Aujourd’hui, je reçois tout d’abord pour l’interview l’illustrateur de l’album La question qui tue, paru aux 400 coups, Olivier Dutto, puis on se glisse près de l’auteur du même album, Jean Leroy, pour l’observer quand il crée.
L’interview du mercredi : Olivier Dutto
J’aimerais que vous nous présentiez La question qui tue, l’ouvrage qui vient de sortir aux 400 coups dont Jean Leroy signe le texte.
Ça parle d’une petite fille qui adore son grand-père et qui a peur de le perdre. Elle veut pouvoir continuer à lui parler même lorsqu’il sera mort. C’est à partir de ce désir que lui vient la question qui tue…
Comment s’est passée la collaboration avec Jean Leroy ?
Super bien.
Avec Jean, nous avions fait déjà trois livres ensemble, Le dernier des grands méchants loups chez le même éditeur, les 400 coups, et Tu sautes, Eliot ? chez Kaléidoscope/L’école des loisirs.
À chaque fois, ça se passe parfaitement, c’est un plaisir de travailler avec Jean. Il arrive avec son histoire, mais me laisse aussi la place pour donner mon avis. Il est très réactif et ouvert aux propositions.
Je me sens, à chaque fois, très investi dans les histoires et c’est ce que j’aime.
Quelles techniques d’illustration utilisez-vous (ici et en général) ?
Je fais la plupart des mises en place et des crayonnés en traditionnel, c’est-à-dire au crayon sur une feuille. La suite se fait la plupart du temps sur l’ordinateur, en numérique.
De nos jours, les outils sont si perfectionnés qu’on a l’impression d’utiliser des crayons de couleur, de la peinture, de l’aquarelle.
Et ça laisse une souplesse agréable.
Comment choisissez-vous vos projets ?
Ce qui est important à mes yeux, c’est l’histoire.
Il faut qu’elle me plaise.
Je ne veux pas faire des livres pour faire des livres. Je veux m’amuser, être investi comme je l’ai déjà dit. Que l’histoire soit drôle ou plus touchante comme dans La question qui tue.
Quelles sont vos sources d’inspiration, pour vos illustrations ?
Houla, c’est vaste 🙂
La nature, la vie, les livres que j’aime, les autres illustrateurs, illustratrices, les peintres, certains écrivains… C’est compliqué de répondre, car tout peut être une source d’inspiration.
Parlez-nous de votre parcours.
Mes premiers dessins ont été publiés dans Lanfeust Mag, un magazine de BD dans lequel j’ai travaillé plusieurs années.
C’est dans ce magazine que j’ai lancé ma série BD Les P’tits Diables qui compte aujourd’hui 36 tomes et qui a été adaptée en dessin animé.
Depuis cinq ou six ans, je publie aussi des livres jeunesse en collaboration avec des auteurs (Jean Leroy et d’autres à venir) ou seul.
Je travaille désormais dans les deux domaines et je prends autant de plaisir dans un que dans l’autre.
Les deux se complètent et s’enrichissent mutuellement.
Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescent ?
Enfant comme adolescent, je lisais énormément de bandes dessinées. La BD c’est mon premier amour et le secteur dans lequel je travaille avec ma série Les P’tits Diables et d’autres.
J’en ai lu des tonnes. Je lisais tout ce qui me tombait sous la main, plutôt du franco-belge, avec des préférences pour Les tuniques bleues, Astérix, Léonard, etc. Et chaque vendredi soir, quand on allait faire les courses avec mes parents, je leur demandais de m’acheter une BD, et la plupart du temps c’était oui, j’ai eu de la chance 🙂
Par contre, je n’avais quasiment jamais lu de livres jeunesse, j’ai découvert cela à la naissance de ma fille, il y a dix-huit ans et ça a été un deuxième coup de foudre. J’ai découvert tout un monde qui m’a émerveillé et dans lequel je me suis tout de suite senti bien. Ça m’a rappelé des dessins que je voyais petit et qui me faisaient une étrange sensation… Je me rappelle d’un jeu de loto illustré avec des animaux plutôt réalistes. C’est étrange comme les choses peuvent se relier parfois.
Y a-t-il des illustrateurs et des illustratrices dont le travail vous touche ou vous inspire ?
Oh oui, forcément. Il y en a un paquet même.
Tomi Ungerer, Claude Boujon, Oliver Jeffers, Benji Davies, Bill Peet, Steve Small, Aurore Damant, Genevieve Godbout, Jimmy Liao, Sempé, Isabelle Arsenault… Je pourrais faire un listing de 4/5 pages 🙂
J’aime vraiment le travail des autres, c’est beau de voir tout ce qui existe de très différent.
Des sorties de livres sont prévues prochainement ?
En juin sortira un livre jeunesse sur une histoire de Gilles Bizouerne, Le toboggan, chez Didier Jeunesse. Je me suis beaucoup amusé sur celui-ci aussi qui est très différent de La question qui tue.
Je suis aussi sur deux BD qui sortiront dans le deuxième semestre 2024 : Marilou Tome 3 avec Fabien Toulmé au scénario et Les P’tits Diables, La grande aventure Tome 2.
Et en fin d’année, le deuxième album de Popote la petite crotte avec Matthieu Maudet aux illustrations.
Bibliographie sélective :
- Le toboggan, album, illustration d’un texte de Gilles Bizouerne, Didier Jeunesse (à paraître le 5 juin).
- La question qui tue, album, illustration d’un texte de Jean Leroy, Les 400 coups (2024).
- Série Marilou, BD, dessins sur des scénarios de Fabien Toulmé, Delcourt (3 tomes, 2022-2024).
- Série Les P’tits Diables, BD, scénarios et dessins, Soleil (35 tomes, 2002-2024).
- Fais de beaux rêves, album, texte et illustrations, Kaléidoscope (2023).
- Popote la petite crotte, album, texte illustré par Matthieu Maudet, Les 400 coups (2023).
- Un mignon petit lapin blanc, album, texte et illustrations, Didier Jeunesse (2022), que nous avons chroniqué ici.
- Le poème de l’espace, roman, illustration d’un texte de Jean Leroy, Milan (2022).
- Tu sautes, Eliot ?, album, illustration d’un texte de Jean Leroy, Kaléidoscope (2021).
- Le dernier des grands méchants loups, album, illustration d’un texte de Jean Leroy, Les 400 coups (2020).
Retrouvez Olivier Dutto sur Instagram.
Quand je crée… Jean Leroy
Le processus de création est quelque chose d’étrange pour celles et ceux qui ne sont pas créateur·trices eux·elles-mêmes. Comment viennent les idées ? Est-ce que les auteur·trices peuvent écrire dans le métro ? Les illustrateur·trices, dessiner dans leur salon devant la télé ? Peut-on créer avec des enfants qui courent à côté ? Faut-il de la musique ou du silence complet ? Régulièrement, nous demandons à des auteur·trices et/ou illustrateur·trices que nous aimons de nous parler de comment et où ils·elles créent. Cette semaine, c’est Jean Leroy qui nous parle de quand il crée.
Quand je travaille, je ne suis pas forcément chez moi devant mon ordinateur. Il m’arrive d’écrire dans mon lit, mentalement, le matin avant de me lever ; dans le train pour un salon ; dans une location en vacances… Une fois, en promenade, j’ai reçu un appel de Sabine Rousselet, mon éditrice chez Milan, qui avait besoin d’un texte sur le thème de la galette (je travaille rarement sur commande, mais l’exercice d’écriture avec sujet imposé ne me déplaît pas ; il me permet de faire mes gammes tout en étant particulièrement bienvenu en période de page blanche). J’ai commencé à y réfléchir en marchant. Et en arrivant à la maison, j’avais mon histoire (il faut dire aussi que j’écris court). Mais ce genre de petits moments de grâce ne m’arrivent pas si souvent. Alors je m’efforce de les savourer !
Le fait de ne pas être obligé de se trouver devant un ordinateur pour travailler permet par ailleurs d’écrire sur d’autres supports. Je n’ai pas d’agenda électronique, mais un agenda papier, que j’emporte toujours avec moi quand je suis en déplacement. Il m’arrive parfois d’y utiliser des pages laissées vides pour écrire une histoire ; exemple sur la photo ci-contre avec la rédaction manuscrite du texte de l’album Au secours, Papa ! (illustré par Ella Charbon, paru en 2020 à L’école des Loisirs) — attention, bon niveau en paléographie requis pour décrypter !
Jean Leroy est auteur. Son dernier album, La question qui tue, est illustré par Olivier Dutto (voir ci-dessus) et est publié chez Les 400 coups.
Bibliographie sélective :
- Un livre pour deux, album illustré par Ella Charbon, L’école des loisirs (2023), que nous avons chroniqué ici.
- Le livre du loup, album illustré par Sylvain Diez, Frimousse (2022), que nous avons chroniqué ici.
- Qui fait peur au grand méchant loup ?, album illustré par Laurent Simon, Casterman (2018), que nous avons chroniqué ici.
- Les bisous du grand méchant loup, album illustré par Laurent Simon, Casterman (2017), que nous avons chroniqué ici.
- Les trois petits casse-pieds, album illustré par Matthieu Maudet, L’école des loisirs (2017), que nous avons chroniqué ici.
- Un jeune loup bien éduqué, album illustré par Matthieu Maudet, L’école des loisirs (2017).
- La soupe aux frites, album illustré par Ella Charbon, L’école des loisirs (2017).
- Super fonceuse, album illustré par Bérengère Delaporte, L’Élan vert (2016), que nous avons chroniqué ici.
- Le pirate et le roi, album illustré par Matthieu Maudet, L’école des loisirs (2015), que nous avons chroniqué ici.
- Une place au soleil, album illustré par Sylvain Diez, Kaléidoscope (2014), que nous avons chroniqué ici.
- C’est Papy qui choisit, album illustré par Jean-Luc Englebert, L’école des loisirs (2014), que nous avons chroniqué ici.
- La sorcière, sa fille et le loup, roman illustré par Matthieu Maudet, L’école des loisirs (2014), que nous avons chroniqué ici.
- Un jeune loup bien éduqué, album illustré par Matthieu Maudet, L’école des loisirs (2014), que nous avons chroniqué ici.
- Série Canaille, albums illustrés par Émile Jadoul, Casterman (2013-2015), que nous avons chroniqués ici, là, ici, là et ici.
- Anoki, album illustré par Emmanuelle Eeckhout, Pastel (2013), que nous avons chroniqué ici.
- Si j’étais un oiseau…, album illustré par Marie-Anne Abesdris, Les 400 coups (2013), que nous avons chroniqué ici.
- Papy, album illustré par Matthieu Maudet, L’école des loisirs (2013), que nous avons chroniqué ici.
Retrouvez Jean Leroy sur Instagram.

Aimait la littérature jeunesse bien avant d’avoir des enfants mais a attendu d’en avoir pour créer La mare aux mots. Goût particulier pour les livres pas gnangnan à l’humour qui pique !
