Émilien, c’est le prénom du héros du premier livre du jour. C’est un soldat de la Première Guerre mondiale, guerre dont nous commémorons l’armistice aujourd’hui, comme chaque 11 novembre. Émilienne, c’est le prénom de la jeune femme qui forme un duo imparable avec le héros du second livre. Après avoir enquêté sur fond de Grande Guerre dans un premier tome, le duo est, maintenant, plongé dans le Paris des années 20.
Août 1914, c’est le début de la Première Guerre mondiale, Émilien, aubergiste à Pithiviers, part défendre sa patrie. Comme beaucoup, il est persuadé que cette guerre ne durera pas. Dès les premiers jours, il écrit très régulièrement à sa femme Madeleine qui est enceinte, et à leur fils, Lucien, pour leur donner des nouvelles, pour les rassurer. Il décrit le dur quotidien des soldats, en essayant de ne pas trop affoler sa famille. Mais, finalement, mois après mois, Émilien laisse transparaître, la lourde vérité : les morts et blessés, la faim et le froid, la guerre qui n’en finit pas…
La Grande Guerre d’Émilien est issue de la collection Les carnets Pont des Arts des éditions L’élan vert, dont l’objectif est de proposer des récits illustrés afin de découvrir des univers artistiques (Gabriel en a déjà présenté quelques-uns ici). Pour écrire ce petit roman épistolaire, l’autrice Béatrice Egémar s’est inspirée des œuvres de Georges Bruyer, artiste et soldat de la Première Guerre mondiale. À chaque page, texte et illustrations s’entremêlent pour faire sens. Un certain nombre de livres traitant de cette période joue beaucoup sur l’émotion ; je pense, par exemple, à Flonflon et musette ou à Capitaine Rosalie (ici). Dans ce livre, ce sont davantage les faits qui sont mis en avant, comme un témoignage. On ressent la passion de l’autrice pour l’Histoire avec un grand H. Les œuvres de George Bruyer qui illustrent ce petit roman se composent de dessins à l’encre et de peintures dans des dégradés de vert et de bleu, comme pour souligner la froideur et l’inhumanité du conflit. Dans cette histoire, le narrateur essaie de protéger sa famille des horreurs de la guerre ; un moyen, également, de ménager le lectorat tout en lui exposant des faits. Par conséquent, on peut conseiller cet ouvrage dès la fin de l’école primaire (vers 9 ans). Enfin, on appréciera la partie documentaire, mettant en avant le travail du peintre comme celui de l’autrice.
En cette année 1921, une série de meurtres secouent Paris. Quatre orphelins d’une quinzaine d’années perdent la vie dans des lieux insolites aux quatre coins de la ville : dans un cirque, un train, un studio de cinéma… Tous ont été poignardés et sont retrouvés avec une lettre de l’alphabet tracée en rouge sur le front. L’un de ces malheureux se trouve être Marcel, un pote de Balto. Impossible pour le petit gars de la Zone de laisser son ami se faire refroidir ainsi, sans aucune explication. Alors, Balto décide de mener l’enquête à sa façon ; vite rejoint par la journaliste de l’Excelsior qu’il connaît bien, Émilienne Robinson. Le duo devra alors tirer les fils de cette sombre histoire, comprendre ce qui lie l’aristocratie russe aux orphelins d’une communauté religieuse, savoir si d’autres jeunes sont en danger, et surtout découvrir l’assassin.
Ce livre est le tome 2 des aventures de Balto (Morgan avait chroniqué le tome 1 ici). On y retrouve tout ce qui a fait le succès du premier volet. Tout d’abord, on adore le duo improbable Balto-Emilienne : lui, le petit gars des faubourgs avec sa gouaille de Titi parisien ; elle, la jeune femme de son époque, qui n’a pas froid aux yeux. Puis, on se laisse prendre par le rythme haletant de l’histoire, qui flirte entre roman policier et roman historique. Encore une fois, le tout est très documenté : les références historiques sont nombreuses et précises, servant le décor comme l’histoire. Entre les studios Gaumont et les ateliers Chanel dans Paris, la révolution en Russie, aucun doute, nous sommes bien dans les années 20. Et la petite histoire va se mêler à la grande Histoire. Les multiples questions qui se posent au début du livre nous donnent envie de tourner les pages les unes après les autres pour découvrir le dénouement, comme dans tout bon polar. Enfin, notons un vrai petit plus : le travail graphique de la couverture très réussi qui attire immanquablement le regard. Coup de cœur réitéré pour le Balto de Jean-Michel Payet.
La Grande Guerre d’Émilien![]() Texte de Béatrice Egémar, illustré par George Bruyer L’Élan Vert, dans la collection Les carnets Pont des arts 14 €, 154×197 mm, 93 pages, imprimé en Europe chez un imprimeur éco-responsable, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Balto, les gardiens de Nulle-Part![]() de Jean-Michel Payet L’École des loisirs, dans la collection Médium+ 15,50 €, 150×218 mm, 352 pages, imprimé en France, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Fille des années 80, amoureuse des livres depuis toujours. La légende raconte que ses parents chérirent le jour où elle sut lire, arrêtant ainsi de les réveiller à l’aube. Sa passion des livres, et plus particulièrement des livres jeunesse, est dévorante, et son envie de partage, débordante. Elle est sensible aux mots comme aux images, et adore barboter dans les librairies et les bibliothèques. Elle aime : les albums au petit goût vintage et les romans saisissants, les talentueux Rebecca Dautremer et Quentin Gréban, les jeunes pousses Fleur Oury et Florian Pigé, l’humour d’Edouard Manceau et de Mathieu Maudet, les mots de Malika Ferdjoukh et de Marie Desplechin.



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