Le bandit, l’apprenti et le tout petit (semaine anniversaire, la chronique d’Estelle Billon Spagnol)

Pour fêter notre anniversaire nous avons demandé à des gens qui comptent beaucoup pour La mare aux mots de prendre notre place toute cette semaine.

Gabriel et Marianne


Quand Gabriel me demande quelque chose, je dis « oui ». Par habitude. Et parce que l’enthousiasme c’est contagieux. Après avoir stressé, cherché, changé 1000 fois, j’ai pris les trois livres qui se trouvaient en haut de ma bibliothèque-bordel, et j’ai ouvert mon ordi. Copie écrite en suant à grosses gouttes mais rendue ! (à la dernière minute -par habitude aussi-).

Le bandit au colt d'orLe bandit au colt d’or
éditions magnani

Simon Roussin

Le bandit au col d’or se passe aux temps de la conquête violente, sans foi ni loi, de l’Ouest.
Deux frères, Jesse et Henri, deviennent rapidement et violemment orphelins.
Ensemble au milieu de cet Ouest sauvage, ils essaient de survivre. Au hasard de la route et du destin, Jesse rejoint une bande de bandits, et Henri, lui, est sauvé du froid et de la faim par un vieux trappeur. Jesse devient le fameux bandit au colt d’or, Henri suit les traces de l’homme qui l’a recueilli.
Sans jamais cesser de penser l’un à l’autre, ils se retrouvent des années après au cœur d’une nuit glaciale. Je ne dévoile pas la fin, sombre (très), une fin qui ne se termine pas par « … et ils coulèrent des jours heureux », une fin qui fait qu’on referme le bouquin, puis qu’on le reprend.

Un récit fort et dur, depuis la mort des parents des jeunes Jesse et Henri jusqu’à la fin tragique.
Une histoire qui mêle action et contemplation. La nature y est présente à chaque page, devenant un personnage à part entière. On est ici dans un vrai western : attaques de diligence et de trains, pistolets, personnages sans attaches, paysages à couper le souffle…
Une écriture fluide et sans fioriture : juste.
Qui prend toute son ampleur avec les illustrations, aux feutres, carrément magnétiques : on sent la neige, on entend les chevaux jaillir ou les feuilles craquer, on tremble face à la dureté de cette vie. Quelques doubles pages, sans texte, donnent encore plus de force et de poésie à ce bouquin. Et forcent à la pause, à ralentir le rythme de la lecture pour se poser au bord d’une rivière, au milieu des montagnes.
Les couleurs sont flamboyantes, du coucher de soleil à la neige, des mouvements au calme presque mystique. Un travail d’une minutie folle allié au côté brut/vivant du feutre (il faut absolument aller visiter son site !).

Pour les fans de westerns, mais pas que. Pour ceux qui aiment l’aventure et la nature sauvage.

GALMOT_CHARLIER_LaBoulangerie_2011La boulangerie de la rue des dimanches
éditions Grasset-Jeunesse
Alexis Galmot

Till Charlier

C’est l’histoire d’un joueur -passable- de flûte qui s’éprend d’une joueuse -passable- de tuba. Ensemble ils jouent -passablement- Les quatre saisons de Vivaldi, se marient et ont un enfant : Jack. La famille est plus pauvre que pauvre, mais qu’importe, il y a les mouches pour les repas !
La mort de ses parents amène Jack dans un orphelinat qui lui, l’entraînera vers des baguettes pas trop cuites et des religieuses au chocolat.
Apprenti puis propriétaire d’une vraie boulangerie, il fera de sa boutique un passage incontournable pour les gens de son quartier.

L’écriture belle, fantaisiste et délicate rend ce récit, parfois triste, délicieusement joyeux. On se régale de ces mots, qui sonnent comme une évidence à l’oreille et qui étonnent en même temps.
Et le charme continue grâce aux illustrations. Elles ont un charme rétro, un trait plein de vie, une couleur surannée qui donnent envie d’arrêter le temps et de savourer une pâtisserie (ou de s’allonger dans l’herbe, ou d’embrasser le premier venu).
Et puis le livre, l’objet, est beau. Il me rappelle la vieille armoire qui grinçait de ma grand-mère, avec ses bocaux de bonbons aux papiers passés et ses petits sachets de lavande (le rapport n’est pas évident, sauf peut-être pour ceux qui l’ont lu?).
Un livre précieux, qui rend guilleret, qui ouvre les yeux sur les petits riens magiques du quotidien et qui donne envie d’être amoureux (oui oui rien que ça!).

Tralalère François SoutifTralalère
éditions Kaléidoscope
François Soutif

Un album en accordéon sans texte. Avec une histoire, plus une autre, qui se répètent et se répètent.
Un ogre poursuit un garçon bien décidé à le manger. En pleine course, il tombe sur une fleur et, tellement charmé, en oublie sa petite victime. (recto)
L’enfant, vexé, essaie de regagner l’attention de l’ogre. Et finit par détruire la fleur. Ce qui met le géant en rage et redonne le signal de la poursuite. (verso) (ou l’inverse je ne sais jamais).

Je ne pense pas être claire, mais cette double histoire sans fin est jubilatoire !
Deux personnages – qui sortent de leurs sentiers battus-, des arrière-plans vert pistache ou framboise, une fleur, un couteau, et hop, l’auteur-illustrateur réussit à faire passer tout un panel d’émotions : la colère, la joie, la sérénité, la vexation, la provocation, le jeu… À faire en sorte que ça se tienne et qu’on recommence sans s’en rendre compte.
La simplicité alliée à l’absurdité. Juste génial. Et puis on sent le pinceau derrière, et ça, c’est la cerise !

Le bandit au colt d’or
de Simon Roussin
éditions magnani
20 €, 218×303 mm, 204 pages, imprimé en France, 2013.
La boulangerie de la rue des dimanches
Texte d’Alexis Galmot, illustré par Till Charlier
Grasset-Jeunesse
13 €, 150×210 mm, 77 pages, imprimé en France, 2011.
Tralalère
de François Soutif
Kaléidoscope
13,20 €, 200×200 mm, 1 page, imprimé en Malaisie, 2011.

À part ça…

À part ça, j’ai parlé de western avec Le bandit au colt d’or, je vous conseille également le roman de Larry Mc Murtry : Lonesome Dove. Captivant (j’ai tellement usé du dictionnaire des synonymes pour mes chroniques que je n’ai plus de mot ou de formule en stock…).
Et surtout à part ça, qu’est-ce que c’est comme boulot ! Gabriel, Marianne, un verre en terrasse, c’est pas mal non plus quand même hein ?

Et enfin, à part ça, COIN COIN COIN !!! Et merci.

annivmare

Estelle Billon-Spagnol

Les invité-e-s du mercredi : Gabriel et Marianne (semaine anniversaire, l’interview d’Annelise Heurtier)

Pour fêter notre anniversaire nous avons demandé à des gens qui comptent beaucoup pour La mare aux mots de prendre notre place toute cette semaine.

Gabriel et Marianne


Lorsque Gabriel m’a proposé de participer à l’anniversaire du blog, j’ai tout de suite accepté de me charger de « l’interview ». Il faut dire que je n’ai pas eu à réfléchir très longtemps pour trouver mon sujet.
Car au fil de ces chroniques, de ces avis, de ces conseils de lecture très avisés (par exemple ici http://lamareauxmots.com/blog/une-jeune-fille-a-la-recherche-de-ses-origines-et-un-jeune-garcon-amoureux/ ou là http://lamareauxmots.com/blog/dans-la-jungle-terrible-jungle/? ha ha ha), une question restée sans réponse nous tourmente tous.
Mais qui, qui sont donc Gabriel et Marianne ?
Bon, voilà, on vous écoute.

Non, allez, j’ai eu l’honneur d’être invitée à prendre part à ces festivités, donc je vais m’acquitter de ma tâche avec sérieux et abnégation (là par exemple, ma gamine est en train de tester la résistance de ma superbe blouse jaune en me demandant de venir jouer pour la millième fois de la journée au loto des animaux, mais grâce à mon sérieux et mon abnégation tout neufs, je vais appeler le papa pour qu’il joue à ma place.).


L’interview du mercredi : Gabriel et Marianne

Alors, ma première question ira à Gabriel. On nous demande souvent, à nous, auteurs, d’où nous viennent nos idées d’albums ou de romans. Je te pose une question du même acabit : comment, et quand cette idée de blog est-elle née ? Devant ton miroir, en te rasant ? Lorsque tu as constaté que la plupart des parents achetaient des Tchoupi à leurs enfants, faute d’idée ? (et là, la « plupart des parents » me tombe dessus, mais non Madame H., pour qui nous prenez-vous, pas de ça chez nous etc… Moi je l’avoue, chez nous, on en a !).
Gabriel
 : En fait, à la base c’était un forum. J’ai eu une grosse période « forum ». J’adorais ces lieux de discussion où l’on pouvait échanger, discuter, débattre… J’en avais créé un sur la culture « en général » qui marchait plutôt bien avec une section sur la littérature jeunesse qui se développait de plus en plus… j’ai eu envie d’exporter cette Gabriel et Mariannepartie, d’en faire un forum à part entière. L’idée était de donc de créer un lieu d’échange, de parler de nos coups de cœur… C’était en octobre 2009. Le forum n’a jamais vraiment marché (il existe toujours, il est quasiment mort). De plus en plus les gens nous* poussaient à créer un blog… or je n’étais pas (et ne suis toujours pas) un fana de blog… je n’en lis pas. Je trouvais que c’était l’antithèse de ce qu’on avait créé. Que ce n’était plus « Paul dit que, moi je trouve que et toi t’en penses quoi ? », mais « moi je dis que », « moi je pense que… ». J’aime tellement le dialogue, l’échange que je n’avais pas du tout envie… et pourtant j’ai fini par le faire ! Le blog a donc été créé en août 2011.
*Nous, car quand j’ai voulu créer la mare aux mots je ne voulais pas être seul, avoir quelqu’un qui soit aussi important que moi et qui décide avec moi des choix de rubriques, du graphisme, de ce qu’on acceptait ou pas… j’avais donc proposé à quelqu’un qui était sur le forum « d’origine », mais cette collaboration s’est assez mal finie…

Pourquoi un blog de littérature de jeunesse ?
Gabriel
 : Bonne question ! J’en lisais beaucoup (même avant d’avoir des enfants), et je trouve cette littérature-là particulièrement riche, sans limites (j’ai l’impression que la littérature « vieillesse » en a beaucoup plus !). J’avais travaillé dans une grande enseigne jeunesse, j’avais eu une fille il y a peu de temps et puis il y avait mon amie Elza (à qui j’avais proposé de m’accompagner sur ce projet à la base, mais qui ne pouvait pas par manque de temps), libraire, qui m’avait fait découvrir des gens que j’adore comme Nadja. Et puis avant ça, j’avais eu aussi un projet de librairie jeunesse ! Bref, j’étais plutôt branché sur cette littérature-là !

Au bout de combien de temps Marianne a-t-elle rejoint le blog et comment l’as-tu « recrutée » ?             
Gabriel : Quand la personne dont je parlais précédemment est partie pour moi c’était évident il fallait qu’elle soit remplacée, je ne voulais pas être seul sur le blog, je ne me sens pas à l’aise à être le seul à donner son avis et je voulais que quelqu’un me dise parfois « euh non ça non ». J’ai donc fait un « casting » en demandant sur le blog et sur les réseaux sociaux si certains avaient envie de rejoindre La mare aux mots. J’ai proposé, pour choisir, de m’envoyer une chronique. J’avoue qu’aucune ne m’a séduite au point que je me dise « super ! Je veux que ça soit elle/lui ! ». Du coup je me suis posé vachement de questions… je ne voulais pas prendre quelqu’un à tout prix ! Et puis j’ai repensé au forum et je me suis souvenu de Marianne qui postait toujours des choses intéressantes, je lui ai proposé et ça lui disait bien de me rejoindre. C’était en octobre 2011.Gabriel et Marianne
Pour moi, c’était important qu’on s’entende bien (c’est un peu évident), qu’on ait un peu la même vision de la littérature (j’aurais eu du mal avec une fan de Tchoupi !), mais pas forcément les mêmes goûts. Marianne correspondait à tout ça, elle avait en plus une bonne écriture. C’est peut-être bête, mais je pensais aussi que la différence d’âge (on n’avait donc pas lu les mêmes choses enfant) était intéressante (Marianne a 12 ans de moins que moi).
Marianne : Effectivement, je n’avais pas du tout envoyé de chronique pour répondre à l’appel de Gabriel, et j’avais été plutôt surprise de sa demande spontanée, qui m’a rapidement séduite. J’avais découvert le forum grâce une amie et rapidement tout s’est enchaîné. Et je ne regrette pas un seul instant !

Vous êtes-vous déjà rencontrés « en vrai » ?               
Gabriel : Deux fois genre 1/4h près de la gare, car elle avait un changement de train et une fois un peu plus longtemps (genre 1 h !). Marianne habite à Nice, et moi à Paris. On échange surtout par mails !
Marianne : Effectivement, heureusement que les mails existent ! J’aimerais quand même que l’on ait plus souvent l’occasion de se voir en vrai, parce que c’est toujours un plaisir ! Mais j’ai bon espoir !

Peux-tu nous parler de votre manière de travailler ? Tellement de livres sont publiés chaque mois, comment fais-tu pour sélectionner ceux que vous allez lire ?
Gabriel
 : On reçoit, de la part des éditeurs, les programmes de parutions et l’on choisit les livres qu’on a envie de découvrir. Il arrive aussi qu’on repère un livre (librairie, bouche-à-oreille…) et on le demande à l’éditeur. Dans les deux cas, on reçoit donc les livres et l’on en parle si l’on trouve que le livre est intéressant. C’est un système qui a ses limites, car il nous arrive de demander des livres qui au final nous déçoivent (pas toujours évident d’après un communiqué de presse de savoir si ça va nous plaire !) et surtout on passe à côté de plein de choses… mais ça reste le mieux, je pense.

Avec le « succès », votre manière de travailler a-t-elle évolué ?
Gabriel 
: Non je ne crois pas… je crois qu’à un moment on a voulu en faire trop. Le blog cartonnait, je me sentais redevable. Je me disais que si tous ces gens venaient nous voir, nous faisaient confiance, il fallait leur en donner pour leur argent (façon de parler…). Seulement écrire des chroniques avec douze livres ça prend du temps ! Et je n’y arrivais plus avec mon activité professionnelle. Donc on a réduit la longueur des chroniques (pas le rythme, pour moi c’est super important que ça reste un rendez-vous quotidien).

Avec Marianne, comment vous répartissez-vous le travail ?   
Gabriel : En règle générale, je chronique les lundis, jeudis, vendredis et dimanches, Marianne les mardis et samedis (le mercredi, c’est l’interview). Il nous arrive de demander à l’autre d’intervertir parce qu’on a une chronique qui tomberait mieux tel jour par exemple. Sinon en terme de livre, le plus pratique qu’on ait trouvé c’est que chacun ait ses éditeurs (ça évite de se battre pour un livre, par exemple !). C’est Marianne qui chronique, par exemple, La joie de Lire, Kaléidoscope, Gabriel et MarianneBalivernes, Notari… Là aussi, il y a évidemment des exceptions, il nous arrive de demander un ouvrage à « un éditeur de l’autre ». Et forcément, c’est Marianne qui s’occupe des éditeurs pour lesquels je travaille (l’école des loisirs, Philomèle, Winioux…), car je ne pourrais pas être objectif en parlant d’un livre alors que je suis payé par l’éditeur qui l’a sorti ! (Marianne ne se gêne pas, elle, pour dire du mal d’un livre alors que j’en suis l’attaché de presse !!!).

En littérature de jeunesse, certains textes (albums en particulier), très beaux, plaisent aux parents, de par leur poésie, leur musicalité, leur symbolisme, mais n’arrivent pas à toucher les enfants, qui n’ont pas les capacités cognitives pour les faire résonner en eux (cf les trois stades de Piaget). Essayez-vous de tenir compte de cette réalité dans vos chroniques ?
Gabriel 
: Alors je le dis toujours, nous ne sommes pas des pros ! Même si Marianne, en tant qu’orthophoniste connaît mieux les enfants que moi ! Moi je ne suis pas un intellectuel (je ne suis d’ailleurs pas sûr d’avoir compris toute la question), je n’ai pas fait d’étude du comportement de l’enfant… C’est d’ailleurs aussi pour ça que je refuse catégoriquement qu’on donne des âges sur le blog. Pour savoir si tel enfant lit telle chose à tel âge etc., il faut avoir une sacrée connaissance des stades de l’enfance, ce qui est loin d’être mon cas. Donc dans mes avis je me base essentiellement sur mes goûts, parfois sur ceux de mes filles…
Marianne : Je ne pense pas mieux connaître les enfants que Gabriel et je suis d’accord avec l’idée de ne pas donner d’âge ! Rien n’est scientifique en la matière, et je pense que c’est plus une histoire de situation personnelle que de stade de développement. Et surtout, il me semble qu’il y a presque toujours plusieurs manières de voir et de comprendre le même livre. On peut l’aimer parce que l’on comprend tout, mais également parce qu’on ne comprend rien, qu’on aime le bruit que ça fait quand on le lit, les couleurs… Il m’est souvent arrivé de ne pas tout comprendre à certains albums, même adulte, et de les aimer quand même. Et quand j’étais animatrice en colonie de vacances, je me souviens avoir lu et relu le même album à un petit groupe d’enfants pendant tout le séjour : je ne comprenais rien à cette histoire qui traînait dans la bibliothèque du centre de vacances, et je ne sais pas ce qu’ils en auront exactement compris non plus, mais ils l’ont adoré et réclamé encore et encore tous les soirs et à chaque pique-nique ! Quand j’étais enfant et adolescente, j’étais la première à adorer lire les livres en carton des plus jeunes ou à l’inverse certains magazines ou romans pour adultes qui traînaient autour de moi. Tantôt, je redécouvrais des choses simples sous un autre angle, tantôt je ne comprenais pas tout du tout… Peut-être que pour les romans jeunesse, c’est un peu plus délicat, compte tenu de la difficulté de lecture. Mais là encore, chacun apprend à son rythme, et même un enfant qui ne sait pas lire peut apprécier un roman (si l’on accepte de le lui lire). À l’inverse, ce n’est pas parce qu’on grandit qu’on n’aurait plus le droit de lire des histoires pour petits (même si cette expression ne me convient pas toujours…). Chacun prend son plaisir où il le trouve, et c’est bien là un des pouvoirs de la lecture !

Pourquoi avoir fait de la lutte contre le sexisme votre « cheval de bataille » ? Est-ce un sujet qui vous touche plus particulièrement ?
Gabriel 
: Oh que oui ! Déjà en tant qu’ancien enfant qui ne correspondait pas aux stéréotypes (et qui se souvient des railleries). Je ne supporte pas le sexisme de notre société, que ça soit dans les publicités comme ailleurs, je passe mon temps à le dénoncer (et à saouler tout le monde avec ça !). Pour moi dans la littérature jeunesse (mais aussi, et peut-être même encore plus, dans les jouets) c’est encore pire ! Car c’est avec ça que se forment nos enfants, c’est avec les héros de leurs livres qu’ils grandissent. Comment donc accepter qu’on y voit encore des caricatures sexistes ? Parfois, je me demande l’utilité de La mare aux mots, je me dis qu’elle a au moins celle-là ! Même si je trouve qu’on devrait aller encore plus loin (mais le blog Fille d’albums fait ça très bien).
Marianne : J’ai toujours été sensible à cette question, notamment dans les catalogues de jouets ! Pour la littérature jeunesse, c’est avec La mare aux mots que je me suis intéressée de plus près au sujet. Et ce n’est pas les occasions qui manquent malheureusement !
Gabriel : J’aimerais quand même ajouter qu’on a d’autres « chevaux de bataille », peut-être moins visibles. L’homoparentalité par exemple (et son manque de représentation dans la littérature jeunesse), le handicap et les différences en général, la protection de la planète et l’écologie (c’est aussi pour ça qu’on indique systématiquement où sont fabriqués les livres)…
Marianne : Tout à fait ! Des sujets importants, quotidiens, et pourtant pas toujours assez représentés !

Gabriel, tu mènes plusieurs missions de front et des postes à plein temps te seront peut-être proposés par des maisons d’édition. Comment imagines-tu l’avenir du blog si tu ne peux plus y consacrer le temps qu’il convient ?
Gabriel 
: Alors j’ai déjà réduit la taille des billets… pour l’instant, j’y arrive ! Le jour où je n’y arriverai plus, j’arrêterai le blog. Il faut être franc, je fais maintenant un métier que j’adore, je travaille dans la littérature jeunesse… j’ai moins « besoin » du blog pour « m’évader ». Pour l’instant, j’y prends encore pas mal de plaisir, mais si ça devient un boulet (j’avoue que parfois… en lisant certains mails et commentaires de reproches notamment…) je m’en débarrasserai ! Par contre, quand j’ai commencé à avoir pas mal de boulot certains m’ont dit que je devrais le donner à quelqu’un d’autre, pour moi ça c’est hors de question par contre. Je préfère que le blog s’arrête plutôt qu’il devienne un truc que je n’aime pas.

Qu’aimez-vous dans cette activité et que vous apporte-t-elle au quotidien (on sait déjà qu’elle ne remplit pas vos comptes en banque !) ?
Gabriel 
: Alors ça, c’est sûr ! (le blog nous coûte plus qu’il nous rapporte puisque notre seule rémunération financière ce sont les dons et ils sont vraiment anecdotiques). J’aime l’échange et les rencontres que ça m’a apportés, les livres que je n’aurais pas découverts sinon… Sinon aujourd’hui je ne gagne pas ma vie PAR le blog, mais GRÂCE au blog (tous mes clients m’ont connu par le blog). Bon et chez moi il y a quand même énormément de livres que je n’ai donc pas payés… je ne vais pas me plaindre de ça !
Marianne : Les chroniques du blog sont effectivement une activité de loisir. J’aime écrire, mais je suis assez mauvaise pour trouver l’inspiration (ça viendra peut-être un jour), là le sujet est tout trouvé ! J’aime les mots, j’aime les livres (le papier, les odeurs, les matières), et j’aime les histoires : là, on peut dire que je suis comblée ! Cette activité m’apprend aussi progressivement à exercer mon sens critique. Petit à petit, j’observe les livres différemment, et quand ça me plaît (ou pas…), je me demande pourquoi…
Je n’ai encore eu que peu d’occasions de rencontres grâce au blog, vu ma localisation géographique, mais c’était déjà super ! L’impression de pénétrer dans les coulisses des livres, un monde qui m’a toujours fascinée ! Et comme Gabriel, je ne me plains pas de recevoir des livres !
Gabriel : Oui vraiment c’est là où est ma chance, être à Paris, car j’aime vraiment Gabriel et Marianneénormément les rencontres et le blog m’a apporté ça. Pour prendre un exemple, au dernier Salon de Montreuil (salon spécialisé sur la littérature jeunesse) j’y suis allé les 6 jours toute la journée et j’ai même prolongé en restant à des soirées ! Là, j’ai pris conscience encore plus de tout ce que m’apportait le blog en termes de rencontre.
Marianne : Je compte bien réussir à y venir un jour !

Jean Perrot, chercheur en littérature de jeunesse, aime à dire que : « La seule définition réaliste d’un livre d’enfant aussi absurde que cela semble, est la suivante : c’est un livre qui apparaît dans le catalogue d’un éditeur pour la jeunesse »
Qu’en pensez-vous ? Pouvez-vous nous donner chacun votre définition de ce qu’est la littérature de jeunesse… ou de ce qu’elle n’est pas ? Vos regards respectifs en la matière ont-ils changé depuis que vous tenez ce blog ?
Gabriel
 : Pfffff j’en suis assez incapable ! Je suis assez d’accord avec cette définition ! C’est surtout marquant pour les romans, ça m’arrive souvent de me demander en quoi c’est un livre jeunesse (j’ai par exemple conseillé Le carnet rouge régulièrement à des adultes) ! J’ai vraiment du mal avec les frontières (d’où justement mon refus qu’on mette des tranches d’âge sur le blog).
Marianne : Comme Gabriel, j’ai un peu de mal à donner une définition précise, et je partage plutôt celle de Jean Perrot ! En fait, je pense plutôt dans l’autre sens : ce qui est au rayon adultes n’est pas pour moi de la littérature de jeunesse le plus souvent. Mais ce qui est au rayon jeunesse n’a pas d’âge !
Gabriel : J’aime cette idée !

Gabriel, peux-tu nous donner 3 mots pour définir Marianne ?
Gabriel : Patiente, conciliante et gentille (dans le vrai sens du terme)

Marianne, peux-tu nous donner 3 mots pour définir Gabriel ?
Marianne : Patient, rigoureux et passionné

Merci à tous les deux et bon anniversaire ! On est heureux que vous soyez là, et on vous souhaite de fêter encore de nombreux anniversaires ! 


En vacances avec… Gabriel

Régulièrement, je pars en vacances avec un artiste (je sais vous m’enviez). Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais moi j’adore partir comme ça avec quelqu’un, on apprend à le connaître notamment par rapport à ses goûts… cet artiste va donc profiter de ce voyage pour me faire découvrir des choses. On emporte ce qu’il veut me faire découvrir. On ne se charge pas trop… 5 de chaque ! 5 albums jeunesse, 5 romans, 5 DVD, 5 CD, sur la route on parlera aussi de 5 artistes qu’il veut me présenter et c’est lui qui choisit où l’on va… 5 destinations de son choix. Et ben non, cette fois-ci non ! Annelise m’a proposé de partir avec elle et de faire moi-même mes sélections…
Allez en route !

5 livres jeunesse

  • Le conte chaud et doux des chaudoudouxLe conte chaud et doux des chaudoudoux de Claude Steiner et Pef (un album qui compte tellement pour moi, et depuis si longtemps…)
  • La vague de Suzy Lee (une claque d’un point de vue visuelle)
  • Dans l’herbe de Komako Sakaï (même raison)
  • La croûte de Charlotte Moundlic et Olivier Tallec (quelle claque, là aussi… quel magnifique album !)
  • Momo de Nadja (ah Momo… je ne m’en lasse pas !)

5 romans (difficile, je ne lis plus de roman adulte depuis 3 ans…)

  • Tout est illuminé de Jonathan Safran-Foer (souvenir de larmes et tellement Il a jamais tué personne, mon papad’autres choses)
  • Pas de temps à perdre de Régis de sa Moreira (et pas que pour ce qu’il contient)
  • Il n’a jamais tué personne mon papa de Jean-Louis Fournier (pour sourire avec les yeux humides et parce que le mien non plus n’a jamais tué personne…)
  • Mémoire capitales de Groucho Marx, un roman qui m’a fait fait pleurer de rire (et pleurer de rire en lisant c’est rare)
  • Le poète de Michael Connely (pour mettre un polar, en voilà un qu’on a du mal à lâcher avant la fin)

5 DVD

  • Les amants du Pont-Neuf de Léos Carax (une énorme claque, et je la prends Tout est illuminéencore à chaque visionnage… et pour le rire de Juliette Binoche)
  • Tout est illuminé de Liev Schreiber (parce que j’ai connu le film avant le livre, un film que j’ai vu 4 fois au cinéma, malheureusement le DVD n’est jamais sorti en France… il faut l’acheter en zone 1… dommage. Who is Augustine ?)
  • Punch Drunk Love de Paul Thomas Anderson (He needs me, He needs me, He needs me !)
  • Peau d’âne de Jacques Demy (pour aller ensemble à la buvette, fumer la pipe en cachette et nous gaver de pâtisseries)
  • Le coffret de l’intégrale de The Office (pour discuter ensemble de Jim et Pam et nous marrer devant Michaël Scott)

5 CD 5 c’est tout à fait impossible pour moi… peu importe où je pars je ne peux pas avoir que 5 albums…

  • Les Elles en scèneLes Elles (parce qu’il y a plus de chansons que sur les albums, qu’il y a une grande partie des plus belles et parce qu’en concert…)Les elles en scène
  • Lisa LeblancLisa Leblanc (écouté en boucle depuis 2 ans)
  • Jérôme Van Den HoleJérôme Van Den Hole (un album que je mets quasiment systématiquement quand je ne sais pas quoi mettre… et que je prends toujours autant de plaisir à écouter !)
  • Pierre LapointePierre Lapointe (dur dur d’en choisir un… mais s’il le faut… Ah Pierre Lapointe…)
  • Bon ben désolé je ne peux pas, je prends une carte SD, une clé USB, un disque dur, un CD de MP3 ou je ne sais pas quoi et j’y mets dessus du Léo Ferré, du Barbara, du Claire Diterzi, du Biolay, du Burgalat, du Franck Monnet, du Dick Annegarn, du Thierry Stremler, du Matthieu Boogaerts, du Thomas Fersen, du Czerkinsky, du Jay-Jay Johanson, du Juliette et tant de choses encore… (et même un peu de Sheila !)

5 artistes

  • Brigitte FontaineSamuel Ribeyron (pour ses disques, pour ses livres, pour elle)
  • Léo Ferré (existe-t-il un plus grand poète ?)
  • Samuel Ribeyron (parce que ses illustrations me touchent tellement, quoi qu’il fasse)
  • Olivier Tallec (parce que je suis définitivement fan de son travail)
  • Woody Allen (parce que… Woody Allen quoi !)

5 lieux

  • L’Islande, pour le plaisir d’y retournerislande 10-11-2007 16-44-24
  • Brighton, petite ville du sud de l’Angleterre, découverte cet été et pour laquelle j’ai eu un coup de foudre
  • le Québec, pour enfin le rencontrer
  • le Cap Fréhel, certainement le plus beau coin de ma région natale
  • La Chartreuse, j’y ai passé de magnifiques vacances et j’ai trouvé cet endroit si beau et si peu envahi de touristes (et des boutiques qui vont avec)

(Je tiens à dire que je me rends compte de la torture mentale que j’impose aux gens que j’invite habituellement, pour ça… pardon !)


Le coup de cœur et le coup de gueule de… Marianne

Régulièrement, un acteur de l’édition jeunesse (auteur, illustrateur, éditeur…) nous parle de deux choses qui lui tiennent à cœur. Une chose qui l’a touché, ému ou qui lui a tout simplement plu et sur laquelle il veut mettre un coup de projecteur, et au contraire quelque chose qui l’a énervé. Cette semaine, c’est Marianne, à la demande d’Annelise, qui nous livre son coup de cœur et son coup de gueule.

Et bien en voilà un défi difficile ! Avec ce type de question, j’ai vraiment tendance à m’éparpiller ! Il me vient mille idées de coups de cœur à la minute, et pour les coups de gueule, je me demande toujours si ça vaut bien la peine de râler… Mais je vais quand même essayer de me concentrer !

Commençons par le coup de gueule, comme ça, on terminera sur une note positive !

Parmi la liste des choses qui m’agacent, j’ai choisi de vous parler des sempiternelles discussions autour de la météo. Ça paraît futile comme question, mais je pense que c’est le reflet d’une tendance plus générale qui consiste à se faire du mal inutilement… « On n’a jamais vu un temps comme ça ! », « L’été est pourri par rapport aux autres années », « Avant ce n’était pas comme ça »… IMG_3163Alors certes, le climat se détraque, et ça ne va pas aller en s’arrangeant avec le réchauffement climatique déjà bien initié, mais je trouve toutes ces plaintes assez inutiles. S’il y a bien quelque chose sur laquelle nous n’avons pas d’action (en tout cas à court terme, parce qu’autrement, en matière d’écologie, il y a de quoi faire !), c’est bien le temps qu’il fait ! Je comprends que ce soit déplaisant, mais dans la mesure où l’on ne peut rien faire, à quoi bon râler, à part remuer le couteau dans la plaie et se gâcher encore plus la vie (c’est un peu ma philosophie de vie : quand on a la moindre action sur les choses, il faut se démener pour essayer que ça bouge, mais quand ça ne dépend pas du tout de nous, il faut s’en détacher, au risque de se créer des ulcères…) ? Les médias en rajoutent, avec les éternels reportages sur le sujet et contribuent à la morosité ambiante (qui à mon avis, trouve ses sources dans des sujets bien plus graves…) : comme s’il n’y avait pas des événements plus importants à aborder… Au lieu de ça, on ferait mieux de faire avec, et du coup de se réjouir des joies de la pluie ou d’une minuscule éclaircie…! Il faut trouver du positif à une situation que l’on est de toute manière obligé de subir ! Alors on a le droit de râler (parce que je comprends que ce ne soit pas toujours marrant), mais ensuite, on passe à autre chose, d’accord ?

HANDISPORTJ’avais pensé à un autre coup de gueule, mais finalement, je vais le transformer en coup de cœur, puisqu’ils méritent un coup de projecteur : l’handisport et le sport adapté (plutôt en lien avec un handicap mental ou psychique). Non pas qu’il faille en faire plus que pour le sport ordinaire, mais qu’au moins on en entende parler autant ! Je ne suis pas une grande experte en la matière, mais ça me tient à cœur ! La médiatisation progresse, mais ce n’est pas encore la panacée. Saviez-vous par exemple que Stéphane Houdet était plusieurs fois vainqueur de Roland Garros ? Qu’il y a deux jours, Bruno Jourdren, Nicolas Vimont Vicary et Éric Flageul avaient remporté un titre mondial en voile ? Que l’équipe française d’athlétisme handisport a terminé les championnats d’Europe avec 20 médailles ? Que l’équipe de France de Natation sport adapté est arrivée première au classement des médailles des championnats d’Europe de Natation la semaine dernière ? Et ce ne sont que quelques exemples parmi d’autres ! On entend beaucoup parler des défaites dans le monde du sport dit ordinaire, mais peu des victoires de ces sportifs qui méritent tout autant la lumière ! Alors ouvrez les yeux et tendez l’oreille !

Pas (du tout) pour les enfants ! (semaine anniversaire, la chronique de Gaël Aymon)

Pour fêter notre anniversaire nous avons demandé à des gens qui comptent beaucoup pour La mare aux mots de prendre notre place toute cette semaine.

Gabriel et Marianne


Quitte à prendre le contrôle de cette chronique, je vais mettre un pied hors de la mare pour m’éloigner – juste un peu – de la littérature jeunesse. Pas tant que ça, puisque les deux livres dont je vais vous parler traitent bel et bien de littérature dite « jeunesse », mais s’adressent à un lectorat adulte. Car nous sommes assez nombreux à aimer cette littérature pour vouloir, parfois, mieux la connaître. Voici donc deux ouvrages, pas forcément faciles, mais essentiels.

Qui a peur de la littérature ado ?La littérature pour ados est-elle sulfureuse, dangereuse, voire un outil de perversion d’une jeunesse innocente ? La jeunesse est-elle innocente ? Qui sont les âmes vertueuses qui se proposent de la guider loin des œuvres jugées néfastes à sa santé mentale ? Que répondre à ceux qui usent d’arguments retors pour instiller le soupçon à l’égard des auteurs qui daignent s’adresser aux plus jeunes ? Et quel est le rôle de cette littérature, sa spécificité, sa définition ?
Paru en 2008, l’ouvrage d’Annie Rolland revient avec talent et intelligence sur les attaques portées, depuis longtemps et de façon chronique, contre la littérature jeunesse (ici pour adolescents). Que l’on repense aux récentes polémiques qui ont ému le monde du livre jeunesse et l’on verra que ce livre reste d’une actualité brûlante. En plus d’être passionnant, il démonte la rhétorique des défenseurs autoproclamés de la vertu, les remet à leur place de censeurs, et rend à la littérature pour ados (et par extension pour la jeunesse) sa place dans la littérature tout court. Celle du « seul média capable de tordre le cou à la pression d’une norme sociale qui augmente, (…) parce qu’elle ne ment pas ». Enthousiasmant et formidablement motivant pour continuer à lire et à écrire pour la jeunesse.


La femme dans les contes de féesEn quoi les contes, aujourd’hui si souvent décriés pour leur vision « sexiste » des rôles masculin-féminin, restent une forme unique, alliant intime et universel, et continuent de toucher enfants et adultes par-delà les époques ? Sans doute que les contes n’assènent pas toujours – ou pas tous – les stéréotypes éculés dont Disney et ses clones font leur beurre. Les contes seraient, au contraire, le lieu privilégié d’émancipation de la femme et d’accomplissement de chaque individu. C’est en des termes parfois savants mais toujours brillants, que Marie-Louise Von Franz – disciple de C.G. Jung – s’est attachée à mettre en lumière les différentes facettes de l’âme féminine dans les contes. Puisque, rappelle-t-elle, le héros et l’héroïne de conte sont les propositions d’une esquisse demandant à « s’accomplir et se réaliser de façon concrète dans la vie de chacun ». Et c’est pour cela qu’ils me (nous) parlent encore. Un livre qui rend intelligent, et qui, par le prisme du conte, parle aussi de la vie, de l’humain, bien au-delà de son titre presque réducteur.

Qui a peur de la littérature ado ?
d’Annie Rolland
Éditions Thierry Magnier
17 €, 135×220 mm, 237 pages, imprimé en France, 2008.
La femme dans les contes de fées
de Marie-Louise Von Franz
Albin Michel
9,20 €, 180×110 mm, 298 pages, imprimé en France, 1993 (première édition française 1979).


À part ça ?

Jeune quadra dynamique, La Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse est née en 1975 de la volonté d’auteurs souhaitant défendre une littérature jeunesse de qualité, ainsi que leurs droits et leurs spécificités d’écrivains et de créateurs. Elle réunit aujourd’hui plus de 1300 auteurs et illustrateurs jeunesse. J’ai la chance de faire partie de ses quinze administrateurs bénévoles depuis deux ans, et pour encore une année. Elle m’a permis de penser et d’agir collectivement, dans nos métiers particulièrement solitaires et fragiles. Prosélytisme, publicité ? La Charte n’en a pas besoin et je n’ai rien à y gagner. Découvrez son action et ses membres ici et ici.

Gaël Aymon

Quand je serai grande, je serai une frite radioactive ! (semaine anniversaire, la chronique de Séverine Vidal)

Pour fêter notre anniversaire nous avons demandé à des gens qui comptent beaucoup pour La mare aux mots de prendre notre place toute cette semaine.

Gabriel et Marianne


Wééé ! C’est l’anniversaire de La Mare aux Mots !

J’ai commencé à écrire en 2010, et dès sa création, La Mare aux mots était là, en me suivant de près, en chroniquant régulièrement mes livres et en y posant un regard vraiment enthousiaste. Et ça, pour un auteur qui débute, c’est précieux. Très précieux. Gabriel ne tient pas un blog classique, il invente sans cesse des rubriques originales (Les fiches de métiers de l’été dernier, vous vous rappelez ? Les questions des enfants pour l’été 2014 ? Les vacances avec…) et crée un vrai lien avec les lecteurs qui suivent son travail.
Et donc, dans son coin, tranquillement, sans se prendre pour le roi du monde, Gabriel fait beaucoup pour la littérature jeunesse (accompagné par Marianne !), alors bon anniversaire La Mare aux Mots !

Gabriel m’a demandé de rédiger la chronique d’aujourd’hui, (une technique pas bête pour se la couler douce, sacré Gabriel), je suis allée chercher dans les livres de mes enfants (des gens très bien) et j’ai pris leurs préférés, tout simplement.


Quand je serai grand je serai le père Noël

De Grégoire Solotareff

Quand je serai grand je serai le père Noël

C’est le premier livre que mon fils a aimé que je lui lise.

Ce livre, il me le demandait tous les soirs et je me disais « ce môme a du goût »

Parce que, dans Quand je serai grand je serai le Père Noël, les rêves sont grands.

Parce que Noël, dans cet album, répond à sa mère qui lui demande pourquoi il a les joues si rouges : « Mes joues sont rouges parce que c’est ma couleur préférée. »

Parce que, dans ce livre, il y a cette image :

Quand je serai grand je serai le père Noël

Et parce que la fin, je lui disais à l’oreille, comme un secret, et que c’est chouette quand la lecture d’un album devient un rituel d’enfance, un vachement beau rituel chuchoté.

« Noël
Si tu nous aides chaque année
À distribuer les jouets,
Alors tu deviendras le Père Noël
Et tu ne mourras jamais »

Nini patalo
Tome 1, Où sont passés mes parents ?
Tome 2, C’est parti mon kiki !
Et les autres tomes, ça devrait être obligatoire.
Lisa Mandel
Glénat

nini patalo 01   Nini Patalo 2

Je me souviens que, lorsque ma fille a découvert Nini Patalo, elle devait avoir huit ans, elle me l’a tendu en disant : « Lis ça, tu vas adorer. »

Je me souviens que j’avais des doutes mais que j’ai ouvert la BD malgré tout.

Je me souviens que je riais tellement que mon mari s’y est mis aussi.

Nini Patalo était adoptée par toute la famille, on se les refilait sous le manteau.

Je me souviens de ce côté totalement déjanté, de la série télé « Retraite et Passion » avec Lucienne Charlet et Yvette Brochard en guest star, de Jean-Pierre l’homme préhistorique décongelé et des mini-pingouins qui sont à mourir de rire.

Comment ne pas aimer une BD dans laquelle il est possible de tomber amoureux d’une pomme de terre radioactive transformée en frite ?

Hein, comment ?

Quand je serai grand je serai le père Noël
de Grégoire Solotareff
école des loisirs dans la collection Lutin Poche
5,60 €, 150×190 mm, 33 pages, imprimé en France, 1989.
Nini patalo
Tome 1, Où sont passés mes parents ?
Tome 2, C’est parti mon kiki !
de Lisa Mandel
Glénat dans la collection Tchô !
9,99€ chacun, 217×294 mm, 48 pages chacun, 2003.

À part ça ?

À part ça, on peut se ruer sur Boyhood. J’ai adoré suivre cette famille sur 12 ans, avec les mêmes acteurs qu’on voit vieillir, grandir sous nos yeux. Magnifique.

Séverine Vidal

La ville et les nombres

Dessus Dessous la villeÀ la surface les enfants se baladent dans le parc, le boulanger vend son pain, les ouvriers creusent, les voitures roulent, les gens se promènent… mais en dessous ? Que se passe-t-il sous nos pieds, sous le bitume que nous foulons, sous les immeubles, sous les routes, sous ce que nous voyons en surface ?
Dessous/Dessus la ville est une sorte de documentaire. À chaque double page, on ouvre des petites fenêtres pour découvrir des éléments cachés et surtout un grand flap pour voir ce qui se cache dessous. Ainsi on découvrira la faune souterraine qui vit sous le parc, les réserves des restaurants, les égouts, les fondations des immeubles et même des cambrioleurs qui préparent un mauvais coup !
C’est instructif et plein d’humour, mais c’est surtout – grâce aux illustrations d’Alexandra Huard - très beau !
Un très joli documentaire pour savoir ce qui se passe sous nos pieds de façon ludique.

MON MONDE de 1 à 1000Après Ma classe de A à Z, un magnifique album que nous avions chroniqué ici, voici Mon monde de 1 à 1000 et bien plus encore… Après les lettres, voici donc les chiffres !
D’abord, il y a 1, c’est par lui que notre histoire commence. Il nous présente 2, son amoureuse, puis 3, 4 et 5. Ceux-là sont unis comme les cinq doigts de la main. On va aussi rencontrer, notamment, 13 qui est rejeté, car on dit qu’il porte malheur, 20, si aimé des instituteurs, 22 qui fait la police, 31 qui est bien habillé, 33 qui va tout le temps chez le docteur et même 20 000 qui aime visiter les fonds marins et 40 000 qui fait le tour de la Terre !
Non seulement les planches de Mayana Itoïz sont très belles, non seulement le livre est bourré d’humour et il permet d’apprendre à compter, mais en plus voilà un livre ludique… même pour les parents ! Parfois, des petits clins d’œil sont glissés (45 se trouve, par exemple, près d’une platine disque), il faudra être attentif pour les repérer !
Un album très réussi d’un duo qui fonctionne à merveille !

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué d’autres ouvrages d’Anne-Sophie Baumann (Les trois petits cochons, Les pompiers, Le grand-livre jeu du permis, Cherchons les petites bêtes ! Découvertes et activités au jardin, Au trot petit poney ! et Bonjour docteur !), Alexandra Huard (Le vieux Cric Crac, La petite sirène et Rikimini), Coralie Saudo (À l’école des poussins !, Le vieux-vieux monsieur du 33e étage, Ca… caca… catastrophe !, Un pour tous, tous poussin, Et si je mangeais ma soupe ?, Au pied de ma lettre, Habille-toi, Zaza !, Ma classe de A à Z, Le petit pot de Zaza, Jour de grève chez les marmottes, Tout seul !, Tous ensemble !, S’échapper d’une île, 101 moutons au chomâge, Manolo, un boudeur de petit fantôme et Manolo, un cochon de petit fantôme) et Mayana Itoïz (Ma classe de A à Z et Philo mène la danse). Retrouvez aussi notre interview de Coralie Saudo.

Dessus dessous la ville
Texte d’Anne-Sophie Baumann, illustré par Alexandra Huard
Seuil Jeunesse
15 €, 327×166 mm, 10 pages, imprimé en Chine, 2013.
Mon monde de 1 à 1000 et bien plus encore…
Texte de Coralie Saudo, illustré par Mayana Itoïz
Les p’tits bérets dans la collection Sur la pointe des pieds
14,90 €, 230×300 mm, 44 pages, imprimé en Italie, 2014.

À part ça ?

BudoriBudori est un petit garçon, il vit avec ses parents et sa sœur. Autour de lui des choses étranges se passent, il fait de plus en plus froid et les récoltes sont de plus en plus catastrophiques. Une nuit il entend son père, bûcheron, dire à sa femme qu’il part dans la forêt. Comme il ne revient pas, la mère de Budori part le rechercher, les enfants sont maintenant seuls. Un étrange personnage se présente alors à eux, il semble être apparu d’un coup. Il enlève la petite fille, Budori, lui, se retrouve propulsé dans un monde étrange… et ce n’est que le début de l’histoire !
Je n’ai donc pas été vraiment touché par cette histoire poétique sur la nature et ses déchainements car je l’ai trouvée confuse, décousue… Mais j’ai été extrêmement séduit par le dessin et (je pense que c’est le cas) le mélange de techniques (un peu comme dans Métropolis de Rintaro) et par la musique totalement envoûtante.
Mais peut-être que les vrais fans du genre se laisseront plus envoûter que moi.
Budori de Gisaburo Sugli, sortie le 27/08.

Bande annonce :

Gabriel