Les invités du mercredi : Amélie Graux, Muriel Montagut et Loren Bes (+ concours)

En ce mercredi d’ouverture du salon de Montreuil, nous recevons tout d’abord Amélie Graux, une illustratrice aux multiples facettes. Puis j’ai demandé à l’auteur-éditrice et à l’illustrateur de Léopold et le chat perché de nous parler de cet ouvrage que j’ai particulièrement aimé. Entre les deux vous pourrez gagner J’aime mes cauchemars illustré par Amélie Graux, grâce à Gallimard Jeunesse. Bon mercredi à vous


L’interview du mercredi : Amélie Graux

Amélie GrauxParlez-nous de votre parcours.
Dès que j’ai été en âge de tenir un crayon, j’ai rempli des kilo-tonnes de feuilles de dessins en tout genre. Je dessinais aussi à quatre mains avec mon grand-frère et mon voisin. Le dessin a toujours été au centre de ma vie, et une prodigieuse source de plaisir.
Alors j’ai, tout naturellement, fait des études d’Arts aux Arts Décoratifs de Paris où je me spécialisai en Animation. Après notre diplôme, un film en pâte à modeler, réalisé en collaboration avec Anne-Laure Bizot, qui obtint un prix à Annecy et fut acheté par Canal +, Qui veut du pâté de foie ?, je décidai de faire des livres.

Quels livres ont marqué votre enfance et votre adolescence ?
max et les maximonstresBien des livres ont marqué mon enfance.
Ils sont nombreux car ma mère, passionnée de littérature, nous inondait d’ouvrages passionnants.
Je citerais tous les livres de Roald Dahl, dont l’Énorme crocodile et Sacrées sorcières.
Max et les maximonstres, évidemment !
Sendak est vraiment parmi mes illustrateurs favoris !
Les trois brigands et Héloïse m’ont également fortement marquée, ainsi que des tas d’autres mais là on n’en finirait plus.

Vous n’utilisez pas toujours les mêmes techniques, si on pense, par exemple, aux Oops et Ohlala vont à l'écoleOops et Ohlala ou à Pouce. Quelles sont ces techniques et comment choisissez-vous la technique que vous allez utiliser pour un projet ?
Ma technique et mon style évoluent tout le temps parce que sinon, quel ennui !
Ce que je recherche avant tout, c’est l’expression des personnages, il est donc impératif que mon dessin reste vivant, voilà pourquoi je remplis des tas de carnets de croquis, beaucoup réalisés dans le métro, inépuisable source de modèle vivant. Je participe au collectif De lignes en ligne, de croqueurs dans le métro : http://www.delignesenligne.com/croqueurs.php?IdAuteur=164#.

J'aime mes cauchemarsParlez-nous aussi de votre dernier album, J’aime mes cauchemars.
L’album J’aime mes cauchemars a été un véritable coup de cœur. J’ai lu le scénario de Séverine Vidal et je me suis aussitôt projetée dans l’histoire. J’ai eu la vision de ce que je voulais faire. Tout est allé très vite, j’ai tout de suite trouvé les personnages. Je me réveillais la nuit en pensant aux compositions des images, ce fut très exaltant !

Quelques mots sur vos projets ?
Je viens de finir le quatorzième de mes imagiers à toucher et je travaille sur la suite de mon album C’est pas moi c’est mon loup, chez Milan, sur la suite de Pouce chez Flammarion et sur un album écrit par Susie Morgenstern chez Nathan.
Et puis Séverine Vidal m’a proposé une petite série de livres, intitulée June et Jo qui me plaît drôlement. Nous allons la présenter chez Gallimard et ça risque d’être plutôt savoureux…

Bibliographie sélective :

  • Mes animaux préférés, texte et illustrations, Milan (2014).
  • Révolution dans la savane, illustration d’un texte de la classe de CP-CE1 de l’école Jean de La Fontaine à Neuilly-sur-Marne, Talents Hauts (2014).
  • Série Oops et Ohlala, illustration de textes de Mellow, Talents Hauts (2013-2014), que nous avons chroniqués ici, ici, ici, ici, ici, ici et .
  • J’aime mes cauchemars, illustration d’un texte de Séverine Vidal, Gallimard Jeunesse Giboulées (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Je fais le marché, texte et illustrations, Milan (2014).
  • Dis papa, dis maman, tu fais quoi quand j’suis pas là ?, illustration d’un texte de Camille Seydoux, Sarbacane (2014).
  • Pouce !, illustration d’un texte d’Alice Brière-Haquet, Père Castor (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Comptines des papas, illustration d’un texte de Gilles Diederichs, Nathan (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Mon pirate à moi, illustration d’un texte de Myriam Ouyessad, Élan Vert (2013).
  • Mon papa, c’est le roi !, illustration d’un texte de Sandrine Lamour, Lito (2012).
  • 9 mois pour attendre un petit frère ou une petite sœur, illustration d’un texte de Catherine Dolto et Colline Faure-Poirée, Gallimard Jeunesse Giboulées (2012), que nous avons chroniqué ici.

Retrouvez Amélie Graux sur son site : http://grasduchou.ultra-book.com.

Concours
Grâce à Gallimard Jeunesse Giboulées, je vais faire un heureux parmi vous. Parlez-moi en commentaire de vos enfants et de leurs cauchemars (anecdote, etc.). Si vous n’en avez pas envie ou si vous n’avez pas d’enfant, vous pouvez dire que vous souhaitez juste participer. Je tirerai au sort parmi vos réponses et l’heureux-se gagnant-e recevra, J’aime mes cauchemars. Vous avez jusqu’à mardi 20 h. Bonne chance à tous !


Parlez-moi de… Léopold et le chat perché

Régulièrement, on revient sur un livre qu’on a aimé avec son auteur, éventuellement son illustrateur et son éditeur. L’occasion d’en savoir un peu plus sur un livre qui nous a plu. Cette fois-ci, c’est sur un de nos coups de cœur, Léopold et le chat perché (chroniqué ici), de Muriel Montagut et Loren Bes que j’ai eu envie de revenir.

Oups éditionsMuriel Montagut (l’éditrice, Oups édition) :
Oups
est une association de bénévoles convaincus que l’acceptation de l’autre passe parfois par la banalisation de sa différence. L’homoparentalité telle que nous la traitons dans nos livres est un élément subsidiaire de nos histoires. Néanmoins elle est là, clairement posée et ouvertement banalisée, pour que les enfants, concernés par ce type de situation familiale, puissent y puiser des modèles identificatoires qui leur font défaut.
En effet, nul besoin pour eux d’explication sur leur fonctionnement familial qu’ils connaissent parfaitement. Par contre, ils ne peuvent qu’apprécier des héros qui leur ressemblent, vivant des aventures ordinaires et extraordinaires, avec en toile de fond, deux mères ou deux pères qui veillent attentivement sur eux.
Nos histoires s’adressent bien sûr à tous les enfants qui pourront peut-être puiser dans ces livres l’idée que cette différence familiale en somme est des plus insignifiantes…
Le site d’Oups : http://oupseditions.wix.com/oups.

Loren BesLoren Bes (l’illustrateur) :
J’ai énormément apprécié illustrer ce livre-ci. Ce Léopold, et ce chat perché, cette famille et l’univers de pirates un peu saugrenu. Ce contraste entre cet univers un peu fou, sautillant, poissons frais, cuistot et hamac débraillé, péroquetant et pétaradant, et l’univers de l’école, la vision d’un certain sérieux, apprentissage, rangé, une certaine formalité, la transmission, je l’espère, de valeurs et propos pensés. Et cet enfant, ce chat, cette rencontre qui apparaît juste au milieu, comme une petite étincelle qui lie ces deux univers.
J’ai tout à fait par hasard découvert l’association éditoriale Oups. Leur ligne éditoriale m’a attiré, prendre part à cette petite brique de tolérance, au sein de ce grand édifice qui est en train de se construire m’a beaucoup plu. J’aime, et je prends position. Il me semble, pour ma part, que l’illustration et mes choix de livres sont la meilleure opportunité que j’ai de m’exprimer. Les mots ce n’est pas trop mon truc, mon expression est bien souvent emberlificotée… les traits par contre, les couleurs, j’arrive bien mieux à les placer.
Les premiers échanges avec Muriel ont fini de me convaincre, on était sur la même longueur d’onde quant aux propos à « défendre », quant au livre qu’on envisageait, quant à la forme que l’on voulait lui donner. Et ceci est assez rare pour être noté et souligné ! J’ai aussi beaucoup aimé la légèreté, la finesse, la justesse, et la sagesse de sa vision des choses.
Muriel avait vu un dessin de pirates sur mon site, et tout en insistant sur le fait qu’elle me laissait toute liberté, m’a suggéré « c’est un peu comme ça que je verrai les choses ». Ce genre de mot met en confiance, et permet de se plonger dans les images sans trop se poser de questions… se laisser aller au gré de l’inspiration. L’univers pirate, je ne sais pas vraiment « pourquoi », m’amène vers des couleurs à dominante sépia, quelque peu « tâché », par les aléas, l’intensité, l’aventure de la vie. Le chat est vert. C’est comme ça !! Probablement resté perché trop longtemps.
J’essaye que chaque livre soit différent des autres, qu’il ait une sorte d’identité, unique. Donc c’est ce que j’ai essayé ici, dans cet univers que j’ai trouvé joyeux, serein, teinté d’une certaine poésie, et enrobé de sens.
Le site de Loren Bes : http://lorenbes.com.

Muriel Montagut (l’auteur) :
En premier lieu, j’avais envie en écrivant ce texte d’explorer l’univers de la piraterie en jouant avec les codes habituels, comme suggérer que des pirates puissent avoir un idéal de non-violence.
Pour les éditions Oups, je trouvais intéressant de parler du sentiment de différence que beaucoup d’enfants peuvent ressentir à l’école : pour les camarades de Léopold, enfant pirate, qui met les pieds dans une école pour la première fois de sa vie, quelque chose ne colle pas. Ce n’est pas le fait qu’il ait deux pères, ça, ce n’est pas si étonnant. C’est plutôt qu’il soit pirate qui est intrigant. Pourrait-il vraiment être un vrai pirate comme en rêvent les enfants ?
J’ai découvert l’univers tout en suggestion et en finesse de Loren Bes, qui incite au voyage et à la poésie. On apprécie l’équilibre de chaque illustration pour ce qu’elle dégage d’une manière générale, mais on adore aussi s’y perdre dans le détail… J’ai tout de suite eu envie de travailler avec lui. Au fil de notre collaboration, je découvrais qu’il se jouait des couleurs comme j’appréciais le double sens des mots, avec un fond d’humour et de décalage qui m’a vraiment séduite.
Je crois que ce plaisir partagé peut s’éprouver à la lecture du livre : on le termine avec l’idée que si l’essentiel est dans la belle rencontre d’un enfant pirate avec un chat perché, et il est peut-être tout autant dans une multiplicité d’ailleurs…

Léopold et le chat perchéLéopold et le chat perché
Texte de Muriel Montagut
Illustré par Loren Bes
Sorti chez Oups éditions
2014.
Chroniqué ici.

Oh !

Aujourd’hui, je vous propose deux livres qui nous font pousser des « Oh ! » d’émerveillement, deux livres pop-up merveilleux.

OH MON CHAPEAUPour dessiner un chapeau, c’est très simple, un demi-rond et un trait et voilà… sauf qu’un coup de vent le fait s’envoler ! Il faut vite dessiner une voiture et nous voilà partis à la poursuite du chapeau.
Quand je vous dirai que Oh ! Mon chapeau est signé Anouck Boisrobert et Louis Rigaud, vous devinerez déjà qu’on va parler d’une merveille graphique. Ici, tout commence donc par une main qui dessine un chapeau puis celui-ci s’envole et l’on va le chercher, page après page. Et plus on tourne les pages plus les pop-up sont élaborés. Où est donc ce chapeau ? Parmi les voitures ? Dans le parc ? À la bibliothèque ? Pas facile de le retrouver, d’autant qu’un singe s’en est emparé. Alors on regarde à travers les animations qui s’ouvrent devant nos yeux ébahis. Les auteurs jouent aussi avec le typo (le mot banane a une forme convexe là-haut flotte au-dessus du reste du texte, les lettres de panique sont comme agitées).
Une pure merveille !
De très belles photos sur le site de La soupe de l’espace.

Le petit théatre de Casse-NoisetteC’est Noël. Clara et Fritz décorent le sapin. Ils attendent que le parrain de la petite fille arrive, le surprenant Drosselmeier qui vient toujours les bras chargés de cadeaux étonnants. Les enfants ne sont pas déçus, Drosselmeier leur a apporté des automates, des poupées et des robes, des soldats de plomb, des confiseries et un bien étrange casse-noisette en forme de prince…
Vous connaissez certainement ce grand classique, Casse Noisette, mais en voici une magnifique version. L’histoire nous est d’abord intégralement racontée par Roxanne Marie Galliez puis sur les pages suivantes on entre dans le décor, un petit théâtre de papier s’anime devant nos yeux. Les illustrations signées Hélène Druvert sont pleines de douceur sans mièvrerie. L’objet est absolument magnifique, délicat.
Un régal pour les yeux !

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué des livres de Anouck Boisrobert et Louis Rigaud (Tip Tap) et Roxane Marie Galliez (J’ai laissé mon âme au vent).

Oh ! Mon chapeau
d’Anouck Boisrobert & Louis Rigaud
Hélium
16,90 €, 220×280 mm, 24 pages, imprimé en Chine, 2014.
Le petit théâtre de Casse-Noisette
Texte de Roxane Marie Galliez d’après Alexandre Dumas, illustré par Hélène Druvert
De La Martinière Jeunesse
18 €, 170×240 mm, 24 pages, imprimé en Chine, 2014.

Chine d’hier et d’aujourd’hui

Chine, scènes de la vie quotidienneLa gymnastique matinale dans les rues, les files d’attente bondées devant les guichets de gare, les gens qui mangent dans la rue, les parties de Mah-jong, les danses du soir, les mariages en blanc… Bienvenue en Chine.
Chine, scènes de la vie quotidienne est un magnifique ouvrage entre l’album et le documentaire. Bien trop beau et poétique pour être un vrai documentaire, ici on se laisse emporter, on dévore tous les textes (alors que généralement dans un documentaire on pioche), on se régale des illustrations. On pense plus à un carnet de voyage, de souvenirs, d’anecdotes. Étant allé en Chine, j’ai reconnu des tas de choses (celles que je cite plus haut notamment), sans jamais de jugement, sans caricature.
Un magnifique ouvrage pour les amoureux de la Chine… et pour tous ceux qui voudront découvrir ce beau pays à travers les yeux d’un voyageur.
À noter que Chine, scènes de la vie quotidienne vient de recevoir la pépite du meilleur documentaire.

Chontes de ChineSavez-vous pourquoi les Chinois disposent des banderoles rouges aux portes le jour du réveillon du Nouvel An et mangent des boulettes de riz sucré le lendemain, pourquoi ils célèbrent les amoureux le septième jour du septième mois et les familles se réunissent pour manger des gâteaux de lune le quinzième jour du huitième mois ? Il est possible que ça ait un rapport avec un démon chassé, une prophétie ancienne, des amoureux célestes qui ne se retrouvent qu’une fois par année ou une déesse bannie vivant sur la lune.
Contes de Chine regroupe huit très beaux contes Chinois à l’origine de fêtes. Une belle façon de découvrir la Chine à travers ses célébrations et ses légendes. Les illustrations sont magnifiques et les histoires très belles. En fin d’ouvrage, pour compléter les histoires, on trouve des recettes, des loisirs créatifs (les lanternes de papier et les cerfs-volants) ou encore un caractère chinois à recopier, chaque fois en rapport avec une des légendes, une belle idée.
Un grand et beau livre pour découvrir les célébrations chinoises à travers les légendes dont elles sont issues.

10 contes de ChineUn empereur qui fit peindre deux hommes autour de la porte de sa maison pour faire fuir un démon, une femme qui dû faire pousser les bambous plus rapidement, l’homme qui inventa l’écriture chinoise, une petite fille née dans une courge ou encore une jeune fille, nommée Mulan, qui s’habilla en homme pour combattre à la place de son père malade. Dix contes de Chine.
C’est un peu le même principe que le livre précédent (c’est d’ailleurs le même auteur), ici on nous propose dix contes importants en Chine, des contes qui nous expliquent aussi les traditions, les croyances ou tout simplement des éléments de la Chine d’aujourd’hui (écriture, signes du zodiaque…). Les textes sont magnifiques et se lisent aussi bien par les jeunes lecteurs que par les adultes (ou même en histoire du soir).
De beaux contes de Chine en livre de poche (donc petit prix et à emporter partout !).

4 femmesLiu Lanzhi vivait avec l’homme qu’elle aimait et une belle-mère qui la maltraitait et faisait tout pour la faire partir. Yingtai s’habillait en homme pour avoir le droit d’étudier. Dame She  mena une armée alors qu’elle était centenaire. Ying Ying, à qui sa mère refusait le droit d’épouser celui qu’elle aimait. Quatre femmes.
Wang Shu Hui est une dessinatrice de bande dessinée chinoise des années 30. Fei édite ici quatre histoires de femmes dans un magnifique album. Quatre adaptations de grands classiques de la littérature chinoise (on reconnaît d’ailleurs l’histoire qui a inspiré Les amants papillons). Quatre histoires qui montrent des femmes qui se battent, qui combattent, qui ne se laissent pas faire. Quatre histoires qu’on pourrait qualifier de féministes.
Un très beau recueil de bandes dessinées qui met à l’honneur quatre femmes chinoises.

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué des livres de Nicolas Jolivot (Le calligraphe), de Guillaume Olivier (Voilà le loup), d’He Zhihong (Que fais-tu bébé ? et Voilà le loup) et de Gwen Keraval (Drôle de planète !, Yoshka et La sorcière au nez de fer).

Chine, scènes de la vie quotidienne
de Nicolas Jolivot
HongFei
21,90 €, 249×248 mm, 100 pages, imprimé en Belgique, 2014.
Contes de Chine. L’origine des grandes fêtes
Texte de Guillaume Olive, illustré par He Zhihong
Seuil Jeunesse
18 €, 209×308 mm, 54 pages, imprimé en France, 2014.
10 contes de Chine
Texte de Guillaume Olive, illustré par Gwen Keraval
Flammarion Jeunesse dans la collection Castor poche contes
6,10 €, 136×180 mm, 128 pages, imprimé en Espagne, 2014.
4 femmes
de Wang Shu Hui (traduction Mathilde Colo)
Fei
25 €, 213×170 mm, 416 pages, imprimé en Italie, 2014.

Gabriel

Des histoires et des musiques à écouter

Aujourd’hui, je vous propose une nouvelle sélection de CD et livres-disque (et même livres musicaux).

Bouc Cornu, Biquette et ses biquetsEt je commence par un duo qu’on adore, Fabienne Morel et Debora Di Gilio alias Huile d’olive et Beurre salé. Après L’ogresse poilue (version italienne du Petit Chaperon Rouge) et La poulette et les trois maisonnettes (version bretonne des Trois petits cochons) c’est maintenant au Loup et les sept chevreaux qu’elles s’attaquent.
Dès que Biquette a le dos tourné, Bouc Cornu tente d’entrer dans la maison où sont restés les biquets. Seulement, ils ne sont pas stupides, ils entendent bien que ce n’est pas la voix de leur mère… Bouc Cornu va devoir être rusé !
Mais quel régal ! Comme à chaque fois avec ce duo on prend énormément de plaisir à écouter l’histoire racontée et chantée. On rit, on sourit, on ne s’ennuie pas une seconde. Le seul souci avec les livres-disques Syros c’est souvent le son… là encore ! On est loin de la qualité de chez Didier Jeunesse, Oui-dire ou Chut ! C’est un peu dommage. Côté illustration, comme dans les deux premiers livres-CD du duo, c’est Nathalie Choux qui met en image le conte avec des illustrations pleines de pep’s et de couleurs. Sur chaque page, deux petites souris suivent le récit… une sorte d’alter ego de nos conteuses.
Encore une vraie réussite pour Huile d’olive et Beurre salé, un duo dont on est super fans. Un livre-disque qui va encore tourner en boucle ici pendant un petit moment !

AprèsHindbad et les Babouches de 7 lieues Huile d’olive et Beurre salé, une autre de nos conteuses préférées. On avait adoré Le voyage de M’toto lunettes (qu’on avait même vu en spectacle), Sylvie Mombo revient avec un nouveau livre-disque : Hindbad et les Babouches de 7 lieues.
Tout le monde aime Hindbad, c’est un garçon charmant. Mais le jeune homme n’a pas de travail et quand il arrive à se faire embaucher comme porteur d’eau il est bien vite mis à la porte à cause de son ingéniosité. Alors Hindbad s’en va, il part à la rencontre des quarante voleurs qui vivent non loin de là. En chemin, il rencontre un vieux musicien, il entend parler d’une princesse et il trouve de bien étranges babouches…
C’est un voyage merveilleux que nous propose Sylvie Mombo. On l’écoute nous conter la grande aventure de Hindbad et notre esprit voyage au son de la musique de Zeki Ayad Çölaş (saz, oud, violon, lyre crétoise, derbouka, daf, bendir et flûte traversière). Parfois, on entend même le musicien conter en turc. L’histoire est digne des grands contes d’orient, on pense bien sûr aux contes des mille et une nuits.
C’est toujours avec un énorme plaisir qu’on retrouve Sylvie Mombo, ce voyage qu’elle nous propose est encore une vraie réussite.
La bande-annonce du spectacle.

Petites histoires du mondeJean-Claude Carrière nous raconte des Petites histoires du monde… et l’on se régale ! On rit aux petits contes, tels des histoires tantôt drôles tantôt philosophiques, venues du monde entier. Généralement très courtes (entre 20 secondes et 2’30), les histoires vont faire autant sourire les parents que les enfants (voire même, soyons franc, parfois plus les parents que les enfants, car c’est souvent plein de non-sens).
L’habillage musical est composé de oud tunisien, guitare à 8 cordes, bendir et petites percussions et accompagne à merveille la voix du conteur. Les illustrations d’Anna Forlati sont superbes. Bref, on a eu un gros coup de cœur pour ce livre disque très original.
Un petit bijou pour tous ceux qui aiment l’humour absurde et les contes du monde.
Des extraits sur le site de l’éditeur.

Comptines & berceuses tsiganesAutre coup de cœur, Comptines & berceuses tsiganes sorti chez Didier Jeunesse. Vous connaissez certainement la superbe collection Comptines du Monde de chez Didier Jeunesse, c’est toujours extrêmement réussi, tant dans les choix musicaux que dans les interprétations et dans le livre qui accompagne le CD. Ici, est-ce parce que cette musique-là me touche particulièrement, mais je trouve l’ouvrage particulièrement bon. J’écoute l’album en boucle depuis que je l’ai reçu ! Les amateurs de musique tsigane retrouveront avec plaisir Ederlezi (ici sous le titre Herdelezi), Ušti ušti baba ou encore Keren chavorrale drom. Des chansons venues de Hongrie, République Tchèque, Macédoine, Russie, Bulgarie, Roumanie, Turquie et Slovaquie, chantées en hongrois, romani et roumain. Les merveilleuses illustrations du livre sont signées Nathalie Novi. On retrouve, comme d’habitude, les paroles, les traductions et des indications sur les chansons. Le seul souci de Comptines & berceuses tsiganes c’est que ma fille risque de ne pas l’avoir souvent pour elle…
Un magnifique livre-CD plein d’émotion pour les amoureux de musique tsigane… et leurs enfants ! Le cadeau à offrir à Noël, au neveu qui vient de naître et à l’arrière-grand-mère !
Extraits sur le site de l’éditeur.

Coffret berceuses du mondeEt puisqu’on parle de cadeaux… Didier Jeunesse a la bonne idée de ressortir le superbe Les plus belles berceuses du Monde (compilation de quatre de ses plus beaux livres-CD) avec 3 inédits dans un magnifique coffret au pelliculage « soft touch » qui contient, en plus du livre-CD, une illustration d’Aurélia Fronty sur beau papier, à encadrer. Un cadeau de naissance (mais pas seulement) idéal.
Extraits sur le site de l’éditeur.

Enfantillages 2La plupart d’entre vous doit déjà connaître Enfantillages, l’album d’Aldebert sorti en 2008 (l’album est d’ailleurs disque d’or) et peut-être Enfantillages 2 sorti l’année dernière. Voilà que ce deuxième opus ressort dans deux nouvelles versions : un coffret CD/DVD avec le spectacle filmé et un livre-disque. Ici, on chante, on danse avec les enfants, c’est le genre de disque qui plaît aux plus jeunes et n’exaspère pas trop les grands ! C’est bourré de duos, on retrouve notamment Ours, Didier Wampas, Les Yeux Noirs, Bénabar, Louis Chédid, Alexis HK, François Morel, Carmen Maria Vega… et bien d’autres ! On parle de la vie quotidienne des enfants, de leurs mensonges, de la famille, de l’amour…
Dans la version avec DVD on peut donc, en plus du CD, assister au concert filmé. Ici pas de duo et la qualité fait un peu spectacle filmé par France 3 Bretagne dans les années 90, mais les enfants vont adorer retrouver l’ambiance du concert qu’ils ont vu en vrai ou découvrir la version live avec des moments pleins d’humour autour des chansons.
Aldebert Enfantillages 2 livreC’est le même CD (sans le DVD) que l’on retrouve dans la version livre-CD, mais ici les chansons sont illustrées par Simon Moreau.
Aldebert est un artiste que nous suivons depuis plusieurs années, avant qu’il fasse des chansons pour les plus jeunes. Ses disques pour enfants sont à l’image de ce qu’il fait pour adultes et il reste surtout un artiste à voir sur scène… et les occasions ne manquent pas ! Il a joué à guichet fermé à l’Olympia il y a peu (et reviendra à Paris en avril), mais passera bientôt à Nantes, Besançon (chez lui), Marseille, Bruxelles… Retrouvez ses dates ici.
Écouter l’album.

Lili Moutarde comédie musicaleLili Moutarde est une petite fille, elle a deux sœurs (Lili Tempête, une vraie furie, et Lili Farfouille, qui passe son temps à tout décortiquer) et un frère (Titi Chewing-gum qui colle en permanence). Seulement, Lili regrette le temps où elle était seule, elle aimerait se débarrasser de ces trois garnements et rester seule avec ses parents… Elle décide donc de les mettre dans un train… et qu’ils aillent au diable !
Lili Moutarde est une comédie musicale signée Christiane Oriol. Et contrairement à Aldebert ici ça ne va pas forcément rassembler parents et enfants ! Les chansons rythmées et faciles à reprendre risquent de beaucoup plaire aux enfants… et vite exaspérer les parents ! Mais les disques pour enfants sont faits à la base pour eux, non ? Alors on leur donne le CD, ils l’écoutent dans leur chambre, s’éclatent, chantent à tue-tête… et l’on est tranquille pendant au moins une heure !
Extraits sur le site de l’éditeur.

Enquete à l'orchestreLe compositeur est mort ! L’enquêteur va mener l’enquête. Est-ce les cordes que le compositeur faisait jouer comme des forcenées ? Le premier des violons tenait d’ailleurs à la main un étui noir assez suspect… Est-ce les cuivres qui sont si violents ? Le souci c’est que tous ont un alibi… Pourtant le compositeur est bien mort !
Avec son brin de folie habituel, Lemony Snicket rend hommage à la musique… Et quel bel hommage ! Comme dans Piccolo et Saxo ou dans Pierre et le Loup, ici on se familiarise avec les instruments de l’orchestre, mais avec une vraie histoire. Une intrigue policière même ! Le texte de l’auteur des Désastreuses aventures des orphelins Baudelaire est ici raconté par le génial Pépito Matéo, et comme d’habitude avec ce grand conteur (ah Sans les mains et en danseuse…) c’est un pur régal. Côté illustration, les dessins de Louis Thomas nous font penser à Sempé et à Philippe Dumas.
Encore un savoureux disque pour les amoureux de musique et de belles histoires sorti chez Didier Jeunesse.
Des extraits sur le site de l’éditeur.

L'Oiseau de feuUn tsar avait un jardin extraordinaire dans lequel un pommier produisait des fruits d’or. Le tsar aimait venir les regarder chaque matin avant de commencer sa journée. Jusqu’au jour où les pommes commencèrent à disparaître… Le tsar chargea ses fils de mener l’enquête.
Le célèbre conte L’Oiseau de feu nous est ici conté par Élodie Fondacci et illustré par Aurélia Fronty, vous imaginez déjà la beauté de l’objet ! Sous fond de musique de Stravinsky, on écoute donc l’histoire où il est question d’un oiseau de feu, de sorcier, de princesse et d’amour…
Un magnifique conte superbement illustré par Aurélia Fronty.

Mes plus belles musiques classiques pour les petits 2Après StravinskyBach, Debussy, Mozart, Beethoven, Fauré, Schubert, Offenbach et dix autres grands compositeurs réunis dans un très joli livre pour les tout-petits. Dix-sept morceaux parmi les plus belles musiques classiques vont enchanter les enfants et émerveiller les parents (ou l’inverse). Le livre (illustré par Aurélie Guillerey, Vincent Mathy, Clotilde Perrin et Charlotte Roederer) est cartonné et donc on peut le laisser à portée des plus jeunes sans trop de risque (la pochette contenant le CD se détache aisément). Pour chaque morceau, tantôt rythmé, tantôt lent, une double page illustrée avec un petit texte poétique.
Un ouvrage très réussi pour transmettre le goût de la musique classique aux plus jeunes.

la berceuseOn quitte les musiques classiques, mais on reste avec les plus jeunes pour écouter des berceuses du monde. Nathalie Manguy interprète des chansons venues du monde entier : Turquie, Sri Lanka, Brésil, Cameroun, Japon, Pologne… Le résultat est superbe, un disque de berceuses d’une grande qualité, d’une belle « unité » (on n’a pas une impression de morceaux jetés en vrac comme ça peut arriver sur ce genre de disques). Elle chante en créole, en hébreu, en arabe, en français… en reprenant les techniques vocales et le phrasé si particuliers de certaines langues. Ses berceuses sont toujours chantées avec une infinie douceur, énormément de justesse. Le livret du disque nous propose les textes des chansons et leurs traductions.
Un magnifique disque de berceuses, un des plus beaux que j’ai entendu.
Des extraits sur le site de l’éditeur.

On termine par deux livres musicaux… mais sans CD !
Paco et l'orchestrePaco se promène dans la forêt, tout le monde se prépare pour le concert de ce soir. L’ours s’est mis au piano, l’éléphant au violon et le cochon au xylophone. Il va être rudement chouette ce concert !
Paco est au cirque ! Le fifre joue de la flûte traversière, une autruche bottée de la clarinette, un éléphant funambule de la trompette… et ils ne sont pas les seuls à bien connaître la musique ! Il ne s’ennuie pas, Paco !
Les deux livres sortis dans cette nouvelle collection (Mes petits livres sonores chez Gallimard) sont illustrés par Magali Le Huche et l’on se régale ! Les illustrations sont pleines de malice, colorées, vivantes.Paco et la fanfare Les sons (qui se déclenchent en appuyant sur les pages) ne sont pas trop courts et mettent bien en valeur les instruments. Car ici c’est de ça dont il s’agit : les instruments de l’orchestre dans Paco et l’orchestre et ceux de la fanfare dans Paco et la fanfare (en fait, les titres sont assez logiques). On entend les instruments, le son qu’ils produisent. En fin d’ouvrage, ils sont tous rappelés.
Une super nouvelle collection pour apprendre les instruments, illustrée par une de nos illustratrices préférées.

Retrouvez tous les CD et livres-CD musicaux que nous avons chroniqués sur l’album Pinterest qui leur est consacré.

Bouc Cornu, Biquette et ses biquets
Texte de et raconté par Fabienne Morel et Debora Di Gilio, illustré par Nathalie Choux
Syros
18,90 €, 260×260 mm, 40 pages, CD : 15 min. env., imprimé en France, 2014.
Hindbad et les Babouches de 7 Lieues
Texte de et raconté par Sylvie Mombo, musique de Zeki Ayad Çölaş
Tchekchouka
14 € (prix moyen constaté), CD : 31 min. env., 2014.
Petites histoires du monde
Texte de et raconté par Jean-Claude Carrière
Bulles de savon
20,90 €, 257×292 mm, 43 pages, CD : 24 min.env., imprimé en Union Européenne, 2014.
Comptines & berceuses tsiganes
Collectif, illustré par Nathalie Novi
Didier Jeunesse dans la collection Un livre, un CD
23,80 €, 273×270 mm, 60 pages, CD : 52 min. env., imprimé en Italie chez un imprimeur éco-responsable, 2014.
Les plus belles berceuses du monde – Éditions Luxe
Collectif, illustré par Aurélia Fronty
Didier Jeunesse dans la collection Un livre, un CD
29,90 €, 280×285 mm, 57 pages, CD : 59 min. env., imprimé en Italie chez un imprimeur éco-responsable, 2014.
Enfantillages 2
d’Aldebert, illustré par Simon Moreau
Sony Music (CD + DVD) et Gallimard (Livre-disque)
16 € (prix moyen constaté, CD+ DVD) et 24 € (livre-CD), 255×295 mm (livre-CD), 48 pages (livre-CD), durée du CD : 57 min.env., durée du DVD 90 min. env., imprimé en France (livre-CD), 2014.
Lili Moutarde, comédie musicale
Texte de, raconté par et chanté par Christiane Oriol
Eponymes Jeunesse
13 € (prix moyen constaté), CD : 67 min. env., 2014.
Le compositeur est mort – Enquête à l’orchestre
Texte de Lemony Snicket (traduit par Pépito Matéo et Nathaniel Stookey), raconté par Pépito Matéo, illustré par Louis Thomas, musique de Nathaniel Stookey
Didier Jeunesse dans la collection Un livre, un CD
23,80 €, 265×265 mm, 36 pages, CD : 30 min. env., imprimé en Italie chez un imprimeur éco-responsable, 2014.
L’Oiseau de feu
Texte de et par Élodie Fondacci, illustré par Aurélia Fronty, musique d’Igor Stravinsky
Gautier Languereau dans la collection Des histoires en musique
22,90 €, 280×270 mm, 32 pages, CD : 28 min. env., imprimé en France, 2014.
Mes plus belles musiques classiques pour les petits 2
Collectif, illustré par Aurélie Guillerey, Charlotte Roederer, Clotilde Perrin et Vincent Mathy
Gallimard Jeunesse dans la collection Éveil musical
16,90 €, 215×215 mm, 36 pages, CD : 53 min. env., imprimé en Europe, 2014.
La berceuse
de Nathalie Mainguy
Victor Mélodie
15 € (prix de vente conseillé), durée : 30 min. env., 2014.
Paco et l’orchestre
de Magali Le Huche
Gallimard Jeunesse dans la collection Mes petits livres sonores
13,50 €, 185×210 mm, 24 pages, imprimé en Chine, 2014.
Paco et la fanfare
de Magali Le Huche
Gallimard Jeunesse dans la collection Mes petits livres sonores
13,50 €, 185×210 mm, 24 pages, imprimé en Chine, 2014.

Les invité-e-s du mercredi : Bertrand Santini et Colas Gutman (+ concours)

C’est un mercredi piquant que je vous propose aujourd’hui. Deux invités qui n’écrivent pas des histoires mièvres ! Mon premier invité aime les réveillons avec les morts, les monstres qui mangent des enfants et les requins qui terrifient les populations : Bertrand Santini ! Le second aime les chiens pourris, les petites filles qui parlent comme des nouilles et les histoires pour endormir les parents : Colas Gutman. Le premier a accepté de répondre à mes questions, le second m’a accompagné en vacances et entre les deux il y a un concours… Bon mercredi !


L’interview du mercredi : Bertrand Santini

Bertrand SantiniNoël avec des revenants, monstre mangeur d’enfants, requin bon pour la casse… d’où viennent vos histoires ?
Je me rends compte que je raconte un peu toujours la même histoire. Je ne sais pas si c’est bon signe. Si, en fait, je crois que c’est bon signe. Toujours la même histoire, mais avec des ressorts différents. Et dans des genres différents. Avec Le Yark, j’ai joué avec le genre du conte. Avec des rimes et tout le tralala. Avec Jonas, j’ai voulu faire un texte formellement opposé, sans effet de style et concentré sur l’histoire et les péripéties. Mais dans presque tous les cas, mon personnage principal a un problème avec la réalité. Il convoque l’imaginaire pour s’en sortir. Ou pour se consoler, enfin bref, pour aller mieux. Sauf, qu’à un certain moment, cet imaginaire l’isole. Jusqu’à quel point l’imaginaire aide et renforce et à partir de quel moment il isole ou détruit ? Puisque ce thème revient sans cesse, je suppose qu’il me concerne. Et puis j’interroge aussi la question de l’imaginaire. La nature d’un rêve, d’un fantasme. Est-ce que ce n’est qu’une pure Le Yarkproduction du cerveau ou bien est-ce un lien que l’on noue avec des dimensions extérieures à notre monde ?

Ce sont ce genre de livres qui ont marqué votre enfance ?
Le genre d’univers, plutôt parce que j’étais plus cinéphile que lecteur. Mais ce qui est certain c’est que je choisis des histoires et des univers qui me fascinaient enfant. Le fantasme d’un auteur jeunesse — je crois — est d’imaginer comment l’enfant qu’on a été aurait réagi s’il avait découvert les livres qu’on a écrits. Quand je me dis que j’aurais VRAIMENT aimé lire cette histoire quand j’avais dix ans, alors je me dis que ça vaut le coup de l’écrire.

Justement, en parlant de cinéma, dans Jonas, votre dernier roman, le cinéma est très présent
Il y a bien sûr un clin d’œil aux Dents de la mer qui est un film qui me fascine encore, même à la cinquantième vision. Mais l’univers du cinéma n’est que le point de départ de cette histoire. Et le thème du livre n’a rien de commun avec le film. Ce qui m’intéressait dans cette histoire c’était d’évoquer le dilemme d’un Jonas le requin mécaniquepersonnage imaginaire. Nous, nous rêvons de nous transcender, de nous échapper du réel. Mais j’imagine que les personnages imaginaires, eux, rêvent de réalité. Cette réalité qui nous accable semble certainement magique pour ceux qui n’y ont pas accès. Ou pour ceux qui l’ont perdu. Un mort donnerait sans doute une fortune pour revivre la journée la plus ennuyeuse de sa vie, non ? C’est ça l’idée du livre, qui est résumée dans la dernière phrase du livre.

Quand on lit le Yark et Jonas (voire même L’étrange réveillon), on se dit que les humains n’ont pas le beau rôle, ou en tout cas ce n’est pas eux qui s’en sortent le mieux…
Les humains adorent se décrire comme des gens formidables. Moi, je trouve qu’on est des têtes à claques. L’espèce la plus nocive et inadaptée à des milliards d’années-lumière à la ronde. Individuellement, tout le monde est touchant. Mais vu d’en haut, vu comme une seule et même entité, l’humanité c’est un satané crabe ! Oui, on sait faire des pyramides et de beaux opéras, mais dans l’équilibre ça pèse pas lourd. Nous décrire de façon grotesque, ce n’est pas fait pour céder au cynisme ambiant, aussi nocif que des récits où l’homme est héroïque et l’enfant angélique. C’est l’esprit critique qui me paraît la chose la plus importante à transmettre. Pas le dégoût de soi ni le cynisme. L’humour et l’esprit critique.

Parlez-moi du processus L'étrange Réveillond’écriture.
Chacun a sa technique j’imagine. Et chacun construit sa propre méthode au fil de son expérience. La mienne est influencée par l’écriture du scénario, mon premier métier. Quand j’ai suffisamment d’éléments pour une histoire, un personnage, un problème, un ressort, un décor, j’établis un plan, je découpe en actes et en séquences. Je ne me fais pas assez confiance pour écrire sans connaître la fin. Comment écrire sans connaître la fin ? Pour moi, mystère ! Car je crois que dans une bonne histoire, la fin doit apparaître en filigrane dès le début de l’histoire, dans l’incipit même. Donc, la recherche du plan, du séquencier de l’histoire. Là, c’est vraiment la recherche des idées. Pour moi cette étape, c’est la nuit. Ça vient de l’hémisphère droit ces idées. Et l’hémisphère droit, pour moi, c’est la nuit qu’il fonctionne. Et quand je bloque, j’écoute de la musique ou je prends des douches. Et quand j’ai un super blocage, je prends une douche avec de la musique. Et à un moment, l’idée qui manque apparaît. Si elle n’apparaît pas au bout de plusieurs douches c’est que l’histoire n’est pas bonne, qu’elle était viciée et mieux vaut arrêter les frais. Et les douches. Quand soudain, il se passa quelque chose de plus terrible encoreDonc, quand on a son plan nickel, je dirai que le plus gros du travail est fait. Ensuite, c’est la rédaction. Ça c’est pour moi l’étape la plus pénible. Là, c’est un autre régime, une autre ambiance. C’est la partie gauche du cerveau qui travaille. La rédaction, c’est un travail du petit matin, à l’aurore, de 6 heures à 10 heures.

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur vos projets ?
J’ai trois livres qui vont sortir l’année prochaine. Ce sont trois projets sur lesquels je travaille depuis longtemps et qui, un peu par hasard, vont sortir de façon rapprochée. En mai, j’entame une collaboration avec Tibo Bérard et Pépix avec un livre 100 % joyeux que j’illustre moi-même et garanti sans mort, ni monstre. À l’automne, je retrouverai ma chère et fidèle Valeria Vanguelov et Grasset-Jeunesse avec un roman fantastique qui se passe dans un cimetière. 100 % garanti avec des morts et des monstres. Et puis une bande dessinée avec une histoire déclinée en deux tomes chez Delcourt, dans la magnifique collection de Barbara Canepa et Clotilde Vu, Métamorphose. Une histoire d’amour entre un jeune homme et le fantôme d’une femme qui pourrait être sa mère. Et garanti cette fois avec de la joie, des morts et des monstres. L’action se passe à Londres en 1899 et c’est Lionel Richerand qui est au dessin. Ses premières planches promettent un résultat tonitruant de beauté.

Bibliographie :

  • Jonas, le requin mécanique, roman illustré par Paul Mager, Grasset (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • L’étrange réveillon, album illustré par Lionel RicherandGrasset (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • Quand soudain il se passa quelque chose de plus Magique encore, texte et illustration, Les éditions de la balle (2012).
  • Le yark, album illustré par Laurent Gapaillard, Grasset (2011), que nous avons chroniqué ici.
  • Une farce de la nature, texte et illustration, Les éditions de la balle (2011).
  • Quand soudain, il se passa quelque chose de plus terrible encore, texte et illustration, Les éditions de la balle (2011).
  • Moumoute n’est pas une fille !, album illustré par Lili ScratchyLes éditions de la balle (2010).
  • Chatofou, Tome 3 : Incognito a peur du noir !, album illustré par Lili ScratchyLes éditions de la balle (2010).
  • Pivoine ne sait pas dire non !, album illustré par Lili ScratchyLes éditions de la balle (2010).
  • Comment j’ai raté ma vie, album illustré par Bertrand Gatignol, Autrement (2009).

Concours :
Comme je vous le disais avant cette interview, grâce à Grasset je vais pouvoir offrir à l’un de vous le très bon roman Jonas, le requin mécanique de Bertrand Santini (que nous avons chroniqué ici). Pour participer, parlez-moi, en commentaire, d’un film qui vous a terrifié quand vous étiez enfants (ou qui a terrifié vos enfants). Je tirerai au sort parmi vos réponses. Vous avez jusqu’à mardi 20 h, bonne chance à tous !


En vacances avec… Colas Gutman

Régulièrement, je pars en vacances avec un artiste (je sais vous m’enviez). Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais moi j’adore partir comme ça avec quelqu’un, on apprend à le connaître notamment par rapport à ses goûts… cet artiste va donc profiter de ce voyage pour me faire découvrir des choses. On emporte ce qu’il veut me faire découvrir. On ne se charge pas trop… 5 de chaque ! 5 albums jeunesse, 5 romans, 5 DVD, 5 CD, sur la route on parlera aussi de 5 artistes qu’il veut me présenter et c’est lui qui choisit où l’on va… 5 destinations de son choix. Cette fois-ci, c’est Colas Gutman qui s’y colle, merci à lui !
Allez en route !

5 albums jeunessemarcellin caillou

  • Marcellin caillou, Sempé
  • Joachim a des ennuis, Goscinny/Sempé
  • La petite bibliothèque, Maurice Sendak
  • Tous les Ariol, Boutavant/Guibert
  • Astérix/le tour de Gaule, Goscinny/Uderzo

5 romans

  • La cloche de détresse, Sylvia PlathLes choses, Perec
  • Pastorale américaine, Philip Roth
  • Les grandes espérances, Dickens
  • Les choses, Perec
  • Zazie dans le métro, Queneau.
  • Madame Bovary, Flaubert

5 DVD

  • Le ciel peut attendre/E.LubitschBaisers volés
  • La mort aux trousses/A. Hitchcock
  • Le messager/Losey
  • Les Marx brothers (pour l’ensemble de leur œuvre)
  • Les contrebandiers de Moonfleet /F.Lang
  • Baisers volés/F.Truffaut
  • Fanny et Alexandre/Bergman

5 CD

  • La Flûte enchantée, Mozart (Solti)La Flûte enchantée, Mozart (Solti)
  • Les noces de figaro (Solti)
  • Stevie Wonder, The definitive collection
  • Gregory Isaac, house of the rising sun

En fait, j’écoute peu de musique et je n’y connais rien.

5 artistes

Les peintres du Musée du Louvre (il y en a beaucoup plus que cinq et je m’y promène de temps en temps, le matin)

5 destinations

  • Les trottoirs du 20 ème arrondissement de Paris, entre Pelleport et la porte de Bagnolet (ils ont des petites lignes sur le bitume que les autres n’ont pas)
  • Le kiosko enselmo à Formentera (il n’existe plus)
  • La taverne aux brochettes de poulet sur l’île de Sifnos dans les Cyclades
  • Le port de Procida en face à Naples.
  • L’Ardèche du sud

Gutman colas © photo personnelleColas Gutman est auteur.

Bibliographie sélective :

  • Histoires pour endormir ses parents, roman dans la collection Mouche illustré par Delphine Perret, l’école des loisirs (2014).
  • Chien pourri à l’école, roman dans la collection Mouche illustré par Marc Boutavant, l’école des loisirs (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Chien pourri à la plage, roman dans la collection Mouche illustré par Marc Boutavant, l’école des loisirs (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Joyeux Noël Chien Pourri !, roman dans la collection Mouche illustré par Marc Boutavant, l’école des loisirs (2013).
  • Chien pourri, roman dans la collection Mouche illustré par Marc Boutavant, l’école des loisirs (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • La princesse aux petits doigts, roman dans la collection Mouche illustré par Marc Boutavant, l’école des loisirs (2012).
  • Les Vingt-cinq vies de Sandra Bullot, roman dans la collection Médiuml’école des loisirs (2012).
  • L’enfant, roman dans la collection Mouchel’école des loisirs (2011).
  • Les Super-héros n’ont pas le vertige, roman dans la collection Neufl’école des loisirs (2010).
  • La vie avant moi, roman dans la collection Mouche illustré par Delphine Perret, l’école des loisirs (2010).
  • Je ne sais pas dessiner, roman dans la collection Mouche, l’école des loisirs (2009).
  • Rose, roman dans la collection Neufl’école des loisirs (2009), que nous avons chroniqué ici.
  • Les aventures de Pinpin l’extraterrestre, roman dans la collection Mouche illustré par Véronique Deissl’école des loisirs (2008).
  • Les inséparables, roman dans la collection Neuf l’école des loisirs (2007), que nous avons chroniqué ici.
  • Rex, ma tortue, roman dans la collection Mouche illustré par Véronique Deiss, l’école des loisirs (2006).