Au programme de l’hebdo de cette semaine : trois albums, un roman et une invitée, Georgette.
En bref
Les enfants ont des droits. Celui d’avoir un nom, par exemple, afin de faire partie du monde, celui d’être soigné·e ou encore celui d’avoir un toit, d’être en sécurité. Mais aussi celui d’être écouté·e, de ne pas être violenté·e et d’être heureux·euse.
Mon avis Dans son nouvel album, l’autrice-illustratrice Georgette (voir ci-dessous) s’intéresse aux droits des enfants. L’ouvrage est adressé aux enfants à partir d’un an (à l’instar de ses autres albums de la même collection Familles, L’Amour et Les Mamies & les papis, chroniqués ici, là et ici), donc le texte est court (mais percutant) afin que les plus jeunes comprennent précisément ce que sont ces droits. Pour accompagner son texte, Georgette propose cette fois encore des illustrations pleines de couleurs pour le plus grand plaisir des petit·es… et même des grand·es ! Notons que, là encore, elle n’oublie pas de représenter toutes sortes d’enfants (les couleurs de peaux sont diverses, certains enfants sont porteur·euses d’un handicap…). Encore un bien bel album d’une autrice-illustratrice qu’on aime beaucoup.
En bref
C’est un matin d’automne comme un autre devant la belle maison bleue de Fougère. Enfin… jusqu’à ce qu’elle ouvre sa boîte aux lettres ! Une enveloppe jaune avec son nom écrit dessus l’y attend. Cela n’arrive ja-mais ! Aussitôt, son imagination se met en route : « Et si quelque chose était arrivé ? Une mauvaise nouvelle ? Et si, et si… » L’inquiétude l’empêche d’ouvrir l’enveloppe, mais son ami Faon arrive à point nommé pour calmer le tourbillon de ses pensées. Ensemble, iels ouvrent le courrier et y découvrent une invitation à une « exposition surprise super exceptionnelle ». Fougère n’aime vraiment pas les surprises, elles sont beaucoup trop angoissantes ! Mais finalement, « qu’est-ce qui pourrait bien arriver » ?
Mon avis Originellement sorti au Canada, La Mystérieuse Invitation est un album dédié par l’autrice, Stacey May Fowles, « à toutes les personnes qui souffrent aussi d’une anxiété envahissante ». L’héroïne est donc Fougère, une fillette toute verte et recouverte de branches feuillues qui ondulent au gré de ses émotions. Paniquée à l’idée du moindre changement dans son quotidien, elle est fort heureusement très bien entourée, notamment de son ami Faon. Tout au long de l’album, il parvient, avec patience, à aider Fougère à dépasser chacune de ses angoisses en lui proposant des solutions, des alternatives et, finalement, du réconfort. Au cours de leur trajet jusqu’au musée où a lieu l’exposition surprise, d’autres animaux se greffent à leur duo et tout se passe finalement sans accro et même avec beaucoup de joie. Les illustrations de Marie Lafrance sont aussi sublimes qu’élégantes dans une texture qui rappelle celle des pastels. Ici tout est en nuances de vert puisque les personnages traversent une forêt. Des feuilles volent autour d’elleux, annonçant l’automne, et les accompagnent jusqu’au musée dans une scène où invité·es et œuvres exposées se mêlent pour une fête mémorable. Les angoisses de Fougère se manifestent par des petits nuages gris qui se prennent dans les cheveux-branches de l’héroïne. Les lecteur·rices attentif·ves les verront s’éloigner au fil de l’album pour finalement disparaître et laisser Fougère profiter de sa surprise. Enfants comme adultes pourront s’identifier à cette héroïne qui ne peut s’empêcher d’imaginer toujours le pire et finit très souvent par s’en trouver paralysée. Le personnage de Faon est particulièrement intéressant, car il montre qu’il ne suffit pas de dire aux personnes anxieuses de « faire un effort » pour les sortir de leurs boucles de pensées. Il faut les écouter, discuter, répondre de manière concrète à leurs questionnements, pour, petit pas par petit pas, dépasser les obstacles qui se créent dans leur esprit. La bienveillance est un mot bien galvaudé de nos jours, mais c’est celui qui exprime peut-être le mieux la relation entre Fougère et Faon.
En bref
À la mer ou à la montagne, les roches font partie du paysage, mais elles sont, en réalité, bien plus que cela.
Mon avis Cailloux, roches et rochers ont une place de choix en littérature jeunesse. Chaque pierre, contenant tout un monde, devient alors propice à de nombreuses aventures et autres interprétations. Chaque roche sur ton passage ne déroge pas à cette règle. Devenant des personnages à part entière, caillou, roche ou rocher invitent à l’escalade, aux acrobaties, à scruter l’horizon, ou à trouver celui ou celle qui est fait·e pour soi.. Ainsi, à la dimension philosophique s’ajoute la dimension initiatique, car chaque roche rencontrée renferme une leçon de vie qui permet, au choix, de relativiser sur sa petitesse, de s’en faire une confidente ou encore une amie. L’album souligne également la fascination que l’on peut trouver dans ces objets simples et met en lumière, plus largement, le fait que l’on puisse trouver de la joie et s’émerveiller devant les choses banales du quotidien, tout comme Francis Ponge, dans son recueil poétique Le Parti pris des choses. Enfin, les illustrations de Felicita Sala complètent magnifiquement le texte, grâce à une explosion de couleurs vives et une multitude de détails qui donnent vie aux roches. Bref, vous ne verrez plus les cailloux qui jalonnent votre chemin de la même façon.
En bref
Joshua, Taylor, Randy et Bonnie partent randonner dans le Vermont. Mais alors qu’iels devaient rejoindre un camp de jeunes pour passer ces quelques jours et faire la fête, iels se perdent et atterrissent au bord d’un lac mystérieux. S’iels trouvent d’abord le lieu agréable et décident d’y installer leurs tentes, iels se rendent vite compte que des choses étranges s’y passent. Des papillons se réunissent la nuit pour survoler le lac. Iels découvrent un village sur l’autre rive, dans lequel les habitant⸳es se réunissent chaque jour à l’église pour prier toute la journée. Pire encore, plus les jours passent, plus les adolescent⸳es se sentent menacé⸳es.
Mon avis Amateur⸳rices de frissons, j’ai ici un roman qui ne pourra que vous intriguer ! Au programme : lac perdu au milieu de nulle part, village mystérieux à la population presque sectaire, groupe d’adolescent⸳es quelque peu inconscient⸳es et événements à l’allure surnaturelle… Je crois que tout est réuni pour constituer la parfaite histoire horrifique à destination d’un public adolescent et jeune adulte ! Et le mieux dans tout ça, c’est que ça a été très bien fait. Les plumes de Lizzie Felton et Johanna Marines s’allient pour créer une ambiance aussi pesante qu’effrayante, où la peur et le danger se dissimulent dans la moiteur de l’air estival. J’ai vite été emportée dans le récit, précipitée aux côtés de Joshua et ses ami⸳es, au cœur de ces immenses forêt du Vermont. Si les premières pages nous poussent à nous interroger sur le mystère des lieux, les réponses nous parviennent peu à peu au fil du récit, tout en créant de nouvelles interrogations. Ce premier tome s’achève d’ailleurs en pleine action, nous poussant à nous languir du second tome qui, heureusement, ne tardera pas à paraître. Sombre Solstice est un très bon roman à suspens, où l’horreur se mêle habilement aux émois adolescents.
L’invitée de la semaine
Cette semaine, on a proposé à Georgette de répondre à trois questions à propos de son album, Tu as le droit !
Après la famille, l’amour et les grands-parents, votre nouvel album parle des droits des enfants. D’où est venue l’idée ?
C’est une idée qui me trottait dans la tête depuis longtemps et qui était dans ma liste des « idées graines » à arroser pour voir ce qui pousse. Mais je la laissais un peu de côté cette idée, car traiter d’un sujet aussi essentiel c’est quand même assez intimidant. Je connaissais un peu l’existence de la convention internationale du droit des enfants et, en m’y intéressant de plus près, je n’ai pas trouvé grand-chose qui s’adressait aux enfants de maternelle ou plus jeunes, à ceux en tous cas qui ne sont pas encore lecteurs ; la majorité des livres ou des fascicules sur le sujet s’adressant à des enfants de primaire. Cela m’a confortée dans mon envie de faire un livre sur les droits des enfants, mais adapté aux petits, à leur quotidien et à leurs repères. La graine était plantée.
Comment avez-vous travaillé sur cet album (notamment le choix des droits) ?
J’ai d’abord travaillé le texte, en me basant sur le texte existant de la convention des droits des enfants, en le simplifiant et en l’adaptant à un quotidien d’enfant de maternelle et même plus jeune encore, il fallait trouver les mots qui puissent « parler » aux enfants. J’ai travaillé ensuite les images pour faire écho à chacun des droits énumérés, pour que les enfants puissent se projeter dans chaque image. Je n’ai laissé aucun des droits des enfants de côté, ils y sont tous dans le livre, simplement certains sont associés dans une même double page, parfois décrits par l’image, parfois par les mots.
Parmi les droits, quel est celui qui vous semble le plus important et quel est celui qui vous semble le plus souvent bafoué ?
Il me semble que le droit d’avoir un nom est à la base de tout car, sans nom, sans identité, l’enfant n’est protégé de rien, il est invisible. On n’a aucun droit si on n’ « existe » pas, on n’a pas accès ni à l’éducation ni à la santé. Un enfant sans « nom », sans identité, est plus vulnérable à toutes les formes d’exploitations et de violence. Ce qui m’amène au second droit qui me semble le plus bafoué encore aujourd’hui pour les enfants avec ou sans nom, c’est le droit d’être protégé de la violence. « Tu as le droit d’être protégé·e de la violence, de demander de l’aide et de dire “NON” quand tu n’es pas d’accord. Personne ne doit te faire de mal. » Il y a deux points importants dans ce texte : l’enfant a le droit d’être protégé de la violence, oui, mais il a aussi le droit de demander de l’aide et de dire « NON » quand il n’est pas d’accord ! Ce texte-là est fondamental car un·e enfant ne sait pas tout·e seul·e qu’il ou elle a ce droit-là de dire « je ne veux pas que tu fasses ça » ou « quelqu’un m’a fait mal ». Il ou elle ne sait pas de façon innée ce qui est bien ou mal, si on ne l’informe pas, si on n‘ouvre pas la discussion, même de façon très simple, sur ces sujets. Un enfant ne pourra pas demander de l’aide s’il ne sait pas qu’il est en danger. Et ça marche bien sûr pour les petites filles ET pour les petits garçons. Ma réponse est un peu chargée, mais j’espère que mon livre est au contraire assez simple et léger pour servir de point de départ à des discussions entre enfants et adultes, à leur rythme, en l’adaptant avec leurs mots et des situations qu’ils (re)connaissent, si besoin.
Bibliographie sélective :
- Tu as le droit !, texte et illustrations, Didier Jeunesse (2025), voir chronique ci-dessus.
- Les Mamies et les papis, texte et illustrations, Didier Jeunesse (2024), que nous avons chroniqué ici.
- Bonne nuit monsieur Monsieur, album, texte et illustrations, Nathan (2023).
- Mon bébé, album, texte et illustrations, Flammarion Jeunesse (2023).
- L’Amour, album, texte et illustrations, Didier Jeunesse (2022), que nous avons chroniqué ici.
- Une cuillère pour qui ?, album, texte et illustrations, Amaterra (2020).
- 1, 2, 3 bébés, album, texte et illustrations, Amaterra (2020).
- Familles, album, texte et illustrations, Didier Jeunesse (2020), que nous avons chroniqué ici.
- La moustache de monsieur Monsieur, album, texte et illustrations, Nathan (2020).
- Le Chien de monsieur Monsieur, album, texte et illustrations, Nathan (2020).
- Qui fait ce bruit ?, album, texte et illustrations, Auzou (2020).
- Mes premiers animaux à écouter, album, texte et illustrations, Auzou (2020).
- C’est moi, album, texte et illustrations, Nathan (2020).
- Vroum Tut-Tut, album, texte et illustrations, Auzou (2020).
- Mes premières gommettes — La mer, loisir créatif, Mila éditions (2019).
- Mes premières gommettes — Les transports, loisir créatif, Mila éditions (2019).
- Le Carton de Robinson, album, illustration d’un texte d’Anne Clairet, Auzou (2019).

Un article signé d’une partie de l’équipe de La mare aux mots.




