ces voix s’évacuent d’une manière ou d’une autre. L’écriture est un désengorgement : dans De Nos Propres Ailes, j’ai laissé s’écouler les langues de mon adolescence, celles, bigarrées, de mes copines de Créteil où j’ai grandi mais aussi des timbres plus littéraires, qui seraient comme les « basses » de mon texte et qui m’inspirent « par en dessous ». Je pense à Rage Noire de Jim Thompson notamment que j’ai relu pour De Nos Propres Ailes car je cherchais le rythme de la colère. Enfin, je me suis rechargée aussi en langages plus contemporains en espionnant des utilisateurs sur Periscope, YouTube, etc. Internet est un puits sans fond de jacasseries.

Parlez-nous de votre parcours
Mon parcours est celui d’une immigrée qui a eu beaucoup de chance, avec un milieu familial pour lequel les études et la culture constituaient la seule ligne d’horizon envisageable ; et avec une expérience de l’école publique très heureuse et très variée : j’ai changé une dizaine de fois d’établissement au cours de ma scolarité. Mes pérégrinations géographiques et scolaires m’ont fait passer de banlieue en banlieue (le 93 puis le 94 et le 92) où j’ai des super souvenirs de profs, jusqu’à Paris en terminale et prépa littéraire dans des graaaaands lycées. Après, le roman de la méritocratie continue avec l’École Normale Supérieure, l’agrégation et tout le tralala. Sauf que c’est aussi là qu’il s’arrête parce qu’au moment où je devais commencer à enseigner je me lance tous azimuts dans le théâtre (en mise scène et dramaturgie), la traduction, le film documentaire… pour finir, un jour, par m’avouer, que ce que je rêve de faire c’est d’écrire de la fiction. Et là, c’est une autre histoire qui commence avec Memor, le monde d’après.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Très classiques. Enfant, j’adorais Roald Dahl mais aussi la Comtesse de Ségur, surtout une collection toute rose fuchsia avec des couvertures qui ressemblaient à des images religieuses. Premiers sanglots de lectrice en terminant Mon bel Oranger de Jose Mauro de Vasconcelos en CM2. Puis, au collège, Zola et Zweig (j’aime les noms qui commencent par les dernières lettres de l’alphabet) sont une révélation. Au lycée, je suis révoltée, un peu snob et je me veux poète, je ne jure que par ceux qui sombrent dans l’[o] : Rimbaud, Michaux, Artaud.

Que lisez-vous en ce moment ?
Je suis marraine d’un prix (le Prix Cultura que Memor a remporté en 2015) et donc je lis beaucoup de romans jeunesse et ados pile en ce moment : on délibère de la sélection fin juin. Dans ce cadre, je viens de terminer les Confessions d’un ami imaginaire de Michelle Cuevas.
Sinon, je me remets à peine d’Article 353 du Code Pénal de Tanguy Viel, grandiose. Et je picore avec délectation dans les Brefs Entretiens avec des hommes hideux de David Foster Wallace.

Quels sont vos projets ?
Je travaille depuis un an sur un roman pas jeunesse (donc vieillesse ? Peut-être…). Une histoire de famille, d’ennui et de paranoïa.

Bibliographie :

  • De nos propres ailes, roman, Bayard (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Memor : le monde d’après, roman, Bayard (2015).


Le coup de cœur et le coup de gueule de… Magdalena

Régulièrement, une personnalité de l’édition jeunesse (auteur.trice, illustrateur.trice, éditeur.trice…) nous parle de deux choses qui lui tiennent à cœur. Une chose qui l’a touché.e, ému.e ou qui lui a tout simplement plu et sur laquelle il.elle veut mettre un coup de projecteur, et au contraire quelque chose qui l’a énervé.e. Cette semaine, c’est Magdalena qui nous livre son coup de cœur et son coup de gueule.

Coup de gueule / coup de cœur

J’ai des coups de gueule introvertis.
En réalité je gueule comme une folle dans ma tête mais personne ne m’entend.
Je gueule et je me prends la tête surtout la nuit, quand tout est endormi et que je fais défiler mes pensées.
Parfois, pour ne pas dire souvent, je fixe sur un truc et c’est fichu.

La liste des trucs qui déclenchent mes insomnies coups de gueule, ça peut aller du futile, au grave comme à l’intolérable :

Les propos homophobes, qu’ils soient dits avec ironie ou méchanceté, par des vieux ou par des jeunes, qu’importe, cela me hérisse le cœur et les poils des avant-bras !

Le crétin qui me double pour me piquer la place de parking, parce qu’il est un mal éduqué civique et que je regrette de ne pas être ceinture noire de Karaté pour le défoncer, quand une fois garé, il descendra de son auto.

Les vendeuses qui me collent et qui veulent me faire rentrer dans deux tailles en dessous ou deux tailles au-dessus avec le même aplomb, pourvu qu’elles vendent n’importe quoi à n’importe qui. Alors que je n’ai même pas sollicité leur avis, elles insistent avec leur : essayez c’est fait pour vous ! C’est parfait ! et autres inepties. Je les déteste.

Les cathos, et leur culpabilité qui ne les empêche même pas de tenir des propos racistes à voix haute sans aucune gêne comme s’il était d’évidence que nous pensions comme eux.
Et les propos racistes de tous ceux qui en tiennent et qui nous les agitent sous le nez comme si de rien n’était.

Les sans riens que je croise dans la rue avec la honte de ne rien faire de plus pour eux

Les ascenseurs qui toussotent entre deux étages avant d’éternuer enfin l’ouverture de la porte alors que je suis hyper claustrophobe.

Et le pire des pires : Les « sans riens » que je croise dans la rue avec la honte de ne rien faire de plus pour eux et là le coup de gueule je l’ai contre moi et c’est toujours le plus douloureux !

La liste pourrait être rallongée mais j’ai j’en garde pour une autre fois.

J’arrête et je vais passer à mes coups de cœur, qui sont tout aussi silencieux que mes coups de gueule.

C’est sans doute pour cela que j’écris.

La découverte des illustrations d’un de mes textes, c’est toujours une première fois, et j’ai toujours un pincement au cœur…

Le pain frotté à la tomate avec de l’huile d’olive et du jambon cru.

Les cerises, celles de Céret en particulier.

Mon dernier coup cœur au cinéma LALALAND m’en fiche qu’on se moque de moi, j’ai acheté la B.O. et je danse dans mon salon en l’écoutant quand il n’y a pas de soleil, ça me remonte le moral.

Mes coups cœurs ont des couleurs de grenadine, et de ciel bleu ils suivent mes humeurs et la météo.
Ils ont gardé un goût d’enfance alors ils sont nombreux et ont tendance à se multiplier à partir du printemps. En hiver ils hibernent, sauf quand j’ai la chance d’être réveillée par un album ou par un tableau dans une expo.

Sur ce motus et bouche cousue !

magdalenaMagdalena est autrice.

Bibliographie sélective :

  • Les monstres de la nuit, album illustré par Christine Davenier, Père Castor (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Dans le noir de la nuit, album illustré par Christine Davenier, Père Castor (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Série Je suis en CE1, romans première lecture illustrés par divers.es illustrateurs.trices, Père Castor (2015-2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Série Les contes du CP, romans première lecture illustrés par divers.es illustrateurs.trices (2014-2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Louna et la chambre bleue, album illustré par Christine Davenier, Kaléidoscope (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • La princesse Tralala. Une histoire qui joue avec les voyelles, album illustré par Gwen Keraval, Père Castor (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Pipi Caca Popot, album illustré par Claire Frossard, Père Castor (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • La petite fille du tableau, album illustré par Elsa Huet, Kaléidoscope (2011), que nous avons chroniqué ici.
  • Série Je suis en CP, romans première lecture illustrés par divers.es illustrateurs.trices, Père Castor (2011-2017), que nous avons chroniqué ici.
  • La princesse rosebonbon, album illustré par Éléonore Thuillier, Kaléidoscope (2010).
  • Série Bali, albums illustrés par Laurent Richard, Père Castor (2009-2015), que nous avons chroniqué ici.
  • 24 petites souris vont à l’école, album illustré par Nadia Bouchama, Père Castor (2004), que nous avons chroniqué ici.
  • La princesse Tambouille, album illustré par Marianne Barcillon, Kaléidoscope (2003).
  • La semaine de souris chérie, album illustré par Maïté Laboudigue, Kaléidoscope (2001).

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On s’échappe ?

Par 22 mai 2017 Livres Jeunesse

Des enfants qui s’ennuient, un homme lassé par son quotidien et un ours en cage, aujourd’hui les héros et les héroïnes de nos histoires ne rêvent que d’une chose : s’échapper !

Carl et Elsa s’échappent
Texte de Jenny Westin Verona (traduit par Marie Valera), illustré par Jesús Verona
Cambourakis
14 €, 225×305 mm, 32 pages, imprimé en Lettonie, 2017.
La valise d’Osvaldo
Texte d’Emma Anticoli Borza, illustré par Alessandra Vitelli
Versant Sud dans la collection Les pétoches
14,90 €, 230×285 mm, 40 pages, lieu d’impression non indiqué, 2017.
C’est l’histoire d’un ours
Texte de Dominique Demers, illustré par Geneviève Després
Dominique et compagnie
15,70 €, 260×260 mm, 32 pages, imprimé en Chine, 2016.

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Les invité.e.s du mercredi : Gilles Baum et Marianne Zuzula

Par 17 mai 2017 Les invités du mercredi

Aujourd’hui, c’est l’auteur Gilles Baum qui a accepté de répondre à nos questions. Avec lui, nous revenons sur son dernier album, Le piège parfait (Seuil) et sur son travail en général. Ensuite, c’est l’éditrice Marianne Zuzula (La ville brûle) qui a accepté de venir nous livrer ses coup de cœur et coup de gueule ! Bon mercredi à vous.


L’interview du mercredi : Gilles Baum

Parlez-nous de votre dernier album, Le piège parfait, que vous venez de sortir aux éditions du Seuil.
Les pièges, c’est un sujet fascinant. En général, l’intelligence humaine est sans limite dès qu’il s’agit d’emprisonner, de faire du mal, de tuer. Du coup, avec Matthieu, on avait envie de retourner le truc, d’en faire un album souriant avec une fin qui fait (un peu) réfléchir.

C’est votre première collaboration avec Matthieu Maudet, comment ça s’est passé ?
Parfaitement ! Enfin, pour moi… Faudra aussi lui poser la question à l’occasion.
Cela fait très longtemps que j’avais envie de travailler avec lui, j’aime beaucoup son travail et j’ai beaucoup ri avec mes enfants autour de ses livres avant même de le connaître. Un jour sur un salon, j’ai pu lui dire tout ça, lui demander son adresse mail et à partir de là il était fichu… Car le piège parfait, en fait, c’est moi. 😉
Ce projet on l’a vraiment construit ensemble à partir d’un texte initial qui n’a plus grand rapport avec le texte d’aujourd’hui. Sur la fin, on a su trouver un peu d’aide extérieure également. Je crois que c’est un beau projet, construit assez intelligemment.

J’aimerais aussi que vous me disiez quelques mots sur D’entre les ogres, sorti au Seuil également.
J’ai beaucoup de mal à parler de ce livre, à la fois parce que je l’aime beaucoup mais surtout parce qu’il me dépasse, il m’a échappé, je trouve cela fou et génial à la fois. Évidemment, l’apport de Dedieu y est pour beaucoup dans cette affaire, ses images sont incroyables.
Je trouve que ce livre ouvre beaucoup de portes, soulève de nombreuses questions mais en même temps il affirme quelque chose d’essentiel sur la foule.

Comment naissent vos histoires ?
L’éternelle question. Je ne suis même pas sûr d’avoir envie de connaître la réponse. Elles naissent, voilà. Les périodes de vide sont si douloureuses à vivre que la naissance d’une idée, il faut s’en réjouir et l’accepter sans se poser trop de questions je crois.
Dans le cas de « D’entre-les-ogres », c’est le titre qui m’a sauté au visage une nuit.

Parlez-nous de votre parcours.
Une enfance dans les quartiers populaires de Mulhouse. Du foot dès que possible mais une vraie passion pour l’école malgré tout. Des études de mathématiques et un diplôme de professeur des écoles.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescent ?
Je crois que je vais vous navrer, mais peut-être aussi créer de l’espoir chez vos plus jeunes lecteurs…
Enfant je lisais Mondial, Onze, France Football, L’année du Football que nous recevions à Noël de notre tata Georgette, et mes albums Panini… vous voyez le genre. En dehors de cela, des BD, uniquement des BD.
Il m’a fallu attendre le début du lycée pour découvrir grâce à mon grand frère la puissance de la littérature avec Camus, Vian, Sartres, Anouilh…

Quels sont vos projets ?
Un album magnifique avec Barroux qui sortira en octobre chez Kilowatt, « mon pull panda ». Il y est question de solidarité. On prépare aussi aux éditions des éléphants un album marrant sur l’escalade de la violence qui s’appellera « Furio ».
Les autres projets, c’est secret.
Faudra repasser me voir.

Bibliographie sélective :

  • Le piège parfait, album illustré par Matthieu Maudet, Seuil Jeunesse (2017).
  • D’entre les ogres, album illustré par Thierry Dedieu, Seuil Jeunesse (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Le grand incendie, album illustré par Barroux, Les éditions des éléphants (2016).
  • Le totem, album illustré par Thierry Dedieu, Seuil Jeunesse (2016).
  • Camille est timide, album illustré par Thierry Dedieu, Seuil Jeunesse (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Le baron bleu, album illustré par Thierry Dedieu, Seuil Jeunesse (2014).
  • Pousse Piano ou la symphonie des nouveaux mondes, album illustré par Rémi Saillard, Le Baron Perché (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Série La nature te le rendra, albums illustrés par Thierry Dedieu, GulfStream Éditeur (2012-2014), que nous avons chroniqué ici et .
  • Un royaume sans oiseaux, album illustré par Thierry Dedieu, Seuil Jeunesse (2013).


Le coup de cœur et le coup de gueule de… Marianne Zuzula

Régulièrement, une personnalité de l’édition jeunesse (auteur.trice, illustrateur.trice, éditeur.trice…) nous parle de deux choses qui lui tiennent à cœur. Une chose qui l’a touché.e, ému.e ou qui lui a tout simplement plu et sur laquelle il.elle veut mettre un coup de projecteur, et au contraire quelque chose qui l’a énervé.e. Cette semaine, c’est Marianne Zuzula qui nous livre son coup de cœur et son coup de gueule.

Coup de cœur, coup de gueule

Je vais commencer par mon coup de gueule, ce sera fait. Mais avant ça, je vous demande un peu d’indulgence parce que là, maintenant, je suis en train d’écrire, et nous sommes le 24 avril 2017. Oui oui, le lendemain de ce 1er tour terrible, où en a juste envie de vomir, où on se souvient qu’en 2002 tout le monde était dans la rue, choqué et effaré, et où on est obligés de constater que 15 ans après, eh bien on s’est habitués à l’horreur de voir le FN atteindre de tels scores, et que limite on est soulagés parce que « ça aurait pu être pire ». Bref… pour se changer un peu les idées, mon coup de gueule ne parlera pas des élections.

Aux éditions la ville brûle, nous avons publié l’an dernier un album jeunesse sur le handicap [NDLR On n’est pas si différents, plus d’infos], pour déconstruire les stéréotypes liés au handicap, pour dire à toutes et tous qu’être handicapé c’est être différent, mais que différent cela ne veut pas dire moins bien, et que la personnalité de quelqu’un ne se réduit pas à son handicap.

C’est un vraiment chouette livre. Il est magnifiquement illustré par Claire Cantais, qui a pour cela passé pas mal de temps dans un Institut médico-éducatif, au plus près des enfants, et les textes de Sandra Kollender sont drôles et percutants.

Sur les salons, quand les gens le feuillètent, ils nous disent toujours que c’est vraiment un chouette livre, que c’est super de faire des livres comme ça sur le handicap… Puis la plupart du temps ils font une petite moue et ils ajoutent que bon, eux ils n’ont pas besoin d’aborder ce sujet puisque personne n’est handicapé dans leur famille.

Est-ce que l’on imaginerait quelqu’un feuilleter un livre sur le racisme, le trouver super, et puis ajouter : « Mais je n’ai pas besoin de sensibiliser mes enfants à cette question parce que personne n’est racisé dans la famille ? » Non.

D’autant plus que c’est faux, et que tout le monde est concerné par le handicap : les enfants sont confrontés au handicap à l’école, dans leur classe, dans les parcs et espaces publics. Échanger, partager, communiquer avec les personnes, enfants et adultes, porteurs de handicap nous concerne toutes et tous, c’est une question de vivre ensemble on ne peut plus élémentaire que d’essayer de connaître et comprendre toutes celles et ceux avec qui on partage l’espace public. Je sais que le handicap fait peur, et que ce déni est une façon d’éloigner cette peur, mais bon, ça me met vraiment en rogne et c’est un de mes coups de gueule récurrents…

Et mon coup de cœur c’est tous les salariés, du public comme du privé, qui tous les jours en font plus que ce qu’ils sont sensés faire, que ce soit par amour de leur métier, par conscience professionnelle, par respect pour les gens avec qui ils sont en contact, pour ne pas pénaliser leurs collègues ; les artistes dont le travail nous nourrit, nous rend heureux… mais qui ne parviennent pas à en vivre ; les bénévoles qui se consacrent aux autres d’une façon ou d’une autre, dans un cadre associatif ou à titre individuel… Je crois que la France ne tient que grâce à ça, à ces millions d’heures non comptées, non payées, non récupérées, ces millions d’heures invisibles et ignorées de celles et ceux qui dirigent le pays mais qui permettent à notre société de fonctionner, malgré tout. Et en écrivant ça je me dis que ce coup de cœur n’est pas très loin d’être un coup de gueule, finalement !

Marianne Zuzula est éditrice (La ville brûle)

Bibliographie sélective de La ville Brûle :

  • L’Homme est-il un animal comme les autres, de Jean-Baptiste de Panafieu et Étienne Lécroart (2017).
  • Osons la politique !, de Caroline De Haas et Camille Besse (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Blanche Neige ou la chute du Mur de Berlin, de Métilde Weyergans et Samuel Hercule (2016).
  • On n’est pas des moutons, de Claire Cantais et Yann Fastier (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • On n’est pas si différents, de Sandra Kollender et Claire Cantais (2015).
  • Mon super cahier d’activités antisexiste, Claire Cantais (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Le choix, de Désirée et Alain Frappier (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • De baraque en baraque, de Cendrine Bonami-Redler (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Pourquoi les riches sont-ils de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres ?, de Monique Pinçon-Charlot, Michel Pinçon et Étienne Lécroart (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • On n’est pas des super héros, de Delphine Beauvois et Claire Cantais (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • On n’est pas des poupées, de Delphine Beauvois et Claire Cantais (2013), que nous avons chroniqué ici.

Le site de La ville brûle : https://www.lavillebrule.com.

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De l’émotion dans des livres pour les tout-petits et des applis

Par 15 mai 2017 Livres Jeunesse, Livres numériques, Numérique

Aujourd’hui, je vous propose des albums cartonnés qui parlent des émotions et des applis.

Toi, moi, nous
de Lorea De Vos
Marcel & Joachim
12 €, 185×187 mm, 20 pages, imprimé en Chine, 2017.
Le cri de Zabou
de Pauline de Tarragon
L’étagère du bas
11 €, 185×185 mm, 32 pages, imprimé en Malaisie, 2017.
Eliott dort chez son copain
Texte de Françoise de Guibert, illustré par Olivier Latyk
Gallimard Jeunesse dans la série Eliott
9,90 €, 180×205 mm, 10 pages, imprimé en Chine chez un imprimeur éco-responsable, 2015.
Les émotions
de Marjorie Béal
Magnard Jeunesse dans la collection Mini M
9,95 €, 181 x181 mm, 10 pages, imprimé en Chine, 2017.

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