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Gabriel - La mare aux mots

Les invité·e·s du mercredi : Guillaume Perreault et Fabrice Parme

Par 19 septembre 2018 Les invités du mercredi

Aujourd’hui, je suis heureux de recevoir Guillaume Perreault, un auteur/illustrateur dont j’aime beaucoup le travail. Avec lui, nous revenons sur certains de ses titres, sur son parcours et sur son travail. Puis on part en vacances avec l’auteur de la géniale série Astrid Bromure, Fabrice Parme ! Bon mercredi à vous.


L’interview du mercredi : Guillaume Perreault

J’aimerais que vous nous disiez quelques mots sur votre dernier album, le très singulier Dans mon immeuble, il y a…
Dans mon immeuble était un petit projet bijou si on peut dire. Le format peu conventionnel du leporello m’intriguait et posait un beau défi de création et le texte simple et comique me parlait beaucoup. Pour bien couronner le tout, la collaboration s’est déroulée comme un charme et j’ai eu carte blanche au niveau créatif, bref le genre de projet idéal !
Le livre tombait à point aussi, je sortais d’un projet de longue haleine un peu exigeant. Je me suis donc permis de m’amuser et de me relâcher un peu avec ce titre. J’y ai caché plein d’éléments pour faire sourire petits et grands, la création a été fluide et tellement amusante. Je crois que le lecteur peut justement bien le voir et l’apprécier.
En parlant de détails, on tombe justement dans le sujet de l’album. Le jeune garçon qui nous fait découvrir son immeuble qui abrite toute sorte de gens et d’histoire. Le texte de Mélanie nous guide au travers des étages et nous dévoile la vie qui s’y trouve. J’aurais pu me contenter d’illustrer simplement ces moments, mais je me suis permis d’ajouter à la vie de cet immeuble et d’y ajouter des petits regards entre voisins, des objets insolites qui laissent place à l’imagination ou des liens entre les pièces et des secrets pour les fins observateurs.

Pouvez-vous nous parler aussi du génial Le facteur de l’espace, pour lequel vous avez reçu une pépite au Salon de Montreuil ?
Le facteur de l’espace est l’accomplissement dont je suis le plus fier à ce jour. Évidemment j’adore tout projet dans lequel je m’implique, mais ce titre m’est tout particulièrement cher.
L’idée m’est venue en griffonnant des petits astronautes par hasard dans mon calepin et de fil en aiguille Bob le facteur est né. J’ai laissé ce petit croquis de côté, mais l’idée me restait toujours en tête et un jour entre deux séances de dédicaces en salon je me suis posé à un café et j’ai tout jeté l’histoire de ce facteur sur un bout de papier. C’est comme si l’histoire s’était écrite toute seule !
Avec cette histoire, je voulais explorer l’importance de sortir de sa zone de confort. D’essayer de nouvelles choses, de faire face au changement. Bob n’aime pas sortir de sa routine casanière, mais se rend vite compte que l’inconnu, quoiqu’il soit effrayant, apporte sa dose de découvertes et de belles rencontres. J’ai aussi voulu présenter le livre sous forme de bande dessinée pour les jeunes lecteurs. J’ai souvent l’impression qu’on ne touche que l’album chez les jeunes et la bande dessinée dans cette tranche d’âge touche souvent l’humour et le « strip » classique. C’est donc un hybride entre la mise en page et la structure d’un album classique et la bande dessinée. J’adore la flexibilité que je me suis créée !
Bob me ressemble un peu en fait. Je crois que c’est pour ça que le projet me tient à cœur autant. C’est aussi un projet que je chapeaute à 100 %, j’assure le texte, l’image et même la mise en page de A à Z, c’est en quelque sorte mon bébé.
Quand j’ai eu terminé la production de ce livre, je me suis rendu compte que Bob, notre facteur, devait vivre d’autres aventures. Ça ne peut pas se terminer ainsi ! Je me suis donc mis à la production du tome 2 et je peux aussi annoncer qu’on travaille actuellement à la production d’une série animée et d’un jeu vidéo du facteur ! Les aventures de Bob ne font que commencer !

Qu’est-ce qui vous inspire ?
Je suis un fan de cinéma, je dirais d’emblée que mes inspirations se trouvent du côté du grand écran. J’adore la structure et la lenteur des films de Kubrick, les personnages et les couleurs de Wes Anderson, la tension des frères Coen. Je parle souvent d’une illustration en terme cinématographique, comme si j’imaginais mes dessins à la manière d’une capture d’écran d’un film qui joue dans ma tête. J’adore regarder un film et me dire « wow ce plan est hyper original, comment est-ce que je pourrais l’adapter dans ma pratique ? ». Je termine souvent un film en créant des petits croquis de plan, scènes ou décor qui m’ont marqué. Ou parfois je dessine l’intérieur d’une maison par exemple et je me dis « tiens, comment Wes Anderson aurait décoré cet intérieur ? ». Il y a beaucoup de lien entre nos domaines respectifs, je crois.

Qui sont vos premiers lecteurs ?
J’ai mes personnes-ressources. J’alterne en fonction de mes angoisses du moment haha !

Quelles techniques d’illustrations utilisez-vous ?
Je varie beaucoup. Parfois à la main uniquement ; crayon de plomb simple, crayon de couleur. À d’autres moments je débute à la main, par exemple pour encrer et la couleur est mise à l’ordinateur. Je travaille aussi beaucoup à l’ordinateur directement. En Photoshop principalement. Mais pour les croquis, pour développer des personnages ou pour explorer ça reste à la main dans un petit calepin. Y’a rien qui bat le spontané d’un coup de crayon.

Pouvez-vous nous raconter votre parcours ?
J’ai étudié en design graphique et j’y ai travaillé pendant quelques années. Je dessine depuis que je suis tout jeune et c’est ce qui m’a poussé vers ce choix de carrière. En agence, j’étais le graphiste spécialiste en illustration, c’était impossible pour moi de travailler à partir de photo ou autre chose, non merci ! J’ai eu mon premier contrat d’illustration pour un roman jeunesse grâce à une amie qui m’a référé et le reste a fait boule de neige. Je suis devenu travailleur autonome et j’ai accepté plusieurs contrats d’illustrations pour éventuellement sauter dans le monde de l’édition. J’ai écrit Cumulus, il y a quelques années, comme un défi personnel. Je n’aurais jamais cru avoir un talent en écriture (surtout à voir mes notes à l’école !), mais finalement j’ai eu la piqûre. Je collabore beaucoup avec d’autres auteurs afin de donner la vie à leurs histoires, mais je vise à prioriser ma carrière d’auteur/illustrateur à partir de maintenant.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescent ?
Rien d’extravagant. Les mêmes classiques que tous ; Tintin, Astérix, Les tuniques bleues… J’avoue avoir été un grand fan de jeux vidéo dans ma jeunesse. Je crois que la plupart de mon temps se passait dans ces univers fantastiques plutôt que dans les livres ou la réalité ! Mais bon, j’ai tout de même réussi à être auteur non ?

Quelques mots sur les prochaines histoires que vous nous proposerez ?
Comme j’ai mentionné, la série de dessin animé du facteur m’occupe énormément ! C’est un projet très embryonnaire pour le moment, mais je suis si fier et stimulé, c’est un rêve d’enfant qui se réalise.
Sinon j’ai quelques projets sur la table, mais c’est trop tôt pour en parler. Quelque chose de plus adulte, en bande dessinée.

Bibliographie jeunesse (sélective) :

  • Dans mon immeuble, il y a…, illustration d’un texte de Mélanie Perreault, Les 400 coups (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Petite histoire pour effrayer les ogres, illustration d’un texte de Pierrette Dubé, Les 400 coups (2017).
  • Même pas vrai, illustration d’un texte de Larry Tremblay, Les éditions de bagnole (2017).
  • Le facteur de l’espace, texte et illustrations, La Pastèque (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Le bedon de madame Loubidou, illustration d’un texte de Marie-Francine Hébert, Les 400 coups (2015).
  • Petit Poulet, illustration d’un texte de Maxime Lapointe, Les éditions de bagnole (2014).
  • Cumulus, texte et illustrations, Mécanique Générale (2014).
  • Grand vent, petit vent, illustration d’un texte de Rhéa Dufresne, les éditions de l’Isatis (2013).

Le site de Guillaume Perreault : http://www.guillaumeperreault.com.


En vacances avec… Fabrice Parme

Régulièrement, nous partons en vacances avec un·e artiste. Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais moi j’adore partir comme ça avec quelqu’un, on apprend à la·le connaître notamment par rapport à ses goûts… cet·te artiste va donc profiter de ce voyage pour nous faire découvrir des choses. On emporte ce qu’elle·il veut me faire découvrir. On ne se charge pas trop… Des livres, de la musique, des films… sur la route on parlera aussi de 5 artistes qu’il·elle veut me présenter et c’est elle·lui qui choisit où l’on va… 5 destinations de son choix. Cette fois-ci, c’est avec Fabrice Parme que nous partons ! Allez, en route !

J’ai privilégié des œuvres, des auteurs et des artistes qui m’inspirent pour Astrid Bromure. Sinon, impossible de faire des sélections car il me faudrait remplir plusieurs annuaires !

5 albums jeunesse

  • I Can Fly de Mary Blair (1951)
  • Mad about Madeline de Ludwig Bemelmans (the complete tales- – 1953…)
  • Eloïse de Kay Thompson et Hilary Knight (1955)
  • This is London de Miroslav Sasek (1959)
  • Les Trois Brigands de Tomi Ungerer (1962)

5 romans pour la jeunesse

  • Alice Adventure’s in Wonderland de Lewis Carroll (1865)
  • The Strange Case of Dr. Jekyll and Mister Hyde de Robert Louis Stevenson (1886)
  • Le Petit Nicolas de René Goscinny et Jean-Jacques Sempé (1960)
  • The Canterville Ghost d’Oscar Wilde  (1887)
  • Matilda de Roald Dahl (1988)

5 romans pour la vieillesse

  • Dedalus / A Portrait of the Artis as a Young Man / Stephen Hero de James Joyce (1916-1944)
  • Tales of the Jazz Age de F. Scott Fitzgerald (1922)
  • Leave it to Psmith de P.G. Wodehouse (1923)
  • My Ten Years in a Quandary, and How They Grew,  de Robert Benchley (1936)
  • Laments for the Living de Dorothy Parker (1930)

5 films parmi 500

  • Modern Times de Charlie Chaplin (1936)
  • Some Like It Hot de Billy Wilder (1959)
  • My Fair Lady de George Cukor (1964)
  • The Great Gatsby de Jack Clayton (1974)
  • The Grand Budapest Hotel de Wes Anderson (2014)

5 morceaux de musique plutôt « savante »

  • Brandenburg Concerto NO.2 in F Major BWV 1047: I. (Allegro) de Jean Sebastian Bach (1721)
  • Ragtime for Eleven Instruments d’Igor Stravinsky (1915)
  • Rhapsody in Blue de George Gershwin (1924)
  • It Don’t Mean a Thing de Duke Ellington / Irving Mills interprété par Ivie anderson (1932)
  • ‘S Wonderful de Ira et George Gerswin par Ella Fitzgerald et Nelson Riddle & His Orchestra (1946)

5 morceaux de musique plutôt « pop »

  • Eleanor Rigby de The Beatles (Paul McCartney) (1966)
  • Penny Lane de The Beatles (Paul McCartney) (1967)
  • See Emily Play de Pink Floyd (Syd Barrett) (1967)
  • Raspberry Beret de Prince and The Revolution (1985)
  • You’re a Cad de The Bird and The Bee (2009)

5 artistes parmi 555 (au moins)

  • Antoine Bourdelle (1861-1929)
  • Gustav Klimt (1862-1918)
  • Frank Lloyd Wright (1867-1959)
  • Charles Rennie Mackintosh (1868-1928)
  • Maurice Denis (1870-1943)

5 bandes dessinées américaines très difficiles à se procurer chez son libraire :

  • The Kind-der-Kids de Lyonel Feininger (publiées entre 1906-1907)
  • Bringing Up Father de George McManus (publiées entre 1913-1954)
  • Merely Margie, an Awfully Sweet Girl de John Held Jr. (publiées vers 1920)
  • Gasoline Alley de Frank King (publiées entre 1918-1959)
  • The Peanuts de Charles M. Schulz (publiées entre 1950-2000)

5 lieux
Immédiatement, je pense à Oxford (à cause d’Alice de Carroll).

  • Lieu 1 : The Covered Market Oxford avec ses plafonds en bois peints en rose et blanc.
  • Lieu 2 : La librairie du Centre national d’art et de culture Georges-Pompidou à Paris. Astrid m’est apparue à l’esprit dans la librairie qui se tenait au rez-de-chaussée en 1985 pendant que je regardais des cartes postales.
  • Lieu 3 : rue et Villa Santos-Dumont dans le XVe arrondissement de Paris parce que la majeure partie des personnages d’Astrid Bromure y sont nés là à la fin des années 80.
  • Lieu 4 : Bloomsbury Square Garden à Londres parce que lorsque je pense à Londres, je pense d’abord à ce lieu précis.
  • Lieu 5 : Le Parc de la Pépinière à Nancy parce que c’est probablement le premier parc où je me sois promené puisque mes parents habitaient à 25 mètres.

Fabrice Parme est auteur et dessinateur.

Bibliographie  :

  • Série Astrid Bromure, scénario et dessin, Rue de Sèvres (2015-2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Série Le Roi Catastrophe, dessin, scénario de Lewis Trondheim, Delcourt (2001-2015).
  • Série Famille Pirate, dessin, scénario co-écrit avec Aude Picault, Dargaud (2012-2014).
  • Jardins sucrés, dessin, scénario de Lewis Trondheim, Delcourt (2011).
  • Panique en Atlantique, Une aventure de Spirou et Fantasio par…, dessin, scénario de Lewis Trondheim, Dupuis (2010).
  • Série Les Enfants du Nil, dessin, scénario d’Alain Surget, Père Castor (2004-2009).
  • Garde à vous, les poux !, illustration d’un texte de Charlotte Moundlic, Père Castor (2007).
  • OVNI, dessin, scénario de Lewis Trondheim, Delcourt (2006).
  • Venezia, dessin, scénario de Lewis Trondheim, Delcourt (2001-2002).
  • Walter Polo, scénario et dessin, Zenda (1991).

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Des livres cartonnés et des animaux

Par 18 septembre 2018 Livres Jeunesse

Aujourd’hui, je vous présente cinq albums entièrement cartonnés (qu’on peut donc glisser dans les petites mains) qui mettent en scène des animaux.

Animaux
de Maria Jalibert
Didier Jeunesse dans la collection Les petits imagiers de Maria Jalibert
9,90 €, 175×175 mm, 18 pages, imprimé en Malaisie, 2018.
Chauve-souris
de Stéphane Kiehl
Actes Sud Junior
10,90 €, 150×150 mm, 22 pages, imprimé en Italie, 2018.
L’ours brun
de Charles Paulsson
Gulf Stream Éditeur dans la collection Animaux animés
8 €, 140×140 mm, 24 pages, imprimé en Chine, 2017.
Le kiwi du kiwi
Le dodo du dodo
d‘Éva Offrédo
À pas de loups
12 € chacun, 150×220 mm, 14 pages chacun, imprimé en Europe, 2018.

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Parlons du corps !

Par 14 septembre 2018 Livres Jeunesse

Aujourd’hui, je vous propose de parler des intestins, des poumons, du corps en général et même de sexualité ! C’est parti !

Mais où il va mon caca ?
Texte du Dr Mike Goldsmith (traduit par Alice Diamant), illustré par Richard Watson
Larousse
13,50 €, 215×275 mm, 14 pages, imprimé en Chine, 2018.
1 cœur, 2 poumons – La respiration
Texte de Françoise Laurent, illustré par Sébastien Chebret
Les éditions du Ricochet dans la collection Je connais mon corps
13,50 €, 196×296 mm, 40 pages, imprimé en Italie chez un imprimeur éco-responsable, 2018.
L’encyclopédie des petits – Le corps
Textes de Cécile Jugla, illustrés par un collectif
Larousse dans la collection L’encyclopédie des petits
13 €, 202×240 mm, 94 pages, imprimé en Espagne chez un imprimeur éco-responsable, 2018.
Mes 150 pourquoi – Le corps humain
Texte de Lyse Harinck et Delphine Godard, illustrés par Cécile Becq
Père Castor dans la collection Mes 150 pourquoi
10 €, 205×255 mm, 64 pages, imprimé au Portugal, 2018.
Ma sexualité de 0 à 6 ans
Textes de Jocelyne Robert et Jo-Anne Jacob, illustrés par Jean-Nicolas Vallée
Les éditions de l’homme
11 €, 180×229 mm, 87 pages, imprimé au Canada, 2015.
Ma sexualité de 6 à 9 ans
Textes de Jocelyne Robert, illustrés par Jean-Nicolas Vallée
Les éditions de l’homme
11 €, 180×229 mm, 63 pages, imprimé au Canada, 2015.
Ma sexualité de 9 à 11 ans
Textes de Jocelyne Robert, illustrés par Jean-Nicolas Vallée
Les éditions de l’homme
11 €, 180×229 mm, 62 pages, imprimé au Canada, 2015.

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Les invité·e·s du mercredi : Erik Poulet-Reney

Par 12 septembre 2018 Livres Jeunesse

Cette semaine, c’est avec l’auteur d’un roman dont je vous ai parlé il y a peu que l’on a rendez-vous. Erik Poulet-Reney a sorti juste avant l’été Transparente, j’avais envie de lui poser quelques questions sur ce roman et sur son parcours. Exceptionnellement, cette semaine, il n’y a qu’un seul invité. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Erik Poulet-Reney

J’aimerais que vous nous parliez de votre très beau roman, Transparente et que vous nous racontiez d’où vous est venue cette histoire.
Quand j’étais en Inde, il y a sept ans, j’ai croisé à Delhi des Hijras, des créatures de troisième genre, ni homme ni femme, avec un physique à la base masculin mais offrant l’image, l’apparence d’une femme vêtue d’un sari, maquillée et coiffée… La Cour Suprême en Inde a reconnu officiellement les Hijras comme « troisième genre » en avril 2014. J’ai eu envie de m’inspirer de leur identité en l’adaptant aux transsexuels occidentaux. D’évoquer cette différence au sein de notre société actuelle, avec l’espoir de la banaliser au quotidien. C’était mon pari en créant le personnage de Lucia dans mon roman Transparente. L’idée étant de confronter une adolescente à une personne transsexuelle grand-parent… Amener à la réflexion avec infiniment de délicatesse et à l’encontre de tout cliché. J’ai voulu faire battre des cœurs avant que l’on s’arrête sur l’image. Tout humain a droit à sa part, son lieu, ses droits, son cheminement… J’aimerais que ce petit roman permette d’ouvrir des portes, des esprits, une forme d’intelligence, d’empathie, de reconnaissance pour celles et ceux qui font le choix de leur identité quand scientifiquement il y a eu maldonne, sans qu’aucun ne puisse juger.

Vous abordez régulièrement les sujets LGBTQA+ dans vos romans jeunesse. Depuis quelque temps, les livres sur le sujet sont de plus en plus nombreux. Comme vous êtes chroniqueur (sur Triage FM), vous avez dû en lire certains, que pensez-vous de ces nouveaux romans ? Il y en a qui vous ont plu particulièrement ?
Je pense être le premier auteur de littérature jeunesse à avoir osé aborder, consacrer une fiction pour ados « Les roses de cendre », aux Triangles roses, les déportés homosexuels de la Seconde Guerre mondiale. Les manuels scolaires faisant souvent l’impasse sur ce tabou qui entache l’Histoire de France. À l’époque, ma courageuse éditrice de chez Syros, Françoise Mateu, d’ailleurs décédée cet été, m’avait vivement encouragé. Puis ensuite quelques auteurs ont repris chez d’autres le thème. Mon amie Claire Mazard a abordé quant à elle avec délicatesse l’homosexualité féminine dans ses premiers romans de la collection Confessions. On doit aussi à Christophe Honoré des textes forts sur le sujet. Certains auteurs que je ne nommerai pas ont tenté des textes trop clichés que je n’ai pas aimés…
Je reçois de nombreux services de presse pour ma chronique littéraire radiophonique, mais je lis moins de livres jeunesse pour justement ne pas être influencé, et je souhaite que nombreux romans continuent à aborder directement ou en filigrane à travers des personnages même secondaires, la différence, l’homosexualité, avec intelligence, sensibilité et adresse, ne serait-ce que pour contrer les aberrations et l’hérésie d’un pape qui invite sans aucun scrupule les parents à présenter leurs enfants à sensibilité différente chez un psychiatre pour « régler ça »…

On en parlait, vous êtes chroniqueur, n’est-ce pas difficile de lire autant de romans jeunesse sans que ça n’influence votre écriture ?
Je lis et je défends en priorité dans ma chronique « Couleur Papier », les premiers romans des jeunes auteurs. Pour me préserver et ne pas être influencé donc, je ne lis que l’essentiel en littérature jeunesse, ce qui me nourrit encore, apporte quelque chose sorti des sentiers battus, ce qui peut surtout amorcer l’espérance. Je refuse en revanche toute violence gratuite et la vulgarité. Je laisse la médiocrité aux faits d’actualité qui nous inondent chaque jour sur les ondes avec leur batterie d’horreurs !
Mon écriture a toujours eu son identité, qu’on l’aime ou pas, elle possède toujours les mêmes ingrédients. Elle est ce que je suis depuis l’enfance, avec cette dose d’hypersensibilité qui me permet de traiter des sujets graves avec une approche maîtrisée et délicate, pour que chaque élément, chaque mot se coule naturellement dans l’histoire, sans aspérité mais avec une palette de couleurs qui tente d’envelopper le lecteur, un peu comme dans les illustrations de mon amie Nathalie Novi.

Parlez-nous de votre processus d’écriture. Comment naissent vos histoires ?
Depuis toujours, et les professionnels du livre le savent, mon bâton de pèlerin est de défendre la ou les différences chez les êtres souvent mis à l’index, afin de trouver les mots pour les banaliser dans le regard des autres. Je sème des petites graines de tolérance et les arrose d’une extrême sensibilité à fleur de vécu, pour que le Vivant, l’Humain se reconnaisse en chacune et chacun de mes personnages. Dans l’écriture, dans mes thèmes de prédilection, j’aime être et rester le témoin d’une époque. Je rebondis sur les choses qui me dérangent, que j’entends. J’aime transgresser les tabous, aider celles et ceux à ne plus rester sur la berge, mais à oser s’imposer, mettre en avant la richesse justement de leur différence face à leurs contemporains qui les jugent parce qu’ils ont peur de ce qu’ils ne connaissent pas. On ne leur a pas appris. Alors je tends l’oreille, je scrute, je vole aux inconnus des paroles, des gestes… J’isole ensuite mon sujet, je l’encage en moi des mois avant de le transcender dans l’écriture.

Pouvez-vous nous raconter votre parcours ?
Mon parcours ? Il est si atypique ! J’ai toujours préféré la formation des nuages et la liberté des oiseaux derrière les fenêtres de l’école, du collège puis du lycée. Je suis un rêveur invétéré, alors j’ai dû imposer mon handicap dans ma vie d’adulte partout où j’ai marché, respiré, aimé, travaillé. Je suis entré dans la fameuse vie active à 19 ans pour mettre en scène au cœur d’une société, ce que je suis encore, un homme-enfant ! J’ai été fleuriste, libraire, figurant dans une série télé pour ados chez AB Productions, aide aux personnes âgées, et aujourd’hui bibliothécaire ! J’ai eu le privilège d’avoir sur mon chemin Andrée Chedid, poète et romancière qu’on ne présente plus, et qui fut pour moi une grand-mère, et ma marraine d’écriture jusqu’à sa mort. Et en 1999, l’illustre Thierry Magnier m’a donné ma chance à la création de sa maison d’Édition, en publiant mon premier roman « Jusqu’au Tibet », et un second « Comme un gitan ». Puis à mon grand regret ensuite, il n’était plus en osmose avec mon écriture. Je suis passé chez Syros, L’école des Loisirs, Magnard, Nathan, Seuil, Oskar…

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescent ?

J’habitais un petit village de campagne dans l’Yonne, à quinze kilomètres d’Auxerre. Dans mon école il n’y avait aucun budget ni aucune initiative pour développer une bibliothèque. À la maison, milieu ouvrier, la priorité n’était pas dans l’achat de livres, au profit en revanche de tout ce dont on avait besoin. Je dois beaucoup à mes parents partis trop tôt. Surtout le sens des valeurs et le respect. J’ai donc vécu mes premiers âges sans livres ! J’écrivais déjà dans ma tête. Je m’inventais des histoires, des horizons où je rêvais de mer, de montagnes. J’apprenais à vivre avec les éléments, les parfums du dehors et des saisons. Je regardais du haut du jardin en pente passer les trains au loin en me projetant dans des voyages, m’identifiant aux voyageurs qui bientôt allaient pouvoir s’adonner aux vagues. Déjà des livres étaient en gestation en moi et sans titre ! J’ai découvert la littérature vers seize ans environ sur les conseils d’une prof de lettres épatante. J’ai commencé par le journal d’Anne Franck, puis « l’Herbe bleue », avant de tomber amoureux des œuvres de Stefán Zweig, Hermann Hesse et Thomas Mann… Et aujourd’hui je ne voyage plus uniquement dans ma tête mais en avion, je passe ma vie entre ma Bourgogne et le Maroc. Un mur dans chaque pièce de ma maison est tapissé de livres, des centaines, partout, toujours !

Sur quelle nouvelle histoire travaillez-vous actuellement ?

Comme disait Marguerite Duras, cette petite bonne femme énigmatique des Roches Noires que j’ai photographiée, (voir la couverture du Folio Gallimard n° 3503 Yann Andréa Steiner) dérangeante pour certains, mais qui a, quant à elle, OSÉ inventer un style et que j’admire justement pour cette audace (alors qu’elle avait écrit « la Douleur » dans une forme académique, classique) elle répondait souvent aux journalistes qui lui demandaient : « Il ne faut jamais parler d’un projet d’écriture, ça porte la poisse ! » (et je l’ai moi-même vérifié avec le temps)
Je viens en revanche de terminer l’écriture d’un petit ouvrage poétique en hommage à Andrée Chedid et j’ai totalement repris et revisité cet été un petit roman pour adultes qui se passe à Delhi. Un recueil de poésie contemporaine « Feuilles de thé » préfacé par Sylvie Germain et illustré par Judith Wolfe doit sortir prochainement. Côté jeunesse, depuis six mois j’engrange sans vraiment savoir si mon nouveau thème choisi aboutira ou non. Chaque livre à écrire est une aventure nouvelle et surtout une remise en question !

Bibliographie jeunesse sélective :

  • Transparente, roman, Oskar (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Cœur d’ortie, roman, Passage(s) (2016).
  • L’arabesque, roman, Oskar (2013).
  • Le visage retrouvé, roman, Seuil jeunesse (2008).
  • Ned a des tics, roman illustré par Magali Le Huche, Magnard Jeunesse (2006).
  • Le rose de cendre, roman, Syros (2005).
  • Egoïste !, roman illustré par Éric Gasté, Nathan (2005).
  • L’été d’Anouk, roman, Syros (2003).
  • Le gang des râteliers, roman, l’école des loisirs (2002).
  • Comme un gitan, roman, Thierry Magnier (2001).
  • Jusqu’au Tibet, roman, Thierry Magnier (1999).

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La journée des uns, la semaine des autres

Par 11 septembre 2018 Livres Jeunesse

Aujourd’hui, deux livres cartonnés pour les tout-petits.

Bonne semaine, Ourson !
de Cécile Hudrisier
Didier Jeunesse dans la collection La petite clique de Cécile Hudrisier
7,90 €, 176×176 mm, 18 pages, imprimé en Malaisie, 2018.
La journée de bébé
d’Anne-Sophie Blost
Nathan
10,90 €, 180×180 mm, 22 pages, imprimé en Pologne, 2018.

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