La mare aux mots

De très bons romans pour les jeunes lecteurs

Par 26 février 2015 Livres Jeunesse

GéantÀ la mort de son père, Louis doit quitter la campagne pour la ville. Fini de garder les brebis monté sur des échasses, finies les balades dans le marais, fini d’être un géant. Maintenant, il faut se faire à la ville, avoir les pieds sur terre et se faire de nouveaux amis. Il faut aussi gagner de l’argent, alors Louis doit travailler en essayant d’aller parfois à l’école. Et puis il y a Sofia…
Géant est un magnifique roman. Jo Hoestlandt a une très belle plume, chaque mot, chaque phrase semblent choisis. Et pourtant le style très littéraire du texte n’est jamais pesant, jamais lourd, jamais pénible à lire. On y parle donc du deuil, de l’adaptation à une nouvelle vie, des rencontres, de l’amitié, mais on y parle aussi d’amour, de relation parent-enfant, de la transmission, des moqueries.
Un roman marquant, très beau, très poétique, pour les enfants à partir de 8 ans (d’après l’éditeur).

La robe à froufrouChacha (qui s’appelle Marie-Charlotte, mais n’essayez même pas de l’appeler comme ça) est plutôt le genre de fille qui a un caractère affirmé. Alors que sa tante va se marier, elle reçoit de sa part une robe qu’elle devra porter au mariage. Alors déjà une robe, pour Chacha c’est pas possible, mais une robe à froufrou là c’est même impensable !
Chacha n’a jamais connu son père, elle vit seule avec sa mère qui lui a toujours expliqué qu’elle était un souvenir de 14 juillet. Mais quand un matin elle voit sa mère débarquer avec les yeux totalement explosés à force d’avoir pleuré en regardant Jean Dupommier gagner un Oscar, Chacha n’a plus de doutes… l’acteur est son père et elle doit tout faire pour le contacter ! Mais comment rencontrer un homme aussi célèbre ?
On change radicalement de style, mais quel régal que ces aventures de Chacha ! Chacha se cherche un papaC’est plein d’humour, bien écrit, le personnage principal est aussi attachant que drôle, les histoires pleines de rebondissements… Chacha est un personnage plein de ressources. Que ça soit pour se débarrasser d’une robe à froufrou ou pour rencontrer un célèbre acteur, on peut compter sur elle pour déployer les grands moyens (parfois les plus farfelus). Seul (mini) bémol, comme je l’ai déjà dit ici j’ai horreur des marques dans les livres jeunesse, ici les fraises tagada deviennent tagaga, mais on comprend bien de quoi il s’agit… et elles sont TRÈS souvent citées (jusqu’à être l’illustration de la 4e de couv’). Mais ce (mini) bémol mis à part (et on le met très facilement de côté), on prend beaucoup de plaisir à lire les (sacrées) aventures de Chacha qui confirment, une fois de plus, qu’on aime le style et l’humour de Sandrine Beau.
Les deux premières aventures d’un personnage particulièrement bien croqué, on espère la suite avec impatience !
La robe à froufous vu par Enfantipages, Maman Baobab et Clarabel. Chacha se cherche un papa vu par Enfantipages.

Charly Tempête T04 C1Charly Tempête est heureux, sa classe va partir aux sports d’hiver, imaginez donc ! Toute la classe se réjouit… à part Igor… Son père est au chômage depuis peu et jamais ses parents ne pourront payer le voyage. Charly et ses camarades décident de tout faire pour gagner de l’argent pour qu’Igor puisse les accompagner… et ils ne sont pas à court d’idées !
Tout comme Chacha, Charly est un personnage plein de ressources. Après avoir géré un déménagement, une nouvelle école et un gardiennage de chien qui tourne mal, voici donc la quatrième aventure de notre inventeur en herbe. Annelise Heurtier parle toujours aussi bien de la réalité du quotidien des enfants (y compris de ceux moins favorisés) tout en étant drôle. Charly et ses amis nous font penser aux bandes de copains de la littérature jeunesse qui ont marqué notre enfance, qu’on a appris à connaître livre après livre.
Le nouveau tome d’une super série.
Le même vu par Enfantipages.

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué d’autres livres de Jo Hoestlandt (La maîtresse est amoureuse), de Thomas Baas (Du monde dans ta cuisine, Paris et ses contes, ses visites, ses recettes…, Mes premiers contes et Petites histoires pour rêver dans sa poche), de Sandrine Beau (Mon chat fait ouaf !, Le petit chaperon qui n’était pas rouge, Manolo, un boudeur de petit fantôme, Manolo, un cochon de petit fantôme, Fées d’hiver, Je suis une lionne, L’Ogre qui n’avait peur de rien, La girafe en maillot de bain, Rouge Bitume, Ma maman est comme ça, Mon papa est comme ci, On n’a rien vu venir, Roulette Russe Tome 1 Noël en Juillet, Des crêpes à l’eau, L’hippopotin, L’été où mon grand-père est devenu jaunophile, L’étrangleur du 15 Août, et Quand on sera grands), d’Annelise Heurtier (Là où naissent les nuages, Combien de terre faut-il à un homme ?, L’affaire du chien, Babakunde, On déménage !, Drôle de rentrée !, Sweet Sixteen, Le carnet rouge et La fille aux cheveux d’encre) et de Clotka (L’affaire du chien, On déménage !, Drôle de rentrée ! et Les aventures de Tit’Oignon). Retrouvez aussi notre interview de Sandrine Beau. et d’Annelise Heurtier.

Géant
Texte de Jo Hoestlandt, illustré par Thomas Baas
Magnard Jeunesse
8,90 €, 140×215 mm, 112 pages, lieu d’impression non indiqué, 2014.
La robe à froufrous
Texte de Sandrine Beau, illustré par Ariane Pinel
Alice Jeunesse dans la collection Primo
11,50 €, 142×210 mm, 92 pages, imprimé à Malte, 2014.
Chacha se cherche un papa
Texte de Sandrine Beau, illustré par Ariane Pinel
Alice Jeunesse dans la collection Primo
11,50 €, 142×210 mm, 101 pages, imprimé en Pologne, 2014.
Charly Tempête, Tous pour un !
Texte d’Annelise Heurtier, illustré par Clotka
Casterman dans la série Charly Tempête
6,95 €, 195×135 mm, 80 pages, imprimé lieu d’impression non indiqué, 2014.

À part ça ?

« Quand je rencontre des petits, je m’adresse à eux comme à des adultes », une interview de Quentin Blake dans Télérama.

Gabriel

Les invité-e-s du mercredi : Anne Laval et Catharina Valckx

Par 25 février 2015 Les invités du mercredi

J’aime beaucoup le travail d’Anne Laval (que je trouve trop rare), j’ai eu envie d’en savoir plus sur elle et sur son travail. Ensuite, c’est avec Catharina Valckx, auteur et illustratrice bourrée de talent, que nous avons rendez-vous pour notre rubrique « En vacances avec ». Bon mercredi !


L’interview du mercredi : Anne Laval

Anne LavalParlez-nous de votre parcours
Je suis entrée en section illustration à l’école des Arts Décoratifs de Strasbourg (concours d’équivalence de 3ème année) après une licence en fac d’arts plastiques. Je suis sortie, mon diplôme en poche, en 2005. Depuis je travaille en atelier avec d’autres indépendants (illustrateurs mais aussi graphistes, vidéastes, journalistes). Je fais partie de différents collectifs. Central Vapeur qui crée différents évènements autour de l’illustration, Les Rhubarbus qui montent des expositions collectives mêlant auteurs, illustrateurs et artistes.

Quelles techniques d’illustration utilisez-vous ?
Anne LavalJ’aime mettre les mains dans le cambouis et j’aime que ça change. J’utilise donc tout un tas de techniques : l’encre, la peinture, le pochoir, les tampons, les crayons de couleurs, le papier découpé, la sérigraphie…
Je les choisis et je les mixe en fonction des projets.
L’ordinateur m’aide à assembler des images composites et à régler les contrastes, les couleurs.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Très variées. J’étais abonnée à J’aime Lire puis Je Bouquine. J’ai pas mal lu le Club des 5, Fantômette, la bibliothèque rose et verte. Je me souviens avoir été marquée par le roman Les enfants Tillerman et Le bon gros géant de Roald Dahl. Des tas de BD, Lucky Luke, Anne LavalAstérix, Agrippine. En livre jeunesse, je me souviens des Contes de la Folie Méricourt de Gripari illustré par Claude Lapointe qui est devenu mon professeur aux Arts Décoratifs.

Quel-le-s sont, actuellement, les illustrateur-trice-s qui vous touchent particulièrement ?
J’aime beaucoup Sempé, son dessin, ses compositions, les émotions qu’il exprime et qu’il suscite. Parmi les anciens il y a aussi Sendack et Ungerer pour leur expressivité.
Pour ce qui est des illustrateurs plus contemporains, il est difficile de faire un choix et de n’en citer que quelques uns. Je suis touchée par certains albums autant par le texte que par les illustrations qui forment un ensemble indissociable. Dernièrement j’ai beaucoup aimé N’y a t-il personne pour se mettre en colère de Tellegen et Boutavant et puis Bigoudi de Mourrain et Perret et Les gratte-ciel de Zullo et Albertine
J’ai des goûts très éclectiques en matière d’images, j’aime le travail délicat à l’encre de Carson Ellis, les jeux de formes et de couleurs de Blexbolex, la richesse des matières de Valerio Vidali, etc…

La vie de châteauVous avez illustré les trois albums de Pascal Parisot, parlez-nous de cette collaboration.
Cette collaboration a commencé avec un premier livre-CD, Les pieds dans le plat paru chez Milan en 2008, c’est cette maison d’édition qui nous a mis en contact. Notre collaboration a continué ensuite chez Naïve avec Bêtes en stock et La vie de château.
J’ai tout de suite beaucoup aimé l’univers de Pascal. J’ai trouvé ses textes décalés et drôles, accessibles autant aux adultes qu’aux enfants avec des arrangements chouettes qui ne font pas mal à la tête. Je crois que mes dessins lui ont plu et qu’il a retrouvé un peu de son humour dans mes personnages. Ses concerts valent aussi le détour.

Quels sont vos projets ?
En ce moment je réalise les affiches 2015 du salon Playtime. Des images uniques qui doivent être percutantes et sensibles à la fois pour Paris, Tokyo et New York.
J’ai plusieurs projets d’albums qui piaffent dans les tiroirs, jeunesse et adulte.
J’ai des envies d’expositions, de grands formats et de volume.
J’ai découvert la gravure sur tétrapack et je vais bientôt tester la litho de cuisine.
Avec Central Vapeur et Inuit (collectif et librairie à Bologne) nous allons (à nouveau) organiser les 24h de l’illustration au mois de juin.
Et puis peut être aussi partir en vacances.
Loin.

Bibliographie sélective :

  • La vie de château, illustration de textes de Pascal Parisot, Naive (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • La tête en vacances, illustration d’un texte de Vincent Cuvellier, Actes Sud Junior (2013).
  • La rentrée de Marcel, illustration d’un texte de Christine Noyer, Actes Sud Junior (2010).
  • Comme si, illustration d’un texte de Christine Beigel, Sarbacane (2010).
  • Angèle, ma Babayaga de Kerménéven, illustration d’un texte de Richard Couaillet, Actes Sud Junior (2009).
  • Les pieds dans le plat, illustration de textes de Pascal Parisot, Milan (2008), que nous avons chroniqué ici.
  • Marcel a des poux, illustration d’un texte de Christine Noyer, Actes Sud Junior (2008), que nous avons chroniqué ici.

Retrouvez Anne Laval sur son site, celui de Central Vapeur et celui de Rhubarbu.


En vacances avec… Catharina Valckx

Régulièrement, je pars en vacances avec un artiste (je sais vous m’enviez). Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais moi j’adore partir comme ça avec quelqu’un, on apprend à le connaître notamment par rapport à ses goûts… cet artiste va donc profiter de ce voyage pour me faire découvrir des choses. On emporte ce qu’il ou elle veut me faire découvrir. On ne se charge pas trop… 5 de chaque ! 5 albums jeunesse, 5 romans, 5 DVD, 5 CD, sur la route on parlera aussi de 5 artistes qu’il ou elle veut me présenter et c’est lui ou elle qui choisit où l’on va… 5 destinations de son choix. Cette fois-ci, c’est Catharina Valckx qui s’y colle, merci à elle !
Allez en route !

5 albums jeunesse

  • Momo ouvre un magasinRanelot et BuffoletArnold Lobel, illustrations de l’auteur, 1970
  • Winnie l’ourson, A.A. Milne, illustré par E.H. Shepard, 1926 (aucun rapport avec les dessins animés des studios Disney)
  • L’anniversaire de l’écureuil, Toon Tellegen, illustré par Kitty Crowther, 2007
  • Momo ouvre un magasin, Nadja, illustrations de l’auteur, 1992
  • Galopin construit une maison, Janosch, 1980 (hélas épuisé, comme presque tous les Janosch)

5 romans - que 5? Impossible!

  • Molloy, S. Beckett, 1955Chroniques de l’oiseau à ressort, Haruki Murakami
  • La conjuration des imbéciles, J.K. Toole, écrit en 1963, publié en 1980
  • Chroniques de l’oiseau à ressort, Haruki Murakami, 1994
  • Legend of a suicide, David Vann, 2008
  • Tous les livres de Jean-Philippe Toussaint, et quelques enquêtes du Commissaire Maigret en prime (Simenon)

5 DVD Je mets des films moins connus, pour la découverte. Je les ai tous trouvés fantastiques.

  • Poetry, Lee Chang-dong,Taxidermia,György Palfi, Hongrie, 2006
  • Poetry, Lee Chang-dong, Corée 2010
  • Kitchen Stories, Bent Hamer, Norvège, 2003
  • The return, Andrei Zvyagintsev, Russie 2003
  • Vivan las antipodas, Victor Kossakovsky, Russie, documentaire, 2012

5 CD Ce que j’écoute en ce moment

  • Awesome waves, Alt-JThe best of Creedence Clearwater Revival
  • Astral Weeks, Van Morrisson
  • The best of Creedence Clearwater Revival
  • The B-sides, The Gaslight Anthem
  • Concertos pour violons et violons et hauboits, English chamber orchestra, Jeffrey Tate - J.S. Bach

5 artistes

  • Rembrandt
  • Leonard De Vinci
  • Picasso
  • Mark Rothko
  • Günther Förg (D) 1952-2013

5 lieux

  • Chez moi. Centre ville d’Amsterdam, vue sur la rivière.
  • La pointe de Bugéles, Côtes d’Armor, Bretagne
  • Les Ardennes françaises, au sud/est de Charleville-Mézières
  • Bucarest au mois de mai (quand les tilleuls sont en fleur)
  • La cathédrale d’Aix-la-Chapelle (Aachen, Allemagne)

Catharina ValckxCatharina Valckx est auteur et illustratrice.

Bibliographie sélective :

Retrouvez Catharina Valckx sur son site : http://www.catharinavalckx.com.

Une pointe d’envie ou de jalousie

Par 24 février 2015 Livres Jeunesse

les copains de la collineBen et Théo sont les meilleurs amis du monde. Ils passent leur temps à jouer ensemble dans des boîtes en carton et à s’inventer de folles histoires. Sam les observe et aimerait beaucoup les rejoindre. Un jour, il ose. Alors que Théo l’accueille à bras ouverts, Ben a plus de mal à lui faire une place… Il a peur de perdre son ami de toujours… Et pourtant, s’il savait à quel point ils pourraient s’amuser tous les trois !
Les copains de la colline est une très belle histoire racontée avec délicatesse par Linda Sarah et joliment mise en images par Benji Davies. On a l’habitude des albums traitant de l’amitié, mais là, le sujet est abordé sous un autre angle : il est parfois difficile d’accepter de changer l’ordre établi, de partager son amitié, ses jeux et ses secrets.
Original, sensible, et coloré, cet album est une réussite !

le magicien et la funambuleNino est magicien dans un cirque. Son numéro est le plus attendu, le plus applaudi, le plus renommé. Mais la lassitude le guette, il a perdu l’envie. Jusqu’au jour où Lucile, une funambule, fait son entrée dans la troupe. Nino est à la fois admiratif et un peu envieux de l’aura qu’elle dégage… Il l’observe timidement, de loin. Puis, un soir, le contact s’établit, bien malgré eux…
J’ai été impressionnée par les belles illustrations de cette histoire. Elsa Oriol utilise la peinture. Les couleurs, les expressions des personnages, les mouvements des artistes : tout est magnifiquement rendu. Quant à l’histoire, pleine d’émotion et de délicatesse, elle nous plonge dans les coulisses du cirque.
Le magicien et la funambule est une belle histoire pour rêver et s’émouvoir !

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué d’autres livres d’Elsa Oriol (Cendrillon et Le pipi de Barnabé).

Les copains de la colline
Texte de Linda Sarah (traduit par Mim), illustré par Benji Davies
Milan
11,90 €, 285 x 250 mm, 30 pages, lieu d’impression non précisé, 2014.
Le magicien et la funambule
d’Elsa Oriol
Kaléidoscope
13 €, 252 x 316 mm, 32 pages, imprimé en Italie, 2014.

À part ça ?

georges popLe nouveau Georges est sorti ! C’est le numéro Pop et je vous promets que ça va swinguer ! L’histoire du Moon Walk, Panpi et Gorri qui se déhanchent dans un festival de musique, un juke-box en papier à fabriquer, l’interview d’une animatrice radio (Valli de France Inter), le vocabulaire de la danse en anglais, des explications pour fabriquer un bouteillophone, il y a tout ça et bien plus encore dans ce numéro très musical ! C’est gai, coloré, festif, et toujours aussi original !
Magazine Georges, numéro Pop, 9,90 €, éditions Grains de Sel.

Marianne

 

De très beaux albums

Par 23 février 2015 Livres Jeunesse

Il y a un point commun entre les albums de la chronique du jour, ce sont de magnifiques ouvrages qui m’ont particulièrement touché (et pour certains, le mot est faible).

Ianos et le dragon d'étoilesEn ce temps-là, la vie était difficile, tout le monde mourrait de faim. Un dragon en était la cause, il avait dévoré les étoiles et la lune et s’attaquait maintenant au soleil. Ianos, un jeune Tsigane, savait qu’un jour il irait combattre le dragon pour délivrer les étoiles et ramener la lumière. Un jour, il prit la route.
Ianos et le dragon d’étoiles est un magnifique conte tsigane. Sorti dans la collection Contes du monde chez Didier Jeunesse (gage de qualité), il nous raconte l’histoire d’un jeune homme prêt à tout pour tuer un dragon qui fait régner la terreur sur la Terre. Jean-Jacques Fdida est un conteur et, comme toujours, son texte est particulièrement bien écrit, les mots semblent choisis, la langue est belle, le texte est un régal à lire à haute voix. Les illustrations de Régis Lejonc accompagnent parfaitement les mots de Jean-Jacques Fdida et le grand format du livre met en valeur les planches au pastel sec.
Un magnifique conte sorti dans une des plus belles collections de contes du monde.

Arlequin ou les oreilles de VeniseArlequin était victime de moqueries à cause de ses oreilles… Il faut dire qu’elles étaient particulièrement grandes ! Mais ce défaut a aussi un avantage : on entend TOUT ! Alors bien sûr on entend les quolibets, mais on est aussi très fort pour accorder les instruments de musique. Arlequin devint donc le meilleur accordeur de Venise. Un jour, un homme très riche le fit venir. Quel allait être l’instrument que pouvait posséder le propriétaire d’un tel palais ? Arlequin allait être bien surpris.
Quelle magnifique histoire d’amour ! Je retrouve la poésie, la beauté des mots qui m’avaient tant plu dans L’épouvantail qui voulait voyager du même Hubert Ben Kemoun, un de mes albums préférés (chroniqué ici). Il faut dire aussi que comme dans ce dernier, les illustrations d’Arlequin ou Les oreilles de Venise sont superbes et accompagnent merveilleusement le texte. Ici, elles sont signées Mayalen Goust.
Cet album sortit en 2012, qui ressort ici en petit format (donc à petit prix), est sélectionné au prix des Incorruptibles cette année (sélection CE2-CM1)… et mériterait de le gagner !

YllavuIl y avait un pays où les gens vivaient heureux, en harmonie. Mais un jour, des pierres brillantes apparurent sur le sol et tout le monde voulut en posséder. Les Hommes commencèrent à vivre en regardant par terre, dans l’espoir de trouver une de ces pierres. Ainsi, génération après génération, les corps se modifièrent et bientôt on naissait courbé vers le bas, incapable de regarder ailleurs que vers ses pieds. Mais un jour, un homme tomba dans un trou et vit quelque chose qu’il n’avait jamais vu, dont on parlait uniquement dans les histoires : le ciel.
Yllavu est un des plus beaux albums de ma bibliothèque, un album que je chéris, un bijou. Les éditions HongFei le rééditent dans un format mieux adapté au lectorat (j’avais chroniqué l’ancienne version ici). Le texte (et surtout ce qu’il raconte) est absolument magnifique. On y parle de la cupidité, de vivre pour accumuler des richesses sans rien voir d’autre. On y parle de ceux qui découvrent la beauté du monde et de la façon dont ils sont perçus. Écrit par un moine bouddhiste, ce texte est mis en image par un de nos illustrateurs les plus doués : Samuel Ribeyron. Les planches sont absolument superbes. Un bijou je vous dis !
La réédition dans un nouveau format de l’un des plus beaux livres de la littérature jeunesse.

Quelques pas de plus…
On a déjà chroniqué des livres de Jean-Jacques Fdida (Contes d’Afrique, Cendrillon ou La Belle au soulier d’or, La barbe bleue ou Conte de l’Oiseau d’Ourdi, Le Petit Chaperon rouge ou La Petite Fille aux habits de fer-blanc et La belle au bois dormant ou Songe de la vive ensommeillé), de Régis Lejonc (La boîte à joujoux, Loup ?, La mer et lui, Le petit chaperon rouge ou La petite fille aux habits de fer blanc et Obstinément Chocolat), d’Hubert Ben Kemoun (La fille seule dans le vestiaire des garçons, Le nouveau doudou, La pire meilleure journée de ma vie, Seuls en enfer et L’épouvantail qui voulait voyager ), de Mayalen Goust (Le roi maladroit et Le prince amoureux) et de Samuel Ribeyron (Ce n’est pas très compliqué, Les plus belles chansons anglaises et américaines, 38 perroquets, Le grand papa et sa toute petite fille, Super Beige, Super Beige, le retour, Beau voyage, Yllavu, Pi, Po, Pierrot et Salade de fruit. Et aussi les films Et 10,11,12 Pougne le Hérisson, L’hiver de Léon, Le printemps de Mélie et L’été de Boniface). Retrouvez aussi nos interviews d’Hubert Ben Kemoun et de Samuel Ribeyron.

Ianos et le dragon d’étoiles
Texte de Jean-Jacques Fdida, illustré par Régis Lejonc
Didier Jeunesse dans la collection Contes du monde
14,20 €, 200×260 mm, 40 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-reponsable, 2015.
Arlequin ou Les oreilles de Venise
Texte d’Hubert Ben Kemoun, illustré par Mayalen Goust
Père Castor dans la collection Les p’tits albums du Père Castor
5,50 €, 170×210 mm, 32 pages, imprimé en France, 2015 (première édition : 2012).
Yllavu
Texte de Gambhiro Bhikkhu, illustré par Samuel Ribeyron
HongFei
12,70 €, 40 mm, 187×246 pages, imprimé en République Tchèque, 2015.

À part ça ?

Cram Cram 30Le nouveau Cram Cram ! est sorti ! Le numéro 30 du magazine jeunesse qui voyage nous propose un voyage au Burkina Faso (grâce à la famille Derrien) ! On trouve, comme toujours, des blagues, un animal du mois (l’oryctérope), une grande histoire (un conte burkinabé), le jouet de Grand-Père Daniel (le poussoir africain), des idées et une recette (le milk shake burkinabé) ! Comme d’habitude c’est sans pub (tout en étant seulement à 5,90 € et avec un beau papier). On adore Cram Cram ! et on vous invite à soutenir leur action pour le faire rentrer dans les classes ici.
Cram Cram ! numéro 30, 5,90 € ou par abonnement.

Gabriel

La chronique numérique : L’anatomie à la loupe

Par 22 février 2015 Livres numériques, Numérique

Le Corps humainComment le corps humain fonctionne-t-il ? Comment distinguons-nous les odeurs, les bruits ? Comment respirons-nous ou même marchons-nous ? Le Corps humain de Tinybop est une appli d’exploration libre sur… le corps humain. Sans explications, sans consignes, règles ou niveaux, elle nous fait pénétrer dans les mécanismes du corps humain. Avec un seul mot d’ordre assumé : jouez et explorez.
Comment ça marche ? Les applis de Tinybop fonctionnent toutes sur le même principe : une utilisation accompagnée par un adulte. La première chose à faire à l’ouverture de l’appli est donc de créer plusieurs profils : des profils « utilisateurs » et des profils « administrateurs ». Les administrateurs peuvent définir les différents paramètres. Une fois cela fait, on entre dans la grande machine que constitue le corps. Plusieurs « systèmes » sont présentés : le système nerveux, le squelette, le système respiratoire, la circulation sanguine, la digestion, le système musculaire — à noter que l’on peut compléter l’appli en Le Corps humainachetant une extension sur le système reproductif. L’avatar choisi (auquel on aura préalablement attribué un sexe et une couleur) s’affiche alors sur l’écran, une clef à molette sur la gauche permet d’ouvrir une boîte de dialogue qui déroule les différents systèmes et leurs détails. Explorons ensemble le premier, le système nerveux. Il comprend la moelle épinière, les nerfs, les neurones et les organes sensoriels. Ces différents éléments s’affichent sur la silhouette découpée avec des étiquettes nominatives que l’on peut supprimer. En haut à droite de l’écran, le signe + indique la présence d’interactivités. En dessous se trouvent un moustique, une plume, des fleurs et des jambes. On fait voler le moustique et on l’approche du corps : que se passe-t-il quand le moustique le pique ? On prend la plume et on le chatouille : est-ce qu’il se passe pareil ? Le Corps humainComment percevons-nous les odeurs, celle des fleurs par exemple ? Enfin quel est l’effet de l’exercice physique sur le cerveau ? Tout cela reste général, entrons dans les détails. Un clic sur le cerveau, et l’on apprend le nom des différentes parties qui le composent. Un curseur que l’on fait glisser avec le doigt dévoile l’intérieur du cerveau. Si l’on clique sur les différentes parties du cerveau, on voit apparaître le type d’information que celles-ci traitent (les sons, les images, etc.). Un clic sur l’œil et l’on découvre son fonctionnement. On peut choisir la couleur de l’œil représenté, l’ouvrir et le fermer, diriger le regard, mettre une lumière devant pour voir comment il réagit, mais aussi voir la formation de sa propre image sur la rétine. Sont aussi détaillés de la même maniLe Corps humainère (c’est-à-dire des interactions similaires) les organes du nez et des oreilles. Les autres systèmes décrits dans l’appli fonctionnent peu ou prou de la même façon.
Et j’en pense quoi ? Le Corps humain est une appli assez déconcertante de prime abord. Les graphismes sont très simples, la mise en page épurée. Le bruitage sonore est une amplification des différents sons que peut produire un corps (reniflements, battements de cœur). On pourrait dire que l’ergonomie est fluide, mais on navigue à l’aveuglette. On perçoit les conséquences des actions de la vie quotidienne sur notre corps (manger, sentir, courir…), mais sans aucune explication. L’enfant qui l’utilise ne peut donc le faire entièrement seul ; l’appli a réellement été pensée pour être un support dans la transmission du savoir sur le corps humain entre un Le Corps humainenfant et un adulte. Or nous-mêmes n’avons pas toujours les réponses aux questions qu’elle peut soulever. Tinybop y a pensé puisque, dans la partie administrateur, l’adulte peut consulter un livret explicatif qui offre quelques informations générales sur les différents systèmes du corps humain, ainsi que quelques pistes de réflexion possibles avec un enfant. Il est par ailleurs possible d’enrichir l’appli en enregistrant une note audio, ou une question à creuser, en cliquant sur un organe et en activant dans les paramètres une bulle de dialogue. Le numérique permet d’exploiter la richesse du principe de l’exploration libre, ouvrant la porte à la fois à une utilisation ludique et à l’accompagnement de l’enfant dans l’acquisition d’un savoir. Pour Le Corps humain, cela fonctionne à merveille !

9 moisExplorer le corps humain, c’est super, mais la question de savoir comment celui-ci se fabrique n’est pas bien loin… 9 mois, une appli documentaire sur la grossesse à destination des enfants, explique la fabrication d’un bébé, de sa conception à sa naissance.
Comment ça marche ? Le fonctionnement est relativement classique : une série d’animations vient en appui d’une voix off pour expliquer les différentes étapes de la naissance de la vie. Une jeune femme enceinte apparaît à l’écran. Le cœur percé d’une flèche ouvre une séquence animée qui explique en quelques phrases la conception d’un enfant. Quant à l’icône d’un ovule, elle ouvre une9 mois image animée représentant un appareil génital féminin qui expose la fécondation de l’ovule par un spermatozoïde. On peut y suivre le voyage des spermatozoïdes. Voilà pour les préambules. Vient ensuite la croissance de l’embryon puis du fœtus, mois par mois, croissance qu’on visualise dans le ventre d’une future maman. Pour chaque mois sont données des informations générales sur le stade de développement du fœtus, sur sa taille et son poids. On peut même afficher 9 moisun cliché échographique du bébé. Un zoom sur le fœtus permet d’observer le développement du bébé dans l’utérus : au troisième mois, les premiers poils poussent, au cinquième mois, le cerveau est entièrement constitué, au sixième mois le fœtus ouvre les yeux et est sensible à la lumière.
Et j’en pense quoi ? 9 mois est conçu comme un documentaire numérique interactif et pédagogique. Les textes, écrits par un journaliste et relus par un obstétricien, sont extrêmement clairs, précis, et tout à fait accessibles. Tant les animations que le vocabulaire choisi sont9 mois réellement adaptés aux enfants. Le langage employé n’est jamais cru, il vise à la neutralité. Ainsi, concernant la conception, il est question d’un homme et d’une femme qui font l’amour, cet acte libérant un liquide qui contient des spermatozoïdes. Tout est donc pensé pour être à la portée des enfants. L’ergonomie est intuitive et fluide. Un bémol cependant, les explications données par les voix off se coupent immédiatement dès que l’on effleure l’écran. Il faut alors reprendre le commentaire depuis son début. Les illustrations, très douces, dans des couleurs pastel, l’alternance judicieuse de voix off féminine et masculine accompagnent l’enfant et lui dévoilent avec finesse et intelligence le mystère de la naissance de la vie. Une appli à conseiller évidemment aux enfants qui attendent un petit frère ou une petite sœur. Mais pas que…

Le Corps humain
créé par Kelli Anderson
Tinybop
Prix constaté : 3,99 € (Apple).
9 mois
scénario de Dimitri Galitzine, illustrations de Frédéric Jacquemoud
Appicadabra
Prix constaté : 2,99 € (Apple), 2 € (Android).

Erica

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