Au programme de l’hebdo de cette semaine : un album, un roman, un OLNI et deux invitées pour notre rubrique Du berger à la bergère : Marion Piffaretti et Héloïse Solt.
En bref
Tous les matins, Susie est réveillée par de drôles de bruits. Des réveils, des grognements, des enfants qui râlent à l’idée d’aller à l’école. Lasse d’imaginer à quoi ça peut bien ressembler cet endroit, la petite souris décide un beau jour de le découvrir par elle-même ! Après s’être glissée dans le sac de Joseph, elle se retrouve dans une salle de classe, où la cacophonie s’arrête dès que la maîtresse réclame le silence. Aujourd’hui c’est classe de nature ! Tout au long de la journée, Susie va faire le plein de connaissances. Elle découvre les fleurs et les arbres, le travail des fourmis et celui des abeilles, mais aussi le nom des nuages.
Mon avis Dans Susie à l’école de la nature, on suit donc une petite souris intrépide qui se demande ce qui se cache derrière le mot « école ». En se glissant dans le sac d’un des enfants de la maison, elle va vivre une aventure incroyable qui va l’emmener à la découverte de la nature. À travers son personnage qui s’émerveille de tout, les petit·es lecteur·rices vont pouvoir (re)découvrir des choses essentielles : la beauté des fleurs, la joie qu’elles procurent mais aussi le fait de ne pas les cueillir. L’importance des abeilles pour les fruits ou les fleurs, l’organisation des fourmis qui travaillent en équipe, la force et la générosité des arbres. Les illustrations sont douces, magnifiques et pleines de détails à observer. Susie à l’école de la nature n’est pas qu’un bel album, c’est une ode à la nature dont on a tant à apprendre.
En bref
Raquel vit avec sa mère. Un week-end sur deux, elle va chez son père. Elle est dans la même classe que Luísa, sa meilleure amie, depuis qu’elles ont quatre ans. Depuis peu, elle a un petit ami, Miguel. En ce moment, elle a du mal à dormir. Parce qu’elle a insulté une surveillante qui lui a parlé de choses qui ne la concernaient pas, Raquel a été virée deux jours. Pendant qu’elle était assise devant la porte de la direction, elle a vu passer Pardalita, une fille qui la trouble énormément.
Mon avis Quel ouvrage étrange que ce Pardalita de Joana Estella (dont nous avons chroniqué Miaou il n’y a pas si longtemps). Pas vraiment un roman (malgré le format du livre), pas vraiment une BD non plus, ici des pages de texte alternent avec des pages dessinées. Mais le fond est aussi déroutant que la forme. Raquel raconte des tas de petites choses du quotidien (sa difficulté à apprendre les verbes irréguliers en anglais, la fois où, avec sa meilleure amie, elles se sont coupé les cheveux, la plante qui est dans son appartement…), nous fait part d’anecdotes et dresse des listes (des choses que sa mère a écrites sur Facebook, des messages envoyés à Miguel…). Et au milieu de tout ça, il y a Pardalita. C’est sans aucun doute parce qu’on a l’impression que tout ça est très réel, qu’on lit les pensées de cette adolescente, que cet ouvrage m’a autant touché. C’est extrêmement poétique et touchant. Les illustrations épurées sont magnifiques. Petit bémol tout de même, l’ouvrage aurait mérité un papier plus épais afin qu’on ne voie pas autant le verso de la page par transparence, mais ça ne m’empêchera pas de vous conseiller cet étrange livre, proche d’un journal intime, qui raconte (entre autres) la découverte de l’attirance pour quelqu’un du même sexe que soi.
En bref
Les enfants Boxcar sont ravi⸳es : cet été, iels vont passer leurs vacances sur une île déserte ! Au programme, cueillette, pêche mais aussi exploration. Mais alors que les jours passent, les enfants assistent à des phénomènes étranges qui les poussent à croire qu’iels ne sont pas seul⸳es sur l’île.
Mon avis Quelle chouette aventure que celle de cette adelphie ! Dès les premières pages, nous sommes entraîné⸳es auprès de ces enfants qui n’attendent qu’une chose : vivre de nouvelles aventures. Impossible de s’ennuyer aux côtés de cette petite bande que rien n’effraie, pas même de passer plusieurs semaines seule sur une île déserte, en plein milieu de l’océan. Si l’on admire le courage et la persévérance des enfants Boxcar, on les apprécie surtout pour leur bonne humeur contagieuse ! Bien que ce roman soit le sixième de la série, il est possible de le lire sans avoir découvert les précédents volumes. Il s’agit, quoi qu’il en soit, d’une très chouette lecture estivale, pleine d’action, d’aventure, de mystère et de solidarité !
Les invité·es de la semaine
Cette année encore, on vous propose tout l’été notre rubrique Du berger à la bergère, un rendez-vous qui vous plaît beaucoup — vu vos retours — et qu’on aime beaucoup nous-mêmes. Tous les mercredis jusqu’à la rentrée, ce sont des auteur·trices et des illustrateur·trices qui posent trois questions à une personne de leur choix. Puis c’est à l’interviewé·e de poser trois questions à son tour à son intervieweur·euse d’un jour. Après Élo et Krocui, Anne Terral et Inbar Heller Algazi, cette semaine c’est Marion Piffaretti qui a choisi de poser ses questions à Héloïse Solt !
Marion Piffaretti : J’ai très envie de savoir quels livres ou autres supports t’ont marqués lorsque tu étais enfant, et ce qui a fait que tu t’es dirigée en école de dessin, puis vers le livre jeunesse après tes études ?
Héloïse Solt : Quand j’étais enfant, j’étais fascinée par un livre jeu de l’illustratrice-autrice Kimiko La petite sorcière au pays des jeux. Quand je suis retombée dessus des années après, c’était incroyable de revoir ces illustrations que je pensais avoir oubliées. J’ai aussi un autre souvenir fort, celui de ma grand-mère qui adorait Sempé. Elle me montrait régulièrement ses gros recueils d’illustrations et me faisait observer les détails et les expressions des personnages, c’était de chouettes moments. J’aime aussi le livre de Kay Thompson et Hilary Knight : Éloïse au Plaza. Déjà, elle s’appelle comme moi, cette petite fille, donc j’étais ravie et les illustrations sont tellement drôles et vivantes ! Ce que j’adorais, petite, c’étaient les détails et l’humour texte/dessin qui se complètent parfaitement. J’essaie à ma manière de faire la même chose dans mes livres.
J’avais dit très jeune à mes parents que je voulais être, je cite : « la personne qui fait les dessins dans les livres ». Puis, en grandissant, je me suis plutôt tournée vers le dessin d’animation que j’adore aussi. J’ai étudié celui-ci à Lyon et, finalement, je suis revenue vers l’illustration jeunesse dans laquelle je m’épanouis bien plus.
Marion Piffaretti : Je sais que tu habites depuis quelque temps dans une jolie maison avec jardin, que tu aimes l’océan, et que tu as un chat, le fameux Marcel. Est-ce que la nature, les animaux, t’inspirent ?
Héloïse Solt : Oui, bien sûr qu’elle m’inspire ! J’ai grandi dans la Drôme à la campagne et, après un passage de 8 ans à Paris, j’ai décidé de changer d’air, de partir de la capitale et d’habiter dans une petite maison. Ça me fait un bien fou et je sens que ça m’apaise et me stimule pour la créativité. Depuis peu, je suis aussi obsédée par les oiseaux, que j’essaie d’observer le plus possible. J’ai des jumelles et, grâce à elles, je peux aussi observer le monde du minuscule et des détails avec précision, c’est assez grisant et passionnant. Et pour le dessin ça apporte beaucoup d’idées et de mises en scène.
Marion Piffaretti : Héloïse, dans ton écriture et dans tes dessins, il y a toujours beaucoup d’humour, ce qui me plaît beaucoup étant moi-même fan de rigolade. Comment travailles-tu cette partie-là et, si tu en as, qui sont tes idoles à l’humour ravageur ?
Héloïse Solt : Je m’amuse de beaucoup de choses et de situations. J’aime faire des jeux de mots et des calembours, mais j’affectionne aussi énormément l’humour pince-sans-rire. J’ai beaucoup de souvenirs de ce qui me faisait rire enfant, les jeux que je faisais, les blagues racontées, les personnages qui m’amusaient… J’essaie de puiser dans ces souvenirs pour créer mes histoires et mes illustrations. Je fais aussi du théâtre d’improvisation et cela m’aide beaucoup à raconter des histoires amusantes tout en lâchant prise. Et puis les enfants sont un excellent public de lecteurs, car ils ne mentent pas, s’ils aiment et rigolent, c’est gagné. Il n’y a pas de politesse, ils sont très honnêtes.
J’ai des idoles à l’humour ravageur, notamment dans le monde du livre, comme par exemple, Oh, hé, ma tête ! de Shinsuke Yoshitake ou encore l’humour absurde d’Anouk Ricard. Mais il y en a aussi tant d’autres, c’est difficile de choisir !
Héloïse Solt : Bonjour Marion, merci pour ces chouettes questions ! À mon tour à présent, de me prêter au jeu : j’adore ton univers naïf, tendre et coloré qui ne manque pas d’humour et de détails ! Où puises-tu tes influences et cette créativité ? As-tu des artistes phares ou des lieux qui t’inspirent ?
Marion Piffaretti : Merci, Héloïse, je pense que mes influences datent de l’enfance, j’adorais les livres de Tomi Ungerer que je lisais à la bibliothèque de l’école, j’avais du Richard Scarry à la maison, et j’étais fan de la série Caroline, avec tous les animaux de Pierre Probst. Et, dès mon plus jeune âge, j’étais très branchée par les créations et la culture asiatique, ça ne m’a pas quittée.
Maintenant je rajouterais les dessins de Tove Jansson, l’humour de Jiří Šalamoun et Sempé, et les mangas, comme Mes voisins les Yamada et Le vieil homme et son chat, dans mes livres préférés.
Pour les lieux, j’adore dessiner le quotidien, donc les habitations en ville, par exemple, mais, en ce moment, je vais souvent à la campagne, j’aimerais dessiner beaucoup plus de paysages, de nature dans mes livres.
Héloïse Solt : Qu’est-ce qui a fait que tu t’es tournée vers l’illustration jeunesse ? Qu’est-ce que cela te procure de t’adresser aux enfants plutôt qu’aux adultes ?
Marion Piffaretti : Pendant mes études d’illustrations j’aimais beaucoup le dessin de presse et humoristique, alors mon directeur voulait que je me dirige vers ça, mais j’avais redécouvert les livres pour enfants avec les éditions du Rouergue, je trouvais ça vraiment très fun et amusant, et en fin d’année, je suis allée à Bologne en Italie pour la foire du livre avec ma classe, et j’ai présenté des dessins à un éditeur qui m’a donné mon premier contrat en édition jeunesse.
J’étais vraiment ravie, c’est comme ça que tout a commencé. Je pense avoir un côté très enfantin, j’ai besoin de m’amuser quand je dessine, en jeunesse on est assez libres.
Mais j’aimerais bien travailler pour un public plus large.
Héloïse Solt : Je sais qu’en plus d’être une illustratrice accomplie, tu es aussi très créative dans bien des domaines autres que l’illustration jeunesse ; céramiques, bijoux, papiers peints… Tu testes tellement de choses ! Qu’est-ce qui te plaît et t’amuse dans ces changements de supports graphiques ?
Marion Piffaretti : En fait je m’ennuie assez vite si je fais toujours la même chose, j’ai besoin de créer dans plein de domaines, de tout essayer, j’adore toucher à tout ! Ça me nourrit énormément, ça me fait beaucoup de bien de changer de support, et aussi de rencontrer de nouvelles personnes.
Comme le métier d’illustrateur est souvent assez solitaire, je trouve des idées pour faire bouger mon quotidien.
En ce moment, avec les beaux jours, j’ai envie d’aller dehors faire des carnets de dessin et des aquarelles !
Bibliographie sélective de Marion Piffaretti :
- En route pour l’école, album, illustration d’un texte d’Alexandra Garibal, Casterman (à paraître le 3 septembre).
- Caché ! à la ferme, album, illustration d’un texte de Véronique Scart, Tourbillon (à paraître le 20 août).
- La proutiflette, album illustré par Louison Nielman, Grund (2025).
- Le bruit des bébés, album, texte et illustrations, Tourbillon (2025).
- Célestin et le monstre, album, illustration d’un texte de Christine Naumann-Villemin, Nathan (2024), que nous avons chroniqué ici.
- Série Les cache-cache émotions, albums, illustrations (auteur·rice non crédité·e), Nathan (2024).
- Le cauchemar du loup, album, illustration d’un texte de François Vincent, Didier Jeunesse (2024).
- La petite poule rousse, album sonore, illustration (auteur·rice non crédité·e), Gallimard Jeunesse (2023).
- Série Mémé, albums, illustration de textes de Vincent Cuvellier, Nathan (2019-2021), que nous avons chroniquée ici.
- Série Les bébimagiers, albums, illustration (auteur·rice non crédité·e), Larousse Jeunesse (2019), que nous avons chroniquée ici.
- J’ai descendu dans mon jardin, livre-CD, illustration d’un texte d’Aimée de La Salle et Serena Fisseau, Didier Jeunesse (2016), que nous avons chroniqué ici.
- Dokéo les animaux, album documentaire, illustration d’un texte de Cécile Jugla, Nathan (2015), que nous avons chroniqué ici.
- Paris, album documentaire, illustration d’un texte de Sophie Crépon, Larousse (2015), que nous avons chroniqué ici.
- Mon livre d’éveil Dokéo, album documentaire, illustration d’un texte de Cécile Jugla, Nathan (2013), que nous avons chroniqué ici.
- Hue, Poney !, album documentaire, illustrations (auteur·rice non crédité·e), Nathan (2013), que nous avons chroniqué ici.
- Mizou le petit chat noir, livre-CD, illustration d’un texte d’Aimée de la Salle, Didier Jeunesse (2012), que nous avons chroniqué ici.
- Pakita, la maîtresse magique !, livre-CD, illustration d’un texte de Pakita, Nathan (2012), que nous avons chroniqué ici.
- Vive l’école, album documentaire, illustrations (auteur·rice non crédité·e), Nathan (2012), que nous avons chroniqué ici.
Retrouvez Marion Piffaretti sur son site.
Bibliographie sélective d’Héloïse Solt
- Le Cercle des minuscules magiciens : Mirald le bourdon sorcier, album, texte et illustration, Seuil Jeunesse (à paraître le 22 août).
- Étrange et fabuleuse Henriette, album, texte et illustrations, Little Urban (2025).
- Taupe coiffure, album, illustration d’un texte de Charles Falque-Pierrotin, Gründ (2025).
- Puisque c’est comme ça, je m’en vais !, album, illustration d’un texte de Mim, Milan (2024).
- La Choucroute, album, texte et illustrations, Little Urban (2022).
- Armand et les histoires de vêtements, album, illustration d’un texte d’Esmé Planchon, Glénat jeunesse (2022), que nous avons chroniqué ici.
- Barbichette, album, illustration d’un texte de Claire Renaud, Sarbacane (2020), que nous avons chroniqué ici.
- Le Roi Dagobert — Le dragon gascon, roman, illustration d’un texte de Christophe Loupy, Little Urban (2019), que nous avons chroniqué ici.
- Le carnet de Lola Boumbadaboum, roman, illustration d’un texte de Baptiste Chaperon, Little Urban (2019), que nous avons chroniqué ici.
- À la recherche du doudou perdu, album, texte et illustrations, Little Urban (2018), que nous avons chroniqué ici.

Un article signé d’une partie de l’équipe de La mare aux mots.





