Au programme de l’hebdo de cette semaine : deux albums, une BD et deux invité·es pour notre rubrique Du berger à la bergère : Clémence Sabbagh et Jean-Baptiste Drouot.
En bref
Pia et Kalie, deux petites femelles panda roux, vivent entourées de l’amour de leur mère qui leur prodigue moult conseils : ne pas descendre de la montagne, ne pas dépasser le grand arbre, ne pas se laisser surprendre par le soleil, mais plus que tout, toujours être là l’une pour l’autre. Alors toutes deux grandissent en respectant les règles, sans discuter. Seulement, si elles sont sœurs, elles sont aussi très différentes, et si l’une préfère rester dans son cocon rassurant, l’autre rêve de partir à l’aventure. Un jour Kalie décide qu’elle n’en peut plus d’attendre, il est temps pour elle d’explorer les environs, mais elle rassure sa sœur, elle rentrera à temps et leur mère n’en saura rien. Pia, inquiète à l’idée de la laisser seule, décide de suivre sa sœur sans imaginer que le danger guette.
Mon avis Dans C’est promis !, il est question de promesses, celles qu’on fait et celles qu’on rompt, mais aussi de reconnaître ses erreurs puisque d’un côté on a les enfants qui n’ont pas respecté ce que leur mère leur a demandé, et de l’autre cette dernière qui se remet en question et admet qu’elle a peut-être été trop stricte. À partir de là, elle choisit de privilégier la discussion à l’avenir afin de décider ensemble de ce qui convient le mieux. C’est promis ! met également en valeur l’entraide et l’amour d’une famille à travers cette relation entre Pia et Kalie qui peuvent compter l’une sur l’autre à tout moment. Un album plein de douceur et joliment illustré.
En bref
Dindim fend les océans avec les autres manchot⸳es, jusqu’au jour où il est victime d’une marée noire et s’échoue sur une plage. Soigné par un homme, l’animal reprend peu à peu des forces et tisse un lien fort avec son sauveur.
Mon avis Quelle belle histoire que celle de Dindim ! Inspiré d’un fait réel, cet album jeunesse nous conte le récit improbable mais vrai d’un manchot qui, après avoir été secouru par un homme, revient le voir chaque année, même après avoir été remis en liberté. À travers une plume aussi sensible que douce, l’autrice nous invite à découvrir l’aventure de Dindim et de son sauveur du point de vue du manchot. Nous explorons ainsi ses sentiments, ses émotions, ses pensées, voyons directement à travers ses yeux la situation dans laquelle il se retrouve. Les histoires racontant le sauvetage d’un animal sont souvent racontées du point de vue des hommes. J’ai aimé ici que ce ne soit pas le cas. Les magnifiques illustrations de Geneviève Després viennent nous immerger complètement dans ce récit, nous faisant vivre une aventure aussi belle que hors du commun.
En bref
Colette avait une sœur jumelle, Lison. Autant Lison aimait être dans la lumière, autant Colette se sentait mieux dans son ombre. Quand on n’aime pas se faire remarquer, c’est plutôt pratique de grandir avec quelqu’un qui attire tous les regards ! Colette n’est pas sûre que sa mère préférait Lison, mais elle se dit qu’à sa place elle aurait préféré sa sœur (d’ailleurs, Lison prenait des cours de danse avec sa mère depuis qu’elle savait marcher, pas Colette). Puis, un jour, il y a eu l’accident…
Mon avis C’est une histoire très touchante que nous racontent Vero Cazot et Carole Maurel. Celle d’une adolescente dont la sœur jumelle est morte et dont la mère aimerait qu’elle remplace la disparue. Lison était une grande danseuse, donc Colette doit l’être à son tour. Mais Colette n’est pas Lison. Comme on le devine dès la couverture, c’est la boxe qui attire l’adolescente (sport qu’elle découvre par hasard), une pratique qu’elle devra faire en cachette puisque, on s’en doute, sa mère ne va pas être trop d’accord… En dehors du fait que l’histoire de ce premier tome est passionnante et originale, sans temps mort, les planches de Carole Maurel sont absolument magnifiques. J’ai vraiment hâte de connaître la suite des aventures de cette petite héroïne que j’aime déjà beaucoup.
Les invité·es de la semaine
Cette année encore, on vous propose tout l’été notre rubrique Du berger à la bergère, un rendez-vous qui vous plaît beaucoup — vu vos retours — et qu’on aime beaucoup nous-mêmes. Tous les mercredis jusqu’à la rentrée, ce sont des auteur·trices et des illustrateur·trices qui posent trois questions à une personne de leur choix. Puis c’est à l’interviewé·e de poser trois questions à son tour à son intervieweur·euse d’un jour. Après Élo et Krocui, Anne Terral et Inbar Heller Algazi, Marion Piffaretti et Héloïse Solt, Maëlle Desard et Martin Meyronne, cette semaine c’est Clémence Sabbagh qui a choisi de poser ses questions à Jean-Baptiste Drouot !
Clémence Sabbagh : Comme tu sais aussi bien écrire que dessiner, je me demande, comme pour la poule et l’œuf, ce qui préexiste : le texte ou l’illustration ? Comment articules-tu les deux ?
Jean-Baptiste Drouot : Vile flatteuse, tout ça pour que je te paie un café à Montreuil !! Cela dépend. Pour Oskar et le comte, j’avais le texte avant l’image. Et c’est la majorité des cas. Mais il arrive aussi qu’un dessin me plonge dans l’histoire ou une envie de dessiner quelque chose. Une fois que l’un des deux est présent, j’écris en découpant par page et je passe vite aux croquis. Et je finis l’histoire uniquement quand j’ai une bonne idée de ce que je vais illustrer. Donc, pour résumer pour ceux qui dorment au fond de la classe, si le texte préexiste, il se nourrit des images qui se nourrissent elles-mêmes du texte. C’est un genre d’œuf avec des pattes.
Clémence Sabbagh : Un de tes derniers albums, Et à la fin…, évoque la difficulté d’un auteur à trouver la chute de son histoire. Qu’est-ce qu’une bonne fin pour toi ? Et comment t’y prends-tu pour trouver pile-poil la bonne idée pour conclure tes albums ?
Jean-Baptiste Drouot : Étonnement, j’ai souvent la fin de l’histoire en premier. Ce qui est dur c’est de mener l’histoire
jusqu’à cette fin. Par exemple, Va chercher le pain, j’ai écrit en une minute le synopsis, c’est un gamin qui va chercher le pain et qui revient sans. Ç’a été plus long de trouver ce qu’il se passait entre le départ et le retour. Et globalement c’est comme ça pour beaucoup de mes livres. À part peut-être Coup de foudre où j’ai vraiment trouvé la fin… à la toute fin ! Une bonne fin, c’est une fin qui te reste en tête et qui te fait relire le livre plusieurs fois.
Clémence Sabbagh : À voir tes livres un brin déjantés, je me demande quel lecteur tu es. Qu’est-ce qu’on trouve dans ta bibliothèque ?
Jean-Baptiste Drouot : J’aime effectivement les choses déjantées, je suis un grand fan des Monty Python et d’humour. En ce qui concerne les livres, je lis des BD drôles, du Goossens (il n’y a rien de plus drôle que Goossens), des livres pour enfants marrants. Dernièrement, j’ai lu Le sens de la vie et ses petits d’Éric Veillé, c’est très marrant. Mais, curieusement, je ne trouve pas beaucoup de livres vraiment très drôles. Je deviens difficile… Quand j’en trouve un, je le chéris. Je suis surtout émerveillé quand l’idée générale du livre est parfaite, drôle ou pas. Le prochain de ce gredin de Stéphane Nicolet possède une idée géniale, j’espère que le résultat sera à la hauteur de mon attente. Dans ma bibliothèque, il y a donc des livres pour enfants, des BD, quelques romans que j’ai adorés, des documentaires historiques, des biographies de musiciens et, à une autre époque, beaucoup de disques. Il y a aussi beaucoup de jeux de société.
Jean-Baptiste Drouot : À chaque fois que je te vois, je me dis que tu respires la gentillesse et la douceur, ce qui transpire dans tes livres. Alors que, selon des sources bien informées, tu serais une véritable peau de vache. Comment fais-tu pour tromper ton monde avec autant d’aisance ? (Et écrire des bouquins si choupinous)
Clémence Sabbagh : Dis donc, donne-moi tes sources, que je leur prépare un plat froid mitonné aux petits oignons…
Jean-Baptiste Drouot : Tu as une superbe écriture manuscrite ! Pourquoi toi et pas moi ?
Clémence Sabbagh : Parce que j’ai pour marraine une bonne fée, qui m’a fait ce cadeau unique à la naissance. J’avoue qu’elle aurait mieux fait de me doter d’une inspiration sans limites, ou d’un talent certain pour cuisiner les tartiflettes.
Jean-Baptiste Drouot : Dans quelles conditions écris-tu ? As-tu besoin d’un contexte (lieu, horaire, type de papier, ordinateur…) ? Peux-tu écrire avec des contraintes fortes ? Si oui, j’attends avec impatience ton texte avec les mots suivants : Alpaga, Moteur à explosion, Cirque. Bon courage et au prochain café !
Clémence Sabbagh : Pour écrire, je fonctionne en 4 temps, comme un moteur à explosion.
- Temps 1 : Admission d’air et de carburant.
J’arrive le matin dans mon bureau, tout en haut, sous les toits. Hiver comme été, je prépare mon thé. S’il fait chaud, trop chaud comme aujourd’hui, j’allume le ventilo. S’il fait froid, j’enfile mon pull doudou en alpaga. Enfin, j’allume mon ordinateur, je sors mes cahiers lignés, mes crayons bien taillés. - Temps 2 : Compression.
J’essaye d’attraper des idées. Parfois, et parce que je suis joueuse, je me fixe mes règles du jeu, comme écrire une histoire sur une couleur (collection Couleurs jardin), avec des devinettes (La surprise du chef), ou une histoire palindrome, qui peut se lire dans les deux sens (Kayak)… - Temps 3 : Détente.
Pas toujours facile de rester concentrée, avec les allées et venues des collègues, les odeurs du resto d’en bas, et les pigeons qui font leur cirque sur le toit, rou-hou rou-hou, à vouloir toujours piquer à coup de patte, à coup de bec, la miette du copain. Alors tant pis pour les idées, je discute avec mes copines d’atelier. - Temps 4 : Échappement.
Quand, ENFIN je sens que je tiens la bonne idée au bout de mon crayon ou de mon clavier, il est toujours l’heure de partir. Je dévale les escaliers, grimpe sur mon vélo, et répéterai, ou pas, la même journée demain.
Bibliographie sélective de Clémence Sabbagh :
- Noir Jardin, album illustré par Sophie Weidler-Bauchez, Le Diplodocus (2025).
- Comment habiller une chenille, album illustré par Deborah Pinto, Bayard Jeunesse (2025).
- Le p’tit prince a dit, album illustré par Amélie Falière, Casterman (2025).
- Violet Jardin, album illustré par Laura Kientzler, Le Diplodocus (2025).
- Le truc bidule, album illustré par Adrienne Barman, Casterman (2024).
- Comme les animaux, album illustré par Delphine Renon, Casterman (2024), que nous avons chroniqué ici.
- Les fruits et les légumes de mon assiette, album illustré par Carole Barraud, Casterman (2023), que nous avons chroniqué ici.
- Mauvaise graine, album illustré par Teresa Arroyo Corcobado, Maison Eliza (2023).
- Orange jardin, album illustré par Magali Dulain, Le Diplodocus (2023).
- Brun jardin, album illustré par Élo, Le Diplodocus, que nous avons chroniqué ici.
- Une histoire de regards, album illustré par Bérengère Mariller-Gobber, Le Diplodocus (2022).
- Poulette, album illustré par Magali Le Huche, Les fourmis rouges (2022), que nous avons chroniqué ici.
- Vert jardin, album illustré par Flora Descamps, Le diplodocus (2021), que nous avons chroniqué ici.
- Les Grrr en vacances, album illustré par Agathe Moreau, Le Diplodocus, que nous avons chroniqué ici.
- Rouge jardin, album illustré par Margaux Grappe, Le Diplodocus (2021), que nous avons chroniqué ici.
- Bleu jardin, album illustré par Teresa Arroyo Corcobado, Le Diplodocus (2021), que nous avons chroniqué ici.
- La grande course des Jean, album illustré par Magali Le Huche, Les fourmis rouges (2020), que nous avons chroniqué ici.
- Bonjour le monde !, album illustré par Margaux Grappe, Maison Eliza (2019), que nous avons chroniqué ici.
- Les Grrr, album illustré par Agathe Moreau, Le Diplodocus (2018), que nous avons chroniqué ici.
- Rose cochon, album illustré par Françoise Rogier, À pas de loups (2017), que nous avons chroniqué ici.
Bibliographie sélective de Jean-Baptiste Drouot :
- Le coup de foudre, album, texte et illustrations, Les Fourmis Rouges (2025).
- Et à la fin, album, texte et illustrations, Hélium (2025).
- Oskar et le comte, album, texte et illustrations, les Fourmis Rouges (2024), que nous avons chroniqué ici.
- Voici Michel, album, texte et illustrations, Les 400 coups (2021), que nous avons chroniqué ici.
- N’importe quoi, ces animaux !, album, illustration d’un texte de Gaëlle Mazars, Les 400 coups (2021).
- Les bonbons tombés dans la neige, album, illustration d’un texte de Sandra Le Guen, Frimousse (2020).
- Va chercher le pain, album, texte et illustrations, Les 400 coups (2020), que nous avons chroniqué ici.
- Elvis Tremblay, album, illustration d’un texte de François Gravel, Les 400 coups (2018), que nous avons chroniqué ici.
- Muséum dinos, album, illustration d’un texte de Gaëlle Mazars, Hélium (2016), que nous avons chroniqué ici.

Un article signé d’une partie de l’équipe de La mare aux mots.



