Au programme de l’hebdo de cette semaine : trois albums, un roman et une invitée, Sandrine Beau.
En bref
C’est une belle matinée d’été et Alf a rendez-vous dans la forêt avec son ami. Sur le chemin, il profite de la douceur et de la perfection de la nature : un lac aussi lisse qu’un miroir, des carpes ondulant paisiblement sous l’eau, le soleil qui réchauffe le visage… Mais le moment est venu de retrouver Orel, son ami, un géant de branches et de feuilles. Alors qu’ils dégustent une délicieuse tarte aux myrtilles chez Alf, la pluie, le brouillard et la brume viennent leur rendre visite et c’est alors une aventure extraordinaire qui commence…
Mon avis Jeanne Macaigne fait partie de ses illustrateur·rices qui parviennent à abolir la distance existant entre nous, les humain·es, et la nature. Son dessin enveloppant, foisonnant, grouillant de vie, place ses personnages au cœur des éléments et vient parfois même les métamorphoser pour gommer les frontières entre les animaux humains et non humains (dans Un drôle de lundi, par exemple, Nena se transforme en fourmi). Ici, tantôt Orel rapetisse pour devenir un petit enfant comme Alf, tantôt Alf se couvre de végétation pour intégrer le monde d’Orel. Tous deux vont accompagner la forêt dans la ronde des saisons, de l’automne qui approche jusqu’au retour de l’été, en passant par le silence sourd de l’hiver. Chaque saison se manifeste d’ailleurs très littéralement dans l’histoire : les animaux apportent des courges et des champignons sur leur dos pour annoncer l’automne, le Froid de l’hiver porte des souliers de glace qui gèlent le lac, et ainsi de suite. Tout cela se fait dans un joyeux bazar bucolique et psychédélique où la fluidité règne en maîtresse ! J’ai tendance à voir des références à Maurice Sendak et Max et les maximonstres un peu partout (peut-être à tort) et ma lecture d’Alf et Orel n’a pas fait exception. Cet enfant qui s’aventure loin de chez lui pour découvrir les joies d’une liberté qui fait éclater les barrières existant entre le réel et l’imagination, le temps qui s’étire et finit par s’évaporer, le retour dans la chaleur réconfortante d’un foyer où l’attendent ses parents… Max a encore trouvé un digne héritier en Alf !
En bref
Une bande de huit matous gourmands et malicieux lorgnent fascinés sur le train à vapeur de Maître Chien. Ils élaborent ainsi un plan ingénieux pour y monter. Mais, une fois à bord, entre le charbon à enfourner, le train à manœuvrer et leur estomac affamé, les choses ne se déroulent pas comme prévu… Parviendront-ils à leurs fins (et faim !) ? Vous n’êtes pas au bout de vos surprises !
Mon avis « Tchou-tchou », embarquez à bord du train à vapeur de Maître Chien pour ce quatrième volume des Matous filous. Ces derniers, fidèles à leur réputation, ne cessent, une fois encore de nous faire rire. En effet, ingéniosité, débrouillardise et espièglerie sont toujours au rendez-vous. Certes, Le scénario est simple et se répète d’une histoire à l’autre. Mais cette simplicité provoque une hilarité sans pareille. Entre les bouilles identiques de nos matous filous, l’emploi de savoureuses onomatopées, les situations totalement rocambolesques et loufoques, les remontrances du patron, etc., c’est drôle à souhait et un régal à lire à voix haute. Les illustrations ajoutent, elles aussi, leur lot d’humour et on ne peut pas rester de marbre devant ce crayonné plein d’une gaieté contagieuse. Bref, on ne s’en lasse pas et on attend le prochain volume avec impatience ! Addictif, je vous dis !
En bref
Allongée sur son canapé, le visage crispé et le téléphone près d’elle, elle déclare qu’elle déteste attendre. Sa grand-mère ne répond pas, est-elle endormie dans son fauteuil ? Peut-être a-t-elle juste un petit truc à finir avant de répondre… La voilà maintenant qui attend l’ascenseur… Arg attendre, toujours attendre… Mais que se passe-t-il dans l’ascenseur pour qu’il ne soit pas là ?
Mon avis L’héroïne de Je déteste attendre, le nouvel album d’Einat Tsarfati (publié par Cambourakis) ne manque pas d’imagination. Parce que sa grand-mère ne répond pas au téléphone, elle l’imagine faire virevolter de la pâte à pizza, jouer de l’accordéon ou réaliser de grandes sculptures. Si l’ascenseur est un peu trop long à arriver, son esprit voit des plantes géantes qui envahissent tout et bloquent le mécanisme. Plusieurs autres situations (à l’arrêt de bus, dans une salle d’attente, au restaurant et à la caisse d’un supermarché) seront l’occasion pour elle d’imaginer des choses toutes plus farfelues les unes que les autres. Véritable ode à l’imaginaire (bien utile quand on s’ennuie), cet album est magnifiquement illustré. Les planches ne manquent pas de détails et l’on se régale devant les attitudes des animaux de compagnie de la petite fille ou les décors des lieux qu’elle visite. Et si nos yeux se régalent, on prend également énormément de plaisir à lire à voix haute les petits agacements de l’héroïne impatiente.
En bref
Savannah se réveille à moitié enterrée au beau milieu du désert australien, avec son père inconscient à ses côtés. Elle ne se souvient de rien, sinon qu’elle voyageait en van avec ce dernier. Pour survivre, la jeune fille ne peut compter que sur elle-même.
Mon avis Quelle belle surprise que ce roman ! Les thrillers destinés à la jeunesse ne sont pas à sous-estimer, Prisonnière du désert en est la preuve. Dès les premières pages, nous sommes plongé⸳es dans une ambiance oppressante et glaçante où la vie ne tient qu’à un fil. Comme Savannah, nous cherchons à comprendre comment et pourquoi elle et son père se sont retrouvé⸳es dans cette situation. Le côté désert et Australie rajoute une bonne dose de frissons : voir des personnages évoluer dans un environnement hostile est toujours particulièrement captivant. De plus, Savannah est une héroïne très intéressante à suivre. C’est une adolescente qui, malgré ses insécurités et ses traumatismes passés, fait preuve d’un immense courage et d’une détermination à toute épreuve. À travers elle sont abordés de nombreux sujets tels que les difficultés et émotions liées à l’adolescence, mais aussi et surtout le harcèlement. Sans couper l’intrigue, cela y ajoute au contraire une profondeur bienvenue qui vient se mêler à l’histoire principale. Prisonnière du désert est donc un roman sensible et brutal, qui ne laisse pas indifférent⸳e et qui, bien que relativement court, nous immerge complètement dans son univers !
L’invité de la semaine
Cette semaine, on a proposé à Sandrine Beau de répondre à trois questions à propos de son roman, Prisonnière du désert.
Comment est né Prisonnière du désert ?
Je cherchais une idée pour démarrer un nouveau thriller et je coinçais un peu (j’ai déjà exploré pas mal de thèmes dans mes romans précédents). C’est Nathan, l’amoureux de ma fille Loli, qui m’a raconté une histoire vraie qui s’est déroulée en Australie, il y a quelques années. Celle d’un homme, enterré vivant dans le désert et qui a survécu pendant plus de soixante-dix jours, seul dans cet environnement hostile.
J’ai tout de suite eu en tête la scène d’ouverture de mon thriller, avec Savannah qui reprend conscience dans le noir complet, et réalise qu’elle est enterrée…
Pourquoi avoir choisi d’aborder le thème du harcèlement en plus de l’aspect survivaliste du récit ?
C’est une thématique qui me touche particulièrement, comme tout ce que je trouve injuste. J’ai entendu tant de témoignages d’enfants, d’adolescents, de récits d’adultes, de parents également, qui ont vécu des situations atroces, que je ne peux pas ne pas parler de ce sujet. On voudrait tellement que les choses changent ! Alors, je ne sais pas si un roman peut faire évoluer les comportements, mais c’est ma façon à moi d’apporter un petit caillou à l’édifice.
Avez-vous rencontré des difficultés dans l’écriture de cette histoire ?
J’ai surtout passé énormément de temps à me documenter sur l’Australie et l’Outback, un pays que je ne connaissais pas et où je ne suis jamais allée. J’ai lu des tas d’articles sur le sujet, je suis allée sur des blogs de voyageurs et voyageuses, qui racontaient leur road trip dans le désert, j’ai écouté des podcasts, regardé des reportages, pour avoir l’impression de « connaître » ce pays où se déroulait mon histoire.
Pour tout ce qui concerne la thématique du harcèlement, j’ai fait sensiblement la même chose.
C’est un roman qui m’a demandé un travail de recherches, en amont de l’écriture, vraiment important. C’est une étape essentielle pour moi, parce qu’elle permet ensuite de plonger les lecteurices au plus près de la réalité.
Bibliographie sélective
- Prisonnière du désert, roman, Alice Jeunesse (2025), voir chronique ci-dessus.
- Terreur sur le lac, roman, Bayard Jeunesse (2023).
- Théa te hait, roman, Alice (2023).
- Le jour où je suis mort, et les suivants, roman, Alice (2020), que nous avons chroniqué ici.
- Peur dans la neige, roman, Mijade (2019).
- Mademoiselle Alice qui inventa le cinéma, roman illustré par Cléo Germain, Belin Jeunesse (2016), que nous avons chroniqué ici.
- Je suis une lionne, album illustré par Gwenaëlle Doumont, Philomèle (2013), que nous avons chroniqué ici.
- L’Ogre qui n’avait peur de rien, album illustré par Soufie, Éditions des Braques (2013), que nous avons chroniqué ici.
- Quand on sera grands, album illustré par Nicolas Gouny, Les P’tits Bérets (2013), que nous avons chroniqué ici.
- La girafe en maillot de bain, album illustré par Maud Legrand, L’élan vert (2013), que nous avons chroniqué ici.
- Le soleil sur la colline, album illustré par Nicolas Gouny, Gargantua (2013), que nous avons chroniqué ici.
- L’étrangleur du 15 août, roman, Oskar Éditeur (2012), que nous avons chroniqué ici.
- Des crêpes à l’eau, roman illustré par Sandrine Kao, Grasset (2011), que nous avons chroniqué ici.
- L’hippopotin, roman illustré par Hajnalka Cserhati, Talents Hauts (2011), que nous avons chroniqué ici.

Un article signé d’une partie de l’équipe de La mare aux mots.






