Au programme de l’hebdo de cette semaine : deux albums, une BD, un roman et un invité, Grégory Charlet.
En bref
Du ciel jusqu’à la savane, en passant par l’océan déchaîné, une fillette part faire le tour du monde avec son chat.
Mon avis Ouvrir un pop-up, c’est immédiatement retrouver l’émerveillement de notre enfance, avoir l’impression qu’une forme de magie se produit entre les pages. Le tour du monde avec mon chat ne fait pas exception. Pas de magie évidemment, mais un travail d’ingénierie papier de haute volée, sublimé par le travail du texte et des illustrations de Dominique Ehrhard et Anne-Florence Lemasson. Une montgolfière au milieu des nuages, un éléphant au cœur de la végétation… L’héroïne et son chat traversent quelques paysages de la planète tout en volume et en détails minutieux. La dernière double page est très poétique puisque (attention, je vais divulgâcher) l’on comprend que la jeune fille et son chat étaient en fait sur un manège, et que chacun des sujets de ce manège leur a permis, par l’imagination, de voyager sans bouger. Un album aux couleurs chatoyantes et lumineuses qui donne envie de fermer les yeux pour laisser son esprit divaguer vers les quatre coins du monde !
En bref
Dans le hall d’entrée de sa maison, Pablo, un petit blaireau gourmand, lorgne avec envie les trophées que son papa avait déjà gagnés à son âge : coupe d’or du plus gros mangeur de citrouilles, médaille d’argent du plus rapide avaleur de tartes aux pommes, etc. Il aimerait tant remporter des prix lui aussi. Un midi, un bel hasard frappe au mur de la cantine de l’école : une affiche annonce le « Concours du plus gros mangeur de tartes au chocolat ». C’est décidé, Pablo y participera ! Mais face à Barnabé le sanglier, réputé pour son appétit féroce, la concurrence s’annonce rude… Soutenu par ses trois meilleurs amis, Léontine la lapine, Zélie la souris et Léonard le renard, il en va ainsi de la construction d’une machine ultra sophistiquée réalisée par Léonard, l’inventeur de génie, pour aider Pablo à engloutir le plus vite possible des tartes. Mais rapidement, la machine s’emballe et l’entarte… Bref, la préparation ne se déroule pas comme prévue et, en attendant, Barnabé le sanglier engloutit des tartes plus vite que son ombre… Enfin, le grand jour arrive ! Qui de Barnabé ou de Pablo remportera le trophée ?
Mon avis Après un premier album centré sur Léonard le renard – Méli-mélo de saisons paru en octobre 2024 – ce second opus se concentre sur Pablo le blaireau. Riche en rebondissements et en persévérance, l’histoire se focalise sur la force de l’amitié qui lie quatre petits animaux tendres, malicieux et attachants. En effet, les trois ami·es de Pablo mettront tout en œuvre pour le soutenir et l’aider dans sa préparation pour remporter le concours du plus gros mangeur de tartes au chocolat. Ce concours devient alors l’occasion pour Pablo d’apprendre que la compétition peut aussi être un moment de partage et d’entraide. Il découvrira ainsi que le plus important n’est pas toujours de gagner, mais de participer et de s’amuser avec les autres. Enfin, les illustrations à l’aquarelle, colorées et expressives, pleines de charme mais aussi d’humour et de tendresse, mettent en scène des animaux et une nature luxuriante emplie de petits détails succulents dans lesquels on se plaît à se perdre et qui nous mettent en appétit. On attend avec impatience les prochaines aventures de nos petit·es héro·ïnes de la forêt.
En bref
Parce qu’il est métis, Ernesto se fait traiter de métèque par ses camarades mais il ne se laisse pas faire. Il aimerait cependant que sa mère lui parle d’Haïti, le pays qui l’a vue naître. Quand, pour ses 12 ans, son père lui propose un voyage, il choisit tout de suite de découvrir la terre qui a vu naître sa mère. Mais il essuie un refus et c’est vers Cuba qu’Ernesto et son père partent bientôt.
Mon avis Si l’histoire (signée par les scénaristes de La balade de Yaya que j’avais tant aimé) de L’île Crocodile est intrigante et fait qu’on ne repose pas l’album avant de l’avoir terminé, ce sont surtout les planches de Gregory Charlet (voir ci-dessous) qui m’ont scotché dès les premières pages. J’ai rarement passé autant de temps à admirer les dessins d’une bande dessinée, page après page. Le travail du dessinateur, qui nous entraîne dans le Cuba des années 1950, est magnifique. On croise dans le premier tome de ce diptyque des personnages intrigants (dont certains qui ont réellement existé) et on a hâte de connaître la suite !
En bref
Penny rêve de devenir une grande actrice et touche enfin son rêve des doigts lorsqu’elle est admise à Dorian, une prestigieuse académie de théâtre. Mais dans ce milieu où l’apparence est plus importante que tout, la jeune femme peine à garder le contrôle. C’est sans compter sur son mentor, qui lui présente un peintre capable de figer à jamais son portrait, qui vieillirait ainsi à sa place. Penny voit dans cette mystérieuse tradition de l’école une porte de sortie, jusqu’à ce qu’elle comprenne que les précédent⸳es modèles de l’artiste sont assassiné⸳es les un⸳es après les autres, et qu’elle est très certainement la prochaine.
Mon avis Je ne pensais pas, en me lançant dans ce roman, qu’il me marquerait à ce point. Et pourtant, c’est une histoire qui va me hanter durant un long moment. Le cadre dans lequel l’intrigue prend place est absolument captivant : une prestigieuse école de théâtre en Écosse, une ambiance oppressante, des meurtres mystérieux et un soupçon de magie… On est dans de la dark academia pure et dure, et c’est un vrai bonheur à lire. L’intrigue en elle-même est captivante et nous tient en haleine jusqu’à la toute dernière page. Impossible pour moi de deviner où elle me menait. Mais ce que j’ai préféré, dans ce roman, c’est de loin son personnage principal, Penny. C’est une jeune femme qui a beaucoup de troubles et qui se dissimule derrière une apparence assurée et arrogante pour survivre dans le monde dans lequel elle évolue. Ce n’est pas une héroïne à laquelle on s’attache facilement. Elle fait les mauvais choix, dit les mauvaises choses, se comporte de la mauvaise façon. Et pourtant, je l’ai adorée. À travers elle, mais aussi à travers les personnages qu’elle côtoie, sont abordées de nombreuses thématiques qui apportent une grande complexité au récit. Every Exquisite Thing est une lecture passionnante, qui nous entraîne au cœur des côtés les plus sombres de la nature humaine tout en nous laissant entrapercevoir ses aspects les plus lumineux.
L’invité de la semaine
Cette semaine, c’est Grégory Charlet qui est l’invité de notre interview. J’avais envie d’en savoir plus sur lui, sur son travail sur L’île crocodile (voir ci-dessus) et son travail en général.
Pouvez-vous nous parler de vos parcours ?
J’ai commencé la bande dessinée vers mes 23 ans à la sortie des beaux-arts de Tournai. Par la suite j’ai fait une pause, en bossant sur du concept de jeux vidéo, de la com, et plein d’autres métiers du dessin, pour chercher ce qui m’intéressait réellement car j’avais commencé assez jeune. Je suis revenu à la BD entre 2016 et 2019, avec quelques albums, puis une nouvelle pause, où je me suis retrouvé à être intervenant dans des formations en animation et en illustration, pour revenir à la bande dessinée avec ce projet… et donc je ne sais pas trop ce que l’avenir me réserve mais je suis confiant .
Je trouve les planches de L’île crocodile, votre BD qui vient de sortir chez Métamorphose, absolument sublimes. Je m’arrêtais régulièrement dans ma lecture rien que pour admirer les dessins. Pouvez-vous nous parler de votre technique d’illustration ?
Je travaille des recherches d’attitudes au début, des crayonnés qui peuvent être très poussés, en parallèle du story-board, pour bien fixer les intentions.
Une fois que c’est OK, je fais un crayonné extrêmement poussé, j’y pose tout le travail de nuances et de lumières que je veux obtenir à la couleur, ça me permet d’encrer les parties dont j’ai besoin avec le volume dont j’ai besoin. L’encrage est au pinceau et à l’encre de Chine. Certains espaces sont aussi travaillés sur un niveau de crayonné, comme des montagnes, les nuages, la mer… et ensuite je finalise avec la couleur numérique.
Comment avez-vous travaillé sur ce projet, vous avez fait des recherches ?
Je me crée une grosse banque d’images en fonction des besoins, ça va des maisons coloniales aux nuages de Cuba, jusqu’à un vêtement, un téléphone ou les tableaux qui ont tous une ref…
Comment s’est passée la collaboration avec les co-scénaristes Charlotte Girard et J.-M. Omont ?
Assez classiquement, je propose un story-board sur lequel on peut échanger, ensuite je plonge dans mes pages. Ils me laissent pas mal de liberté, ce qui est assez agréable (et essentiel ).
Comment choisissez-vous vos projets ?
Au feeling… il faut que je me projette vite dedans. J’ai fait l’erreur de choisir quelques projets par le projet, où je n’ai pas pu m’identifier, c’est trop compliqué pour moi de travailler de cette façon.
Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescent ?
Un peu de tout, j’étais surtout animation en fait. Le manga a vite pris beaucoup de place à mes débuts de lecteur (L’habitant de l’infini, Gunm, Akira…).
On attend avec impatience le tome 2 de L’île Crocodile et je me doute que ça doit vous prendre du temps, mais avez-vous d’autres projets en cours ?
J’ai un projet en écriture, pas mal avancé, un peu particulier, sur un autre univers graphique… mais je ne me mets pas la pression dessus… Je vais réfléchir à la suite d’ici la fin de l’année, en attendant, je continue d’écrire et d’étudier d’autres formes de dessin, comme l’animation.
Bibliographie sélective :
- Série L’île Crocodile, dessins sur un scénario de Charlotte Girard et J.-M. Omont, Oxymore (1 tome paru, 2025), voir chronique ci-dessus.
- Série Les Sœurs Fox, dessins sur un scénario de Philippe Charlot, Bamboo (2 tomes parus, 2017-2021).
- Rendez-vous avec X – La chinoise, dessins sur un scénario de Régis Hautière, Glénat (2019).
- Le carrefour, dessins sur un scénario d’Arnaud Floc’h, Bamboo (2016).
- Série Wakfu les larmes de sang, scénario et dessins, Ankama (2 tomes parus, 2009-2011).
- Série Kabbale, scénario et dessins, Dargaud (3 tomes parus, 2003-2006).

Un article signé d’une partie de l’équipe de La mare aux mots.




