Au programme de l’hebdo de cette semaine : trois albums et deux invitées pour notre rubrique Du berger à la bergère : Anne Terral et Inbar Heller Algazi.
En bref
C’est la nuit. Les rues de la ville s’illuminent, beaucoup s’apprêtent à dormir alors que d’autres partent travailler, les plantes tournent au ralenti, les chauves-souris sont de sortie, dans le ciel, on peut voir les étoiles…
Mon avis C’est un magnifique documentaire que nous proposent Cécile Benoist et Barroux aux éditions Kilowatt. La nuit, ça vit… compile des petits textes qui nous apprennent des tas d’infos sur la nuit : son influence sur nos corps ou sur la nature, comment elle inspire les artistes, mais on y évoque aussi les aurores boréales, les phases du sommeil ou les expressions avec le mot « nuit ». Un petit côté fourre-tout (chaque double page est consacrée à un sujet en lien avec la nuit, mais sans autre lien avec la page qui suit) qui pourrait s’avérer casse-gueule, mais les textes de Cécile Benoist aussi passionnants que joliment écrits et les superbes illustrations de Barroux font qu’on dévore chaque page de ce documentaire, sans jamais s’ennuyer.
En bref
Tadeo observe avec envie les autres enfants de son âge jouer ensemble dans le parc. Ballon, frisbee, livres, trottinette, raquettes et autres tablettes accaparent visiblement toute l’attention de ces dernier·ères. Tous·tes sourient, s’amusent, etc. Tous·tes, sauf lui. À force d’observation, Tadeo en conclut que, pour être aussi heureux qu’elleux, il faut posséder et accumuler ces mêmes objets. Parviendra-t-il à trouver le bonheur ainsi ?
Mon avis À travers un graphisme enjoué, coloré et adorable, où les bouilles animales sont très expressives, Canizales offre un album bien plus profond qu’il n’y paraît. En effet, sous ses faux airs de légèreté, l’album invite les jeunes lecteur·rices à (re)considérer les objets qu’iels possèdent et leur valeur intrinsèque. Tadeo accumulera ainsi les jouets, jusqu’à crouler sous eux, pensant qu’ils le rendront heureux. Que nenni ! La joie, il la rencontrera en partageant des moments, sans objets, avec ses nouvelles·aux ami·es. Mais le tour de force réside dans le fait que, nous autres adultes, lecteur·rices, aussi, sommes invité·es à la réflexion. Le bonheur ne tient pas en la possession de biens matériels mais en la compagnie d’autrui. L’amitié n’a pas de prix ! Je dirais même plus, elle est « inestimable », comme nous le rappelle joliment et intelligemment le titre de l’album. Ainsi, sans être moralisatrice, cette histoire nous délivre une belle leçon de vie. Par ailleurs, grâce à l’aventure de Tadeo, je découvre une toute nouvelle maison d’édition jeunesse. À son catalogue, de beaux ouvrages, hauts en couleurs et jolies valeurs, qui stimulent l’imagination et l’amour de la lecture dès le plus jeune âge. On leur souhaite une belle aventure.
En bref
Nino et sa mère vont passer quelques mois au cœur des montagnes suisse, pour s’occuper de brebis et de génisses. C’est l’occasion pour elleux de se déconnecter du monde tout en apprenant à vivre au cœur de la nature.
Mon avis Quel bel album ! J’ai beaucoup aimé me plonger dans ce récit qui nous conte le quotidien peu ordinaire d’un petit garçon et de sa mère. Floriane Leroy a elle-même expérimenté des saisons d’estives avec sa fille et cela se ressent. L’histoire a beau être adaptée à un jeune public, elle est très intelligemment menée, bien construite et documentée. En plus de la narration, on a le plaisir de découvrir au fil des pages des extraits du carnet de Nino, qui raconte sa vie en montagne et explique les nombreuses choses qu’il apprend chaque jour. Le tout est accompagné de magnifiques illustrations qui nous permettent de nous immerger d’autant plus dans cet album et nous entraînent, à notre tour, au cœur des alpages suisses.
Les invité·es de la semaine
Cette année encore, on vous propose tout l’été notre rubrique Du berger à la bergère, un rendez-vous qui vous plaît beaucoup — vu vos retours — et qu’on aime beaucoup nous-mêmes. Tous les mercredis jusqu’à la rentrée, ce sont des auteur·trices et des illustrateur·trices qui posent trois questions à une personne de leur choix. Puis c’est à l’interviewé·e de poser trois questions à son tour à son intervieweur·euse d’un jour. Après Élo et Krocui, cette semaine c’est Anne Terral qui a choisi de poser ses questions à Inbar Heller Algazi !
Anne Terral : Chère Inbar, quand je regarde ton travail d’autrice et d’illustratrice au fil de tes albums et des images que tu postes sur les réseaux, je vois à quel point la nature a une place primordiale dans ton univers. Elle y est mouvante, colorée, d’une grande richesse… Je suis curieuse de connaître ton histoire, ton lien, avec la nature. Peux-tu me raconter ?
Inbar Heller Algazi : Presque tous mes souvenirs sont des lieux. Ou plutôt, je me souviens des choses grâce aux paysages. Naturellement, quand un lieu me marque, je le dessine. Je pense que mon lien avec les dessins de nature a commencé par un manque. J’ai toujours habité en ville, dessiner les paysages était une manière d’y passer plus du temps. Et puis il y a eu cette découverte des nouveaux paysages à mon arrivée en France. Les forêts, les rivières m’ont beaucoup émue. J’avais l’impression de boire les paysages avec mes yeux. Chaque bout de mousse, chaque caillou…
Anne Terral : Je m’interroge toujours sur ce qui a forgé, nourri et fait grandir le ou les talents d’une personne. Parfois, c’est un terreau familial. Parfois, une rencontre dans l’enfance. Parfois, tout autre chose. Dans ton cas, que dirais-tu ? Qu’est-ce qui t’a conduit vers le dessin, et plus particulièrement vers la création de livres pour la jeunesse ?
Inbar Heller Algazi : Ça m’a pris du temps d’oser aller étudier l’illustration. J’ai travaillé en librairie, dans une école maternelle, comme assistante d’une artiste. Petit à petit j’ai pris le courage pour le faire. C’était pour moi l’équilibre parfait entre mon amour pour les mots et les livres, les enfants et le lien avec eux, et le dessin. Je me pose souvent cette question, comment un enfant arrive à sa passion, quand il y a le privilège immense de faire un travail qu’on aime.
Est-ce que c’est le coup de foudre pour Saint-François à Giotto à 10 ans ? Les livres jeunesse des années 60 qu’il y avait chez ma grand-mère, que je relus et relus mille fois ? (Elle Kari, la fille de Laponie, Noriko, la petite Japonaise) Les histoires que j’ai inventées en permanence dès que j’ai appris à parler ? C’est un tissage délicat de rencontres et du vécu…
Anne Terral : Le voyage semble avoir une place importante dans ta vie (ainsi que le suggère cette géniale illustration-paysage qui se déroule tout au long d’une feuille et que tu as appelée « Train » sur ton compte Instagram…) Par ailleurs, tu es née à Berlin, tu es de nationalités allemande et israélienne, et tu as vécu longtemps à Toulouse avant de t’installer à Paris. Quel rôle joue le voyage dans ta créativité ? En quoi le mouvement est pour toi source d’inspiration ?
Inbar Heller Algazi : Je pense que les immigrants acceptent de monter sur un pont en pensant qu’ils vont arriver à un autre rivage. Mais en réalité, on reste sur un pont. Ni ici ni là-bas, et ça prend du temps de voir la beauté de vivre ainsi.
Le voyage est peut-être un mot doux ? Je viens d’un pays qui est Israël, d’un régime qui vient de faire actuellement (mais pas que) les choses les plus terribles et inimaginables possibles. C’est un immense deuil, et tristesse et colère. Aussi parce que dans ces lieux qui sont Israël et Palestine, il y a des gens qui sont là qui me sont chers, que j’aime, et des paysages et langues aussi.
Je viens d’une famille très engagée, des activistes, d’un tout petit milieu de gauche pas sioniste. J’ai grandi pendant que mon père a monté avec ses amis le mouvement Ta’ayush, durant la deuxième intifada et Tarabut ensuite. Grandir là-dedans m’a marquée, dans ma vision des choses et de mon travail aussi.
Le mouvement, alors, je dirais, fait forcément partie de moi, et puis de mes choix créatifs.
Je ne peux pas me faire pousser des racines ici, mais je peux (j’espère) avec mes livres, les rencontres scolaires et les liens de mon métier, semer des graines.
Anne Terral : Une question courte : peux-tu me parler de ton prochain album ? Mon petit doigt m’a dit qu’il allait paraître en septembre prochain aux Fourmis Rouges… J’ai hâte !
Inbar Heller Algazi : Mon prochain album aux éditions des Fourmis Rouges sortira à la rentrée ! Il est différent des autres, et le plus personnel à ce jour. Le choix d’écrire des histoires pour enfants permet de faire des choses assez intéressantes par rapport à l’enfant qu’on était (et sa vie en nous). Je vais essayer de raconter sans trop dire : c’est l’histoire de Lou, qui vit dans un refuge d’animaux. Lou veut, plus que tout, avoir une peluche, une peluche de chat. Et il cherche quelqu’un qui va l’entendre, l’écouter.
J’avoue que je n’ai jamais pris tant de plaisir à dessiner les images d’un album… Entre les détails chargés du premier album et le minimalisme du deuxième, ici j’ai senti que j’avais trouvé un équilibre entre les deux. J’ai utilisé pour la première fois de la gouache acrylique et c’était un régal.
Anne Terral : À la fin de Moumoute et la boîte aux trésors (publié à l’École des loisirs en avril 2023), un crayon, cadeau magique, permet à Mouchka et à ses amis « tout-petits » de tracer des lettres et ainsi d’écrire une… lettre : un joli moyen d’effacer l’absence et d’entretenir cette belle amitié qui commence. Cette image m’a touchée. Quel est ton rapport à la lettre, à l’épistolaire, aux messages, aux lettres en somme, dans tous les sens du terme ?
Inbar Heller Algazi : Je fais partie des gens qui ont un rapport étrange avec les mots parce que j’ai choisi d’utiliser les mots de ma langue adoptive. J’écris en français. En français, je n’ai peur de rien (et peur de tout) parce que toute ma vie ici a commencé en disant « je ne sais pas ».
On oublie, adulte, à quel point c’est libératoire de dire cette phrase. De vivre avec les oreilles et les yeux sans pouvoir dire grand-chose.
J’avance doucement alors, je pèse et mesure les mots un par un avant de les poser dans ma bouche ou sur le papier. Je pense que c’est un des éléments qui me permettent d’écrire pour les enfants. Comme eux, j’ai appris le français il n’y a pas si longtemps. Ce n’est pas encore une évidence, et c’est merveilleux.
Dans Moumoute, je voulais aussi montrer aux enfants qui apprennent à lire qu’ils savent déjà lire. Ils lisent les visages et leurs regards, les paysages de leur vie, les voix…
Dans les livres j’ai posé des petits indices discrets — Le loup écrit des traces dans la terre, la lumière écrit des ombres à travers les feuilles des arbres. L’écriture et la lecture existent partout, sous plein de formes.
Écrire les lettres, l’alphabet, c’est une autre histoire d’amour. J’ai eu la chance d’avoir comme prof de calligraphie et graphisme Kitty Sabatier. Elle m’a appris beaucoup sur ce que j’appelle parfois le ballet du trait. Mon apprentissage avec elle est très présent dans mes mains, quand je dessine aussi.
Les lettres, celles qu’on envoie par la poste — j’ai toujours des timbres dans mon porte-monnaie, je pense que ça résume tout — j’ai mon lien avec cette forme de communication.
Anne Terral : Ton formidable Et si Nono (publié aux Fourmis Rouges en avril 2024) nous montre un personnage dont le doigt est coincé dans la pliure du livre que nous tenons entre nos mains. Il en découle tout un scénario, très ludique, autour du destin hypothétique de Nono. Dis-moi, chère Inbar, à l’intérieur de quel livre aimerais-tu rester coincée… toute ta vie ? 😉
Inbar Heller Algazi : J’aimerais, plus que tout, vivre dans les histoires de Natalia Ginzburg. Elle m’accompagne depuis que j’ai 14 ans, et j’ai toujours eu envie de rejoindre l’échange de lettres entre amis dans La Maison et la Ville… ou peut-être dans les phrases précieuses de Ocean Vuong, la lecture de son roman et ses poèmes m’a bouleversée, mais je conseille encore plus de simplement l’entendre parler. Il m’a accompagné ainsi pendant plusieurs trajets en train.
Inbar Heller Algazi : Trois questions pour toi, chère Anne. Dans ton dernier album paru chez Les Fourmis Rouges, tu évoques le sujet si délicat du deuil. En te lisant, je me suis demandé si, derrière cette histoire, il y avait une autre histoire, celle qui t’a amenée à décider de parler aux enfants de ce sujet souvent tabou ? (D’ailleurs, je me suis demandé si tu connaissais le métier de doula pour la fin de vie ? Il me fascine depuis un petit moment).
Anne Terral : Oui, tu l’as deviné, Inbar, il y a une histoire très personnelle derrière celle de Tortue, grand roseau et petit clou et je me rends compte d’ailleurs que, lorsque j’écris (album jeunesse ou autre), j’ai bien du mal « inventer » des événements que je n’ai pas moi-même vécus. En tout cas, je viens toujours puiser dans les émotions que j’ai pu ressentir face à telle ou telle situation traversée. Mon père est en effet mort brutalement quand j’allais avoir 9 ans, et cet événement a profondément marqué mon enfance et tout le reste de mon existence. Comme Castor, Loutre, Crapaud et Pô, les amis de Tortue, je suis passée moi aussi par toutes les étapes du deuil, dans l’ordre et le désordre : choc, tristesse, colère, déni, marchandage, acceptation…
Lorsque c’est arrivé, tous mes repères ont vacillé. Je ne savais plus vraiment dans quelle direction je devais avancer, si la vie même avait toujours un sens. Et je me souviens très bien que j’aurais aimé pouvoir lire un livre qui m’apporte un peu de réconfort, de sécurité, de soutien en posant des mots sur cette pagaille qui s’installait dans ma tête. Je cherchais un éclairage sur ce que je ressentais : la confusion dans mon esprit (liée au choc), la tristesse bien sûr, mais aussi la colère (que je m’expliquais mal) et mon refus de croire à l’impossible (un déni qui a duré bien des années !).
J’ai donc eu envie d’écrire ce livre qui m’avait tant manqué petite ! Une histoire (différente de la mienne cependant) qui déroule, à travers des personnages attachants (si subtilement représentés par Géraldine Alibeu), toutes les étapes du deuil et leur nécessité. Et qui révèle à quel point les émotions liées à la perte doivent être vécues et pleinement exprimées plutôt que niées ou refusées. Je voulais souligner aussi l’importance de l’amitié et de la créativité, avec cette idée que la sérénité et la joie refont toujours leur apparition au détour d’une mélodie !
Doula pour la fin de vie ? Oui, je connais ce métier, même si on évoque plus souvent le rôle des
doulas qui accompagnent les accouchements. Pas étonnant : on parle toujours plus facilement de la vie que de la mort ! La mort est vraiment un sujet tabou dans nos sociétés occidentales, alors que nous allons tous et toutes y être confrontés. C’est donc fondamental, je trouve, que des personnes formées à cet accompagnement particulier puissent aider un·e patient·e et sa famille à mieux accepter la fin, dans le cas d’une longue maladie, par exemple. Les doulas contribuent à mettre en place des rituels avec les proches, offrent une écoute bienveillante et ouvrent un espace de parole, ce qui permet aussi de s’approprier au mieux cette dernière étape.
Au fond, c’est ce que j’ai voulu faire à travers cet album : offrir la possibilité aux enfants, mais aussi, et surtout, aux adultes qui les accompagnent dans leur lecture, de parler de ce sujet trop souvent évité, de mettre des mots, ensemble, sur les émotions traversées, les questionnements, les peurs, etc. Pour que la mort leur devienne plus familière, plus abordable en quelque sorte, mais surtout pour qu’un échange fructueux puisse s’établir entre petits et grands, sachant que les adultes sont souvent bien plus frileux et plus intimidés par ce thème que les enfants !
Inbar Heller Algazi : Ma deuxième question est la suivante : tu écris pour adultes et pour enfants. Comment jongles-tu entre les deux ? Quels sont les différents processus de travail ? Se mélangent-ils ?
Anne Terral : En fait, je dois t’avouer que rien n’est clairement séparé dans mon processus de création : les projets, jeunesse et adulte, s’entremêlent constamment au fil de mon inspiration, de mes envies et de certaines « correspondances » entre les textes. Je me souviens par exemple que lorsque j’étais en train d’écrire ma fiction radiophonique autour de François Truffaut (une commande de France Culture, dont le texte est disponible chez Médiapop éditions), le fait de visionner de nouveau ses films et en particulier ceux autour de l’enfance (Les 400 coups, L’argent de poche, L’Enfant sauvage…) m’a donné envie d’écrire le texte de La Fille qui a décoché la flèche (magnifiquement illustré par Sande Thommen, chez Actes Sud jeunesse) : un album qui parle d’audace, d’émancipation, de confiance en soi sur le chemin, un peu sauvage, de l’épanouissement…
Et puis j’ai mis des années à écrire le quatrième roman adulte que je viens de terminer et qui va sortir en janvier 2026 aux éditions Verticales. De nombreux doutes sont venus interrompre son écriture, parfois sur de longues périodes. Et ce sont alors des idées d’albums jeunesse qui ont pointé le bout de leur nez comme pour venir me distraire et peut-être me reposer de l’écriture assez épuisante qu’impliquait ce roman. Des pauses bienvenues. Ces processus sont donc assez mélangés chez moi et se nourrissent les uns les autres, je pense…
Et puis je crois qu’au début d’un projet, je ne me dis pas vraiment : « Tiens, je vais écrire un livre jeunesse et sur tel ou tel sujet. » Dans ma tête, tout démarre souvent par des suites de mots, des agencements, des sonorités et, si tout se déroule plutôt bien, alors j’écris, je fonce, sans trop me poser de questions. Une fois que j’ai amassé cette matière, je retravaille tout cela. Ainsi, pour Tortue, grand roseau et petit clou, j’ai d’abord eu le début en tête : « Elle se nommait Tortue, comme tant d’autres qui lui ressemblaient trait pour trait. Elle se nommait Tortue, mais cette tortue-là était unique, comme chacune et chacun sur la terre. » Et ce n’est qu’après que je me suis dit : « Et si cette Tortue mourait, mais en prenant le temps de l’annoncer avant à ses amis ? Je pourrais écrire un livre jeunesse sur le deuil, mais aussi sur la transmission, le partage, etc. Je pourrais écrire ce livre qui m’a toujours manqué ! » En parallèle, j’étais en train d’écrire mon roman pour les adultes (celui qui va paraître chez Verticales donc), sur ce même thème du deuil (eh oui !), et j’ai d’une certaine façon jonglé entre ces deux projets à un moment donné, l’un éclairant l’autre et vice-versa. C’était joyeux et très enrichissant à vrai dire !
Inbar Heller Algazi : Je sais que tu viens de finir l’écriture d’un roman. Que fais-tu entre des projets pour retrouver des ressources pour la prochaine aventure ?
Anne Terral : Je danse hihi ! Sans rire, je danse, je marche, j’essaie de prendre l’air au maximum, j’ai besoin de mouvement ! Ce métier d’écrire peut-être tellement statique et solitaire qu’il est vital pour moi de bouger (je ne le fais jamais assez d’ailleurs) et de me promener dans les rues de Montmartre, dans une forêt, sur des sentiers de campagne, mais aussi parmi une foule, de voir des visages et d’entendre les mots, les anecdotes, les histoires des autres… Et puis, tu le sais bien, de nombreuses idées peuvent venir à l’esprit quand on marche, quand on avance et voyage : en traversant des paysages, on se nourrit de perspectives autres que sa table de travail. À ce sujet, je me souviens avoir beaucoup aimé le livre de Murakami, Autoportrait de l’auteur en coureur de fond, tu le connais ? Il raconte bien à quel point la course peut constituer un but en soi et devenir une vraie discipline de vie tout en permettant à l’inspiration de s’accélérer au rythme des pas. Je n’ai pas une telle discipline, hélas !
Ta question me permet de réfléchir à tout cela, car je me rends compte que je n’ai jamais vraiment connu de période dite « entre deux », étant toujours dans l’écriture d’un projet (du moins dans celle de ce roman adulte que je viens de finaliser et qui m’a occupé l’esprit pendant plus de… dix ans !). Là, je viens de rendre ce texte, donc, je n’ai pas encore d’idée pour un cinquième roman adulte, et en jeunesse, j’ai plusieurs débuts d’histoires dans mes tiroirs, mais aucun ne me happe complètement. Or j’ai besoin d’un vrai déclic pour écrire, besoin qu’une phrase me hante ou qu’un sujet me paraisse évident, incontournable, essentiel.
J’attends donc ce déclic et je sais qu’une période de vacances, une balade cet été, un plongeon dans la mer, une discussion sous les étoiles, une rencontre, mais aussi une sieste, un mur blanc, un soir d’ennui (l’ennui est un moteur pour moi, le creuset de mon inspiration !), bref, tout un temps de véritable lâcher-prise m’apportera une ou deux idées ! En tout cas je l’espère ;).
Merci Inbar pour tes questions ! Je te souhaite de passer un très bel été et peut-être de t’ennuyer un peu toi aussi…
Bibliographie jeunesse sélective d’Anne Terral :
- Tortue, grand roseau et petit clou, album illustré par Géraldine Alibeu, Les Fourmis Rouges (2024), que nous avons chroniqué ici.
- La fille qui a décoché la flèche, album illustré par Sande Thommen, Actes Sud Jeunesse (2023).
- Eddy, pirate maudit, roman illustré par François Maumont, Bayard Jeunesse (2022).
- Ce livre est-il heureux que tu le lises ?, album illustré par Amélie Fontaine, Actes Sud Jeunesse (2021).
- La préhistoire. 50 drôles de questions pour la découvrir !, documentaire illustré par Manu Boisteau, Tallandier (2019), que nous avons chroniqué ici.
- Léonard de Vinci. 50 drôles de questions pour la découvrir !, documentaire illustré par Frédéric Rébéna, Tallandier (2019), que nous avons chroniqué ici.
- Cléopâtre. 50 drôles de questions pour la découvrir !, documentaire illustré par Zelda Zonk, Tallandier (2018), que nous avons chroniqué ici.
- Suzanne a un truc, roman, Syros (2014).
- Les arts de la Renaissance sous François 1er, documentaire coécrit avec Edwart Vignot, Éditions Place des Victoires (2013), que nous avons chroniqué ici.
- Série Poussin !, albums illustrés par Bruno Gibert, Albin Michel Jeunesse (4 tomes, 2012-2013), que nous avons chroniqués ici.
Bibliographie d’Inbar Heller Algazi
- Refuge Mouchette, album, texte et illustrations, Les Fourmis Rouges (à paraître le 12 septembre).
- Série Moumoute, romans, texte et illustrations, L’école des loisirs (3 tomes parus, 2023-2025).
- Et si Nono, album, texte et illustrations, Les Fourmis Rouges (2024), que nous avons chroniqué ici.
- Une paillette dans l’iris, roman, illustration d’un texte de Charlotte Pons, Seuil Jeunesse (2024).
- Joséphine et les grandes personnes, roman, illustration d’un texte de Marie-Hélène Larose-Truchon, L’Arche Jeunesse (2024).
- Mon parc, album, illustration d’un texte de Camille Giordani, Actes Sud Jeunesse (2023).
- Le livre de Gill et Flop, album, texte et illustrations, Les Fourmis Rouges (2022).

Un article signé d’une partie de l’équipe de La mare aux mots.






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