Au programme de l’hebdo de cette semaine : un album, un manga, une BD, un roman et une invitée, Véronique Barrau.
En bref
Anisia ne savait pas qu’il ferait aussi froid dans ce pays loin de l’Angola. C’est la première fois qu’elle voit de la fumée sortir de sa bouche. Pourtant, on l’avait prévenue avant d’embarquer. On lui a bien dit qu’il fallait prendre des vêtements chauds, mais elle ignorait qu’il faisait froid à ce point. Comme elle a juré à sa grand-mère de ne pas avoir peur et de ne pas pleurer, elle serre sa poupée. Une fois débarquée, on indique à sa famille la maison où elle va vivre. On leur a expliqué ce sera provisoire. Après, il faudra se débrouiller, mais, en attendant, Anisia, son petit frère et ses parents sont à l’abri. Mais voilà qu’une nouvelle aventure commence : Anisia doit aller à l’école.
Mon avis Kilowatt réédite Anisia, un album de 2010 (que nous avions chroniqué ici). Le texte a été légèrement retravaillé et l’illustratrice a repris quelques illustrations, mais l’émotion reste la même en lisant l’histoire de cette famille qui craint l’expulsion. C’est un très bel album (les illustrations faites de collages sont magnifiques) qui aborde la question des migrant·es et de la solidarité. C’est également un très bel hommage à l’école, quand elle est le lieu de l’intégration et de la mobilisation (c’est grâce au personnel de l’école et aux parents d’élèves que la famille d’Anisia verra son permis de séjour accordé). Avec poésie et à hauteur d’enfant, l’autrice raconte la réalité de certaines familles migrantes. L’incompréhension d’un enfant devant les histoires administratives qui doit tout de même expliquer certaines choses à sa mère qui ne parle pas français. Même si on entend moins parler des actions de RESF (Réseau Éducation Sans Frontière) qu’en 2010, quand cet album été publié pour la première fois, l’album reste malheuresement d’actualité.
En bref
Nicola est une jeune humaine. Elle voyage dans le pays des démons avec Simon, lui-même un démon, qui fait office de guide, de compagnon de route et de grand frère. Iels vont de ville en ville, en passant par les forêts et les campagnes, pour vendre des objets rares. Sur leur chemin, iels font de nombreuses rencontres desquelles il y a toujours quelque chose à apprendre.
Mon avis Ce premier tome est plus que prometteur ! Le fantastique voyage de Nicola au pays des démons est un manga réconfortant, rempli d’aventures. J’adore les personnages de Nicola et de Simon : chacun·e a son petit caractère et aime taquiner l’autre, mais au fond iels s’entendent comme larron·nes en foire. Chaque étape de leur voyage est marquée par de nouvelles découvertes, sur elleux-mêmes et sur le monde où iels vivent. Ce manga, prévu en quatre tomes, mêle l’idée de chemin initiatique à des péripéties pétillantes et à des enjeux qui parviennent à nous accrocher : on s’investit très facilement dans l’histoire. En somme, une pépite !
En bref
Après un accident ayant envoyé sa grand-mère dans une maison de repos, Elina est devenue la Sentinelle du Petit Peuple. Sa mission : protéger les créatures fantastiques telles que les fées, les lutin⸳es ou encore les sirènes ! C’est d’ailleurs l’une de ces dernières qui a besoin de son aide : ses nageoires se sont emmêlées dans un filet de pêche. Accompagnée de Nelvyna et Llyam, ses ami⸳es du Petit Peuple, Elina se lance dans cette nouvelle mission. C’est sans compter sur les Cornandonets, des lutins maléfiques qui tentent de s’en prendre à elle.
Mon avis La Sentinelle du Petit Peuple est une saga de bande dessinée que j’affectionne beaucoup. Si je vous parle aujourd’hui du tome 5, je dois néanmoins vous préciser que si vous souhaitez vous lancer dans l’aventure, mieux vaut commencer par le début ! Vous rencontrerez ainsi Elina aux balbutiements de sa mission et l’accompagnerez dans sa découverte du Petit Peuple et de ses merveilles. Si j’aime tant cette saga, c’est autant pour ses personnages que pour son univers. Elina est une jeune fille que j’apprécie beaucoup suivre et dont je prends un grand plaisir à observer l’évolution au fil des tomes. J’adore, à chaque nouveau volume, découvrir de nouveaux personnages et de nouvelles créatures. Ici, c’est avec grand intérêt que j’ai fait la rencontre, aux côtés de notre trio, de cette pauvre sirène. De plus, si chaque tome possède une histoire spécifique, il y a tout de même un fil rouge que l’on voit se développer depuis le premier tome, qui permet à la fois de faire avancer le récit mais également de faire évoluer les personnages. On évoque, au-delà de la magie, plusieurs sujets plus profonds tels que les relations familiales, et je trouve ça vraiment génial. La Sentinelle du Petit Peuple est une saga passionnante dont chaque tome est meilleur que le précédent !
En bref
Aaskell vit avec ses parents, sa sœur et leur chat dans un petit village dans lequel il ne se passe jamais rien. Si on oublie la crise, quatre ans plus tôt, de Frida, sa grande sœur, qui l’a conduite tout droit à l’hôpital psychiatrique, sa vie est plutôt calme. Tout bascule le jour où il se fait expulser de son propre corps et se retrouve à flotter à côté, désormais invisible et incapable d’avertir ses proches de ce qu’il se trame. Le seul qui l’entend et le comprend, c’est Marcel, le chat. Heureusement, Aaskell peut compter sur son aide et celle de son ancienne meilleure amie pour tenter de regagner son corps et préserver le village de l’envahisseur.
Mon avis Le moins que l’on puisse dire, c’est que dans cette aventure ébouriffante on ne s’ennuie pas une seconde. À la suite d’Aaskell on cherche le sens de ce qui se passe, on va de rebondissements en surprises. On s’attache aux personnages : notre héros, un peu réservé, qui souffre de la situation familiale, va petit à petit prendre confiance en lui et réaliser tout ce qu’il peut accomplir. Il renoue avec Leila, son ancienne meilleure amie, passionnée de physique qui n’a pas froid aux yeux. Frida n’est pas en reste, forte et déterminée, elle a une jolie complicité avec son frère. Drôle et touchant, Le jour où le monde est devenu bizarre nous entraîne dans une intrigue invraisemblable qui n’est pas sans rappeler les romans de Roald Dahl, et qui sous couvert de l’humour parle d’amitié, de famille, d’entraide, de harcèlement, de santé mentale et de solitude.
L’invitée de la semaine
Cette semaine, on a posé quelques questions à Véronique Barrau, l’une des scénaristes de la série La sentinelle du Petit Peuple (voir plus haut)
Commençons par le commencement… Depuis quand écrivez-vous ?
J’écris depuis mon enfance. J’écrivais des contes et des petites enquêtes policières sans imaginer que cela deviendrait mon métier. Puis, j’ai commencé à être éditée en 2004, d’abord avec des documentaires, puis des albums jeunesse et enfin de la bande dessinée.
Pourriez-vous nous parler de La Sentinelle du Petit Peuple ?
Notre série La Sentinelle du Petit Peuple invite chacun à imaginer un monde où les êtres féeriques vivent autour de nous, sans que nous en ayons conscience. Beaucoup de gens croient d’ailleurs encore aujourd’hui à cette possibilité. Grâce à sa grand-mère, Elina, notre héroïne, va appliquer de la pommade de fée sur ses paupières afin de voir le peuple invisible à nos yeux. Grâce à cela, elle va devenir leur amie et vivre de nouvelles aventures à leurs côtés. Chaque tome offre l’occasion de découvrir de nouvelles créatures féeriques.
Comment est née l’idée de cette saga ?
L’idée de cette saga m’est venue une nuit, durant un festival du livre. J’ai rêvé qu’un lutin prénommé Llyam me demandait d’écrire une série BD sur les êtres féeriques que pourrait voir une fillette grâce à de la pommade de fée (une croyance que je connaissais déjà à l’époque). Le lendemain, je covoiturais avec Carbone et lui ai parlé de mon rêve pour avoir son avis. Comme elle avait de nombreuses idées sur le scénario, je lui ai proposé d’écrire l’histoire avec moi et c’est ainsi que tout a commencé.
Avez-vous un personnage préféré dans cet univers ? Si oui, lequel est-ce ?
Oui, mon personnage préféré est Llyam le lutin. Car c’est grâce à lui que cette belle aventure s’est mise en place.
Quel est votre tome préféré de la saga ? Pourquoi ?
Difficile de répondre à cette question car j’aime tous les tomes, pour des raisons à chaque fois différentes. Mais si je devais en choisir un seul, ça serait peut-être le dernier car il ouvre de nouvelles perspectives.
Quel est le projet sur lequel vous avez le plus aimé travailler ?
Voilà une question à laquelle il m’est impossible de répondre. J’ai en effet la chance d’avoir écrit de nombreux livres, passionnants à mes yeux. Je citerai pour exemple mon dernier livre édité Curiosités féeriques et surnaturelles dans lequel j’évoque de nombreuses anecdotes insolites d’hier à aujourd’hui.
Où trouvez-vous votre inspiration ?
Je trouve mon inspiration dans la nature, dans les croyances populaires et les bibliothèques anciennes qui regorgent de livres sur le folklore.
Quelles étaient vos lectures d’enfance et d’adolescence ?
Enfant et adolescente, j’ai beaucoup lu de livres sur les contes et les légendes. Ceci explique cela !
Et que lisez-vous en ce moment ? Avez-vous un coup de cœur à nous partager ?
En ce moment je relis La grande encyclopédie des lutins de Pierre Dubois. C’est un livre incroyable qui m’a beaucoup inspirée !
Pour finir, avez-vous des projets en cours ?
Oui, j’ai plusieurs projets en cours. Certains sortiront cette année et d’autres en 2026. Il s’agit de documentaires, d’albums jeunesse et de BD. J’ai hâte de pouvoir vous en parler sur les réseaux sociaux !
Bibliographie sélective :
- La Sentinelle du Petit Peuple, BD co-scénarisée avec Carbone, dessins de Charline Forns, Dupuis (5 tomes, 2021-2025), que nous avons chroniqué ci-dessus.
- Emy et les derniers Elfes, BD co-scénarisée avec Carbone, dessins d’Hortense Pien, Jungle (2 tomes, 2023-2024).
- Curiosités féeriques et surnaturelles : Elaborer son cabinet de curiosités, texte illustré par Océane Laïssouk, Danae (2024).
- Plantes Fabuleuses : Les pouvoirs insoupçonnés du monde végétal, documentaire illustré par Mélissa Faidherbe, Grenouille (2024).
- Ingénieuses bestioles : Les grands bâtisseurs du règne animal, documentaire, Grenouille (2024).
- La Lettre oubliée, album illustré par Virginie Grosos, Minedition (2023).
- Animaux magiques et porte-bonheur, texte illustré par Judy, Grenouille (2022).
- Terres enchantées, roman, Plume de Carotte (2017).
- Le Match, album illustré par Marie-Aline Bawin, Mijade (2023).
Retrouvez Véronique Barrau sur Instagram.

Un article signé d’une partie de l’équipe de La mare aux mots.



