À la lumière du passé

Deux romans où de vieux secrets resurgissent.

Une vie retrouvéeEugénie, dite Gina, vit une épreuve. Elle a surpris sa meilleure amie et son copain ensemble. Il lui faut fuir, oublier, occuper son esprit. Un vieux secret de famille c’est l’idéal pour penser à autre chose. Elle part donc à la recherche d’une sœur de sa grand-mère dont personne ne parle jamais… et qui porte le même prénom qu’elle. Arrivée sur place, dans un petit village du Cantal de deux cent quarante habitants, Gina va vite se rendre compte que ça ne sera pas facile, ici tout le monde craint sa grand-tante et personne ne veut en parler. Mais grâce à une petite fille espiègle (que certains pensent folle), la jeune fille va réussir à rencontrer la vieille Eugénie.

Une nouvelle fois, j’ai été happé par l’écriture et l’histoire de Josette Chicheportiche. Que cache donc la grand-mère de Gina ? Quel est ce terrible secret de famille dont personne ne veut parler ? Que s’est-il passé il y a une cinquantaine d’années ? J’avais eu un gros coup de cœur pour Ne le dis à personne, ici encore c’est un roman tout simplement captivant, qui se dévore. On parle donc d’amour, de secrets de famille, des marginaux, de la peur que déclenchent les gens différents, de la mort, de la fatalité. Un roman complet, qu’on a du mal à lâcher avant la fin.

Souviens ToiJoséphine est une vieille dame de 80 ans. Elle rend visite à Armand, qu’elle n’a pas vu depuis plus de soixante ans. Elle l’accuse d’une chose terrible, quelque chose qui s’est passé en 1946, quand elle avait 15 ans, quand Juliette, sa sœur jumelle, était encore en vie, avant qu’Armand ne fasse de la prison.

C’est extrêmement difficile de résumer Souviens-toi d’Élisabeth Combres tant il est complexe. Le roman se découpe en plusieurs parties… et je serai tenté de dire en trop de parties… Il est d’abord question d’une sorte de règlement de compte, une femme qui revient longtemps après la mort de sa sœur revoir celui qui l’a aimé… puis l’aurait tué. Ensuite, on lira le journal de Juliette et l’on en saura plus sur ce qu’il s’est passé en 1946. Puis, c’est un autre secret de famille sur lequel Joséphine se penchera en voyageant avec Yvette, sa voisine aussi âgée qu’elle. J’avoue que pour ma part je m’y suis un peu perdu et je me suis demandé quel ado serait intéressé par cette histoire dont les héros sont des octogénaires… Il y a bien sûr un passage en 1946, quand les héros ont quinze ans, mais il est assez court et n’est pas au final le vrai sujet du roman. Un roman à tiroirs qui j’avoue m’a un peu perdu.

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué un livre de Josette Chicheportiche (Ne le dis à personne).

Une vie retrouvée
de Josette Chicheportiche
Oskar dans la collection La vie
14,95 €, 130×210 mm, 237 pages, imprimé en Europe, 2013.
Souviens-toi
d’Élisabeth Combres
Gallimard dans la collection Scripto
8,50 €, 130×200 mm, 146 pages, imprimé en Italie, 2013.

À part ça ?

Amazonia DVDUn avion qui transportait un singe domestique tombe au milieu de la forêt amazonienne. Le singe est terrorisé, comment sortir de sa cage ? Grâce à des animaux un peu curieux qui fouillent l’avion, il va réussir à s’enfuir et il découvrir la vie sauvage. Il va lui falloir s’adapter à cette nouvelle vie.
Gros coup de cœur pour ce magnifique film qu’est Amazonia. Un film quasiment sans dialogues (juste quelques un au début et à la fin de la petite fille qui semble être la propriétaire du singe capucin) et pourtant on ne s’ennuie pas une minute (et les enfants non plus). Avec lui, on découvre la forêt amazonienne, sa faune et sa flore. On tremble pour le héros quand il se retrouve face aux prédateurs, on sourit de certaines de ses aventures. C’est aussi une critique de la captivité des animaux, utilisés pour des cirques, des zoos… alors qu’ils sont bien plus heureux dans la nature. Un moment absolument magique, un superbe film à voir en famille.
Amazonia de Thierry Ragobert, France Télévision, autour de 15 € pour le DVD et de 22 € pour le Blu-Ray.

Bande annonce :

Gabriel

Les invités du mercredi : Delphine Garcia, Jean Regnaud, Aude Picault et Mélanie Edwards

Aujourd’hui, nous recevons Delphine Garcia, une illustratrice que j’ai découverte il y a peu à travers deux facettes très différentes. D’un côté Jean et Marguerite (sorti chez Les p’tits bérets), un album très personnel, et de l’autre son personnage de Gwen la bigouden (chez Locus Solus). J’ai eu envie de parler de ses influences et de son travail avec elle. Ensuite, pour notre rubrique Parlez-moi de… j’ai eu envie de revenir sur le superbe Mais… comment naissent les parents (que nous avons chroniqué ici) avec ses auteurs et son éditrice. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Delphine Garcia

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©Anne-Sophie Gacoin – ansog.net

Parlez-nous de votre parcours ?
Haute comme trois pommes, j’étais déjà passionnée par le dessin et franchement, je ne voyais pas quoi faire d’autre ! Naturellement, je me suis orientée vers un BAC arts appliqués à Brest puis un BTS communication visuelle à Quimper. À la fin de mes études, j’ai trouvé un poste de graphiste à Paris et n’imaginais absolument pas me mettre à mon compte 3 ans plus tard.
Aujourd’hui, je vis à Bordeaux avec ma petite famille.

OH LES BELLES COULEURSQuelles techniques utilisez-vous pour vos illustrations ?
J’aime varier les plaisirs et ne pas me limiter à un style précis. Mon côté « graphiste » certainement.
J’utilise les techniques traditionnelles comme l’aquarelle, l’encre ou les crayons de couleur, mais aussi l’ordinateur pour l’ajout de matières par exemple.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Je n’ai jamais été une grande lectrice (pas bien !), vivant à Tahiti jusqu’à mes 8 ans, j’étais plutôt plage, cocotiers et tortue ! Dur dur, le retour en Bretagne ! Je me suis plongée dans la musique et le dessin. Ma mère a gardé tous mes livres d’enfant, contes, Casimir, Fantômette… j’étais fascinée par les illustrations.

Jean et MargueritePouvez-vous nous dire quelques mots sur l’album Jean et Marguerite ?
Cet album est très personnel. Jean Coatéval, célèbre accordéoniste en Bretagne et Marguerite ont vraiment existé. Tous les deux étaient très attachants. À l’époque, j’étais jeune accordéoniste soliste dans les Fest-Noz, ils m’ont pris sous leurs ailes comme de vrais grands-parents.
Je travaillais sur le projet lorsque Manuel Rulier m’a contacté. Son texte est chantant et léger, il a tout de suite compris mes attentes. Les dessins sont très différents de mes autres albums, un trait vivant, dansant, correspondait mieux à l’ambiance du livre.
Ce projet est resté quelques années dans les cartons sans trouver d’éditeur, et un beau jour… Caroline Pérot des P’tits Bérets me contacte. Aujourd’hui, miracle, il est en librairie ! Mon seul regret :  que Jean et Marguerite ne soient plus là pour le lire.

COUV CAHIER JEU GWEN JPEGY a-t-il des illustrateurs actuels que vous aimez particulièrement ?
Un tas !
Si je dois en sélectionner : la finesse du trait de Marie Desbons, le génie de Frédéric Pillot, l’exotisme de Judith Gueyfier (amie de lycée)…

Quels sont vos projets ?
Mon prochain album « Panique à la plage ! » avec les personnages de Marco, petit garçon plein de vie et Polo, son canard à roulettes doit sortir fin avril aux éditions Locus Solus. J’espère très vite une suite de leurs aventures mais aussi de Gwen la bigoudène.
Je réfléchis également à d’autres projets, en solo ou avec d’autres auteurs talentueux. Actuellement, je cogite à l’élaboration de livres plus graphiques, notamment, sur un en particulier, mêlant photos et illustrations, en collaboration avec une amie photographe.

Bibliographie :

Retrouvez Delphine Garcia sur son site : http://www.dg-freedesign.com


Parlez-moi de… Mais… comment naissent les parents ?

Régulièrement, on revient sur un livre qu’on a aimé avec son auteur, éventuellement son illustrateur et son éditeur. L’occasion d’en savoir un peu plus sur un livre qui nous a plu. Cette fois-ci, c’est sur un de nos coups de cœur, Mais… comment naissent les parents ? (chroniqué ici), de Jean Regnaud et Aude Picault que j’ai eu envie de revenir (avec aussi l’éditrice, Mélanie Edwards).

Jean RegnaudJean Regnaud (auteur) :
Au départ, je voulais écrire une petite histoire toute simple pour expliquer à un enfant qui était né grâce à une PMA la genèse de sa création. Je souhaitais à tout prix éviter que cette particularité puisse être comprise comme une différence. C’est pourquoi le récit que j’ai imaginé met sur un pied d’égalité la PMA et toutes les autres façons de venir au monde, ou plutôt, de créer ses parents. Car, c’est une évidence, quelle que soit la manière dont on le conçoit ou reçoit (dans un lit, via une FIV, grâce à une adoption, avec d’autres mamans ou d’autres papas), c’est quand l’enfant arrive dans notre famille que nous devenons un parent.
L’envie d’écrire ce livre m’est venue bien avant les manifestations contre le mariage pour tous et les polémiques visant le contenu de certains ouvrages jeunesse. Ces opinions rétrogrades désirent un monde qui n’existe plus, mon histoire dépeint simplement, et humblement, le monde tel qu’il est. Dans nos maternelles, les enfants ont aujourd’hui des genèses chimiques, des parentèles ésotériques, et je suis très fier d’appartenir à ce monde ouvert et tolérant.
Enfin, je suis particulièrement heureux que Aude Picault ait accepté d’illustrer cette histoire. C’est elle qui a eu l’idée d’incarner les personnages par des petits animaux. Son talent graphique a apporté au récit une belle âme et une réelle douceur.

Aude PicaultAude Picault (illustratrice) :
J’illustre rarement les histoires des autres, mais celle de Jean m’a tout de suite plu, par sa simplicité, son humour et sa justesse.
Il pose un point de vue d’enfant imparable sur ce qui existe, en dehors des jugements « adultes » qui veulent diviser la vie en « Ça c’est bien, ça, c’est mal ».
J’aime dessiner mes histoires avec des animaux. Pour celle de Jean, ce choix me semblait aussi adéquat : après tout, combien de façons incroyables de se reproduire les animaux n’ont-ils pas déjà inventées ?
Le site d’Aude Picaulthttp://www.audepicault.com.

Mélanie EdwardsMélanie Edwards (éditrice):
Lorsque j’ai reçu le projet de Jean et Aude, j’ai aussitôt autant aimé le texte que les illustrations (ce qui n’est pas toujours le cas quand un auteur et un illustrateur arrivent ensemble). Dans les petits crayonnés d’Aude, il y avait déjà la poésie, la délicatesse et la tendresse qu’on retrouve dans l’album. J’ai donc choisi un petit format, qui me paraissait bien préserver le côté intime et personnel du propos de Jean.
L’histoire, toute simple, m’a plu pour son humour, pour la façon qu’elle avait d’inverser l’éternelle question existentielle « d’où je viens ». Et surtout parce qu’elle ne posait aucun jugement sur les différentes situations de famille des enfants. Chacun raconte comment ses parents sont nés, et on ne se dit jamais que l’histoire de l’un est plus enviable que celle d’un autre. Pour l’anecdote, Jean avait écrit un livre Ma maman est partie en Amérique, elle a rencontré Buffalo Bill (Gallimard), Aude avait publié une BD qui s’appelait Papa (L’Association) en hommage à son père, et moi, en tant qu’auteur, j’avais publié un album qui s’intitulait Et me voilà ! (Bayard Jeunesse), qui racontait treize naissances différentes, alors nous étions faits pour nous rencontrer autour de Mais… comment naissent les parents ? Et le livre s’est fait avec une facilité très appréciable, dans le dialogue, l’échange et le plaisir. Je suis très contente qu’il paraisse à un moment où de grands débats agitent la société, parce qu’il apporte des réponses d’une simplicité désarmante, qui me paraissent justes et vraies, en adéquation avec la vie réelle des enfants, et de leurs parents.
Le site de Magnardhttp://www.magnard.fr.

Mais... comment naissent les parents ?Mais… comment naissent les parents ?
Texte de Jean Regnault
Illustré par Aude Picault
Sorti chez Magnard
2014.
Chroniqué ici.

Des filles et des garçons

Une nouvelle chronique sur les livres qui promeuvent l’antisexisme, parce que ça fait du bien. Et en plus, c’est une chronique croisée avec Maman Baobab, c’est chouette, non ?

Et si l’on commençait par rappeler les droits de chacun ?

La déclaration des droits des fillesL’article 1 des droits des garçons le rappelle, oui ils ont le droit de pleurer et de se faire dorloter ! Ils ont aussi le droit d’être coquets, de jouer à la poupée, d’être bons en lecture et nuls en bricolage ou encore de faire de la danse ou de la couture. Les filles, elles, ont le droit d’être débraillées, d’être fortes en maths, de grimper aux arbres, de faire du foot ou du judo, de regarder des films d’horreur ou encore d’avoir les cheveux courts. Filles et garçons ont le droit d’aimer qui leur plaît, filles ou garçons !

Douze articles chacun et tous pleins de bons La déclaration des droits des garçonssens, voire même évidents… mais pas pour tout le monde (hélas). Génial (disons les choses) support pour parler des stéréotypes, Elisabeth Brami et Estelle Billon-Spagnol nous livrent deux petits livres qu’il faudrait absolument placer dans toutes les écoles (d’ailleurs, je propose à Talents Hauts de décliner chaque page en affiche) ! Estelle Billon-Spagnol, à partir des petits textes d’Elisabeth Brami, a fait des dessins hilarants dont elle a le secret. Les raconter serait contre-productif (racontés comme ça, c’est forcément pas drôle), mais vous pouvez voir quelques extraits en ligne (ici par exemple). Deux petits ouvrages absolument IN-DIS-PEN-SA-BLES !

BrindillePavlina n’était pas une petite fille ordinaire. Elle grandissait dans une famille où il n’y avait que des garçons pas vraiment méchants, juste un peu lourdauds. À côté d’eux, Pavlina semblait toute petite, on la surnomma Brindille. Seule fille, c’était à elle qu’incombait les tâches domestiques et quand elle essayait d’y couper il fallait se battre… et c’est parfois avec un œil au beurre noir qu’elle s’en sortait. Un jour, Brindille en eut assez et sous l’hilarité générale elle annonça qu’elle voulait se mettre à la boxe !

On adore les héroïnes comme Brindille. Une petite fille au fort caractère, capable de boxer autant que de faire du piano. Et surtout, qu’elles sont belles les illustrations de Rémi Courgeon ! OK, ce n’est pas nouveau (j’en parlais encore vendredi), mais quel bonheur ! Surtout qu’ici le livre est très grand et donc elles sont magnifiquement mises en valeur (avec un beau papier qui plus est). On parle donc ici de se battre pour avoir les mêmes choses que les garçons, qu’il n’y a pas de fatalité. Un magnifique album signé par un de nos plus talentueux illustrateurs.
Le même vu par Le cabas de Za (avec de nombreuses illustrations intérieures).

Zazie Ras le Bol d'être une PrincesseAu parc retentissent des BLANG ! CLONG ! BLANG ! CLONG ! C’est Max qui a un nouveau tambour ! Et il annonce un spectacle ! Un spectacle ? Tout le monde y croit, c’est malin maintenant faut le préparer. Allez c’est parti, Exaucée a une histoire et distribue les rôles : Tarek fera les décors, Cindy s’occupera des accessoires, Max jouera le prince et Zazie la princesse. PARDON ??? La princesse ? Genre la robe rose bonbon et tout ça ? HORS DE QUESTION ! Zazie veut bien jouer un dragon à la limite, mais la princesse non non non !

Pedro est catastrophé ! Il vient de voir son meilleur ami Max avec une poupée dans les mains. Comme il n’a pas suivi le début, il ne sait pas, lui, qu’en fait ce n’est pas une princesse nunuche, mais une guerrière de l’espace ! Lui ne voit qu’une poupée, forcément ! Zazie Les Poupées MuscléesAlors d’un coup il a peur, si Max commence comme ça bientôt il aura des couettes et se transformera en fille ! Vite, il faut agir, faire tout ce qui est possible pour le faire lâcher sa poupée, quitte même à utiliser Jim Barroud, un mannequin en plastique qui n’a rien d’une poupée, lui.

Deux albums d’un personnage que les enfants connaissent bien, Zazie. On avait déjà parlé de l’adaptation en livres de l’adaptation en dessin animé des livres de Thierry Lenain et Delphine Durand (oui, c’est pas simple), et je vous avais dit tout le mal que je pensais des illustrations, surtout comparées aux super dessins des originaux. Mais là encore, ce sont des histoires très sympas qui luttent aussi contre les clichés sexistes. Même s’il vaut mieux se procurer les premiers livres, les enfants seront heureux de retrouver ici un personnage qu’ils aiment voir à la télévision.
Ras-le bol d’être une princesse vu par Chez Clarabel.

Les mots indispensables pour parler du sexismeQuand j’ai vu qu’était sorti un livre sur le sexisme, Les mots indispensables pour parler du sexisme, j’étais vraiment très intéressé. On parle beaucoup (trop ?) du féminisme, et pas assez du sexisme. Comme je le dis souvent, c’est ensemble qu’on avancera dans l’égalité des sexes et pas les uns envers les autres. C’est en déconstruisant tous les clichés sexistes qu’on fera reculer les inégalités. Bref, je commençai donc, réjoui, la lecture de ce petit livre sorti chez Syros… J’avoue avoir été un peu déçu parfois. Même si c’est un très bon livre (mais je le dirai ensuite, évacuons tout de suite ce qui fâche pour vite l’oublier et se concentrer sur les points positifs), ici c’est quand même surtout un livre féministe. On parle de la difficulté des filles qui font du foot… mais pas un mot sur les garçons qui font de la danse (par exemple). On parle du viol et tout le chapitre concerne les femmes (sauf quand il est rappelé qu’un-e violé-e sur dix est un garçon… mais juste ça…). On parle des soucis des femmes à accéder à certains métiers, mais pas l’inverse (alors que, croyez-moi d’expérience, ça existe). Dans le chapitre sur la rumeur, on nous explique à quel point ça détruit surtout les filles (alors que de nombreux garçons se suicident aussi à cause de vidéos lancées sur internet, notamment par rapport à l’homosexualité). On nous explique que s’il y a moins d’enfants confiés aux pères lors des divorces c’est à cause de « la plus forte proportion d’hommes violents à qui on ne peut pas confier d’enfants » (si ça, ce n’est pas un propos sexiste…). Dans la partie sur les kilos on nous parle du diktat de la minceur chez les femmes, notamment à cause de la pub, sans nous dire que chez les hommes on y arrive de plus en plus avec des mannequins toujours imberbes et bodybuildés. J’ai eu aussi quelques doutes sur l’utilité de certaines entrées (alors que, d’après moi, il y a quelques manques, comme parler de l’image des pères au foyer dans la société ou de la difficulté des pères de prendre leurs congés parentaux), mais bon… Bref, j’avoue qu’à plusieurs moments j’ai eu quelques remontées acides ! Mais passons ce sujet de discorde (qui ne choquera peut-être que moi), donc, pour nous concentrer sur le reste. Construit comme un abécédaire, Les mots indispensables pour parler du sexisme est un livre très bien fait. Le genre de livre très bien construit dans lequel on peut piocher plein de choses (ou lire d’une traite, car il est vraiment intéressant). Les auteurs ont vraiment réussi à aborder beaucoup de thèmes, généralement avec justesse, complétant leurs propos avec des chiffres. On trouve ici, donc, des chapitres sur le rose et le bleu, le genre, les métiers, les seins, la jupe mais aussi quelques entrées sur des personnalités (Olympe de Gouges, Simone de Beauvoir, Angela Davis…). Parce qu’il est temps que ça change, qu’on en finisse avec le sexisme, voilà un petit livre indispensable (à partir de 14 ans d’après l’éditeur) !

Quelques pas de plus…
Retrouvez donc la chronique du jour de Maman Baobab, sur le même sujet.
Nous parlons régulièrement des livres qui combattent les clichés sexistes. Tout ceux dont nous avons parlé sont regroupés ici (et retrouvez ma chronique radio sur le sujet ).
Nous avons déjà chroniqué des livres d’Estelle Billon-Spagnol (Grong, Bonne nuit Eddie, La catcheuse et le danseur, Bad Lino, Les chaussettes qui puent, Les sœurs Tsss, La planète des mius, Ti-Jack, Chiche !, La rentrée de Jacotte, Jacotte en vacances, 5h22, Petit Lagouin, Le jardin du secret, Jacotte, Le petit bois du dimanche soir, À table et Mister Mok), Elisabeth Brami (Moi j’adore, maman déteste et vice-versa) et Rémi Courgeon (Gros Chagrin, Le grand arbre et autres histoiresContes d’Afrique, Pieds nusToujours debout, Pas de ciel sans oiseaux et Elvis Presley). Nous avons également interviewé Estelle Billon-Spagnol et Rémi Courgeon.

La déclaration des droits des filles
Texte d’Élisabeth Brami, illustré par Estelle Billon-Spagnol
Talents Hauts
11,90 €, 157×217 mm, 32 pages, imprimé en Italie, 2014.
La déclaration des droits des garçons
Texte d’Élisabeth Brami, illustré par Estelle Billon-Spagnol
Talents Hauts
11,90 €, 157×217 mm, 32 pages, imprimé en Italie, 2014.
Brindille
de Rémi Courgeon
Milan
16,95 €, 264×368 mm, 32 pages, imprimé en Belgique, 2012.
Ras-le-bol d’être une princesse
Texte de L. Nord d’après un scénario de Maud Garnier et David Robert
Nathan dans la collection Mademoiselle Zazie
5,95 €, 174×222 mm, 30 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2014.
Les poupées musclées
Texte de L. Nord d’après un scénario de Joris Morio
Nathan dans la collection Mademoiselle Zazie
5,95 €, 174×222 mm, 30 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2014.
Les mots indispensables pour parler du Sexisme
de Jessie Magana et Alexandre Messager
Syros dans la collection Les documents Syros
12 €, 120×168 mm, 168 pages, imprimé en France, 2014.

À part ça ?

Tempête sous un crâneÀ Saint Ouen (93), au collège Joséphine Baker, Alice, professeur de français, et Isabelle, professeur d’art plastique, tentent d’enseigner devant des classes qui ne sont pas toujours attentives. En plus du programme, il faut sans arrêt faire des rappels à l’ordre, enseigner la discipline, séparer les élèves qui se battent, supporter le brouhaha presque incessant, les élèves qui arrivent au milieu du cours, ceux qui ont leur portable à la main. Armées d’humour, elles affrontent le quotidien, tentent de faire s’élever, parfois contre leur volonté, des élèves qui ne sont pas tous nés avec les mêmes armes. Tempête sous un crâne était sorti au cinéma l’année dernière, il vient de sortir en DVD. Loin d’être plombant (comme le sont parfois des films et documentaires tournés dans les écoles, généralement du 93), on voit ici aussi les rires, les bons moments. Alors bien sûr il y a aussi les moments où l’on se demande comment Alice tient face à une classe aussi dissipée, les réunions du personnel encadrant se demandant quelles sont les solutions face à un élève qui semble dealer dans l’établissement, certains ados qui ne connaissent que la violence comme langage, mais il y a aussi les œuvres créées en cours d’art plastique qu’expose Isabelle et les lettres écrites en français sur le modèle du J’accuse de Zola. Ces moments qui en disent long, qui nous prennent aux tripes. Il y’a les rires en plus des cris, l’espoir est plus présent que l’envie de baisser les bras. Un très beau documentaire sur une classe parmi tant d’autres dans une école de la République Française.
Vous pouvez vous procurer ce DVD notamment sur le site du Point du jour.

Bande annonce :

Gabriel

On ne fait pas n’importe quoi !

Aujourd’hui, on va apprendre à bien se tenir, il était temps, non ?

Il y a des reglesIl y a des règles ! Quand maman dit « arrête » on arrête (on ne reste pas accroché au lustre), on ne dit pas « c’est qui qui » (sauf si l’on parle du chien), on ne parle pas la bouche pleine (sauf en cas d’urgence genre l’arrivée inopinée d’un dinosaure), on ne suit pas un monsieur dans la rue qui dit avoir perdu son chien, on ne demande pas à papa quand maman a déjà dit « non »… on ne fait pas n’importe quoi !

Gros coup de cœur pour À la maison il y a des règles ! de Laurence Salaün et Gilles Rapaport ! Déjà parce que les exemples sont bons (et généralement partagés par tous), ensuite parce que c’est extrêmement drôle. L’allure de la petite fille qui se lève (visiblement d’une humeur de chien), les situations qu’on connaît bien (ne pas chercher et dire qu’on n’a pas trouvé, l’envie d’aller aux toilettes quand il faut débarrasser la table…), des dialogues percutants, des dessins hilarants… bref ici on rit beaucoup de ces situations qui nous disent quelque chose ! La seule exception, celle où il est même précisé « et l’on ne rigole pas avec ça ! », c’est le dessin sur le fait qu’il ne faut pas suivre un monsieur dans la rue, mais ensuite on a à nouveau le droit de rire avec une famille à tête de cochon (pour nous dire de manger proprement). Un bon moyen de reparler des règles de politesse, de respect et de vie commune, sans que ça soit sentencieux. Avec de l’humour, tout passe mieux !

Petit manuel de politesseUne baby-sitter a décidé d’apprendre la politesse (poil aux fesses) à deux enfants… ça ne sera pas toujours facile. Douze règles allant de se mettre la main devant la bouche pour éternuer à ne pas chuchoter devant les autres en passant par ne pas soulever les jupes des filles et ne pas faire pipi n’importe où. Après avoir reçu ces douze recommandations c’est certain ces enfants seront bien plus sages… ou pas !

Après le grand livre, le tout petit. Ici, il y a un fil conducteur, une histoire à suivre et pour chaque règle édictée on trouve un volet à ouvrir… où la règle sera généralement contredite. J’avoue avoir moins aimé ce principe (et le livre en général). Ainsi à côté de « On ne fait pas pipi n’importe où. On va au “petit coin” lorsqu’on en a besoin », un volet s’ouvre et l’on découvre un enfant heureux d’uriner sur une pelouse, après « Devant une porte fermée il est bien élevé de toquer » on découvre les enfants entrants, hilares, sans frapper dans une salle de bain où la baby-sitter prend son bain… J’ai eu un peu de mal, donc, avec ce principe de déconstruire les règles pour un effet comique, j’ai trouvé ça contre-productif. Alors peut-être est-ce justement le but du livre, dire qu’il y a des règles, mais qu’il ne faut pas les respecter, tourner tout ça en ridicule… J’avoue préférer le premier livre qui arrive, sans être moraliste à faire passer plein de choses.
Des extraits en ligne.

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué des ouvrages de Gilles Rapaport (Alex et Léon dans les camps français 1942/1943) et de Robin (Essie, et si j’étais parfaite et Hercule attention travaux).

À la maison il y a des règles !
Texte de Laurence Salaün, illustré par Gilles Rapaport
Seuil Jeunesse
13,90 €, 180×330 mm, 72 pages, imprimé en Belgique, 2014.
Petit manuel de politesse, poil aux fesses !
Texte d’Alexandra Garibal, illustré par Robin
P’titGlénat dans la collection Vitamine
12 €, 145×168 mm, 32 pages, imprimé en Chine, 2014.

À part ça ?

Bonbek 11Le nouveau Bonbek est sorti ! On vous a déjà parlé de cette revue qui nous offre une grande histoire, des loisirs créatifs, des jeux… Ce numéro 11 est un numéro spécial Même pas peur ! On y trouve une grande histoire (31 pages) signée Agnès Bertron-Martin et Gwen Keraval dans laquelle on va rencontrer Noulouk qui n’a pas peur des créatures féroces de la banquise quand il est question d’aller offrir un poisson à Anouk son amoureuse. Ensuite on va faire une araignée en chocolat, on va customiser une basket, colorier, découper des poissons et ajouter des vêtements à des personnages… et là il y a l’ombre au tableau ! Quand on avait parlé de Bonbek sur À l’ombre du grand arbre j’avais déjà parlé de ce qui est pour moi un grave souci et qu’on retrouve dans ce numéro… la pub ! Et surtout, la pub bien sournoise ! En effet les vêtements à découper et à ajouter aux personnages sont tous accompagnés de leur références et de leur marque (et on nous signale même sur quel site internet on peut les trouver). Pour moi c’est un gros gros problème, et ces deux pages font oublier la qualité du magazine (qui pour le coup passe de « assez cher » à « très cher », car 9,50 € pour un magazine avec pub, pour moi c’est pas possible). S’il y a bien un endroit où j’ai du mal à supporter la publicité, c’est dans les ouvrages pour enfants. Bref, dommage c’est une bonne revue Bonbek, mais je refuse qu’on prenne mes enfants pour des pigeons.
Le site de Bonbek : http://www.bonbek.fr.

Gabriel

Juste une histoire de couleur

Aujourd’hui, on va parler de couleurs…

Gros chagrinNoémie pleure, elle a un gros chagrin. Inquiet, son papa accourt et lui demande ce qu’il se passe. C’est bien simple, Noémie ne veut plus être noire, mais elle veut être blanche comme son papa. Celui-ci décide de lui raconter l’histoire de Boulou la petite chatte noire qui, comme Noémie, voulait être blanche…

Ce n’est pas si courant de voir traiter, dans la littérature jeunesse, le rejet de sa propre couleur, de ses origines. Bien sûr, on ne saura pas pourquoi Noémie ne souhaite plus être noire ou en tout cas pas précisément. Le père de la petite fille va lui raconter une histoire (qu’il crée pour l’occasion), dans laquelle elle va se reconnaître. Une petite chatte que sa famille ne reconnaît plus maintenant qu’elle a changé de couleur. Sa grand-mère lui fera prendre conscience qu’il ne faut pas renier qui l’on est. Alors bien sûr le message n’est pas nouveau (on pense à Shiro le petit chat blanc, notamment), mais le traitement l’est complètement et surtout l’album est graphiquement superbe (faut dire qu’il est signé Rémi Courgeon). Un très bel album pour évoquer le racisme et, au-delà, la différence, avec les plus petits.

Le monde de LéonDans le monde de Léon, tout était en noir et blanc… sauf lui. Imaginez donc à quel point il se sentait différent. Heureusement grâce à Cerise, Azur et Jonquille, trois fées, il allait y avoir bientôt de la couleur partout… et toutes sortes de couleurs !

Ici, on parle légèrement de la différence, l’album nous parle surtout des couleurs (en prenant comme prétexte un monde en noir et blanc et des fées qui vont le coloriser), du résultat que donnent leurs mélanges. Une histoire toute douce et colorée pour apprendre, de façon originale, à nommer les couleurs et apprendre comment les fabriquer.

Le loup qui voulait changer de couleurUn loup se trouvait trop noir, il voulait changer de couleur. Le lundi, il essaya le vert… mais il avait l’air d’une grenouille. Le mardi, il tenta le rouge… mais ça faisait un peu trop Noël et quand on déteste cette fête c’est un peu dommage. Le mercredi, en se couvrant de pétales de roses il devint aussi rose qu’une princesse… c’était un peu ridicule. Allait-il trouver la bonne couleur avant la fin de la semaine ?

On vous a régulièrement parlé du Loup d’Orianne Lallemand et Éléonore Thuillier… mais on n’avait jamais parlé du tout premier ! Le loup qui voulait changer de couleur est un album qui a énormément de succès et qu’on retrouve très régulièrement dans les classes de maternelle. On apprend donc des notions comme les jours de la semaine et les couleurs, mais aussi à s’accepter comme on est. Un album plein d’humour qui cartonne auprès des enfants.
Le même vu par La littérature de Judith et Sophie.

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué des ouvrages de Rémi Courgeon (Le grand arbre et autres histoiresContes d’Afrique, Pieds nusToujours debout, Pas de ciel sans oiseaux et Elvis Presley), Bénédicte Carboneill (La vache sans tache et La lampe des jumeaux), Valérie Weihar-Giuliani (Et tu es né…Un dîner entre amis ?Les secrets des fleurs et L’Abécédaire du petit écolier), Manola Caprini (La vache sans tache et Un accordéon sinon rien), Orianne Lallemand (Le loup qui fêtait son anniversaire, Sur les remparts de Saint-MaloLe loup qui n’aimait pas NoëlLes chaussettes de GaspardAu secours ! Un ogre gloutonP’tit loup rentre à l’écoleAu secours ! Une sorcière au nez crochuAu secours ! Un loup tout poilu et Pestouille et Jolicoeur) et Éléonore Thuillier (Le loup qui fêtait son anniversaire, Rosie & Rosette, 100 % pur porc avec un zeste de loupLe loup qui voyageait dans le tempsLe loup qui n’aimait pas NoëlP’tit loup rentre à l’écoleSur la route des formesGros GrisLa jungle en haleineAdam est fortLe grand lapin blancMon papa est un zarzouilleur et Jour de piscine). Retrouvez aussi nos interviews de Rémi Courgeon et Éléonore Thuillier.

Gros chagrin
de Rémi Courgeon
Talents Hauts
12,50 €, 207×228 mm, 26 pages, imprimé en Italie, 2014.
Le monde de Léon
Texte de Bénédicte Carboneill et Valérie Weishar-Giuliani, illustré par Manola Caprini
Les éditions du Pas de l’échelle
10,45 €, 240×200 mm, 36 pages, imprimé en République Tchèque, 2014.
Le loup qui voulait changer de couleur
Texte de Orianne Lallemand, illustré par Éléonore Thuillier
Auzou dans la collection Mes p’tits albums
5,95 €, 210×215 mm, 30 pages, imprimé en Chine, 2009.

À part ça ?

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Gabriel