En ce nouveau mercredi, j’ai le grand plaisir de vous présenter les éditions Athizes à travers Amaya Renaudin, éditrice de cette maison aux belles valeurs. Puis, c’est l’autrice Élisabeth Coudol, dont l’adorable Un cadeau merveilleux vient de paraître chez Minedition qui nous livre un de ses coups de gueule et un de ses coups de cœur.
L’interview du mercredi : Amaya Renaudin
Pouvez-vous nous raconter votre parcours ?
Mon parcours est profondément marqué par l’amour des livres et le besoin d’apporter du sens à tout ce que je fais. J’ai eu la chance de suivre mes études à l’École Estienne à Paris, une école reconnue dans le monde de l’édition et des arts graphiques. Dès que j’ai commencé à travailler dans l’édition et la presse spécialisée, j’ai senti que c’était ma voie. Puis la vie m’a offert un autre défi : quand je suis tombée enceinte de mon troisième enfant, j’ai fait un choix de cœur, celui de retourner dans le Sud-Ouest, ma région d’origine, pour être plus proche de ma famille. Là, j’ai exploré un autre univers : la communication institutionnelle, où j’ai travaillé pendant plusieurs années. Mais l’appel de l’édition, de la créativité, ne m’a jamais vraiment quittée. Il y a un peu plus de deux ans, quand mes quatre enfants étaient plus grands, j’ai eu envie de redonner un vrai sens à ma carrière, de faire quelque chose qui m’anime profondément. Et c’est là que le monde de l’édition est revenu dans ma vie comme une évidence, mais cette fois, avec une nouvelle profondeur et une mission plus claire : accompagner les enfants dans leurs aspirations, leurs rêves et leurs indignations.
Vous avez donc créé, en 2022, les éditions Athizes : pourquoi avoir créé cette maison d’édition ?
Les éditions Athizes sont nées de quelque chose de très personnel. J’ai quatre enfants, aujourd’hui des adolescents, et j’ai toujours été fascinée par leurs manières de percevoir le monde, leurs indignations face aux injustices, même lorsqu’ils étaient tout petits. Ils me surprenaient par la justesse de leurs réflexions, et en grandissant, ces indignations ne se sont pas éteintes. Au contraire, elles sont devenues plus profondes, plus ancrées dans leur réalité quotidienne. Ils me parlaient de ce qu’ils voyaient, de ce qu’ils vivaient avec leurs amis ou leurs professeurs, et j’ai réalisé qu’il y avait un besoin de les accompagner dans cette volonté d’agir, de ne pas rester spectateur des injustices qu’ils percevaient. Je trouvais cette colère enfantine
légitime, mais trop souvent balayée d’un revers de main par les adultes. Alors j’ai voulu créer un espace pour eux, un endroit où ces émotions puissent se transformer en action. C’est pour cela que j’ai fondé les éditions Athizes : pour soutenir ces enfants qui veulent changer le monde à leur échelle.
Pourriez-vous nous dire ce que sont les éditions Athizes, pour celleux qui ne connaîtraient pas la maison ?
Les éditions Athizes sont encore une jeune maison d’édition, mais elles sont porteuses d’une grande ambition. Nous avons commencé il y a deux ans avec une vision claire : créer des livres qui ne soient pas seulement lus, mais qui éveillent la conscience des enfants, qui les aident à réfléchir et à agir. Nous avons publié notre premier documentaire il y a moins d’un an, et aujourd’hui, nous avons sept ouvrages à notre catalogue. Chaque livre est pensé avec une attention particulière, non seulement sur le fond, mais aussi sur la forme. Nous publions des albums et des documentaires pour les enfants de 5 à 11 ans, et j’aime dire que cette maison d’édition est à la fois humaniste et engagée. Nous croyons au pouvoir des histoires pour changer les choses, pour inspirer les enfants à devenir des acteurs du monde dans lequel ils vivent.
D’où vient le nom « Athizes » ?
Le nom « Athizes » est très spécial pour moi, car il vient directement de mes enfants. Quand ils étaient petits, ils inventaient des personnages et des histoires ensemble. Un jour, ils ont décidé de donner un nom à leur personnage imaginaire.
Selon les scénarios, il prenait la soif de justice d’Axelle ou l’espièglerie de Zoé, la rêverie de Thibault ou la détermination d’Esther. Chacun voulait que ce personnage imaginaire lui ressemble un peu. Ni l’un ni l’autre mais les quatre à la fois. Ce compagnon avait besoin d’un nom unique. Un nom solide pour résister aux disputes, un nom flamboyant pour porter haut les histoires les plus rocambolesques, les petites et les grandes aventures, les enquêtes et les explorations, les rébellions et les luttes, les injustices et les grands procès, pour les fins heureuses comme pour les dénouements tragiques. Un nom inédit pour que rien ne soit impossible et que tout soit imaginable. Quand j’ai décidé de fonder cette maison d’édition, il m’a semblé évident que ce nom devait la représenter. Il est l’étendard des questions et expériences qui font l’enfance, des indignations et des preux engagements, des jeux sans fin et des mondes parfaits où si tout n’est pas juste, tout finit quand même bien.
Qui compose l’équipe des éditions Athizes ?
Athizes, c’est avant tout une magnifique équipe d’auteurs et d’autrices, d’illustrateurs et illustratrices dont le talent et les valeurs communes résonnent profondément en moi. J’ai aussi la chance d’être entourée, entre autres, d’Aurélie Jeannin et Danielle Thomas qui me soutiennent dans cette grande aventure, qui m’offrent sans compter leurs talents, leurs expériences et leurs connaissances.
Il y a aussi tous les professionnels qui m’entourent, comme notre imprimeur, notre diffuseur, notre distributeur, notre directeur artistique, sans oublier tous les libraires formidables qui croient en notre projet et nous soutiennent au quotidien. Même si je porte souvent le poids de nombreuses responsabilités, je suis constamment entourée de ces talents
extraordinaires qui partagent leur savoir-faire, leur enthousiasme et leur amour des livres. Ensemble, nous œuvrons pour offrir des albums qui ne se contentent pas d’être de simples histoires, mais qui portent un message fort et porteur de sens.
Comment choisissez-vous les ouvrages que vous éditez ?
Nous avons deux façons de sélectionner les ouvrages que nous publions. Pour les collections Comprendre et S’inspirer, nous prenons le temps de rencontrer des auteurs dont la plume et les idées nous touchent. Nous collaborons avec eux pour donner vie à des histoires vraies d’enfants ou des documentaires qui inspirent et éveillent les consciences. Pour la collection Rêver, nous laissons les auteurs venir à nous avec leurs manuscrits, et parfois, nous trouvons un véritable coup de cœur parmi eux. Ce sont souvent des textes qui, par leur sensibilité et leur écriture, s’alignent parfaitement avec notre vision éditoriale. Ce qui nous guide, c’est avant tout l’émotion que ces livres peuvent susciter chez les jeunes lecteurs.
Pour vous, qu’est-ce qu’un bon livre jeunesse ?
Parmi les bons livres jeunesse, il y a ceux qui éveillent l’imagination, qui font voyager l’enfant au-delà des pages. Ceux qui leur donnent des étoiles dans les yeux, qui les font rêver, réfléchir et grandir.
Un bon livre, c’est celui que les enfants ont envie de relire encore et encore, parce qu’il leur parle, parce qu’il leur fait ressentir des émotions. C’est un livre qui les accompagne dans leur développement personnel et qui leur ouvre de nouvelles perspectives sur le monde.
Qu’est-ce qu’un·e bon·ne éditeur·rice ?
Il faudrait demander aux auteurs. Mais je pense qu’un bon éditeur, c’est quelqu’un qui sait écouter, guider et encourager les auteurs à donner le meilleur d’eux-mêmes. C’est un rôle qui demande de l’empathie, de la vision et un amour sincère pour la littérature. Un bon éditeur est aussi un chef d’orchestre, qui s’assure que tous les éléments, du texte à l’illustration, s’harmonisent pour offrir aux lecteur·trices une expérience riche et mémorable.
Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Je n’ai pas beaucoup de souvenirs de mes lectures d’enfance, mais mes lectures d’adolescente m’ont marquée. C’est ma mère qui choisissait souvent mes livres et elle avait un don pour trouver ceux qui allaient me captiver. Plus tard, quand j’ai eu mes propres enfants, j’ai découvert la littérature jeunesse avec eux, et j’ai été émerveillée par la richesse de cet univers. J’ai développé une vraie passion pour les albums jeunesse, un monde où l’imaginaire et l’émotion s’entremêlent de manière incroyable.
Parlez-nous des ouvrages à venir.
Le 15 novembre, nous sortirons en librairie un album très spécial intitulé Je n’ai pas de frontière, écrit par Cécile Elma Roger et illustré par Romain Lubière. Cette ode au pouvoir de l’écoute et de l’amitié m’a bouleversée dès la première lecture, il y a deux ans. Quand j’ai reçu l’album imprimé, j’ai ressenti la même émotion que lors de ma première lecture. Cet ouvrage est à la fois puissant, poétique, et porteur d’un message d’ouverture et d’espoir, qui résonnera chez les lecteurs petits et grands. Nous travaillons aussi sur les prochaines histoires de la collection S’inspirer qui sortiront en début d’année prochaine !
Les albums publiés par les éditions Athizes :
- Je n’ai pas de frontière, texte de Cécile Elma Roger, illustré par Romain Lubière (à paraître le 15 novembre).
- Grandir rue Monde, texte de Sophie Andriansen, illustré par La Jeanette (2024), que nous avons chroniqué ici.
- Mohamed. L’enfant qui a parcouru 11 000 km pour étudier, texte d’Aurélie Jeannin, illustré par Clémence Polge (2024), que nous avons chroniqué ici.
- Une planète habitable pour tous ? Mène l’enquête sur les limites planétaires, texte d’Audrey Boehly, illustré par Lou Rihn (2024).
- Atout pique, texte de Manech, illustré par Carla Cartagena (2024).
- Arthur. L’enfant qui a créé son jardin en permaculture, texte de Louise Browaeys, illustré par Cléo Cardoso (2024).
- Tous libres et égaux ? Mène l’enquête avec la Déclaration universelle des droits de l’Homme, texte de Lola Lola Boudreaux, illustré par Justine Duhé (2023).
Retrouvez les éditions Athizes sur leur site internet et sur Instagram.
Le coup de cœur et le coup de gueule de… Élisabeth Coudol
Régulièrement, une personnalité de l’édition jeunesse (auteur·trice, illustrateur·trice, éditeur·trice…) nous parle de deux choses qui lui tiennent à cœur. Une chose qui l’a touché·e, ému·e ou qui lui a tout simplement plu et sur laquelle il·elle veut mettre un coup de projecteur, et au contraire quelque chose qui l’a énervé·e. Cette semaine, c’est Élisabeth Coudol qui nous livre ses coup de cœur et coup de gueule…
COUP DE CŒUR. Une minuscule info que j’ai vue passer il y a peu, modérément relayée ou alors cela m’a échappé (pour ma part, vue sur un site de protection animale…), cette info réjouissante à première vue, l’officialisation écrite dans les textes d’une sensibilisation au règne animal dès les classes de CP et mise en place pour la rentrée 2024. Tout le monde est d’accord avec ça (enfin non, pas tout le monde… je vous laisse deviner qui…), il n’est jamais trop tôt pour apprendre à partager notre modeste planète avec nos grands amis à poils et à plumes. En poursuivant ma lecture, je découvre que, concrètement, il s’agit « d’aborder la question du respect dû aux animaux de compagnie ». Aïe ! il y a un hic, un os… et une question en forme de restriction : mais pourquoi donc aux seuls animaux domestiques ? Quid de la faune sauvage, des animaux de ferme, des insectes, des oiseaux, de l’entièreté de la faune…, veaux, vaches, cochons, couvées… Alors j’ai fait un demi-sourire mâtiné d’une demi-grimace. Un demi-coup de cœur en somme.
COUP DE GUEULE. À gorge déployée contre une rengaine… annuelle, saisonnière, mensuelle, quotidienne ! Celle de la maltraitance animale, là, ici, ailleurs, partout, des chiens, des chats… sciemment affamés, délaissés, maltraités, violentés (j’ai vu récemment l’info d’un chien pendu au balcon par son maître… Sacrément tordu), des élevages sauvages et insalubres qui font l’objet de signalements et de saisies, des trafics d’animaux « marchandises », des ânes et des mules faméliques et maladifs pour balader le touriste, des élevages de crocos et de serpents pour fournir la maroquinerie de luxe, la chasse à la baleine en cours au Japon, le massacre des dauphins organisé dans les îles Féroé, la corrida côté sud, la chasse (ou plutôt les chasses… Tellement difficile de s’y retrouver, une réglementation morcelée qui laisse libre cours à toutes les dérogations et à tous les abus) et la chasse à courre, là, ici, à côté de chez moi en forêt… et mille autres pratiques barbares qui érigent haut et fort leur statut de tradition en système de défense. Et puis, la brutalité ordinaire, l’abandon des chiens dans nos quartiers, déposés au petit matin en catimini devant les portes des refuges surpeuplés, (j’ai fait un peu de bénévolat à la SPA), sur le bord de la route ou lâchement attachés en forêt parce que… un peu trop coûteux, un peu trop bruyants dans l’appartement, un peu trop têtus, un peu trop poilus sur les tapis ou les canapés, ou un peu trop encombrants en août et en juillet. On peut me dire que je mélange tout, qu’il s’agit d’une pensée simpliste. Au contraire, je pense qu’il est grand temps de reconsidérer la diversité du vivant, la place intriquée de l’humanité et de l’« animalité » à l’heure où la sixième extinction de masse est en cours. Alors oui, il est aussi grand temps de sensibiliser les enfants… et les livres jeunesse ont leur rôle à tenir. (7,5 à 13 % des espèces animales et végétales auraient disparu dans le monde depuis l’an 1 500 en raison des activités humaines, au lieu des 0,04 % estimées jusqu’alors. Appliqué à l’ensemble des êtres vivants, ceci représente 150 000 à 260 00 espèces éteintes. Selon une étude publiée en 2022 dans Biological Reviews).

Élisabeth Coudol est autrice jeunesse et artiste peintre, Un cadeau merveilleux, son dernier album en date, est sorti chez Minedition le mois dernier. Il est illustré par Chiara Pasqualotto.
Bibliographie jeunesse sélective :
- Un cadeau merveilleux, illustré par Chiara Pasqualotto, Minedition (2024), que nous avons chroniqué ici.
- Quand la nuit arrive à tâtons, illustré par Mariona Cabassa, L’élan vert (2024), que nous avons chroniqué ici.
- Série C’est l’heure…, albums illustrés par Malijo, La marmotière (5 tomes, 2022-2024).
- Mon bisou préféré, album illustré par Kim Sejung, La marmotière (2021).
- Un bisou pour le Père Noël, album illustré par Nancy Pierret, Mijade (2019).
- Il y aura des jours…, album illustré par Lena Nikcecic, L’élan vert (2019).
- Drôles de têtes, album illustré par Olivier Daumas, Frimousse (2018).
- La vie en rose / La vie en gris, album illustré par Claire Gandini, Les Éditions du Ricochet (2013).
Retrouvez Élisabeth Coudol sur Instagram.

Les pieds sur terre et la tête dans les nuages, Laetitia est une éternelle rêveuse qui partage sa vie entre la terre et la mer. Bien que tombée dans la marmite aux mots dès l’enfance, ce n’est que sur le tard qu’elle se découvre une passion pour la Littérature jeunesse avec un L majuscule et collectionne depuis lors les albums qui font la part belle à l’imagination et font l’éloge des mots.
