Au programme de l’hebdo de cette semaine : trois romans et deux invité·es pour notre rubrique Du berger à la bergère : Catherine Louis et Andrée Prigent.
En bref
Après sa mauvaise expérience avec l’ancienne amoureuse de son père, Malaïka est heureuse : il a retrouvé l’amour avec Sophilomène et cette dernière n’a aucun souci avec la jeune fille et son petit frère, bien au contraire ! Bientôt, il est même question d’emménager toustes ensemble. C’est là que Malaïka comprend que le problème ne sera finalement pas sa belle-mère, mais ses jumelles, qui ne semblent pas ravies de devoir partager leur chambre avec une nouvelle sœur, ni leur mère avec un nouvel amoureux. Posters gribouillés, affaires qui disparaissent, atroces odeurs qui apparaissent, elles ne manquent pas d’idées pour tenter de faire fuir celui qu’elles considèrent comme un intrus. Pour Malaïka, qu’une seule solution : tout faire pour que les jumelles réalisent leur rêve de rejoindre l’école de skate de Californie.
Mon avis Après l’avoir vue tenter d’échapper à son horrible belle-mère dans Ma moche-mère et moi, puis découvrir les secrets de son nouveau beau-père dans Mon moche-père et moi, on retrouve cette fois Malaïka en prise avec des adversaires de son âge, et cette fois encore on ne s’ennuie pas une seconde. On rigole beaucoup de jeux de mots – notamment dans le choix des noms des personnages – mais aussi des idées farfelues que peuvent avoir Myrtille et Bergamote pour tenter de détourner leur mère de David. Un roman bourré d’humour qui met en avant les familles recomposées et les problématiques qu’il peut y avoir parfois. Bien que c’est une suite, ce livre peut se lire indépendamment des autres.
En bref
C’est l’été. Comme chaque année, Teresa, 12 ans, vient passer du temps dans la maison de vacances familiale en compagnie de ses parents. Sur place, elle retrouve ses ami·es qu’elle n’a pas vu·es depuis les dernières vacances et qui lui semblent avoir tellement changé. Notamment Tommaso, qui lui paraît si grand maintenant, et ses amies Maria Vittoria et Sofia qui lui semblent si ado, alors qu’elle pense ressembler toujours à un enfant. Malgré ça, Teresa se dit que cet été sera comme tous les autres étés… Mais bientôt, elle fait la rencontre d’Agata.
Mon avis C’est un joli roman estival que nous propose Flore Manni. Dans Comme des cigales on fait la rencontre d’une ado complexée qui va bientôt tomber amoureuse (attention un divulgâchage arrive…) d’une autre fille. Ici, sur fond de vacances en Toscane où les ados se retrouvent, on parle surtout des premiers émois amoureux, et, en l’occurrence, d’un amour pour quelqu’un du même genre que soi. Bien sûr, il est aussi question de cette période entre l’enfance et l’adolescence, de l’impression que les autres nous semblent grandir plus vite que nous, des amitiés fortes, des relations compliquées avec les parents (qui ne comprennent jamais rien)… C’est très joliment écrit, très doux, le personnage de Teresa est attachant et touchant avec ses maladresses, ses révoltes, sa passion.
En bref
Quatre adolescentes habillées de peaux de bête et escortées par des loups : c’est la rencontre que fait Rhi un matin au cœur de la forêt. Qui sont ces jeunes femmes qui ne semblent jamais avoir connu la civilisation ? Sont-elles réellement des princesses venues d’un autre monde, comme elle semble le croire, ou bien les victimes d’un lavage de cerveau ? Si Rhi a à cœur de leur venir en aide et de les aider à s’intégrer dans leur nouvelle vie, ses certitudes vacillent lorsqu’elle assiste à des phénomènes étranges qu’elle peine à expliquer et qu’un lien aussi puissant qu’indestructible se crée entre elle et les filles.
Mon avis The wilderness of girls est le genre de roman qui vous marque au fer rouge. C’est le genre de récit qui, une fois entamé, est impossible à lâcher. Le genre d’histoire qui vous retourne, vous bouleverse, vous révolte et vous apaise tout en même temps. Si la narration est menée d’une main de maîtresse par Madeline Claire Franklin, le grand point fort de ce roman est, et de loin, les personnages. Qu’il s’agisse de Rhi, des quatre « sauvageonnes », tel que les jeunes filles de la forêt seront nommées par la presse, ou les individus qui se greffent peu à peu à leur histoire, tous sont extrêmement bien construits et intéressants et donnent toute sa matière et sa complexité à l’histoire. À travers eux se développent de nombreuses thématiques liées à la sororité, à la féminité et au féminisme, mais aussi à la lutte contre le patriarcat, à l’image des femmes dans la société, au lien que l’humanité entretien avec la nature et aux croyances. Tant de sujets qui vont tisser un récit fort sur le destin de ces adolescentes que la vie a malmené, jusqu’à brouiller la frontière entre le surnaturel et la réalité. The wilderness of girls est un roman fort et percutant sur la condition des femmes dans une société qui les déteste, mais aussi sur la magie et la puissance des liens entre des personnes qui se choisissent et décident de lutter ensemble, quoi qu’il en coûte.
Les invitées de la semaine
Cette année encore, on vous propose tout l’été notre rubrique Du berger à la bergère, un rendez-vous qui vous plaît beaucoup — vu vos retours — et qu’on aime beaucoup nous-mêmes. Tous les mercredis jusqu’à la rentrée, ce sont des auteur·trices et des illustrateur·trices qui posent trois questions à une personne de leur choix. Puis c’est à l’interviewé·e de poser trois questions à son tour à son intervieweur·euse d’un jour. Élo et Krocui, Anne Terral et Inbar Heller Algazi, Marion Piffaretti et Héloïse Solt, Maëlle Desard et Martin Meyronne, Clémence Sabbagh et Jean-Baptiste Drouot, cette semaine c’est Catherine Louis qui a choisi de poser ses questions à Andrée Prigent ! Cette fois, les questions sont les mêmes pour les deux. Explication de Catherine Louis : « Quand Andrée a reçu ses questions, elle m’a dit pourquoi, tu me poses ces questions-là ? Alors j’ai répondu : c’est parce que je me les pose à moi aussi. Alors, on a décidé de répondre aux mêmes questions ! »
Catherine Louis : Vu notre âge avancé (je rigole) est-ce que, parfois, tu te fais une liste des choses que tu aurais envie de faire avant de t’arrêter un jour ? Ou plutôt, les choses que tu n’as plus du tout envie de faire ?
Andrée Prigent : Oh déjà, je ne pense pas m’arrêter un jour, je suis trop au présent.
Alors, toutes les choses que j’ai envie de faire, j’essaie de les faire même si à nos âges (hihi) on remarque que le temps file plus vite. C’est bizarre.
Et depuis un moment déjà, je ne prends plus les projets qui m’ennuient. Plus de temps pour ça.
Catherine Louis : Aujourd’hui, est-ce que tu te dis que tu aurais aussi pu faire une autre carrière ? Depuis que je t’ai entendu chanter avec ton ukulélé, je me suis dit que tu avais encore plein de choses à expérimenter ! Est-ce qu’il y a vraiment un métier autre que tu aurais voulu exercer ? Auquel tu as souvent rêvé ?
Andrée Prigent : Toute petite, je voulais être laitière. Car une dame qui s’appelait Yvette passait avec sa grande voiture vendre son lait dans un quartier de Brest. J’aimais ce geste qu’elle faisait en versant le lait avec sa grande louche. Je ne suis pas devenue laitière.
C’est vrai que je chante souvent avec mon ukulélé. C’est assez récent, je le fais, car la musique et le chant me permettent d’être en harmonie avec les enfants et j’ai découvert le plaisir d’écrire des chansons.
Il y a plein de métiers qui me plaisent…
Tenir un petit restaurant avec plein de livres dedans, élever des chèvres ou des moutons.
Mais je vous avoue que j’aime beaucoup ce métier d’auteur, illustratrice. Je cuisine les couleurs et les moutons me donnent des idées d’histoire. Je suis en train d’écrire encore une histoire de mouton.
Catherine Louis : Est-ce que, parfois, tu arrives à penser à autre chose qu’à ce que tu es en train de créer ? En jardinant, en faisant la cuisine, en pédalant…. Qu’est-ce que tu te racontes dans ta tête ?
Andrée Prigent : Oui, quand je grave, par exemple, mon geste est concentré, mais ma tête peut s’en aller ailleurs. Et j’ai remarqué que, quand une personne m’appelle dans ces moments là, elle s’excuse, car ma voix semble endormie. Je suis juste ailleurs.
Quand je suis en train d’écrire une histoire, elle me suis partout, elle est là sur le porte-bagages avec les fruits et les légumes. Mais elle dort de temps en temps, heureusement.
Catherine Louis : Un conseil pour les enfants qui veulent devenir illustrateur-trice.
Andrée Prigent : Avoir un petit carnet pour dessiner, recopier, s’amuser… Et savoir aussi ne rien faire pour regarder, pour écouter.
Quand on s’ennuie, la tête fabrique des histoires.
Catherine Louis : Vu notre âge avancé (je rigole) est-ce que, parfois, tu te fais une liste des choses que tu aurais envie de faire avant de t’arrêter un jour ? Ou plutôt, les choses que tu n’as plus du tout envie de faire ?
Catherine Louis : Des listes, j’en fais tout le temps, presque tous les jours, quand je suis devant une montagne de petites choses à faire, je suis comme paralysée, le fait de les écrire me permet ensuite de faire des choix.
Je mélange un peu les listes du travail et les listes personnelles et les listes de courses, mais ça me plaît bien. Je me suis même dit un jour qu’il faudrait que je fasse un carnet qu’avec mes listes.
C’est parfois en pensant à une image que je pense au fait de devoir acheter les oignons, par exemple, mais, en gros, il est vrai que je choisis vraiment ce que j’ai envie de faire aujourd’hui. Si on me demande de faire un livre sur les robots, je refuserai, il y a aussi des sujets dont je n’ai pas envie de parler.
Catherine Louis : Aujourd’hui, est-ce que tu te dis que tu aurais aussi pu faire une autre carrière ? Depuis que je t’ai entendu chanter avec ton ukulélé, je me suis dit que tu avais encore plein de choses à expérimenter ! Est-ce qu’il y a vraiment un métier autre que tu aurais voulu exercer ? Auquel tu as souvent rêvé ?
Catherine Louis : Alors, là aussi j’ai posé la question à Andrée, car ça me travaille pas mal. J’ai toujours aimé chanter, je l’ai fait un peu sérieusement et, depuis un moment, j’ai laissé tomber, car on ne peut pas tout faire. Mais quand je vais écouter une chanteuse, je me dis
« Qu’est-ce que ça doit être bien de pouvoir sortir sa voix comme ça ». Chanteuse d’opéra, je trouve que c’est de l’art total et j’admire beaucoup. Sinon, en réfléchissant bien, je trouve que j’ai fait un métier un peu trop solitaire. Même si j’aime beaucoup ça, j’aurais plus envie d’être en contact particulièrement avec des enfants. Là je suis comblée puisque je m’occupe des miennes de petites filles, et j’adore les voir, bricoler, dessiner, inventer…
Catherine Louis : Est-ce que, parfois, tu arrives à penser à autre chose qu’à ce que tu es en train de créer ? En jardinant, en faisant la cuisine, en pédalant… Qu’est-ce que tu te racontes dans ta tête ?
Catherine Louis : Mais alors ces questions que je pose ! Quelle idée ! Eh bien, moi, je pense que les idées elles viennent plus en faisant la cuisine et le jardin que devant ma table à crayonner. Il y a aussi des moments qui sont propices à la création. Ce sont les moments où je m’endors dans ma sieste et aussi au moment du réveil. Là j’ai tout d’un coup des images et des choses qui sont très claires. En fait je me demande pourquoi on reste assis devant une table pour essayer de créer ? Marcher aussi fait du bien et m’amène des idées. Et parfois il y a même des idées qui arrivent dans les rêves. Et pour les réaliser, il faut quand même se mettre à sa table et travailler, il n’y a pas de secret.
Catherine Louis : Quel est le conseil que tu donnes aux enfants quand ils te disent qu’ils veulent devenir illustrateur-trice ?
Catherine Louis : Je dis d’abord que j’aime mon métier, mais je ne vais pas leur mentir et dire que c’est parfois difficile d’en vivre et qu’il faut toujours se réinventer.
J’aime ce métier, car les jours ne se ressemblent pas et que je fais plein de chouettes rencontres. Au travers des thèmes que j’aborde, j’apprends aussi plein de choses dans beaucoup de domaines. C’est un métier pour les curieux et curieuses !
Bibliographie sélective de Catherine Louis :
- L’oiseau sans histoire, album, texte et illustrations HongFei, (2024).
- Série Colette, albums, texte et illustrations, HongFei (5 tomes parus, 2021-2023).
- Mémé jardin, illustration d’un texte de Véronique Deroide, Callicéphale (2021).
- Les mots sont des oiseaux, album, illustration d’un texte de Marie Sellier, HongFei (2021).
- Mô et le maître du temps, album, illustration d’un texte de Marie Sellier, Philippe Piquier (2018).
- Contes d’Orient, album, illustration d’un texte de Jihad Darwiche, Santimbanque (2018).
- Les moutons de la mer, album, illustration d’un texte de François David, Motus (2018).
- Le rat m’a dit…,album, illustration d’un texte de Marie Sellier, Philippe Piquier (2017).
- Mon imagier chinois, album, texte et illustrations, Philippe Piquier (2017).
- Le petit chaperon chinois, album, illustration d’un texte de Marie Sellier, Philippe Piquier (2017).
- Le jardin de madame Li, album, illustration d’un texte de Marie Sellier, Philippe Piquier (2016), que nous avons chroniqué ici.
- Dragons & Dragon, album, illustration d’un texte de Marie Sellier, Philippe Piquier (2012), que nous avons chroniqué ici.
Bibliographie sélective d’Andrée Prigent :
- Sur le dos de l’éléphant, album, texte et illustrations, MinEdition (2025).
- Et si on passait l’hiver ensemble ?, album, texte et illustrations, Didier Jeunesse (2023).
- Ours et les choses, album, texte et illustrations, Didier Jeunesse (2020), que nous avons chroniqué ici.
- La cachette, album, texte et illustrations, Didier Jeunesse (2019), que nous avons chroniqué ici.
- Poto le chien, album, texte et illustrations, Didier Jeunesse (2017), que nous avons chroniqué ici.
- Gérard et le machin collant, album, illustration d’un texte de Fred Paronuzzi, Kaléidoscope (2016), que nous avons chroniqué ici.
- Didoune, album, texte et illustrations, Didier Jeunesse (2016).
- L’Ogre Babborco, album, illustration d’un texte de Muriel Bloch, Didier jeunesse (2015), que nous avons chroniqué ici.
- Colografouillage, loisirs créatif, La maison est en carton (2014).
- Quel radis dis-donc !, album, illustration d’un texte de Praline Gay-Para (2008).
- Tibili, le petit garçon qui ne voulait pas aller à l’école, album, illustration d’un texte de Marie Léonard, Magnard Jeunesse (2001).

Un article signé d’une partie de l’équipe de La mare aux mots.



