Au programme de l’hebdo de cette semaine : deux albums, une BD, un roman et une invitée, Clarisse Lochmann.
En bref
Toujours enthousiaste et partant pour s’amuser, Loup est malheureusement aussi très maladroit. Chez lui, pour pallier les fuites du plafond qui goutte de partout, il a placé des seaux… qu’il ne pense à vider que quand ils ont suffisamment débordé pour qu’il ait les pieds mouillés. S’il adore cuisiner, il a tendance à oublier ses plats dans le four et finit régulièrement devant un plat de pâtes. Il a beau essayer de cultiver des légumes dans son jardin, rien ne pousse – et il n’est pas rare que ceux qu’il trouve au marché tombe du panier sur la route du retour. Le sport ne lui réussit pas non plus – du moins, pas autant que le canapé ou le transat – et alors pour attraper des petits chaperons ce n’est pas la peine de compter sur lui. C’est simple, on l’appelle Loup loupe tout. D’ailleurs, il rate souvent le bus et c’est en se perdant dans la forêt qu’un jour il rencontre une ourse qui lui ressemble bien plus qu’on ne pourrait le croire, puisqu’on l’appelle l’Ourse qui ne réussit rien. Iels passent l’après-midi à tenter de pêcher un poisson, s’amusent dans l’eau et rient beaucoup, avant de partager un délicieux plat de spaghettis !
Mon avis
Pas facile d’être maladroit et de ne pas pouvoir commencer quelque chose sans fausse note. Pour autant, Loup ne se laisse pas abattre et persévère toujours. Ce n’est pas sa faute après tout ! Mais quand il rencontre Ourse, tout change : il n’est plus seul. Et effectivement, avec elle, il peut rire de leur situation, des petits couacs, parce que tout a un goût différent quand on partage un moment avec un·e ami·e. Les illustrations de Violette Grabski sont toutes douces, espiègles et joyeuses. Loup loupe tout est un album pétillant, jovial et positif qui parle de ces amitiés qui naissent du hasard et semblent évidentes, et surtout, qui rappelle l’importance de persévérer pour prendre confiance en soi et s’accepter tel que l’on est.
En bref
Pour Théo, c’est l’heure de rentrer. Mais pas facile de quitter l’aire de jeux du parc, surtout qu’il y a aussi Lili. Un dernier tour de toboggan, puis on rentre, c’est promis. Sur le chemin du retour, alors que sa mère prononce son prénom, Théo commence à s’interroger sur les noms. Pourquoi il s’appelle Théo et pas Fichteflou ? C’est joli Fichteflou.
Mon avis Clarisse Lochman (voir ci-dessous) nous régale une nouvelle fois avec un album magnifiquement illustré dans son style bien à elle. Cette fois-ci, elle nous présente un enfant qui s’interroge (comme beaucoup d’enfants) sur le nom qu’on donne aux personnes et aux objets. Bientôt, grâce à l’adulte qui accepte de jouer le jeu, les mots seront repensés et on entendra fuser des « Nani skapu » et autres « Kasti lalou pilé ». C’est un bonheur que de lire le dialogue entre l’enfant et sa mère et de voir l’adulte redevenir une enfant (qui sera rappelée à l’ordre par le gardien du parc), et l’on a envie de continuer leur jeu après avoir refermé l’album. Petit plus, l’album est particulièrement soigné avec son papier épais et son dos toilé. La maison d’édition Versant Sud soigne toujours autant le contenu que le « contenant », chaque chose est joliment pensée (jusque dans la typo).
En bref
Holly, dix ans, et sa petite sœur Molly, huit ans, vivent dans le patelin d’Azurbourg. Dans leur monde, la magie n’est plus qu’une vieille relique : elle a été remplacée par des inventions techniques. Et, de l’avis général, c’est tant mieux ! Les mages sont mal vu·es, on les pense dangereux·ses et fourbes. Mais un jour, un peu par hasard, les deux sœurs entrent en possession d’un tarot magique. Commence alors pour elles une série d’aventures dans un monde qui se révèle toujours plus étonnant et complexe.
Mon avis Ce premier tome d’Holly Molly m’a beaucoup plu, tant par ses illustrations colorées et joyeuses que par son rythme, son univers, ses personnages. Dans un cadre à l’apparence douce et bucolique, les péripéties des deux sœurs – et de celleux qu’elles rencontrent en chemin – dévoilent en réalité un monde plein de nuances, avec des aspects violents. J’ai trouvé que cette BD mélangeait brillamment une forme de cosy fantasy avec de l’action entraînante, jamais ennuyeuse. C’est très prometteur pour la suite !
En bref
La famille Hollister est au comble de l’excitation : elle emménage dans une nouvelle maison ! Seulement, la camionnette transportant les jouets des enfants et la mallette contenant les inventions du père de famille disparait. Les frères et sœurs Hollister sont bien décidé⸳es à lever le mystère sur cette affaire, tout en explorant leur nouvelle maison qui semble remplie de secrets !
Mon avis Quel chouette roman ! S’il y a bien une chose qui caractérise les ouvrages de la maison d’édition Novel, ce sont ces familles nombreuses que l’on retrouve à chaque fois ! Suivre les aventures de frères et sœurs, qui sont tous et toutes différent⸳es mais complémentaires, est toujours très divertissant. C’est le cas une fois encore avec La Famille Hollister, où les enfants vont vivre tout un tas de petites aventures ensemble. J’ai passé un très bon moment avec ce roman qui, au-delà de son côté très jeunesse et rafraichissant, parvient à aborder différents thèmes complexes de manière assez légère. La plume est fluide et facile à lire, ce qui permet aux plus jeunes comme aux plus grand⸳es de dévorer cette histoire ! Les personnages sont attachants (enfin, presque tous) et l’intrigue est efficace : impossible, en somme, de s’ennuyer !
L’invitée de la semaine
Cette semaine, c’est Clarisse Lochmann qui est l’invitée de notre interview. J’avais envie d’en savoir plus sur elle, sur son travail et sur Fichteflou qui vient de paraître aux éditions Versant Sud (voir ci-dessus).
Comment est né l’album Fichteflou ?
Fichteflou part du plaisir enfantin de parler le « n’importe quoi ». Pas tout à fait n’importe quoi d’ailleurs, car on peut saisir s’il s’agit d’une expression de joie ou de colère, d’une question ou d’une affirmation, etc.
Dans ce livre, il y a une bascule du langage réel au langage imaginaire. Il y a aussi une bascule de l’espace familier (le parc) à l’espace imaginaire (l’intérieur de la cabane). Les murs et le plafond de cette cabane semblent avoir été poussés pour en agrandir l’espace. Ils sont repoussés comme les horaires et choses à faire, qui pressent la maman au début de l’histoire : « Théo, Théo, Théo, on va rentrer. […] Théo, Théo, Théo, on a encore plein de choses à faire. »
À force d’entendre son prénom répété de nombreuses fois, Théo s’attarde sur la sonorité des syllabes, se demande pourquoi il s’appelle comme ça. Pendant un long moment, je ne savais pas comment faire démarrer l’histoire. Elle a pris forme avec ce questionnement sur le prénom, qui permettait ce passage du langage réel au langage imaginaire.
Est-ce que vous pourriez nous dire quelques mots sur votre précédent album, Josette, qui était également une merveille ?
Cette histoire se déroule pendant les vacances d’été. Deux enfants passent l’après-midi chez Josette. Il fait très chaud lorsque l’un des deux enfants essaie de se souvenir ce que ça fait, la sensation d’avoir froid. Ses pensées lui rappellent l’hiver et il a l’idée de fêter Noël, là maintenant. Josette se prend au jeu : ils font un sapin, mettent des vêtements chauds, emballent des objets sous du papier… Dans cette histoire, le jeu est à l’initiative d’un enfant et, en même temps, l’adulte s’enthousiasme. C’est un point commun avec Fichteflou, même si, dans Josette l’écart d’âge est encore plus grand.
J’ai parfois essayé de garder en tête des détails de scènes d’été, me disant que ça serait marrant d’y repenser lorsque l’hiver serait bien installé, qu’il ferait froid et qu’à ce moment-là l’idée d’avoir chaud me semblerait surréaliste. Lorsque j’ai entendu parler de cette histoire (qui s’est vraiment passée), je me suis dit que c’était une anecdote rigolote pour aborder ce jeu de bascule des saisons. J’ai alors rencontré Josette et lui ai demandé si elle était d’accord pour que j’essaie de faire ce livre.
L’intérêt du jeu est basé sur un simple décalage dans le calendrier. On n’a rien à célébrer officiellement aujourd’hui ? Bah on va faire comme si ! On n’a pas de cadeaux ? Alors, on va emballer des objets de la maison avec du papier ! Cette histoire peut aussi interroger la notion de rite, ce qu’on fait sans plus tellement y réfléchir. C’est aussi parce qu’il existe des saisons différentes et leurs sensations propres que ce jeu de bascule de sensations opposées peut exister (la perte des saisons ne permettrait plus cela).
Je profite de cette occasion de parler de Fichteflou et Josette pour saluer le travail des éditions Versant Sud, la qualité de réalisation de leurs livres (notamment Fichteflou qui a ce joli dos toilé).
J’aime énormément votre travail d’illustration. Pouvez-vous nous parler de votre technique, si singulière, et nous dire comment elle est née ?
Pour mes premiers livres, j’ai fait des dessins au crayon sur lesquels j’ai ajouté des encres ainsi que des formes créées à l’ordinateur. Pour mes dernières parutions, je n’ai pas laissé les crayonnés apparents ni ajouté de formes numériques. Les illustrations ne sont pas très précises, comme myopes, et il faut un petit temps pour distinguer les éléments représentés.
Comment naissent vos histoires ? Des illustrations ou c’est d’abord le scénario ?
Souvent, ça commence avec l’envie d’aborder un sujet, une chose que j’aime bien, que je trouve amusante ou qui me questionne. Puis je commence à réfléchir à l’histoire, en mêlant mots et dessins. Par exemple, pour le livre La Passoire, je voulais parler de la présence fugace des souvenirs de rêves. J’ai commencé à dessiner un décor de nuit, avec des petits points pour dessiner les étoiles. Ces petits points dessinés m’ont fait penser à une passoire, ustensile qui est devenu vraiment important pour l’histoire, jusqu’à en définir le titre. Textes et croquis se tricotent donc ensemble jusqu’à ce qu’on valide un chemin de fer avec l’éditeur·ice. Ensuite, je passe aux illustrations à l’encre.

Pour la plupart de vos albums, vous êtes autrice et illustratrice, mais, parfois, vous illustrez les mots de quelqu’un d’autre, vous aimez alterner les deux « exercices » ?
Lorsque j’imagine des illustrations pour un texte élaboré par une autre personne, je ne fonctionne en effet pas comme expliqué ci-dessus. J’essaie de retranscrire l’atmosphère du texte, éventuellement aussi d’écrire un peu par l’image, en ajoutant des éléments non mentionnés dans le texte, par exemple.
Vous faites beaucoup d’ateliers, qu’est-ce que ça vous apporte pour la création ?
Les ateliers me permettent de rencontrer le public principal et supposé des livres jeunesse (même si les albums illustrés accueillent tous les âges). C’est étonnant pour moi de découvrir les réactions des enfants face à mes livres, par exemple de sentir l’interrogation à la lecture de Josette ou encore d’entendre les rires rythmés pendant la lecture de Charlie et Basile. J’apprends aussi beaucoup de la spontanéité des enfants lorsqu’ils peignent et dessinent. J’aime leurs tracés francs au crayon de papier.
Indirectement, les ateliers sont aussi un apport pour la création, puisqu’ils constituent une source de revenu financier qui me permet de me dégager du temps pour la création par ailleurs.

Quelles étaient vos lectures d’enfant ?
Récemment, j’ai eu le livre Le Mariage de cochonnet entre les mains. Je l’avais oublié. En le revoyant, les illustrations me sont apparues vraiment familières. Je me suis souvenu que je les avais beaucoup aimées enfant, que j’avais dû longtemps les regarder et donc m’en imprégner. Je me souviens aussi de La Petite Taupe qui voulait savoir qui lui avait fait sur la tête, Chien bleu… En lecture seule un peu plus tard, j’étais très fan de Tom-Tom et Nana.
Et actuellement, y a-t-il des illustrateurs et des illustratrices dont le travail vous touche ou vous inspire ?
J’aime le travail de la couleur qui se dégage des illustrations de Junko Nakamura, Camille Meyer, Mari Kanstad Johnsen. Je crois que ce qui me touche, c’est que ces images me donnent l’impression d’avoir été faites rapidement (même si j’ai conscience du fait que cet effet de vivacité peut se révéler être le fruit d’un très long travail).
Des projets à venir ?
Je travaille avec joie sur Le Manteau, un livre qui paraîtra en mars 2026.
Bibliographie :
- Fichteflou, album, texte et illustrations, Versant Sud (2025), chroniqué ci-dessus.
- Josette, album, texte et illustrations, Versant Sud (2024), que nous avons chroniqué ici.
- Charlie et Basile, album, texte et illustrations, MeMo (2024).
- Même les crocodiles n’ont pas sommeil, album, illustration d’un texte de Stéphanie Demasse-Pottier, Cépages (2022).
- Fin d’été, album, illustration d’un texte de Stéphanie Demasse-Pottier, L’étagère du bas (2021), que nous avons chroniqué ici.
- La Passoire, album, texte et illustrations, L’Atelier du Poisson Soluble (2020), que nous avons chroniqué ici.
- Dans la file, album, texte et illustrations, L’Atelier du Poisson Soluble (2019), que nous avons chroniqué ici.
Retrouvez Clarisse Lochmann sur son site : https://www.clarisselochmann.com.

Un article signé d’une partie de l’équipe de La mare aux mots.


