Au programme de l’hebdo de cette semaine : deux albums, un roman et deux invité·es pour notre rubrique Du berger à la bergère : Élo et Krocui.
En bref
Originaire d’Écosse, Lady Souris est une grande enquêtrice ayant moult mystères résolus à son palmarès. En compagnie de Jimmy Tigré, son jeune et nouvel assistant, elle embarque pour la France. Sur le bateau iels se retrouvent confronté·es au vol d’une trompette. Une fois arrivé·es au port, iels se baladent sur la côte quand la pluie les oblige à s’abriter dans un manoir où une collection de confitures de mouches a disparu. Plus tard, au gré de leurs visites, iels tombent sur le concours du plus beau homard au phare de Ker Laouen. Le moins que l’on puisse dire c’est que Jimmy Tigré ne risque pas de s’ennuyer avec Lady Souris !
Mon avis Découpée en trois chapitres, cette bande dessinée nous emmène à la suite d’un duo d’enquêteur·rices attachant·es et déterminé·es au cœur de la Bretagne. Au fil de l’histoire, iels se retrouvent à élucider trois affaires, et les jeunes lecteur·rices peuvent se prêter au jeu grâce à des indices savamment distillés ça et là et à l’interrogatoire des suspect·es qui permet de résumer les différents éléments. Mystères dans le Finistère est le premier tome d’une nouvelle série d’enquêtes captivantes pour enfants, faisant appel à leur sens de l’observation et à leur esprit de déduction tout en s’amusant.
En bref
Le voyage commence en Islande, où l’on croise des macareux moines et des rennes, on fait du rafting et de la randonnée pédestre et l’on se régale de canneberges et de skyr. Il se termine en Antarctique, pays où vivent seulement des scientifiques, mais où l’on peut croiser des manchots empereurs, des phoques crabiers ou des baleines bleues. Entre-temps, on sera passé par la Roumanie, la Jordanie ou encore Taïwan.
Mon avis Il y a de grandes chances pour que Cartes, édité par Rue du Monde, ne vous soit pas totalement inconnu. Gros succès (mérité) de librairie (100 000 exemplaires vendus en France, 5 millions à travers le monde !), ce grand et bel album se voit réédité avec l’ajout de six nouveaux pays (Indonésie, Nigéria, Bulgarie, Serbie, Slovénie et Venezuela). Chacun des soixante-dix pays traités est mis à l’honneur grâce à une carte présentée sur une double page. Chaque fois, on retrouve des éléments liés au pays en question. Personnages, spécialités, lieux, animaux… (pour la France, on trouvera par exemple les frères Lumière, le Futuroscope, les flamants roses ou encore la ratatouille). C’est extrêmement riche (plus de 6 000 illustrations !), jamais rébarbatif, les auteur·rices ne se contentent pas de clichés et de choses attendues, et c’est surtout très beau ! On peut passer du temps sur chaque double page, l’ouvrir régulièrement et voyager sans quitter son salon.
En bref
Léonie, fraîchement diplômée d’un master en cinéma, rentre habiter chez sa mère pour l’été, le temps de trouver un travail. Mais la recherche d’emploi est loin d’être facile, d’autant que la jeune femme est confrontée aux fantômes de son passé, des personnes qu’elle a quittées un jour sans se retourner et qu’elle pensait ne jamais revoir. Et puis, il y a Samuel, le garçon avec qui elle a passé son dernier été avant de partir pour Paris, et qui l’attire toujours autant.
Mon avis Clara Héraut est douée pour écrire sur la fin de l’adolescence et le passage à l’âge adulte. Elle sait mettre les mots sur cette période si spéciale, où l’on n’est plus un⸳e enfant mais pas encore un⸳e adulte. Le tourbillon des possibles raconte ce moment de transition, où les nouvelles responsabilités se heurtent aux souvenirs d’adolescence, à la nostalgie et à la peur de l’inconnu. Léonie est une jeune femme criant de réalisme. Elle est faillible, humaine, agaçante parfois, souvent attachante. Et c’est pour cela que j’aime autant les personnages que crée l’autrice, parce qu’il est facile de se reconnaître en elleux, surtout en certains points, et que cela apporte une dimension plus personnelle à la lecture. Le tout est en plus mené par une magnifique plume, qui rend la lecture fluide et nous offre quelques très jolies phrases. Le tourbillon des possibles est une lecture qui concilie deux mondes très différents et qui permet de moins craindre l’avenir et ses incertitudes.
Les invité·es de la semaine
Cette année encore, on vous propose tout l’été notre rubrique Du berger à la bergère, un rendez-vous qui vous plaît beaucoup — vu vos retours — et qu’on aime beaucoup nous-mêmes. Tous les mercredis jusqu’à la rentrée, ce sont des auteur·trices et des illustrateur·trices qui posent trois questions à une personne de leur choix. Puis c’est à l’interviewé·e de poser trois questions à son tour à son intervieweur·euse d’un jour. On commence ces mercredis de l’été avec Élo qui a choisi de poser ses questions à Krocui !
Élo : Ton style graphique est très fort : quel a été ton chemin pour arriver à des formes aussi minimalistes et tellement expressives à la fois ?
Krocui : Coucou Elo ! Merci pour l’invitation ! Ce style graphique est le fruit de recherches que j’ai faites il y a quelques années pour dessiner ma première histoire pour enfant. Alors que j’évoluais jusque-là dans un style plutôt BD, j’ai voulu, pour cette histoire, créer une atmosphère différente. Ce livre raconte le voyage de trois copains à bicross traversant différents paysages pour arriver au terrain à bosses. Comme je voulais que les personnages se mêlent au décor, j’ai enlevé le cerné de mes dessins, ce qui a totalement modifié mon approche. En partant non plus des traits, mais de masses colorées et de formes, je suis arrivé à une matière picturale, à des contrastes et des formes très amusantes à manipuler. La rondeur, induite par le sujet de l’histoire (bosses, roues, casques…) me permet d’aller à l’essentiel. Cette histoire n’a jamais été publiée, mais j’aime bien la lire aux enfants que je rencontre dans les classes. Depuis, je m’amuse avec ce style, comme avec une grosse pâte à modeler.
Élo : Tu fais des images (pas seulement des livres) et de la musique : y a-t-il un lien entre les deux et si oui, peux-tu nous en raconter plus, et notamment as-tu des projets mêlant les 2 ou incluant encore d’autres pratiques ?
Krocui : En parallèle de ma pratique du dessin, j’ai toujours aimé grattouiller ma guitare et écrire des chansons. Je trouve que chanson et album pour enfant sont des formes assez proches : durée, rythme, thématiques. J’aime la simplicité et le côté évident des chansons. Après une longue pause, je reviens doucement à la musique : je viens d’ailleurs de terminer un livre à sortir en septembre, C’est moi ! (chez Sens Dessus Dessous), qui sera accompagné d’une chanson reprenant le texte du livre. Depuis peu, je chante aussi dans les classes avec mon ukulélé et j’adore ça.
Élo : Cette question est toute banale, mais aussi tellement grande : quelles sont tes sources d’inspiration ?
Krocui : Je pense que ma principale source d’inspiration provient de l’enfance : celle de mes enfants, la mienne, celle des enfants que je croise.
Les souvenirs liés à des émotions fortes. Tout ce que je peux observer dans la rue ou en me baladant. L’inspiration est partout, mais ma disposition à l’écouter est malheureusement trop faible… Il faut vraiment se mettre dans le bain, ce qui n’est pourtant pas très difficile : il suffit de s’éloigner des écrans et sortir de chez soi :).
J’ai aussi dévoré des tas de BD dans mon enfance, dans tous les styles, et j’adore le cinéma d’action, la musique pop : tout un tas de choses qui doivent nourrir d’une façon ou d’une autre mes dessins et mes histoires.
Krocui : Tu fais des livres depuis de nombreuses années. Quel est ton état d’esprit quand tu commences un nouveau livre ?
Élo : J’ai l’impression que ce n’est pas parce que le temps passe que les idées arrivent plus facilement ! Souvent, les projets démarrent lentement, par une envie un peu floue, une thématique. Puis ce début d’idée reste parfois assez longtemps en « affinage », comme un fromage ! Puis, un jour, l’idée est à point pour passer à l’action. À ce moment les choses vont assez vite. Les images prennent forme. Ensuite, si le résultat n’est pas convaincant, il peut s’en suivre une nouvelle période d’« affinage » ! C’est donc à la fois lent et rapide, et finalement assez délicat pour que le fromage soit à point.
Krocui : Tu fais des images (pas seulement des livres) et des objets : y a-t-il un lien entre les deux et si oui, peux-tu nous en raconter plus, et notamment as-tu des projets mêlant les 2 ou incluant encore d’autres pratiques ?
Élo : Je crois que j’ai besoin de faire plusieurs choses en même temps, et que les unes nourrissent les autres. Le tout est parfois un peu désorganisé, mais, finalement, j’y trouve une cohérence, tant dans l’approche que dans les formes. J’ai récemment travaillé sur un projet alliant édition et couture ! Il s’agit d’un livre grand format destiné aux médiathèques/écoles, à lire devant un public. Dans ce livre (Monstres à compter et raconter), il est question de monstres et
de numération. Les personnages du livre existent aussi sous forme de grosses peluches et sont manipulables par les enfants. Le livre et ses monstres-doudous sont destinés à tourner dans des médiathèques et des écoles. C’est un projet qui mélange édition, illustration, couture et presque un peu de scénographie !
Extraire les personnages d’un livre et les faire exister en volume était vraiment amusant ! J’aimerais bien pouvoir donner vie à mes personnages en les faisant bouger… dans un dessin animé, par exemple !
Krocui : Peut-on faire ce métier sans café, sans chocolat et sans collègues ?
Élo : Le combo café de 10 h, chocolat noir et collègues chéris est absolument nécessaire à ma désorganisation créative !
Plus sérieusement, c’est un métier qui est assez solitaire. J’ai la chance d’occuper un atelier avec des gens formidables, avec qui les moments de partage sont riches. Ces moments sont précieux et m’aident beaucoup… à gérer mes histoires d’affinage !
Bibliographie sélective d’Élo :
- L’imagier qui ne tourne pas rond. La toilette, album, texte et illustrations, Sarbacane (2025).
- L’imagier qui ne tourne pas rond. La nuit, album, texte et illustrations, Sarbacane (2025).
- L’imagier qui tourne pas rond. Le chantier, album, texte et illustrations, Sarbacane (2024).
- L’imagier qui tourne pas rond. Les habits, album, texte et illustrations, Sarbacane (2024).
- La surprise du chef, album, illustration d’un texte de Clémence Sabbagh, Palomita (2024).
- Le grand manuel zinzin. Les outils, album, texte et illustrations, Amaterra (2024).
- Ce petit moment : à lire dès la naissance, album, texte et illustrations, Sarbacane (2024).
- Brun jardin, album, illustration d’un texte de Clémence Sabbagh, Le diplodocus (2023), que nous avons chroniqué ici.
- Bien rangés au jardin, album, texte et illustrations, Sarbacane (2021), que nous avons chroniqué ici.
- Les oiseaux (couleurs), album, texte et illustrations, Sarbacane (2016), que nous avons chroniqué ici.
Retrouvez Élo sur son site : https://elo-edition.com.
Bibliographie de Krocui
- Raouf, album, texte et illustrations, L’Articho (à paraître le 5 septembre)
- C’est moi, album, texte et illustrations, Sens dessus dessous (à paraître le 3 septembre).
- Oh ! Un ballon !, album, texte et illustrations, Sarbacane (à paraître le 20 août)
- Tout le monde aime jouer à la dînette, album, texte et illustrations, Sarbacane (2025).
- Cache-cache bisous, album, texte et illustrations, Sens dessus dessous (2024).
- Le monde est petit, album, texte et illustrations, Sens dessus dessous (2024).
- Le vélo volant, album, texte et illustrations, Sarbacane (2023).
- Le potager de l’aventure, album, texte et illustrations, Sarbacane (2022).
- Le plus grand toboggan du monde, album, texte et illustrations, Sarbacane (2022).
- La piscine aux crocodiles, album, texte et illustrations, Sarbacane (2022).
Retrouvez Krocui sur son site : https://www.krocui.com.

Un article signé d’une partie de l’équipe de La mare aux mots.




